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Guerre de propagande au Moyen-Orient, David M. Jacobs
01/01/2004

[Cet article n'est pas récent. Il est paru à l'hiver 1998 dans The Salisbury Review. Mais comme l'estiment ceux qui m'en ont transmis le texte, il n'a rien perdu de son actualité. Pour ma part, j'estime même qu'il est plus actuel que jamais. C'est pourquoi je le mets en ligne. J'avoue toutefois qu'il ne me paraît pas possible que des Juifs – surtout s'ils sont croyants - ou au moins respectueux des valeurs traditionnelles du Judaïsme et de l'éthique qui en découle - soient capables de pratiquer cette "Guerre Psychologique" que préconise l'auteur. Elle implique, en effet, pour être efficace, une grande dose de cynisme et une aptitude peu commune au mensonge – toutes choses qui ne sont pas les caractéristiques majeures de notre peuple, et qui, en ce qui me concerne tout au moins, m'apparaissent comme répugnantes. Pourtant, il est capital que nous lisions attentivement cette analyse, qui met à nu les méthodes de nos adversaires, ne serait-ce que pour que nous ne nous fassions aucune illusion sur les épreuves qui attendent encore Israël. Reste à trouver une parade psychologique et idéologique qui soit de nature à contrer la Guerre Psychologique immorale que nos ennemis mènent contre nous. J'ai confiance que notre esprit inventif et l'aide de D.eu nous permettront d'y parvenir. Je consacrerai mon premier éditorial de cette nouvelle année civile à proposer une ébauche de méthode, qui ne convaincra peut-être pas grand monde, mais qui aura au moins le mérite d'explorer une piste parmi d'autres. Menahem Macina.]

[Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org.]

Original anglais :
www.anglojewish.co.uk/MiddleEastPropaganda.pdf
medlem.spray.se/RalphtheOgre/Antisemitism/Propaganda_War.html


La lecture de la Presse mondiale et l'écoute des émissions de radio de la décennie passée peuvent donner l'impression qu'Israël est l'un des pires violateurs des droits de l'homme. Cette perception sera renforcée par le fait qu'Israël a été condamné par les Nations Unies plus que n'importe quel autre pays – plus que la Chine, l'Irak ou l'Iran. Pourtant, quiconque a une connaissance directe d'Israël, ou se donne la peine d'analyser les faits pourra se rendre compte que la situation des droits de l'homme et le niveau de la démocratie, en Israël, sont bien meilleurs que ceux de n'importe lequel des Etats voisins.

Comment en est-on arrivé à cette situation extraordinaire ? La clé du problème se trouve dans la manière dont le gouvernement israélien et les communautés juives du monde entier ont répondu à l'assaut de la propagande ennemie. Ils ont essayé de se défendre par le biais des Relations Publiques. Mais les Relations Publiques ont été conçues exclusivement pour le temps de paix, et principalement à des fins commerciales. En situation de conflit, elles sont impuissantes. Le ministère israélien des Affaires étrangères appelle même le service chargé de la contre-propagande, le département de la Hasbarah. Ce mot hébreu – que les diplomates israéliens traduisent toujours, de manière erronée, par 'information', signifie, en fait, 'explication'. Ce qui trahit l'attitude défensive inconsciente qu'ils adoptent quand ils 's'expliquent' eux-mêmes en public.

Le problème est que la propagande, ou Guerre Psychologique, est une arme opérationnelle de guerre et a peu de chose à voir avec les Relations Publiques. En fait, au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, les Américains ont constaté que les spécialistes en Relations Publiques s'avéraient inefficaces en matière de propagande (voir Daniel Lerner, Psychological Warfare against Nazi Germany, Cambridge Mass., 1971, p. 71).

