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Contentieux palestino-israélien

A Propos Du Droit Au Retour, par Paul Giniewski
17/03/2002

Je suis le webmaster du site www.r-a-m.org. Je vais y publier (en trois langues) le texte qui suit. Mais, en attendant, il m'a semblé utile de le porter à la connaissance des amis d'Israël, car il contient bon nombre de rappels historiques et de réponses face aux arguments fallacieux de l'OLP et des dirigeants arabes.

La "Rivista di Studi Politici Internazionali" a publié, il y a plus de sept ans, une étude de Paul Giniewski sur L'origine du problème des réfugiés arabes de 1948 (No 242, avril-juin 1994, pp. 249-260). Depuis, les négociations de paix israélo-palestiniennes de Camp David, de Washington, de Wye Plantation, de Taba, d'Elath ont remis la question des réfugiés à l'avant-scène en tant que composante, apparemment insoluble, d'un réglement définitif du contentieux.
Le "droit au retour" des réfugiés palestiniens étudie les aspects juridiques et politique actuels du problème, à la lumière des événements les plus récents (G. V.).


Le "droit au retour" des réfugiés palestiniens

Le problème des réfugiés a été causé, essentiellement, par l'encouragement donné aux Arabes de Palestine par leurs chefs et par les dirigeants d'États arabes, de s'expatrier en attendant leur retour sur les ruines de l'État juif écrasé à sa naissance. De nombreux témoignages arabes concordants l'attestent et nous en citons un seul, les résumant tous : un entretien du poète palestinien Mahmoud Darwich avec Farouk Mardam Bey et Elias Sanbar, rédacteur en chef de la Revue d'Etudes palestiniennes. Darwich relate comment ses parents s'étaient réfugiés de Palestine au Liban :

"Pour mes parents, notre séjour au Liban était temporaire ; nous y étions en visite ou même en villégiature. On avait à l'époque commandé aux Palestiniens de quitter leur patrie pour ne point gêner le déroulement des opérations militaires qui devaient durer quelques jours et nous permettre de réintégrer rapidement nos maisons. Mes parents découvrirent bien vite que ces promesses n'étaient que rêves ou illusions" (1).

Mais en dépit des responsabilités historiques ainsi établies, l'OLP et l'Administration palestinienne qui lui a succédé après les accords d'Oslo, n'ont jamais cessé d'en contester le bien-fondé, de rendre Israël responsable de la nakba (le désastre de 1948) et de revendiquer un droit au retour absolu, individuel des exilés dans leurs anciens foyers.

Examinons d'abord la validité alléguée de ce droit du point de vue juridique. Un droit est la faculté de jouir d'une chose, d'accomplir une action, de pouvoir en bénéficier. Sur quel fondement les Palestiniens exigent-ils ce droit ?

Les limites de la résolution 194

Les adversaires d'Israël invoquent principalement la résolution 194 de l'Assemblée générale des Nations Unies et la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Quels sont la validité, l'applicabilité et la pertinence de ces textes dans le débat ?
L'article Il de la résolution 194 (Ill) du Il décembre 1948 recommande "de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leur voisins".

On notera tout d'abord que ceux qui brandissent cette résolution évitent d'évoquer son impérativité limitée, voire nulle - il ne s'agit pas d'une résolution du Conseil de Sécurité, pouvant conduire à une mise en oeuvre par coercition. En tant que résolution de l'Assemblée générale, elle a une valeur indicative seulement mais aucun caractère impératif et n'entraîne aucune obligation juridique, pour un Etat, de l'appliquer. Elle n'est pas exécutable en droit international par qui que ce soit. De plus, six Etats arabes avaient voté contre cette résolution en 1948. Il serait contraire à la morale qu'une partie à un conflit prétende tirer bénéfice d'un texte qu'elle a rejeté.

D'autres éléments juridiques tirés du texte de la résolution 194 militent contre l'existence d'un droit.

