Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Contentieux palestino-israélien

La vision palestinienne de la paix, par Yasser Arafat
23/03/2002

Libre opinion

The New York Times, 3 février 2002

Traduction française par Menahem Macina

Original anglais, sur le site du New York Times : www.nytimes.com/2002/02/03/opinion/03ARAF.html

Ce document peut être reproduit et diffusé, sous réserve de la mention du Copyright de l'original (IMRA), et de celui du traducteur et du site de CJE, sous la forme suivante : © M. Macina et reinfo-israel : www.reinfo-israel.com
A l'exception de la note [4], les notes critiques sont de la rédaction d'Imra.



Ce texte doit être lu en parallèle avec ce qu'Arafat écrit (en arabe) contre le Dr Nusseibeh qui conseille de renoncer au 'droit au retour'. La différence de ton est instructive, celle du vocabulaire également : par exemple Israël y est appelé "l'état sioniste". Voir: Éditorial officiel du Fatah [contre Nusseibeh]: La question des réfugiés: Une cause qui ne doit pas être profanée : www.debriefing.org/0056.html


Ramallah,

Durant les 16 derniers mois, Israéliens et Palestiniens ont été pris dans un cycle catastrophique de violence, qui n'annonce que plus de carnage et d'effroi. Ce cycle en a conduit beaucoup à conclure que la paix était impossible, mythe qui résulte de l'ignorance de la position palestinienne. Le moment est venu pour les Palestiniens d'énoncer clairement, afin que le monde l'entende clairement, la vision palestinienne.

Mais tout d'abord, permettez-moi d'être très clair. Je condamne les attaques perpétrées par des groupes de terroristes contre les civils israéliens. Ces groupes ne représentent pas le peuple palestinien, ni ses aspirations légitimes à la liberté. Ce sont des organisations terroristes, et je suis déterminé à mettre un terme à leurs activités. [1]

La vision palestinienne de la paix est celle d'un Etat palestinien indépendant et viable sur les territoires occupés par Israël en 1967, qui vivra en voisin et sur pied d'égalité à côté d'Israël, dans la paix et la sécurité tant pour le peuple israélien que pour le peuple palestinien. En 1988, le Conseil National de la Palestine a adopté une résolution historique appelant à l'application des résolutions applicables des Nations-Unies, en particulier, les résolutions 242 et 338. Les Palestiniens reconnaissaient le droit d'Israël à l'existence sur 78 pour cent de la Palestine historique, étant entendu qu'on nous permettrait de vivre librement sur les 22 pour cent restants, qui sont sous occupation israélienne depuis 1967. Notre engagement à respecter cette solution bi-étatique demeure inchangé, mais aussi, malheureusement, sans réciprocité.

Nous aspirons à une véritable indépendance et à une pleine souveraineté [ce qui implique]: le droit de contrôler notre propre espace aérien, nos propres ressources en eau ainsi que nos frontières; [le droit] de développer notre propre économie, d'avoir des relations commerciales normales avec nos voisins, et celui de voyager librement. Bref, nous aspirons seulement à ce dont jouit le monde libre aujourd'hui et uniquement à ce qu'Israël exige pour lui-même: le droit de décider de notre destin et de prendre notre place parmi les nations libres. [2]

En outre, nous aspirons à une honnête et juste solution de la situation difficile des réfugiés palestiniens qui, depuis 54 ans, n'ont pas été autorisés à retourner dans leurs maisons. Nous comprenons les préoccupations démographiques d'Israël et comprenons que le droit au retour des réfugiés palestiniens, garanti par les Lois internationales et par la Résolution 194 des Nations-Unies, doive être appliqué d'une manière qui tienne compte de ces préoccupations. Toutefois, tout comme nous, Palestiniens devons faire preuve de réalisme et comprendre les souhaits démographiques d'Israël, les Israéliens doivent également faire preuve de réalisme et comprendre qu'il ne pourra y avoir de solution au conflit israélo-palestinien si les droits légitimes de ces civils innocents continuent à être ignorés. Faute d'être résolue, la question des réfugiés est capable de ruiner toute possibilité d'un accord de paix permanent entre les Palestiniens et les Israéliens. Comment un réfugié palestinien peut-il comprendre que son droit au retour n'est pas honoré, alors que celui des Albanais du Kosovo, celui des Afghans et celui des habitants du Timor oriental l'ont été? [3]

Il y en a qui prétendent que je ne suis pas un partenaire pour la paix. En réponse, je dis que le partenaire d'Israël pour la paix, c'est, et cela a toujours été, le peuple palestinien. La paix n'est pas un accord signé entre des individus - c'est une réconciliation entre des peuples. Deux peuples ne peuvent pas se réconcilier quand l'un exige de dominer l'autre, quand on refuse de traiter l'autre comme un partenaire pour la paix, quand on recourt à la logique de la puissance plutôt qu'à la puissance de la logique. Israël doit encore comprendre qu'il ne peut avoir la paix en refusant la justice. Tant que continuera l'occupation des terres palestiniennes, tant que des Palestiniens seront privés de liberté, le chemin de la "paix des braves", sur lequel je me suis engagé avec mon défunt partenaire Yitzhak Rabin, sera jonché d'obstacles.

