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Contentieux palestino-israélien

Editorial du Fatah contre Nusseibeh (droit Retour)
23/03/2002

Éditorial officiel du Fatah [contre Nusseibeh]: La question des réfugiés: Une cause qui ne doit pas être profanée

[IMRA: Ce texte constitue une attaque contre Nusseibeh et adopte une ligne dure. À la lumière des efforts de Relations Publiques de Yasser Arafat dans le New York Times d'aujourd'hui (www.debriefing.org/0057.html) nous reproduisons, ci-dessous, un éditorial récent du Fatah de Yasser Arafat].

Traduction française par Menahem Macina
Original anglais sur les site du Fatah : www.fateh.net/e_editor/01/151101.htm

Ce document peut être reproduit et diffusé sous réserve de la mention du Copyright de l'original (IMRA), et de celui du traducteur et du site de CJE, sous la forme suivante : © M. Macina et reinfo-israel: www.reinfo-israel.com )

Il pourra être intéressant de lire ce texte en parallèle avec ce qu'Arafat écrit (en anglais) dans le New York Times du 3 février. La différence de ton est instructive, celle du vocabulaire également. Voir: La vision palestinienne de la paix : www.debriefing.org/0057.html


Après que notre peuple palestinien ait refusé d'accepter la résolution 181 de l'ONU, en raison de son injustice, les bandes armées sionistes, comme le Lehi et l'Irgoun, se sont lancées dans une campagne de nettoyage ethnique, consistant à expulser les Palestiniens des zones que la Résolution considérait comme faisant partie de l'Etat juif. Cela a donné lieu à l'émergence du problème des réfugiés palestiniens, qui a été abordé dans un rapport soumis à l'Assemblée générale des Nations-Unies par son représentant de l'époque, le comte Bernadotte. Le rapport déclare :

"Il ne sera pas possible de parvenir à un règlement honnête et juste du conflit tant que l'on n'aura pas reconnu le droit des réfugiés arabes de retourner dans les foyers dont ils ont été chassés par les dangers liés au conflit armé entre Arabes et Juifs. La majorité de ces réfugiés proviennent des zones qui, selon la résolution 181, font partie de l'Etat juif. C'est une violation flagrante des principes de la justice que de dénier à ces victimes innocentes le droit de retourner dans leurs foyers, alors que des immigrants juifs sont autorisés [à s'installer] en Palestine pour prendre la place des réfugiés arabes, sur la terre qu'ils ont habitée pendant des siècles. Il incombe au gouvernement provisoire israélien de restituer les propriétés privées à leurs propriétaires arabes et/ou de les dédommager pour les biens qui ont été délibérément détruits, sans préjudice des compensations que le gouvernement d'Israël peut exiger des Etats arabes."

Le 17 septembre 1948, les Sionistes assassinaient le comte Bernadotte. Sur base de ce rapport, l'Assemblée générale [des Nations-Unies] émettait la résolution 194 du 11 décembre 1947. La clause XI de la Résolution déclare :

"(L'Assemblée générale) statue que les réfugiés qui souhaitent retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins devront être autorisés à le faire dans les délais réalisables les plus brefs, et qu'une indemnisation, qui sera estimée équitable par les gouvernements ou les autorités responsables devra être versée pour les propriétés de ceux qui choisiront de ne pas revenir, ainsi que pour la perte ou les dommages afférents à ces propriété, conformément aux principes du droit international ou de la justice."

La résolution n'a jamais été appliquée par l'entité sioniste, et le problème des réfugiés s'est transformé en aide, soulagement, et réadaptation économiques. Quand Israël voulut devenir membre de l'ONU, sa non-application des résolutions 181 et 194 des Nations-Unies de l'ONU lui valut une acceptation conditionnelle; Israël devait remplir ses engagements conformément à la charte de l'ONU.

