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Contentieux palestino-israélien

Droit au retour (Pro-palest.), M. Muller...
23/03/2002

Droit au retour : quatre millions de Palestiniens en exil

L'Humanité, 27 déc. 2000 : www.humanite.presse.fr/journal/2000/2000-12/2000-12-27/2000-12-27-011.html


Le refus des autorités israéliennes d'assumer la responsabilité de l'exode des Palestiniens est une constante depuis la fondation de l'Etat d'Israël en mai 1948. L'été dernier encore, Ehud Barak avait placé ce refus dans ses cinq " non " fixant, selon lui, les " lignes rouges " qu'Israël ne franchirait pas.

La résolution 194 adoptée le 11 décembre 1948 par l'Assemblée générale de l'ONU fait partie des principes fondamentaux d'un règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien. Ce texte précise que l'Assemblée générale " décide qu'il a lieu de permettre aux réfugiés de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible (...) et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé ".

Il est évident qu'aujourd'hui, compte tenu du nombre de personnes concernées - la diaspora palestinienne compte aujourd'hui près de 4 millions de réfugiés - et de l'exiguïté des terres habitables tant en Israël qu'en Palestine, cette question est difficilement résoluble. Une réalité que les autorités palestiniennes prennent en compte.

En revanche, elles considèrent qu'Israël doit assumer sa responsabilité morale de l'exode. · partir de là, toutes les solutions sont ouvertes, y compris la mise en place d'un fonds d'indemnisation - qui peut être international - pour ceux qui ne pourront ou ne voudront pas rentrer. Il s'agira aussi - et dans ce domaine l'ONU a toute sa place - d'organiser l'intégration effective des réfugiés et de leurs enfants dans leur pays d'accueil.

La marge de manouvre de Yasser Arafat est étroite, constatait lundi dans Ha'aretz Danny Rubistein, ancien correspondant dans les territoires occupés. Pour les Palestiniens, souligne ce spécialiste, l'abandon de ce droit au retour " est l'équivalent, pour les juifs, de l'abandon du mont du Temple " (l'esplanade des Mosquée). · son avis, il est difficile d'imaginer que les réfugiés accepteront un tel abandon, et " le problème le plus épineux sera celui des réfugiés au Liban ".


Pour mémoire

Quatre millions de Palestiniens vivent en exil. Ils auraient quitté leurs foyers au moment de la création de l'Etat d'Israël, affirment les dirigeants successifs de cet Etat. En fait, le massacre de 250 hommes, femmes et enfants dans le village de Deir Yassine en 1948, puis, au début des années cinquante, de plus d'une centaine de personnes, femmes et enfants compris, dans le village de Kfar Kassem par des commandos de l'Irgoun, dirigé par Menahem Begin, a été un des éléments décisifs de la panique qui s'est emparée de la population. L'exode de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens a été qualifié par l'ancien président d'Israël, Haïm Herzog, de " miraculeuse simplification des tâches d'Israël ". La guerre des Six-Jours en juin 1967, qui s'est traduite par l'occupation de la Cisjordanie et Gaza, a poussé vers l'exode plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens. Spoliation des terres et dynamitage de villages entiers et d'habitations dans et autour de Jérusalem, expulsions, sans que cela n'émeuve la communauté internationale, ont fait le reste. De ce fait, trois pays - le Liban, la Syrie et surtout la Jordanie - accueillent à eux seuls plus de deux millions de réfugiés sur les quatre millions qui ont quitté la Palestine.


Liban : 365 000 sans-droits


Près de 600 000 Palestiniens vivent au Liban, dont 365 000 considérés comme réfugiés. Sur ce dernier chiffre, 53 % sont parqués dans des camps. La première vague est arrivée au Liban en 1948, chassée par les troupes israéliennes.

Les partis politiques libanais s'opposent à l'installation des Palestiniens - majoritairement de confession musulmane sunnite - parce qu'elle modifierait le fragile équilibre démographique entre les différentes communautés confessionnelles. Toutefois, dans les années cinquante, le président Camille Chamoun a accordé la nationalité libanaise à 40 000 palestiniens chrétiens. Vivant dans une pauvreté effroyable, les Palestiniens sont de plus victimes de vexations quotidiennes et d'une ségrégation sociale institutionnalisée : ils n'ont pas le droit d'exercer une soixantaine de métiers, dont le métier d'avocat et de médecin. Le Fatah de Yasser Arafat est la principale force encadrant les Palestiniens du Liban. Mais, depuis quelques années, le Hamas commence à s'installer parmi les réfugiés.


Syrie : tolérés mais surveillés.

En Syrie, ils sont 310 000, dont 29 % vivent dans des camps. Contrairement au Liban, ils ne font pas l'objet d'une ségrégation sociale. En théorie, ils ont les mêmes droits sociaux que les Syriens et beaucoup travaillent dans les administrations et les entreprises syriennes, mais ils ne bénéficient pas de la nationalité syrienne. Ils font l'objet d'une sévère surveillance policière. Damas n'admet que les Palestiniens qui adhèrent à sa politique. Ainsi, si les dix organisations palestiniennes qui encadrent les réfugiés palestiniens sont tolérées, c'est bien parce qu'elles s'inscrivent dans la droite ligne du pouvoir syrien, comme notamment le FPLP et le FDPLP. Le Fatah d'Arafat, par exemple, est interdit d'activité en Syrie. En revanche, des concessions sont faites au Hamas .

En Syrie, les Palestiniens constituent de fait un moyen de pression dont s'est toujours servi le régime contre Arafat et contre Israël. Aussi, rien d'étonnant que les dix organisations palestiniennes " résidantes " en Syrie aient dénoncé unanimement les accords d'Oslo.



Jordanie : 1,6 million de citoyens du royaume.

C'est en Jordanie que se trouve la plus grande partie des réfugiés palestiniens : 1,6 million de personnes, dont près d'un million de réfugiés. Sur ce dernier chiffre, 23 % vivent dans des camps. C'est le seul pays de la région où les Palestiniens bénéficient de la nationalité du pays d'accueil et où ils ne sont pas considérés comme des citoyens de seconde zone. En Jordanie, où la jeune reine Rania est-elle même d'origine palestinienne, les Palestiniens ont largement contribué à l'essor économique du pays. De plus, l'argent envoyé par les émigrés palestiniens installés dans les monarchies pétrolières, surtout avant la guerre du Golfe, a été d'un apport substantiel à l'économie du royaume hachémite. Même si les Palestiniens de Cisjordanie ont le droit conserver leur nationalité jordanienne, ceux résidant en Jordanie ont été invités de se " jordaniser ". Pour ces réfugiés, mieux lotis que leurs frères du Liban et de Syrie, le retour en Palestine est peu probable.

Michel Muller et Hassane Zerrouky