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Contentieux palestino-israélien

Le problème palestinien : tout est dans le nom, Sidney Zion
20/08/2003

31 juillet 2003

Traduction française par Jane B. (Paris)

Original anglais : jewishpress.com/news_article.asp?article=2674

La seule chose au Moyen-Orient qui se passe d'arguments, et même qui aille de soi, est le fait que le peuple palestinien est un peuple sans Etat et sans foyer.

Vous ne pouvez lutter contre ça nulle part au monde, pas même à Tel Aviv.
Le fait que 4 guerres aient eu lieu dans le but prétendu de résoudre la situation lamentable des Palestiniens consolide ce consensus.

Tout le monde le croit.

Le processus de Paix d'Oslo est tombé en ruines, et la "Road Map" s'éteint, à peine commencée dans la précarité, en raison de l'incapacité des parties concernées de se mettre d'accord sur une formulation de principe concernant le droit - ou le non-droit - des Palestiniens de définir leur propre avenir sur la Rive occidentale du Jourdain, territoire considéré par le monde entier comme la partie historique, politique, géographique, et démographique de la Palestine.

Mais même quand les arguments font rage, où, quand et comment cela devrait-il ou pourrait-il être réalisé? S'agirait-il d'un Etat, d'une patrie, d'une entité ?
Beaucoup de gens bien intentionnés vous diront qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y a pas de nation palestinienne.

Le problème avec cette conception c'est qu'elle n'est pas exacte. Il y a et il y a eu une nation palestinienne depuis le 14 mai 1946, juste deux ans avant la création de l'Etat d'Israël.

Appelée, à l'origine, le Royaume de Transjordanie, cette nation est connue sous le nom de Royaume de Jordanie. Elle est située sur la rive-est du Jourdain et comprend 80% de la Palestine historique, politique, géographique et démographique. Elle a une population de 3 millions de personnes, qui sont pratiquement toutes nées ou arrivées là en provenances des autres 20% de la Palestine - Israël, plus les 'territoires occupés', connus sous le nom de Cisjordanie).
La Palestine comprenait alors les deux côtés du Jourdain, et était bordée, à l'ouest, par la Méditerranée, à l'est, par l'Arabie Saoudite et l'Irak, au sud, par l'Egypte, et au nord, par la Syrie et le Liban.

Ces frontières ont été universellement reconnues depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'en 1946 quand la Grande Bretagne créa, par ordonnance, le Royaume indépendant de Transjordanie, retranchant ainsi les 4/5 de la Palestine et les remettant aux arabes, en violation complète du mandat accordé sur les territoires par la Société des Nations.

Dans les années qui suivirent, la Jordanie fut reconnue comme une nation séparée et distincte de la Palestine, sa seule relation étant le rôle de principal "pays d'accueil" pour les Palestiniens réfugiés, déplacés par la création d'Israël.

Quand Israël obtint son indépendance par la révolte contre les colons britanniques, il a été considéré comme une création des Nations unies, et comme devant son existence à la mauvaise conscience du monde après l'Holocauste.

Depuis sa victoire dans la Guerre des Six Jours, en 1967, Israël, à ce que l'on dit, contrôle toute la Palestine. Son refus de céder complètement les territoires occupés après la guerre, de l'est de Jérusalem au Jourdain, plus la bande de Gaza, est par conséquent considéré comme l'obstacle aux droits nationaux d'autodétermination des Arabes palestiniens.

Ainsi disparaît la sagesse conventionnelle du monde, et, parce que cette croyance est tellement répandue, on pense naturellement que c'est juste et objectif.

Et pourtant, il ne fait aucun doute qu'elle est basée sur une incroyable distorsion de l'histoire, de la politique, de la géographie et de la démographie.

Aussi, à moins que cette distorsion ne soit corrigée, il y a peu de chance pour que quelque chose aboutisse à une paix durable au Moyen Orient.
Un bref regard sur les évènements récents suffit à mettre le problème en évidence.

Un cadeau pour Abdullah

Avant la Première Guerre mondiale, le mot "Palestinien" n'avait pas de réalité géographique bien définie et ne représentait aucune identité politique.
En 1920, cependant, les puissances alliées confièrent à la Grande-Bretagne un mandat sur le territoire autrefois occupé par la Turquie.

On l'appela la Palestine mandataire . Elle comprenait les deux rives du Jourdain.

Ce mandat fut confirmé par la Société des Nations, en 1922, et resta inchangé tant que dura la SDN. Le mandat incorpora la Déclaration Balfour, la fameuse proclamation de 1917 par laquelle la Grande Bretagne s'engageait à fournir une terre en Palestine pour le peuple juif.
Elle ne prit pas d'engagement envers les Arabes qui y vivaient, mais elle protégea les "civils et les religieux", et non leurs droits politiques.