Israël accepta toutes les conditions incluses dans le Protocole de Luzan, qui fut adopté sous les auspices du Comité International de Conciliation. Israël acceptait la partition de la Palestine sur la base des Résolutions 181 et 194 de l'ONU. Dès qu'Israël eut la certitude de son acceptation comme membre des Nations-Unies, il abandonna les engagements pris dans le Protocole de Luzan.

La guerre de 1956 contre l'Egypte et la manière dont elle fut perçue modifièrent la perception que [notre] peuple avait de la question des réfugiés, [qui, d'un problème] de sans-logis, [devint une affaire] de libération et de révolte. Notre mouvement, le Fatah, surgit pour entreprendre la lutte en vue d'obtenir le droit au retour par la libération de notre patrie. En novembre 1957, le Fatah publia une déclaration selon laquelle il adoptait la lutte armée comme moyen de libération.

La création de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a beaucoup aidé à mettre en lumière les droits naturels et historiques du peuple palestinien. La Charte Nationale Palestinienne, qui appelait à la lutte armée, fut adoptée par le Fatah. En 1965, elle appela à la révolution populaire armée pour obtenir l'indépendance nationale.

En 1969, lors de sa vingt-quatrième session, l'Assemblée générale [des Nations-Unies] adopta la Résolution 2535, qui énonce :

"L'Assemblée générale établit que le problème des réfugiés arabes fut le résultat de la négation des droits inaliénables énumérés dans la charte de l'ONU et la Déclaration universelle des droits de l'homme."

Ce développement important s'est accéléré quand, en 1973, la Ligue Arabe reconnut l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien. Lors de sa vingt-neuvième session, l'Assemblée générale adopta la résolution 3236, du 22 novembre 1974. Dans la clause I, l'Assemblée générale soulignait le droit des Palestiniens à l'autodétermination, à l'indépendance, et à la souveraineté nationale. La clause II de la Résolution soulignait le droit des Palestiniens à retourner dans les foyers dont ils avaient été arrachés. Au cours de la même session, M. Arafat a prononcé son discours historique dans lequel il se référait à la branche d'olivier comme symbole de la paix, la paix des braves, et non celle de la reddition.

La déclaration d'indépendance, faite en 1987, mettait l'accent sur le droit au retour et à l'autodétermination. Ces droits ont également été soulignés dans l'Accord d'Oslo et durant les négociations de Camp David, comme faisant partie intégrante des négociations en vue de parvenir à un statut définitif.

Le point de vue sioniste selon lequel il est possible de réduire les attentes des Palestiniens par des actes continus d'agressions et d'assassinats continus est tout simplement une illusion. Cependant, l'attitude de certaines personnalités [palestiniennes], à la mentalité défaitiste, corroborent cette perception et sont dommageables au le consensus national.

Dans une conférence donnée à l'Université hébraïque, le Dr. Serry Nusseibeh, de l'Université d'Al Quds [Jérusalem], a préconisé la création de deux Etats sur des bases ethnique et religieuses. Ce qui implique que les réfugiés ne pourront pas retourner dans leurs foyers. Une telle prise de position est apparue comme d'autant plus surprenante, qu'elle coïncidait avec une déclaration de Sharon qui appelait un million de juifs à venir s'installer dans l'entité sioniste. Du fait que le Dr. Nusseibeh est membre du Fatah, il est nécessaire de clarifier la position du mouvement sur la question des réfugiés. À cet égard, les faits suivants doivent être pris en considération:

1. Le droit au retour est une question essentielle qui concerne non seulement le peuple palestinien qui vit ici et dans la Diaspora, mais également les pays arabes qui accueillent les réfugiés. Traiter cette question dans une perspective sioniste constitue une violation du consensus national.

2. La liberté d'expression exige de celui qui en fait usage qu'il tienne compte du droit des autres. Ni le patriotisme, ni le droit au retour, basé sur la résolution 194 de l'ONU, ne peuvent être une [question de] point de vue. Si un compromis sur la question des réfugiés est un exemple de liberté d'expression, qu'en sera-t-il du problème de Jérusalem ou de celui de l'Etat palestinien?