La résolution concerne les réfugiés désireux de "vivre en paix avec leurs voisins". En aucun cas, on ne saurait qualifier de retour paisible un rapatriement qui implique la possibilité, voire dont l'objet - nous le verrons - est la destruction de État juif, la dépossession des "voisins" des rapatriés. Il s'agirait d'un retour belligérant, l'exact contraire du cas prévu par la résolution 194. Les expatriés rapatriés constitueraient un cheval de Troie, au sens le plus strict des mots, une cinquième colonne politique, démographique, militaire, c'est à dire une arme offensive, une arme sournoise dont il serait inimaginable qu'on ne s'en serve pas pour produire les effets voulus.

Le même article Il de la résolution 194 recommande de faciliter sur un pied d'égalité plusieurs solutions du problème : "le rapatriement, le rétablissement, le relèvement économique et social des réfugiés et le paiement de compensations".

D'autres résolutions ultérieures de l'Assemblée générale sont allées dans le même sens. Selon la résolution 393 du 2 décembre 1950, "la réintégration des réfugiés dans la vie économique du Proche-Orient, soit par rapatriement ou réinstallation est essentielle ( ... ) pour réaliser des conditions de paix et de stabilité dans la région". La résolution 394 du 14 décembre 1950 appelle les gouvernements concernés à faire en sorte que "les réfugiés, rapatriés ou réinstaIlés, soient traités sans discrimination légale ou de fait". La résolution 513 du 26 janvier 1952 parle de "réintégration soit par rapatriement soit par réinstallation". Quant à la résolution 242 de 1967, elle se réfère seulement à "un juste règlement du problème des réfugiés", sans prescrire la nature de ce règlement. Adoptée par le Conseil de Sécurité, elle a un statut juridique international. Elle prend le pas sur les recommandations, antérieures, de l'Assemblée générale sur le sujet: "En s'abstenant de toute référence à des résolutions précédentes, écrit Ovadia Sofer, ancien ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, on espérait apparemment créer les bases d'une approche nouvelle, imaginative et constructive pour une solution du problème" (2).

Il n'y a donc pas droit au retour exclusivement.

De plus, les États arabes avaient non seulement rejeté la résolution 194 à l'origine, comme on l'a dit. Ils ont largement violé les résolutions sur les réfugiés. En les cantonnant dans des camps, en leur imposant des conditions de vie misérables, en leur refusant la citoyenneté des pays d'accueil (sauf en Jordanie) ils ont discriminé légalement et de fait. Ils ont empêche "la réintégration des réfugiés dans la vie économique du Proche-Orient". Le but des Etats arabes était l'exact contraire du but visé par les résolutions: "Réaliser (les conditions de paix et de stabilité dans la région". Les réfugiés étaient. au contraire, instrumentalisés pour constituer, aux flancs d'Israël, un abcès de fixation qui devait maintenir vivace une plaie purulente afin de réaliser des conditions de guerre et d'instabilité.

Sur ce point, il est utile d'évoquer le témoignage d'un directeur de l'UNRWA (l'agence des Nations Unies d'aide aux réfugiés) Ralph Galloway: "Les Etats arabes ne souhaitent pas résoudre le problème des réfugiés. Ils désirent le conserver comme une blessure ouverte, un outrage aux Nations Unies et une arme contre Israël. Il leur importe peu de savoir si les réfugiés vivent ou meurent" (3).



Les Droits de l'homme et leurs limites

L'autre instrument juridique invoqué, la Déclaration universelle des Droits de l'homme du 10 décembre 1948, fonde-t-elle plus solidement un droit au retour?

Son article 13, § 2, reconnaît à "chacun le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et d'y retourner".