Cependant, deux mois après que la SDN ait approuvé le mandat, Winston Churchill, alors secrétaire colonial de Grande-Bretagne, changea les règles du jeu.

"Un soir au Caire", comme Churchill s'en est vanté ultérieurement, il prit tout simplement toute la partie-est du Jourdain et installa le Hachémite Abdullah (l'arrière grand père de l'actuel roi Abdullah) en qualité d'Emir.

Mais il ne le libéra pas du mandat, et les gens vivant sur la rive-est étaient, à tous égards, des Palestiniens. Les gens qui y vivaient voyageaient avec des passeports palestiniens, comme les Juifs et les Arabes vivant à l'ouest, mais toute la région était efficacement administrée par la Grande-Bretagne.

Pourquoi Churchill fit-il cela? Parce qu'Abdullah était amèrement déçu de ne pas avoir été choisi par les Anglais comme roi d'Irak, un royaume qui revenait à son frère.
Churchill voulait flatter l'ego d'Abdullah et en même temps servir l'Empire.

Selon le délégué de la banque de Grande-Bretagne, Sir Alec Kirkbride, cette terre, représentant 80% du mandat, était destinée à servir de réserve pour transférer les populations arabes, une fois que le foyer national juif - qu'ils s'étaient engagés à soutenir - serait un fait accompli. A ce stade, il n'y avait aucune intention de faire, du territoire situé à l'est du Jourdain, un Etat arabe indépendant. En effet, Churchill persuada les sionistes d'aller de l'avant en s'accommodant de la suspension de l'immigration juive à l'est, afin de calmer la population arabe indigène de la rive occidentale ; ce qui [selon lui] rendrait possible la création d'une patrie juive à l'est du Jourdain. Bien entendu, il n'en fit rien. Au lieu de cela, il excita les appétits arabes pour la totalité de la Palestine, objectif qui faillit être atteint à plusieurs reprises: révolte des Arabes palestiniens contre les Juifs, en 1936 ; livre blanc britannique de 1939 stoppant l'immigration juive vers la terre sainte et enfermant les Juifs d'Europe dans les mailles d'Hitler ; enfin, la guerre des pays arabes coalisés contre le nouvel Etat israélien, proclamé en 1948.


L'inversion de Balfour

Jusqu'en 1946, toutefois, la Transjordanie resta dans le giron du mandat britannique sur la Palestine. Les Anglais érigèrent la Transjordanie en entité indépendante sans que l'autorité internationale s'en inquiète.

En conséquence, ce qui avait commencé, en 1920, comme un mandat visant à faire de la Palestine une patrie pour les Juifs, tournait, contrairement à la Déclaration Balfour, à la création d'une nation arabe sur les 4/5 de la Palestine, et laissait les Juifs combattre contre les Arabes pour leur Etat sur la rive-ouest.

Résultat: la Jordanie est désormais considérée comme une entité immuable distincte de la Palestine, comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite,la Syrie, le Liban et l'Irak.
Mais une région dont la population est pratiquement palestinienne peut difficilement être considérée comme n'ayant rien à voir avec une nation palestinienne.

Là encore, la conception selon laquelle la Jordanie n'a rien à voir avec la Palestine est si profondément ancrée, qu'il ne faut pas s'étonner si le New York Times et les autres médias la traitent comme une entité à part.

Bien sûr, ce n'est pas vraiment nouveau. Les lecteurs d'un certain âge ayant une bonne mémoire peuvent se rappeler que le Times a adopté cette approche au moins aussi loin en arrière que le milieu des années 70, quand, dans une série en trois parties sur les Palestiniens, le journal dessinait la carte historique en séparant la Transjordanie du mandat britannique, et reprenait à son compte la fiction selon laquelle Israël occupait toute la Palestine.

Ironie du sort, pendant que le Times se lamentait sur les Palestiniens "apatrides", le défunt journaliste de gauche, I.F. Stone, se plaignait dans la New York Revue of Books que les dissidents juifs, comme lui même, ne puissent pas émettre un mot de compassion pour la nation palestinienne.

Stone savait tout sur les deux rives du Jourdain, à en croire son article.
Il semble pouratnt qu'il n'ait rien compris.

Il ne suggéra ni que les Palestiniens avaient déjà un Etat, ni que la seule chose que la presse américaine ne mentionnait jamais était le fait que la Jordanie est la Palestine.
Par ailleurs, le gouvernement israélien ne mentionne jamais ni l'un ni l'autre, et l'histoire a intégré ce fait.


