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Contentieux palestino-israélien

Encore plus sur le droit au retour des Palestiniens, Ze'ev Schiff
23/03/2002

Haaretz

Traduction française, Menahem Macina


Voici une devinette : Sur un total de 420.000 familles de la Bande de Gaza qui vivent encore dans des camps, combien ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux grosses sommes d'argent reçues d'Etats donateurs par l'Autorité Palestinienne, depuis la signature de l'accord d'Oslo en 1993 ?

Réponse: Aucune. Cet état de fait prouve que la direction palestinienne n'est pas fondamentalement différente des dirigeants des Etats arabes qui, durant plusieurs générations, ont placé en tête de leur ordre du jour respectif la volonté de perpétuer le malheur des réfugiés palestiniens et non pas celle de soulager leur souffrance. La seule différence est que les réfugiés qui vivent dans le territoire de l'Autonomie Palestinienne sont la chair et le sang des dirigeants palestiniens et vivent sous leur régime.



Pourtant, l'attitude essentiellement indifférente des dirigeants de l'Autorité Palestinienne à l'égard du malheur des réfugiés palestiniens n'empêche bien entendu pas les représentants palestiniens à la conférence multilatérale sur les questions afférentes aux réfugiés, constituée après la conférence de paix de Madrid, de demander toujours davantage de contributions pour « aider à l'amélioration des conditions de vie des réfugiés ».



Voici une autre devinette : Quel est la somme totale exigée par les Palestiniens à titre de compensation globale pour la situation des réfugiés créée par la Guerre de 1948 ?

Réponse: Approximativement 550 milliards de dollars ! C'est à ce montant, qui englobe un certain nombre de problèmes différent, que sont parvenus les représentants des principales nations occidentales, lors d'une conférence multilatérale sur la question des réfugiés, après avoir évalué les revendications palestiniennes.

Considéré comme l'un des dirigeants palestiniens les plus modérés, Abu Mazen (pseudonyme de Mahmoud Abbas), adjoint du Président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, affirmait, après le dernier sommet de Camp David, que le paiement des compensations dues aux Palestiniens devrait être acquitté par Israël seul et non pas provenir de quelque fonds international. Bref, Israël doit vendre tout ce qu'il possède, tandis que d'autres nations épargneront d'énormes sommes à leur capital national, afin de satisfaire les exigences palestiniennes de compensation.



Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Récemment, le conseiller économique d'Arafat, le Dr. Mahar Al-Kurd, déclarait qu'en plus des compensations pour les réfugiés, les Palestiniens demanderaient « réparation pour les dommages causés par l'occupation [israélienne] depuis 1967. »

Cette ‘facture' distincte inclut même des compensations pour « l'exploitation » des rives de la Mer Morte et des eaux souterraines pompées par Israël, ainsi que le remboursement des taxes directes et indirectes, y compris celles qui proviennent de l'activité touristique, qu'Israël a perçues des Palestiniens. Bien que cette liste d'exigences supplémentaires ait tout d'une plaisanterie, Al-Kurd affirme que lui-même et quelques-uns de ses collègues ont entendu des experts israéliens y donner leur consentement indirect.

A propos de la question des experts, il faut prendre garde à ces ‘experts' israéliens qui font des promesses sans y avoir été autorisés par qui que ce soit – parce que le problème du « Droit au retour » des Palestiniens n'est pas réellement un problème. Ces experts se fient à leur sens commun, et non à celui des Palestiniens. Ce serait une bonne idée que de comparer ce que les dirigeants Palestiniens disent aujourd'hui avec ce qu'ils disaient après la signature des accords d'Oslo.

Après que les accords d'Oslo aient été paraphés, ces dirigeants affirmaient que les réfugiés n'étaient pas vraiment intéressés à retourner en Israël, et qu'il était seulement question de leur accorder le droit de revenir, et non l'exercice de ce droit. Ainsi, la seule exigence formulée par les dirigeants palestiniens concernant la question des réfugiés palestiniens était qu'Israël émette une déclaration reconnaissant sa responsabilité dans la création du problème des réfugiés.

Il ne faut pas accorder le moindre crédit à ces déclarations destinées à s'attirer des bonnes grâces. Dans des entretiens privés, les dirigeants Palestiniens responsables disaient – officieusement – que personne ne savait vraiment combien de réfugiés palestiniens voudraient revenir en Israël. Selon ces responsables, un très gros pourcentage des réfugiés au Liban, dont les gouvernements successifs n'avaient jamais été intéressés à ce qu'ils restent dans le pays, voudront sans aucun doute revenir dans la région israélienne de Galilée.

La position palestinienne actuelle sur cette question est résumée dans un document officiel présenté à Camp David. Tant que ce document n'aura pas été rendu nul et non avenu, il doit être pris très au sérieux. Il est si extrémiste que l'on serait tenté de le considérer comme une plaisanterie, n'était le fait qu'il apparaît comme une recette pour détruire Israël de l'intérieur.



Voici quelques exemples :

- Israël dédommagera également des Etats – tels que la Syrie et la Jordanie – qui ont donné asile aux réfugiés.

- L'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) recevra compensation pour les propriétés palestiniennes restées en Israël.

- Les réfugiés qui retourneront en Israël ne devront pas être installés dans des régions où leur vie et leur bien-être seraient en danger, ou qui manqueraient d'infrastructures convenables.

- Israël devra modifier ses lois afin d'aider à l'intégration des réfugiés.

- Les réfugiés qui reviendront en Israël se verront automatiquement accorder la nationalité israélienne.

- Le droit au retour n'aura aucune limite dans le temps, bien que l'enregistrement des demandes de retour s'étende sur une période de cinq ans.

- Une commission internationale assurera le contrôle du travail en Israël pour assurer l'intégration et la protection des réfugiés



Indubitablement, la position d'Israël concernant le retour des réfugiés en Israël même est devenue plus dure à la suite des émeutes auxquelles ont pris part des Arabes israéliens. Cette ‘réussite' peut être portée au crédit du Dr. Azmi Bishara, député du parti Balad (Alliance Nationale Démocratique), dont les partisans ont encouragé les émeutes.

Cependant il faut faire plus. Israël doit signifier clairement, une fois de plus, qu'en ce qui concerne le droit au retour, il ne peut y avoir de compromis, et que, si Israël doit choisir entre faire des concessions sur ce point ou entrer en guerre, il serait préférable de prendre le risque d'une confrontation violente.

Il est douteux également qu'il y ait place pour des concessions importantes sur d'autres points, alors que les Palestiniens poussent à une confrontation à propos du droit des réfugiés palestiniens à revenir en Israël même.


© Haaretz, 2001