Or la Déclaration contient des limitations au droit général de retour, qui s'appliquent bien au cas des réfugiés palestiniens. En effet, son article 29 § 2 prévoit que l'exercice d'un droit de l'homme pourra être restreint "dans le but d'assurer la reconnaissance et le respect des droits des autres et d'assurer les justes besoins de moralité, d'ordre public et le bien-être général d'une société démocratique". Le retour belligérant des Palestiniens qu'on a évoqué, troublerait évidemment, le droit au retour par son irrédentisme et sa tendance naturelle à la subversion de l'équilibre démographique, les "droits", "l'ordre public" et le "bien-être général" de la société israélienne. Ce même retour belligérant violerait aussi l'article 30 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui précise qu'aucune de ses dispositions ne saurait être interprétée de sorte à accorder "à un État, à un groupe ou à une personne, un droit quelconque à exercer une activité ou à commettre un acte visant à la destruction d'un droit et d'une liberté" visés par la Déclaration. La destruction des droits et des libertés des Israéliens est une concomitante du droit de retour des réfugiés.

Les fondements juridiques invoqués par les adversaires d'Israël n'apportent donc aucune base au droit au retour allégué (4).

Le "droit" de détruire Israël ?

Sur les plans politique et moral, pourquoi un droit au retour est-il inacceptable pour Israël ?
Sa revendication avait été poussée à l'avant-plan par les Palestiniens lors des négociations de l'été 2000 à Camp David, puis à Taba au cours des mois suivants, accompagnée d'une vaste offensive médiatique. Un volumineux document de travail de 53 articles alléguait la responsabilité d'Israël dans le "déplacement forcé et la spoliation" des réfugiés, une obligation juridique et morale d'Israël dans la résolution du problème, la définition des ayants-droits (réfugiés et leurs descendants), les modalités techniques du rapatriement, la restitution des biens immobiliers, l'indemnisation pour les "décès, blessures, déplacements physiques, traumatismes psychologiques et pertes de biens", les compensations aux réfugiés renonçant au rapatriement, etc.(5).

Parmi les modalités avancées lors des négociations figurait encore : la réinstallation des réfugiés dans des régions non-dangereuses ; le montant des indemnités qui seraient dues aux rapatriés comme à ceux renonçant au rapatriement, et se chiffrant en centaines de milliards de dollars ; les compensations aux pays qui les ont hébergés depuis 1948. En même temps, on faisait miroiter aux yeux des Israéliens que le droit au retour demeurerait largement théorique. Une fois sa responsabilité reconnue par Israël, on négocierait ensuite pour "relativiser sa mise en pratique", comme l'écrit Elias Sanbar (6).

On cherche en somme à faire croire que la plupart des réfugiés renonceraient à revenir en Israël et se contenteraient de compensations financières. Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement d'apaiser Israël. L'offensive du droit au retour a un sens politique précis, et correspond à une technique de négociation palestinienne classique. Elle fait partie de la stratégie dite "des étapes" ou des "petits pas". On avance une revendication qu'on sait vouée à l'échec. On revient un peu en arrière, pour obtenir d'Israël, en contrepartie, une concession majeure dont on minimise l'importance, et, l'ayant "empochée", on fonde sur cette concession une nouvelle revendication qui en découle logiquement, mais dont on a soigneusement occulté qu'on l'exigerait dans un deuxième temps. Car qui a admis une chose ne peut en refuser les conséquences.

Or les Palestiniens ne cherchent pas à obtenir un droit au retour théorique pour n'en faire aucun usage. Ils veulent, au contraire, l'utiliser jusqu'à ses dernières conséquences.
Cette évidence apparaît dans l'un des articles du document de travail de Camp David, bref et sans équivoque, qui en est le plus important, l'Art. 26: "A leur retour, les réfugiés devront prendre la nationalité israélienne".

Le langage est clair: on ne dit pas "pourront", mais "devront". On voit d'emblée l'objectif.
Si Israël accordait un droit au retour, 4 millions d'Arabes (5 selon certaines sources) acquerraient le droit de modifier du tout au tout la composition de la population israélienne.