3. La déclaration du Dr. Nusseibeh's a amené des réfugiés à constituer un parti qui se concentre sur leur droit. Après tout, le Dr. Nusseibeh n'est pas un réfugié et, comme Belfore [lisez : Balfour], il n'a pas le droit de donner ce qui n'est pas à lui à la partie [israélienne] qui ne le mérite pas.

4. La décision, prise par l'ONU, de créer deux Etats en Palestine, a précédé celle du droit au retour. L'ONU n'a accepté l'entité sioniste qu'après qu'elle eût accepté de mettre en œuvre les résolutions 181 et 194. Il est faux de considérer le droit au retour comme un obstacle à la création de l'Etat palestinien ou de troquer l'un en échange de l'autre.

5. Les implantations juives installées sur la Rive occidentale [du Jourdain = Cisjordanie] sont illégales et constituent un obstacle à la paix. L'idée même d'échanger le droit au retour contre des territoires viole un de nos principes de base : le droit au retour.

6. L'appel de Nusseibeh à [l'établissement de] deux Etats sur une base ethnique constitue une reconnaissance implicite de la politique de nettoyage ethnique à laquelle ont appelé des racistes en Israël.

7. Le Dr. Nusseibeh semble avoir oublié qu'il est une personnalité publique. Il est le président de l'université d'Al Quds [Jérusalem], et il est en charge du dossier diplomatique de Jérusalem. Il n'est pas seulement un chercheur dont les vues ne nuisent pas à nos intérêts.

8. Le Dr. Nusseibeh a choisi un moment très délicat pour proclamer sa position sur la question des réfugiés. Une telle synchronisation va dans le sens des intérêts de Sharon, qui a adopté une politique de terrorisme d'Etat contre notre peuple.

9. Le Dr. Nusseibeh a choisi le mauvais endroit, l'Université hébraïque, pour lancer ses opinions. Il a donné l'impression que la 'bonne' Direction [palestinienne] est celle qui n'adhère pas au droit au retour, mais accepte la politique de la carotte et du bâton du gouvernement israélien.

10. En dépit de la condamnation formulée par les plus hautes instances, le Dr. Nusseibeh continue à exprimer ses opinions d'une manière qui nuit à la cause de son peuple. Son insistance à agir ainsi montre qu'il prend part à une tentative de créer une instance alternative de pouvoir.

Le Dr. Nusseibeh devrait se rendre compte que sa nouvelle position rejaillit de manière négative sur le Président Arafat, sur la question de Jérusalem, sur l'université qu'il dirige, et sur le mouvement auquel il appartient. L'intransigeance dont il fait preuve ne laisse à la Direction [palestinienne] et au Fatah que deux options : ou l'écarter, ou retarder la décision, donnant ainsi l'impression que la Direction palestinienne partage ses opinions. Une telle impression nuit à notre unité nationale et à l'Intifada, que le Dr. Nusseibeh décrit comme un état de convulsion.

Nous ne devons pas perdre notre temps à condamner la position du Dr. Nusseibeh. Il faut consacrer du temps à trouver le mécanisme approprié pour préserver le droit de retour et/ou une indemnisation. Il ne devra pas permettre à Israël de prétendre que le retour de trois à quatre millions de Palestiniens dans leurs foyers menace sa sécurité. Le droit collectif des réfugiés ne doit pas entraver l'application du droit des réfugiés individuels, qui peuvent choisir soit de revenir dans leur maison, soit d'être indemnisés. Ni Israël ni les réfugiés ne peuvent parvenir à la satisfaction de leurs intérêts sans qu'un mécanisme approprié à l'application du droit au retour ne soit mis en oeuvre.

Le fait qu'Israël ait échoué à imposer sa version de la paix le contraindra à modifier sa position concernant nos droits inaliénables, qui incluent le droit au retour.

Révolution jusqu'à la victoire.

© Menahem Macina et reinfo-Israel, pour la traduction française

© IMRA 2002 pour l'original anglais

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