Il y a trop longtemps que les Palestiniens sont privés de leur liberté, et ils sont le seul peuple au monde à vivre sous occupation étrangère. [4] Comment est-il possible que le monde entier puisse tolérer cette oppression, cette discrimination et cette humiliation? L'accord d'Oslo, de 1993, signé sur la pelouse de la Maison Blanche, promettait aux Palestiniens la liberté en mai 1999. Au lieu de cela, depuis 1993, le peuple palestinien a subi le doublement du nombre des colons israéliens, l'extension des implantations israéliennes illégales sur le sol palestinien, et des restrictions croissantes à la libre circulation. Comment convaincrai-je mon peuple qu'Israël est sérieux en matière de paix, alors que, durant la décennie passée, Israël a intensifié la colonisation de la terre palestinienne dont il négociait un prétendu retrait? [5]

Mais aucun degré d'oppression, ni aucun niveau de désespoir ne peuvent jamais justifier le massacre de civils innocents. Je condamne le terrorisme. Je condamne le massacre de civils innocents, qu'ils soient Israéliens, Américains ou Palestiniens; qu'ils soient tués par des extrémistes palestiniens, par des colons israéliens, ou par le gouvernement israélien. Mais les condamnations n'arrêtent pas le terrorisme. Pour arrêter le terrorisme, nous devons comprendre que le terrorisme n'est que le symptôme, pas la maladie.

Les attaques contre ma personne, actuellement en vogue, peuvent être très efficaces en ce qu'elles fournissent aux Israéliens une excuse pour ignorer leur propre rôle dans ce qui a donné lieu à la situation actuelle. Mais ces attaques ne font guère avancer le processus de paix et, en réalité, tel n'est pas leur but. Beaucoup croient que Ariel Sharon, le premier ministre d'Israël, étant donné son opposition à tout traité de paix signé par Israël, attise la flamme de l'agitation, tentant ainsi de retarder indéfiniment le retour aux négociations. Il est regrettable qu'il ait si peu fait pour leur prouver qu'ils ont tort. Les pratiques du gouvernement israélien en matière de réglementation de la construction, de démolitions de maisons, d'assassinats politiques, de barrages, et de honteux silence face à la violence des colons israéliens et d'autres humiliations quotidiennes ne visent évidemment pas à calmer la situation. [6]

Les Palestiniens ont une vision de paix: c'est une paix basée sur la fin complète de l'occupation et le retour aux frontières israéliennes de 1967, le partage de la totalité de Jérusalem en tant que ville ouverte et capitale de deux Etats : la Palestine et Israël. C'est une paix chaleureuse entre deux égaux bénéficiant d'une coopération économique et sociale, gratifiante pour les uns comme pour les autres.

En dépit de la répression brutale des Palestiniens durant quatre décennies, je crois que, lorsque Israël considérera les Palestiniens comme des égaux, et non comme un peuple conquis auquel il peut imposer sa volonté, une telle vision pourra devenir réalité. Il le faut, en effet. [7]

Les Palestiniens sont prêts à mettre fin au conflit. Nous sommes prêts à nous asseoir [à la table des négociations] maintenant et avec n'importe quel dirigeant israélien, sans tenir compte de son passé, afin de négocier la liberté pour les Palestiniens, un arrêt total de l'occupation, la sécurité pour Israël, et des solutions novatrices à la situation difficile des réfugiés, qui respectent les préoccupations démographiques d'Israël. Mais nous ne nous assiérons [à la table des négociations] qu'en tant qu'égaux, et non comme des suppliants; en tant qu'associés, et non comme des sujets; en tant qu'aspirant à une solution juste et pacifique, et non comme une nation vaincue, reconnaissante pour les miettes qu'on jette devant elle. Car, en dépit de l'avantage militaire écrasant d'Israël, nous possédons quelque chose de plus grand encore: la puissance de la justice. [8]


Yasir Arafat a été élu président de l'Autorité Palestinien en 1996 ; il est aussi Président de l'Organisation de Libération de la Palestine [OLP].


© Menahem Macina et reinfo-israel, pour la traduction française


© IMRA 2002, pour l'original anglais

Independent Media Review and Analysis

Website: www.imra.org.il



--------------------------------------------------------------------------------

[1] [ IMRA: L'écrasante majorité des actions terroristes récentes ont été perpétrées par la propre milice illégale du Fatah de Yasser Arafat, le Tanzim. Non seulement Arafat a refusé de condamner les assaillants, mais lui-même ainsi que [les autres dirigeants] de l'Autorité Palestinienne continuent à féliciter les "martyrs" et [à exalter] le martyre. Tout récemment Arafat a même affirmé qu'il espérait devenir un martyr. Arafat a également refusé de prendre la moindre mesure substantielle contre les divers groupes et organisations qui perpètrent ces actes. Le Mufti de Jérusalem, nommé par Arafat lui-même, continue d'appeler à la destruction totale et entière d'Israël. ]