Devenant citoyens israéliens, donc électeurs et élus de plein droit, s'amalgamant au million d'Arabes israéliens, ils constitueraient un bloc de population égal d'emblée à la population juive. Même s'ils n'étaient qu'égaux en nombre, à coup sûr, l'accroissement démographique des populations arabes étant largement supérieur à celui de la population juive, l'Etat juif deviendrait en quelques années, voire en quelques mois, un pays majoritairement arabe. Et comme en démocratie les majorités décident de leur sort, la majorité arabe pourrait modifier, en toute légalité et pacifiquement, la nature du pays, en un mot, abolir l'Etat juif et devenir un "Israël arabe" ou s'amalgamer avec la Palestine.

Ce processus serait évidemment accéléré par le comportement aisément prévisible de la population juive. De nombreux Juifs choisiraient de s'expatrier pour fuir la transformation de l'Etat juif en son contraire. Il n'y aurait plus d'immigration juive, qui avait permis, depuis 1948, la forte expansion du pays.

On voit que le droit au retour avancé par les Palestiniens n'est qu'une autre formulation, parfaitement transparente, de l'objectif invarié des ennemis d'Israël : le détruire. Cet objectif a connu d'innombrables formulations depuis l'annonce du "massacre colossal" d'Azzam Pacha, le secrétaire général de la Ligue arabe, jusqu'aux formulations plus sophistiquées de la charte de l'OLP en passant par les " effacer Israël de la carte" et les "jeter les Juifs à la mer" d'Ahmed Choukeiri, président de l'OLP, du général Aref, président de l'Irak et de Gamal Abdel Nasser.

C'est cela que le retour des réfugiés obtiendrait par des moyens non sanglants. Rappelons la déclaration du ministre égyptien des Affaires étrangères Muhammed Salah al-Din en 1949 : "En exigeant le retour des réfugiés en Palestine, les Arabes entendent leur retour en tant que maÎtres, non comme esclaves. Plus explicitement, ils veulent la destruction d'Israël" (7). Rappelons encore une prise de position équivalente de Gamal Abdel Nasser en 1960 : "Si les réfugiés retournent en Israël, Israël cessera d'exister" (8).

Prétendre que le retour des réfugiés palestiniens serait la condition de la pacification israélo-arabe est, pour dire le moins, une hypocrisie. C'est une grossière ruse de guerre. Ce serait pour Israël le commencement de sa disparition.


Un refus israélien unanime

Aussi, l'exigence palestinienne a-t-elle été rejetée à l'unanimité par toute la classe politique israélienne. Nul gouvernement d'Israël, quelles que soient ses dispositions pacifiques et son désir de compromis sur les questions territoriales, ne saurait accepter un droit de retour qui serait pour son pays suicidaire.

Les plus significatifs ont été les rejets exprimés par les Israéliens les plus "colombes", qui n'avaient cessé, pendant des années, de militer pour la paix avec les Arabes, pour des concessions et pour un État palestinien. Ils ont clairement exprimé que les Palestiniens, en exigeant le droit de retour, rejetaient la paix et voulaient la destruction de l'État juif. Ainsi l'écrivain A. B. Yehoshua, qui avait signé de nombreux articles et appels en faveur d'un Etat palestinien : "Peut- être la paix est-elle pour le moment impossible, puisque Yasser Arafat exige toujours le retour des réfugiés palestiniens" (9).

De même David Grossmann, l'écrivain qui avait pourfendu l'occupation israélienne des territoires, a reconnu que permettre le retour des réfugiés dans un Israël "qu'ils ont pendant des décennies juré de détruire, contre lequel ils ont lutté pendant des décennies et dont ils ont transmis la haine à leurs enfants", marquerait sa fin (10).

Amos Oz, l'un des fondateurs du mouvement pacifiste "La paix maintenant", s'est exprimé dans le même sens dans le Guardian britannique, dans le New York Times et à deux reprises dans des articles fort remarqués dans Le Figaro.

