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Contentieux palestino-israélien

Pas de droit de retour en Israël pour les Palestiniens
18/08/2003

Editorial de Ha'aretz

lundi 18 août 2003 - 20 Av 5763

Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org

Original anglais : www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=330494&contrassID=2&subContrassID=3&sbSubContrassID=0&listSrc=Y


Le ministre des Affaires extérieures de l'Autorité Palestinienne [AP], Nabil Sha'ath, a choisi le Liban - Etat arabe qui enfreint les droits de l'homme les plus fondamentaux d'une multitude de réfugiés palestiniens - pour émettre une déclaration provocante à propos du droit des réfugiés de 1948 à retourner à Haïfa. Ses remarques n'étaient ni un lapsus ni même un sophisme historico-juridique concernant les droits théoriques de principe, qui sont ceux des réfugiés.

Dans une série de déclarations bien léchées, le ministre de l'AP s'est référé au retour des réfugiés comme à une solution pratique - voire une condition préalable - à la finalisation d'un accord permanent. Prenant la parole, vendredi [15 août], au cours d'une rencontre à Beyrouth, à laquelle participaient des délégués des réfugiés, Sha'ath a affirmé que le droit de retour dans "les villes palestiniennes de l'Etat juif" était partie intégrante de l'initiative arabe de paix mentionnée par la feuille de route, en tant que l'un des éléments fondamentaux d'un accord permanent entre Israël et les Palestiniens.

Dans le même temps, les organisations qui administrent les camps de réfugiés dans les territoires ont tenu, sous l'égide de l'Autorité Palestinienne, une manifestation sur le thème: "Il n'y a pas d'alternative au droit de retour". Les orateurs ont conspué le professeur Sari Nusseibeh, qui avait fait campagne pour soutenir un plan de paix proposant que les réfugiés exercent leur droit de retour en s'établissant dans un nouvel État palestinien érigé sur la Rive Occidentale [Judée-Samarie] et la Bande de Gaza. Ils s'en sont pris également au Dr Khalil Shikaki, directeur de l'institut de recherche sur l'opinion publique, de Ramallah, qui a rendu publics les résultats d'une large enquête révélant que seule une minorité de réfugiés du Liban, de Jordanie et des territoires veulent exercer leur droit de retour en Israël.

Les déclarations concernant le droit de retour, en particulier celles de Sha'ath, ont donné lieu à des réfutations véhémentes non seulement (comme c'était prévisible) de la part des porte-parole du gouvernement et de la droite israélienne, mais également de la part de Shimon Peres, chef de l'opposition, et des députés du parti Meretz, Yossi Sarid et Ran Cohen. Ils ont souligné qu'ils s'opposeraient fermement à un accord de paix comportant un droit de retour des Palestiniens en Israël, du fait qu'un tel droit constitue une menace pour l'identité de l'Etat et pour la solution de deux Etats pour deux peuples.

La direction palestinienne ferait bien de prendre très au sérieux cette unanimité du front israélien qui s'oppose à un droit de retour. Les défenseurs les plus ardents des accords d'Oslo croient que la concession aux Palestiniens d'un droit de retour à Haïfa pourrait avoir comme honnête contrepartie, celle d'un droit de retour à Hébron pour les Juifs. Israël, tout comme l'AP et les Etats arabes, auraient intérêt à chercher une juste solution pour des centaines de milliers de gens sans patrie et privés de droits civiques, qui vivent dans des camps de réfugiés ou hors de ces derniers. Mais cette solution ne peut inclure un retour des réfugiés dans l'Etat d'Israël; au lieu de cela, le retour devrait s'effectuer dans l'Etat palestinien qui sera créé aux côtés d'Israël.

Presque tous les dirigeants palestiniens ont rendu un mauvais service à leur peuple en entretenant,
chez les réfugiés, l'illusion d'un droit de retour en Israël, au lieu de les inciter courageusement
à reconnaître que la fondation d'un Etat palestinien implique le renoncement aux espoirs de retour en territoire israélien. Par ses remarques irresponsables, Sha'ath jette de la poudre aux yeux des Palestiniens, et compromet les perspectives de conclusion d'un accord, même avec ceux qui, en Israël, croient au compromis.


© Ha'aretz, pour le texte original, et upjf.org et M. Macina, pour la traduction française.

Mis en ligne le 18 août 2003 sur le site www.upjf.org