[2] [ IMRA: Remarquez que rien n'est dit concernant la disposition à accepter que soient mises des limites aux capacités militaires de cet Etat. ]

[3] [ IMRA: Notez la construction prudente de la phrase. "Tenir compte" ne signifie pas faire, de la survie démographique d'Israël en tant qu'Etat juif, une condition nécessaire. Comparez ceci à la Déclaration Conjointe israélo-palestinienne, du 25 juillet 2001, [qui stipulait] : "Des solutions peuvent être trouvées à toutes les questions en suspens, elles devront être loyales et justes pour les deux parties, ne pas porter atteinte à la souveraineté des Etats palestinien et israélien, telle qu'elle a été déterminée par leurs citoyens respectifs, et incarner les aspirations au statut étatique des deux peuples, juif et palestinien." La déclaration de juillet était loin d'être parfaite, mais elle démontre la tentative d'Arafat d'esquiver le [problème du] droit au retour sans aller aussi loin. Ce matin (3 février) le député arabe israélien Ahmed Tibi a déclaré à la radio israélienne qu'il avait eu connaissance à l'avance du contenu de cette libre opinion, et qu'elle avait été conçue pour faire échec à ce qu'avait réussi l'administration Barak: donner l'impression que les négociations avaient échoué du fait des demandes palestiniennes inacceptables quant au droit de retour. Répondant aux questions du présentateur de l'émission d'informations d'Israël, qui l'avait invité, Tibi a refusé d'indiquer combien de réfugiés reviendraient, selon lui, dans la 'Ligne Verte' : "Je ne le supputerai pas et je ne le dirai pas. Cela devra être décidé par des négociations basées sur les résolutions internationales." Il convient de noter que le système médiatique et éducatif palestinien renforce l'attitude : "aucun compromis" sur le droit au retour. ]

[4] [Arafat est trop préoccupé par le sort de son peuple pour être attentif au sort des autres. Outre qu'il y aurait beaucoup à dire sur ce qu'il appelle "les territoires occupés" (qui n'ont jamais appartenu aux Palestiniens, mais à l'Egypte et à la Jordanie, et, avant le Mandat britannique, à la Turquie, comme d'ailleurs toute la Palestine, qui n'en était qu'une province négligeable et négligée), le leader palestinien semble ne jamais avoir entendu parler du Tibet, dont la population vit sous la botte chinoise depuis un demi-siècle, après avoir subi une agression armée d'une extrême violence, qui fit de très nombreuses victimes civiles. Note de Menahem Macina]

[5] [ IMRA: Alors que les actions militaires et les provocations palestiniennes sont explicitement proscrites par Oslo, les implantations ne sont absolument pas limitées dans les documents d'Oslo. Oslo prohibe seulement l'annexion. Au maximum, on tombe dans le flou de l'"esprit d'Oslo". Ainsi, Arafat se plaint de [violations de] l'"esprit", alors qu'Israel souffre de violations réelles. Il faut aussi noter que les restrictions à la libre circulation sont le résultat de la violence palestinienne illégale. Sans la violence palestinienne, il n'y aurait nul besoin de ces restrictions, coûteuses pour l'économie israélienne et stressantes pour les forces de sécurité d'Israël. ]

[6] [ IMRA: Les terroristes recherchés, tués par Israël, étaient censés avoir été arrêtés par l'Autorité Palestinienne. Ils sont morts parce que l'Autorité Palestinienne n'a pas honoré ses engagements en mettant ces gens en détention. Les maisons ont été démolies parce qu'elles ont servi de couverture à des attaques palestiniennes illégales et à la contrebande d'armes illégales : elles seraient encore debout aujourd'hui si l'Autorité Palestinienne honorait sa part de l'accord et utilisait les dizaines de milliers d'hommes de ses forces de sécurité pour maintenir la paix. ]

[7] [ IMRA: Arafat se réfère aux arrangements antérieurs à la création de l'Etat d'Israël comme à un modèle pour Jérusalem. Tout au plus, les Juifs pouvaient-ils visiter le "Mur des Lamentations", mais il n'était pas même question d'y sonner le shofar au Nouvel An, ni d'y laisser des chaises ou d'autres objets. ]

[8] [ IMRA: L'erreur cruciale d'Oslo, dès le premier jour, a été la décision de donner plus d'importance aux "paroles" et aux séances de photos qu'à l'action. À chaque étape, l'Autorité Palestinienne signait des engagements concernant les mesures de sécurité (armes illégales, milices illégales, etc...) et les provocations. A chaque fois, ils étaient "payés" pour le renouvellement de leurs engagements, alors qu'en réalité ils ne tenaient jamais leurs promesses. Au lieu de consacrer son temps à rédiger une libre opinion pour le New York Times, Arafat aurait pu apporter une vraie contribution à la paix et à la réconciliation en envoyant les dizaines de milliers d'hommes de ses forces de sécurité collecter les armes. Une pile de milliers de fusils d'assaut illégaux chargés dans des camions qui les acheminent à la destruction par des observateurs américains, serait un pas dans la bonne direction. ]