Le but de la Guerre Psychologique est le même que celui de toute guerre. C'est, en fait, l'une des armes de la machine de guerre, et l'on s'y réfère même comme à la Quatrième Armée, après [l'Armée de Terre], la Marine et l'Armée de l'Air. Le but de la guerre, comme l'a résumé Clausewitz, c'est : "Utiliser la force pour contraindre l'ennemi à faire ce que nous voulons". La Guerre Psychologique est plus subtile. Elle utilise la persuasion et la manipulation psychologiques pour atteindre le même but. L'antique sage chinois, Sun Tzu - qui vivait au Ve siècle avant l'ère commune, et est souvent considéré comme le plus grand de tous ceux qui ont écrit sur la guerre -, affirmait: "Combattre et vaincre dans toutes vos batailles n'est pas l'idéal suprême; l'idéal suprême est de briser la résistance de l'ennemi sans combattre". Cette formulation est un bon résumé de la guerre moderne de propagande.

La Guerre Psychologique est mise en oeuvre par le truchement d'Organisations Frontales et d'Agents d'Influence. Il y a trois types d'Organisations Frontales. Premièrement les organisations ouvertes, tels le Comité pour le Progrès de la Compréhension Arabo-Britannique, ou la Société d'Amitié Soviéto-Britannique. Deuxièmement, les organisations qui donnent le change, telle que Aide Médicale aux Palestiniens, dont le rôle semble être d'aider les Palestiniens qui souffrent, alors que son but véritable est de gagner des soutiens à la campagne arabe et palestinienne contre Israël. Le troisième type est l'infiltration d'organisations. Cela se produit lorsque des agents d'influence ont infiltré une organisation créée dans un autre but, et qu'ils l'utilisent pour promouvoir leur cause. Les Arabes ont parfaitement réussi à infiltrer un grand nombre d'associations de bienfaisance et de mouvements d'Eglises, de cette manière. Des services gouvernementaux peuvent également être l'objet de ce genre d'action.

Il y a deux types d'agents d'influence. Premièrement, 'l'idiot utile' [1]. Cette définition désobligeante a été inventée par Lénine pour décrire une espèce d'âne naïf, souvent une personne occupant une position éminente, qui avait succombé à sa propagande et pouvait être manoeuvrée pour appuyer publiquement sa campagne.

Le deuxième type est l'agent conscient, qui sait parfaitement ce qu'il fait et agit en coulisse. Souvent désigné dans la Presse sous le nom de 'taupe', il n'a rien à voir avec l'espionnage, et son rôle est d'influencer la politique.

Les actions que les propagandistes doivent accomplir sont diverses. Il est nécessaire d'en décrire certaines, ici. L'une d'elles est la Dissimulation d'Intention, à savoir, feindre de soutenir une chose, tout en en promouvant une autre, en réalité. Vient ensuite la Diabolisation - opération antipathique qui consiste à dénigrer la partie adverse. Suit alors une opération simple - la réitération. Elle est vitale pour faire passer des idées dans le public en répétant sans relâche un message simple. Vient enfin un concept complexe, connu sous le nom de 'formule consacrée' [2]. Lasswell (Propaganda Technique in World War, New York 1927, p. 66) affirme ce qui suit: "Un propagandiste doit toujours être attentif à capter la formule consacrée qui cristallise l'aspiration publique, et surtout à n'en pas laisser le bénéfice exclusif à l'ennemi."

Les Soviétiques furent les grands maîtres de la Guerre Psychologique. Le département en charge de ce que les Soviétiques appelaient 'Mesures Actives', était le Haut Directoire du KGB. C'est par lui qu'étaient entraînés tous les agents d'influence et les organisations frontales, extrêmement efficaces dans la diffusion de la propagande. Ce sont eux qui ont inventé la notion de dezinformatsia, désinformation - qui n'est pas mentir, à proprement parler, mais vider une information de son contenu en le biaisant de manière à brouiller, ou déformer la politique d'un adversaire.