La Jourdanie par rapport à la Palestine

Quand, en 1922, les sionistes acceptèrent de suspendre l'immigration vers l'est, en accord avec la demande de Churchill, Vladimir Jabotinski signa. Mais Jabotinski, le fier et élégant leader sioniste - qui devint plus tard le père du mouvement clandestin, Irgoun Zvaï Leumi, et "l'aigle" de son commandant, Menahem Begin, changea d'avis, un an plus tard, après qu'il soit apparu clairement que les Juifs s'étaient bel et bien fait avoir.

"Il n'y a pas de palestiniens, il n'y a que des Jordaniens", répétait Golda Meïr encore et encore.
Bien sûr, elle avait tort. En fait, il n'y a pas de Jordaniens, il n'y a que des Palestiniens.
La raison pour laquelle Golda Meïr insista sur cette opposition (ce que quiconque est au fait du passé sioniste politique peut comprendre) était que son ennemi politique, Jabotinski, était dans l'autre camp.

Meïr, qui, comme son parti, le Mapaï - qui administra Israël depuis l'époque pré-étatique jusqu'à Begin -, haïssait Jabotinski et ses partisans, qu'elle considérait comme des "fascistes", fut élue Premier ministre en 1977.

La vision de Jabotinski était que les deux rives du Jourdain revenaient à Israël. Il écrivit une chanson à ce sujet: "La rive-ouest est à nous, la rive-est est aussi à nous."

Menahem Begin marcha sur ce ton presque toute sa vie. Pour des raisons de politique intérieure, il l'abandonna dans les dernières années, mais ce qui est surprenant, pour ne pas dire plus, c'est qu'il n'y fit même pas allusion après être devenu Premier Ministre.
S'il avait persisté à enseigner au monde la véritable histoire de la Palestine, Begin aurait pu clarifier cette confusion et apporter une contribution à la paix.

Ainsi, si le monde comprenait qu'Israël n'occupe que 20% de la Palestine et non 100%, cela ne ferait-il pas une différence?
S'il apparaissait clairement que les réfugiés arabes et leurs enfants qui traversèrent le Jourdain en 1948 n'entraient pas dans un "pays d'accueil", mais dans la partie arabe de leur pays, cela ne ferait-il pas une différence?

Bien sûr que cela ferait une différence.

Israël s'est fait voler sa légitimité politique, historique et géographique alors qu'il apparaît comme ayant volé aux Palestiniens une nation qu'ils ont déjà.

"S'il y a une Palestine, il peut y avoir un Israël", disait le défunt Peter Bergson, qui dirigeait le Mouvement Hébreu de Libération en 1940, "mais si nous présentons la Jordanie comme une nation arabe quelconque, au même titre que l'Arabie Saoudite, alors la guerre pour l'extinction d'Israël par étapes est en cours... "Car", ajoutait Bergson: "si nous insistons sur le fait que la totalité de la Palestine est la Rive occidentale, toute parcelle que nous rendons est tout simplement le fruit d'un crime. Mais si nous disons la vérité, si nous précisons que 80% de la terre sont déjà aux mains des Arabes palestiniens, chacun, ici et dans le monde entier, verra la vraie nature du litige.

"Et qu'est-ce donc, si ce n'est une querelle de frontières? Tout désaccord dans l'histoire a été réglé en traçant de nouvelles frontières.

Mais vous ne pouvez pas en venir à bout si quelqu'un pense qu'il a été spolié de sa souveraineté nationale".

Et même si tout cela semble théorique, impossible à mettre en pratique, dépourvu de pragmatisme, c'est tout le contraire.

Un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza n'est pas viable économiquement, sans au moins un arrangement avec la Jordanie, et cela même dans la perspective - peu probable - où Israël se retirerait sur ses frontières d'avant 1967.

S'ils demeurent amputés de leur véritable territoire, la Jordanie, les Palestiniens chercheront leur espace vital soit vers la Méditerranée soit au delà du Jourdain. Evidemment; ils ne seront pas de taille à se mesurer avec Israël, mais le roi de Jordanie semblera une belle cible pour un Etat palestinien en déroute.

C'est la raison pour laquelle Abdullah, comme son défunt père avant lui, craint un Etat Palestinien malgré ce qu'il dit publiquement. En effet, aucune nation arabe voisine ne veut un Etat séparé sur la Rive occidentale : ni l'Egypte, ni l'Arabie Saoudite, ni la Syrie, ni le Liban.

Certains d'entre eux disent qu'ils le veulent, mais si quelqu'un est sensible à la rhétorique, au Moyen-Orient, il fait partie du département d'Etat américain

Sidney Zion

© FrontPageMag, pour l'original anglais, et upjf.org et J.B. pour la traduction française



Mis en ligne le 21 août 2003 sur le site www.upjf.org