En août 2000, significativement avant l'intifada AI Aksa : Les Palestiniens "insistent sur leur 'droit au retour' alors que nous savons tous très bien que cette formule du 'droit au retour' n'est rien d'autre qu'un euphémisme arabe pour camoufler la volonté de liquider Israël. Arafat ne réclame pas uniquement le droit à un Etat palestinien, droit que je soutiens absolument. Il exige que les exilés palestiniens retournent tout à la fois en Palestine et en Israël, rompant ainsi l'équilibre démographique et transformant Israël en un 26ème pays arabe". Et Amos Oz d'avertir les Palestiniens : "S'ils veulent aussi s'emparer d'Israël, qu'ils sachent qu'ils me trouveront en travers de leur chemin, prêt à défendre mon pays : un vieux pacifiste, prêt à se battre pour la survie d'Israël" (11).

En février 2001, Amos Oz répétait et complétait sa pensée: "La revendication palestinienne du droit au retour va à l'encontre du droit d'Israël à l'existence. Aucun compromis n'est envisageable entre le droit pour Israël d'exister et un principe qui implique sa destruction Les Palestiniens veulent le beurre et l'argent du beurre. Ils me disent à la fois : 'Sortez de chez nous!' (en clair: 'Démantelez les colonies') et 'laissez-nous aller chez vous!' (au nom du droit au retour). Notre maison nous appartient, mais la vôtre aussi : voilà le message actuel de notre interlocuteur" (12). Dans son article du Guardian, Amos Oz précisait encore : "Il y aurait en fin de compte deux Etats arabes sur cette terre: la Palestine et Israël".

"Nakba" palestinienne et juive

Dans ces conditions, quelle serait la solution politique possible du problème des réfugiés ?
Il est utile d'évoquer, en toile de fond, quelques précédents historiques.

Après la Première guerre mondiale, il y a eu un déplacement de population entre la Grèce et la Turquie. Il n'a pas été suivi par le rapatriement des exilés.

Après la Deuxième guerre mondiale, la Tchécoslovaquie a expulsé les citoyens de nationalité allemande. Depuis, personne n'a émis l'opinion que les millions d'Allemands des Sudètes avaient un droit au retour. En 1997, l'Allemagne a signé un traité acceptant que cette expulsion soit irrévocable.

Lors de l'indépendance de l'Inde en 1947, des millions de Musulmans, qui ne voulaient pas vivre en minorité dans ce pays, se sont repliés au Pakistan, où ils étaient majoritaires. Un mouvement inverse a eu lieu de Pakistan en Inde. Personne n'a jamais émis une prétention à un droit au retour de ces populations ainsi échangées.

Quand les communistes ont pris le pouvoir au Vietnam, des millions de boat-people se sont enfuis vers les États-Unis et vers différents pays d'Asie. Personne n'a jamais évoqué un droit au retour.

Bien entendu, chaque problème de réfugiés est spécifique et celui des Palestiniens l'est aussi. Mais sa mise en vedette par les médias et les chancelleries, et plus généralement la place démesurée du conflit israélo-arabe depuis cinquante ans parmi les autres conflits internationaux, doit au moins nous amener à poser la question du pourquoi de cette singularité.

Il faut se demander si cette mise en vedette ne tient pas au fait que les adversaires des Palestiniens sont les Israéliens, sur qui pèse la lourde hérédité des tares dont on a affublé les Juifs depuis près de deux mille ans, de l'hostilité dont ils ont été l'objet. Certains observateurs l'ont noté. "Nous avons la chance que nos ennemis soient israéliens. Imaginez que ce soient les Cinghalais! Qui parlerait de nous?" constatait Albert Aghazarian, un porte-parole de l'université palestinienne de Bir Zeit (13). "La grande chance des Palestiniens vient du fait qu'ils sont en conflit avec israéliens", a écrit Thomas Friedmann dans le New York Times. "S'ils avaient eu la mauvaise fortune des Kurdes, en conflit avec les Irakiens, ou celle des Arméniens en lutte contre les Turcs, le monde ignorerait dans une large mesure leurs tribulations" (14).