La raison de l'implication des Soviétiques dans la Guerre Psychologique arabe est que la défaite arabe de 1967 a été ressentie par eux comme une défaite majeure de leur politique et un triomphe des Etats-Unis. Les Soviétiques avaient également un motif russe traditionnel de soutenir les Arabes. Durant deux cents ans, les Russes ont aspiré à un 'port en eaux chaudes' qui leur permettrait d'agir librement en Méditerranée sans craindre qu'un adversaire bloque les Dardanelles. Un certain nombre de ports arabes pouvaient jouer ce rôle de manière idéale. Avant 1967, la propagande arabe avait été totalement inefficace. Après 1967, avec l'aide des Soviétiques, la Guerre Psychologique arabe a progressé à pas de géant. Les Arabes ont pu utiliser les organisations frontales soviétiques pour leur propre Guerre Psychologique, ainsi que plusieurs de leurs agents d'influence. Les plus efficaces furent les organisations ecclésiales, en particulier le World Council of Churches [Conseil Mondial des Eglises] créé à Prague, en 1948. A partir de ce socle, il a été possible d'infiltrer non seulement d'autres organisations ecclésiales, mais les diverses associations internationales de bienfaisance, particulièrement celles qui viennent en aide au Tiers-Monde.

Nous en venons maintenant à l'élément central du conflit arabo-israélien, qui est sa dimension islamique. Mohammed a hérité ses conceptions monothéistes élémentaires des tribus juives et chrétiennes qui vivaient dans son voisinage, au Hedjaz. Il a donc estimé qu'il obtiendrait l'approbation juive de sa nouvelle religion. Comme cela ne s'est pas réalisé, il en a conçu de l'amertume. Le rapport entre l'Islam, les Juifs et le Judaïsme a donc très mal commencé, au VIIe siècle, par des attaques perpétrées par des bandes armées de l'Islam naissant contre les tribus juives locales du Hedjaz, qui se soldèrent, en fait, par l'éviction de tous les Juifs hors de la région. Après ces événements, se constitua très rapidement un empire musulman puissant, qui s'étendit de l'Indus, à l'est, jusqu'à l'Océan atlantique, à l'ouest, en englobant la quasi-totalité de la péninsule ibérique, et dont l'expansion ne fut stoppée que par Charles Martel, à Poitiers, en 732. Cette vaste conquête eut lieu en l'espace d'un siècle à partir de la révélation de Mohammed. Les musulmans considérèrent les territoires qu'ils avaient conquis comme le Domaine de l'Islam et les réputèrent inaliénables. Les territoires qui n'en faisaient pas [encore] partie étaient considérés comme appartenant au Domaine de la Guerre.

C'est à cette conquête que remonte la réglementation du statut des non-Musulmans, et plus particulièrement celui des Chrétiens et des Juifs qui vivaient dans le Domaine de l'Islam. Ils étaient considérés comme le Peuple du Livre, parce qu'ils avaient déjà leurs écritures propres. Il leur fut octroyé un statut inférieur de dhimmis, ou personnes protégées. Ils étaient protégés tant qu'ils acceptaient ce statut inférieur de leurs suzerains musulmans. Le pacte - qui date du huitième siècle – aux termes duquel cette réglementation a été établie, était connu sous le nom de Pacte d'Omar. Les Juifs furent automatiquement considérés comme inférieurs aux Chrétiens, du fait qu'à la différence de ce qui s'était passé pour les Chrétiens, les Musulmans n'avaient pas eu à combattre une quelconque force militaire juive.

L'Islam et les Arabes ont eu recours à des techniques traditionnelles de Guerre Psychologique, longtemps avant que le concept moderne de propagande ait été inventé. Il existe deux conceptions en particulier : l'idée de taqiya, ou dissimulation, et celle de hila, ou ruse. La taqiya connote l'attitude [d'un Arabe] qui se conforme extérieurement à des coutumes étrangères, tout en restant fidèle à la foi musulmane. Ainsi, les Arabes peuvent être extérieurement en phase avec les conceptions occidentales du droit international et de son application, tout en restant fidèles à la tradition islamique qui affirme qu'Israël est un état dhimmi, puisqu'il est situé dans ce qui constitue le Domaine de l'Islam, et doit donc en être expulsé. La doctrine de la hila est fondée sur la parole du prophète Mohammed, qui affirma que "la guerre est une suite d'actions pour tromper l'ennemi". Autre déclaration - du général et politicien, Al-Muhallab, de la génération qui suivit celle de Mohammed : "Ayez le courage d'utiliser la tromperie dans la guerre, parce qu'elle vous permet de parvenir à vos fins plus certainement que par une sanglante bataille au corps à corps."

La combinaison des notions traditionnelles de taqiya et de hila avec celle de la dezinformatsia soviétique a permis aux Arabes d'être nettement supérieurs non seulement aux Israéliens, mais à l'Occident tout entier.

La raison pour laquelle j'ai affirmé que la composante islamique constituait le noyau du conflit arabo-israélien, devient claire à présent. C'est essentiellement le ressentiment de l'Islam envers la souveraineté des Juifs sur ce qu'ils considèrent comme étant le Domaine de l'Islam. De surcroît, en créant un Etat juif dans cette région, après avoir défait plusieurs armées musulmanes, et en exerçant leur souveraineté sur des Musulmans, les Juifs ont abrogé leur statut de dhimmis, et donc déchiré le pacte d'Omar. C'est cela, et non le pourcentage de retrait israélien dans la Rive occidentale [Judée-Samarie], qui a provoqué le sentiment musulman de fureur et d'humiliation, et qui est le véritable moteur du conflit. Le fait d'avoir convaincu le monde que les Palestiniens, ou les menus détails d'Oslo sont l'objet du conflit, est donc une excellente démonstration de la doctrine de la Dissimulation du Motif, qui ressortit à la Guerre Psychologique.

Le nom de 'Palestine' est post-biblique. Ce sont les Romains qui l'ont forgé, suite aux guerres féroces qu'ils ont dû mener contre les Juifs au cours des deux premiers siècles de l'ère commune. Au début du XXe siècle, le concept de Palestine était automatiquement associé aux Juifs dans l'esprit de tout un chacun. Cela a continué tout au long des années 40. En 1938, quand George Antonius écrivit son célèbre ouvrage The Arab Awakening' [le réveil arabe], pour soutenir l'attitude nationaliste arabe, il n'a pas fait mention d'un Peuple palestinien, parce qu'à ce moment-là, un tel concept n'existait pas. Les premiers pas dans cette direction furent faits lors d'une session du Conseil de la Ligue Arabe, au Caire, en mars 1959 ; et, en septembre 1963, le Conseil nomma Ahmed Shuqairi "représentant de la Palestine" auprès de la Ligue Arabe. C'était le même homme qui, en tant que représentant de la Syrie, avait dit au Conseil de sécurité, en mai 1956 : "Il est bien connu que la Palestine n'est rien d'autre que la Syrie méridionale". En octobre 1965, les Etats arabes se référaient encore à l'Organisation de la Palestine comme représentant "le peuple arabe de Palestine".
Ce n'est qu'en 1974 que l'OLP fut invitée à participer à un débat de l'Assemblée Générale comme 'représentant du peuple palestinien'. L'OLP était parvenue à obtenir, au sein des Nations unies, une tribune normalement réservée à des Etats souverains. Par la suite, elle a conquis une base impressionnante de pouvoir à l'ONU, jusqu'à obtenir la création, en 1977, d'un 'Groupe Spécial pour les Droits Palestiniens'. Ce qui impliquait que les Centres d'Information des Nations unies dans le monde entier étaient obligés de transmettre la propagande de l'OLP. Le transfert final de la Palestine aux Arabes se produisit quand le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, déclara, en septembre 1993, que "le gouvernement d'Israël avait décidé de reconnaître l'OLP comme le représentant du peuple palestinien..." Les Arabes s'emparèrent de cette 'phrase magique' juive. Pourtant, les Israéliens semblaient n'avoir pas mesuré que quelque chose s'était produit, dans ce qui avait été une brillante opération de Guerre Psychologique arabe, réalisée en quelques décennies. La conséquence de cette opération particulière de Guerre Psychologique sur les sphères militaires et politiques a été considérable. Il en résulte qu'au lieu de n'avoir qu'un problème de frontières avec les Etats arabes voisins, les Israéliens se retrouvent avec une terre et un peuple qui ont pratiquement les mêmes frontières que les leurs. En 1968, l'OLP rendit publique sa Charte appelant à la destruction d'Israël. Bien qu'à Oslo, ils aient accepté de la modifier, cette clause n'a jamais été changée. En 1974, le Conseil National de la Palestine avait publié un programme en 10 points, dont l'article 8 affirmait que "l'autorité nationale palestinienne, après son établissement, lutterait pour l'unité des Etats de la confrontation [arabe avec Israël] pour réaliser la libération de tout le sol palestinien, étape sur le chemin de l'unité arabe complète". Cette doctrine a été réitérée, à de nombreuses reprises, par Arafat et des officiels palestiniens depuis Oslo, mais seulement à leur peuple. Ce qu'ils disent à l'Occident est quelque peu différent. C'est pourquoi, tant que ces idées n'auront pas été véritablement abandonnées, tous les retraits opérés par Israël constituent une prise de risque stratégique imprudente. Cependant, Israël semble incapable de faire comprendre cela au monde extérieur, pas même à de nombreux membres de son propre peuple, en particulier à ceux de la gauche.