Les Palestiniens mobilisent la sollicitude générale non seulement parce qu'ils font partie de la famille arabe, mais parce qu'ils sont opposés aux Juifs. (C'est un problème que nous avons étudié plus à fond dans notre dernier livre, La Mutation (15). Il n'y a pas lieu de l'aborder ici au-delà de notre remarque).

Or dans l'exposé du problème des réfugiés palestiniens on occulte habituellement les responsabilités historiques des dirigeants arabes, que nous avons évoquées. On néglige sa situation dans l'ensemble du contentieux. Les problèmes politiques ont un Sitz im Leben, une réalité existentielle, comme les questions philosophiques. Il y a eu une nakba palestinienne en 1948, mais simultanément une catastrophe juive du même ordre de grandeur et de la même nature - l'exode, la dépossession de 800.000 Juifs des pays arabes, Yémen, Maroc, Irak, Egypte, Libye, qui, suite à la création d'Israël, ont dû y abandonner tous leurs biens, probablement plus importants que ceux abandonnés par les exilés arabes de Palestine. Ils n'ont jamais été dédommagés. Leur retour ou le retour de leurs descendants dans un milieu hostile serait inconcevable. Certaines de ces communautés juives vivaient dans ces pays arabes bien avant la conquête musulmane.

Il y a donc eu en 1948 un échange de populations de fait: une partie de la population arabe d'Israël s'est repliée dans les zones de la Palestine restées arabes ou dans les pays limitrophes et la majeure partie de la population juive du monde arabo-islamique s'est repliée en Israël et dispersée à travers le monde.

Normalement, la solution définitive de la composante "réfugiés" du contentieux israélo-arabe devrait découler de cet état de fait, d'ailleurs conforme à l'esprit du partage de la Palestine en deux Etats, juif et arabe.

Israël ne se suicidera pas

Il reste une considération de moralité politique à énoncer. Comment juger la valeur morale de la prétention à un rapatriement et une indemnisation des victimes arabes et des "ministères et collectivités politiques palestiniens" selon le langage de l'Art. 53 du document de travail palestinien soumis à Camp David ? (16).

Ce sont les dirigeants arabes qui ont été à l'origine du malheur des expatriés. Ils ont perpétué le problème, ils ont empêché toute réinstallation massive dans les pays d'accueil, afin de maintenir en l'état l'arme qu'ils voulaient absolue contre Israël, ils ont fait des expatriés la pépinière de l'irrédentisme et du terrorisme. En 1947-48, les États arabes ont choisi la guerre pour étouffer Israël à sa naissance. S'ils avaient accepté de coexister avec un Etat juif, l'Etat arabe de Palestine aurait eu des frontières beaucoup plus favorables que celles qu'il peut espérer d'une paix israélo-palestinienne, et il n'y aurait pas eu de problème des réfugiés.

Israël a gagné la guerre qui lui a été imposée alors - et les guerres ultérieures. Israël n'a donc pas plus de responsabilité morale que juridique de rapatrier et de compenser. Un gagnant a-t-il l'obligation de rembourser au perdant sa mise imprudemment hasardée, l'obligation de l'indemniser de sa perte et des souffrances et traumatismes psychologiques qu'il s'est lui-même infligés ?

Conclure à une telle obligation serait encourager l'aventurisme politique. Un "joueur" imprudent ou inconscient, voire un agresseur, seraient assurés d'obtenir gain de cause dans tous les cas, soit en réussissant son projet, soit en étant compensé par le gagnant - sa victime.
Ce serait l'introduction dans les relations internationales d'un principe immoral et destructif de l'ordre publie: "Pile je gagne, face tu perds".