L'un des objectifs d'une bonne campagne de Guerre Psychologique est d'être à l'affût d'une faille dans la garde de vos adversaires. C'est ici qu'intervient la Campagne de Paix. Prenant pour cible l'aile gauche, tant des communautés juives israéliennes que des communautés juives plus larges, cette campagne a eu beaucoup de succès. Le désir désespéré de paix des Israéliens et des Juifs a été exploité avec succès par les Arabes, qui ont copié les méthodes des vieux Militants soviétiques de la Paix. Il est intéressant de lire, dans le livre de Daniel Lerner, écrit en 1947 sur la Guerre Psychologique (titre cité plus haut): "La volonté de résistance se dissout dans un désir de 'paix bientôt', et s'effondre finalement en un désir de 'paix maintenant'. Il est intéressant de noter que ces mots ont été utilisés bien des années avant qu'existe le mouvement israélien "La Paix maintenant". Bien que "La paix maintenant" soit un mouvement très minoritaire en Israël, son influence est étendue, et beaucoup de membres de la gauche se définissent comme faisant partie du 'Camp de la Paix', ce qui donne l'impression qu'ils ne veulent que la paix [c'est-à-dire, qu'ils sont prêts à tout pour obtenir la paix, NDLR d'upjf.org]. Dans leur désespoir, ces gens ont cru au programme de propagande proposé à l'Occident par l'OLP. Le programme de propagande de "La Paix maintenant" est largement relayé par les médias occidentaux, et contribue à saper la position du gouvernement israélien.

Une autre facette de la gauche israélienne est son laïcisme. Du fait que ses membres ont eux-mêmes majoritairement abandonné le judaïsme, ils ne peuvent admettre que la politique arabe ait une base islamique. Cela permet à l'OLP de mettre en exergue, avec plus d'efficacité, la position nationaliste palestinienne. Bien qu'une identité palestinienne ait été créée dorénavant, l'article 12 de la Charte nationale de la Palestine insiste sur le fait que ce n'est que provisoire, et c'est à l'Islam que l'OLP reste fidèle, en dernier ressort. L'OLP utilise régulièrement des Chrétiens comme façade pour ses opérations de propagande. Les Chrétiens constituent une petite minorité au sein de la population arabe et ont besoin, pour leur sécurité politique, de rester aux côtés des Musulmans. En les utilisant, L'OLP est en mesure d'accentuer l'importance de la position nationaliste, à laquelle croient sans difficulté tant la gauche israélienne, que la gauche internationale, qui partagent leur attitude laïciste.

Un développement important dans la guerre de propagande a été l'affaire Mordechai Vanunu [3]. Ce dernier a été condamné pour haute trahison après avoir divulgué les secrets nucléaires d'Israël à l'étranger. En temps de guerre, la trahison entraîne la peine de mort dans pratiquement tous les autres pays, sauf Israël. Vanunu a donc eu beaucoup de chance que l'Etat qu'il a trahi soit Israël. Au lieu d'être exécuté, il a été condamné à une longue peine de prison. Néanmoins, une énorme campagne a été lancée pour le faire libérer. Elle a été présentée comme une campagne humanitaire, mais son but principal était de priver Israël de sa force de dissuasion nucléaire. La "Campagne pour la libération de Vanunu et pour un Moyen-Orient Non-Nucléaire" constitue un autre exemple du principe de la Dissimulation du Motif, dans la Guerre Psychologique. Israël est le seul pays du Moyen-Orient détenteur d'une force de dissuasion nucléaire. L'objet de la campagne est de modifier l'équilibre en faveur des Arabes et de l'Iran, qui disposent d'une puissance militaire conventionnelle beaucoup plus importante. Cette campagne, outre la foule habituelle des militants pour un désarmement nucléaire, a été mise en oeuvre par des agents d'influence, du type 'idiots utiles'. Beaucoup d'entre eux se sont révélés être des acteurs très utiles dans ce rôle, car ils sont aussi éloquents que politiquement mal informés.

Pour traiter le problème de l'absence d'une section israélienne de propagande, au modèle de la Direction britannique des Opérations Politiques Militaires en temps de guerre, ou du Département de l'Information et de la Recherche en temps de Paix, du Ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth, il sera nécessaire de changer la mentalité juive et israélienne.

Cela promet d'être difficile, car des siècles d'une haine irrationnelle envers le peuple juif ont eu pour conséquence un désir d'être aimé. D'où l'accent mis sur les Relations Publiques, par opposition à la Guerre Psychologique. Certains problèmes de l'identité juive, étudiés par le Grand Rabbin, dans son article paru dans The Salisbury Review (été 1998) [4], sont très pertinents quant à la capacité des Juifs de gérer leur blocage névrotique à l'égard de la Guerre Psychologique.

L'autre problème auquel il faut faire face est la nature du conflit lui-même. C'est essentiellement un conflit entre le Judaïsme et l'Islam. La plupart des Juifs et des Israéliens, même ceux qui ne sont pas des laïques, sont extrêmement effrayés de cela. Une fois qu'ils sont disposés à l'admettre, le problème peut être traité d'une manière plus intelligente.

Dans l'hypothèse où la position diplomatique et stratégique israélienne à long terme ne soit pas encore davantage ébranlée – ce qui mettrait tout l'Etat en danger -, Israël et le peuple juif devront imiter le reste du monde et mettre en oeuvre leurs propres agences de Guerre Psychologique.

David M. Jacobs *


© The Salisbury Review pour l'original anglais, et upjf.org pour la traduction française



* David M. Jacobs rédige une étude sur la Guerre de Propagande au Moyen-Orient. Publié pour la première fois dans The Salisbury Review (hiver 1998), le présent article a été reproduit ensuite, sous forme d'éditorial dans Christian Action for Israel (1st Quarter Newsletter 1999).

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Notes de la Rédaction d'upjf.org

[1] Voir, entre autres variations sur ce thème : "Les 'idiots utiles' de Saddam Hussein", par Guy Millière.

[2] "Formule consacrée". L'expression utilisée par l'auteur - 'Holy Phrase' -. n'étant pas - sauf erreur - classique dans la langue anglaise, je l'ai traduite selon le sens : une affirmation sur laquelle tout le monde s'accorde, que nul n'ose contester.

[3] Un survol du Net, à l'aide du moteur Google, révèle que tous les documents en français, consacrés au sort de ce technicien en énergie nucléaire, traître à son pays, défendent sa cause au motif qu'il a agi par idéologie pacifiste. Voir, entre autres panégyriques :
amd.belfort.free.fr/21vanunu.htm

[4] Malheureusement, l'auteur ne donne pas la référence à cet article et il n'a pas été possible d'en retrouver le texte sur le Web.

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[L'original anglais a été adressé par Alan Molod, de Philadelhie, à Posy McMillen, de Fort Worth, Texas, qui nous l'a aimablement communiqué.]

Mis en ligne le 02 janvier 2004 sur le site www.upjf.org