On peut tenir pour assuré qu'Israël n'acceptera jamais de "jouer" selon cette règle de jeu, qu'il ne commettra pas de suicide national sous la forme de sa transformation en un État arabe, donc, qu'il n'accordera jamais de droit au retour.

Dans ces conditions, si les Palestiniens veulent vivre en paix avec Israël et, grâce à cette paix, édifier une Palestine économiquement viable, débarrassée des subsides internationaux qui la condamnent au gaspillage, au non-développement et à la corruption, ils ont intérêt à accepter ce qu'ils avaient refusé en 1947-48. C'est à dire l'État juif d'Israël et une seule Palestine arabe, et pas deux. Si les Palestiniens font état de leur "droit" de résister à "l'occupation", au nom de quoi Israël devrait-il renoncer à son droit, au moins équivalent, de résister à son occupation-destruction par une majorité arabe le transformant en État non-juif ?

Le double problème des réfugiés qu'on a mentionné est résolu si l'on accepte d'entériner les faits : Israël a absorbé une grande partie des 800 000 Juifs qui ont été ou se sont exilés des pays arabes. La vocation naturelle de la Palestine est d'absorber les exilés arabes.

Si les Palestiniens et les États arabes choisissent la perpétuation du problème, il continuera de nourrir de futurs affrontements qui se règleront par la pure force. En refusant le droit au retour, Israël refuse de mourir, mais par là, crée les conditions de la paix par la coexistence. Ceux qui refusent de renoncer à ce droit refusent de coexister, nient le droit à la vie de l'État juif et préfèrent la guerre à la paix.

© Paul Giniewski

Notes:

(1) Entretien: En marge du transitoire, "Revue d'Etudes palestiniennes", No 10, Hiver 1984.

(2) Ovadia Sofer, Les Nations Unies au Moyen-Orient, PUF, 1977, p. 79.

(3) Ralph Galloway, UNRWA, cité par Terence Prittie, The Palestinians : People, History, Politics, p. 71.

(4) Pour l'analyse juridique de la résolution 194 et de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, nous avons suivi en partie l'exposé établi par Alexander Safian, "The Palestinian Claim to a 'Right of Return", "Camera Backgrounder", septembre 2000. CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America, POB 428, Boston, MA, 02456-0428) veille à l'exactitude de l'information sur le Moyen-Orient aux Etats-Unis et publie de nombreuses monographies sur le traitement du conflit israélo-arabe dans la presse.

(5) Les réfugiés: 'responsabilité' et 'droit au retour', "Le Monde", 29 décembre 2000, p. 13.

(6) "Le Monde", 25 janvier 2001, pp. 1 et 16.s'expatrier pour fuir la transformation de l'Etat juif en son contraire. Il n'y aurait plus d'immigration juive, qui avait permis, depuis 1948, la forte expansion du pays.

(7) "AI-Miari", Il octobre 1949, cité par Nathan Feinberc, The Arab-Israeli Conflict in international Law, p. 109.

(8) "Neue Zuercher Zeitung", 1 septembre 1960, cité par Terence Prittie, Op. Cit.

(9) A. B. Yehoshua, je ne comprends toujours pas pourquoi Barak a démissionné, "Tribune juive",

(10) Daniel Doron, If refugees are allowed to refurn, "The Jerusalem Post", 18 janvier 2001, p. 8.

(11) Amos Oz, Arafat doit choisir, "Le Figaro", 3 aoùt 2000.

(12) Amos Oz, Pourquoi je voterai Barak, "Le Figaro", 4 février 2001, p. 13.

(13) "L'Événement du Jeudi", 31 décembre 1987.

(14) Cité par David Makovsky, Media impact, "The Jerusalem Post Magazine", 25 aoùt 1989. Salvator, 2000.

(15) Paul Giniewski, L'antijudaïsme chrétien: La Mutation, Paris, Editions Salvator, 2000.

(16) Voir notes (5) et (6).