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Contentieux palestino-israélien

Attachement accru des Palestiniens au Droit de retour
03/01/2004

Titre complet : "Attachement accru des Palestiniens au Droit de retour depuis l'Initiative de Genève"

MEMRI


THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE

Dépêches spéciales - No. 634

Pour lire ce document en format HTML, cliquer ici : www.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD63403


29 décembre 2003

Le 1er décembre 2003, la présentation officielle de l'Initiative de Genève a provoqué des remous parmi les Palestiniens, intervenus principalement en réaction aux déclarations israéliennes selon lesquelles les Palestiniens auraient renoncé au droit de retour – ce que les dirigeants palestiniens ont nié. Les parties israélienne et palestinienne ont soutenu des points de vue différents en se référant au même article du document de Genève, portant sur la question des réfugiés palestiniens.
Selon Hussein Hejazi, conseiller médiatique du ministère palestinien des Affaires étrangères, l'article 7 a été intentionnellement formulé dans un langage ambigu, afin que les deux côtés puissent gagner le soutien de leurs peuples respectifs. Toutefois l'exploitation de cette ambiguïté par la partie israélienne à des fins politiques a conduit à la réaffirmation brutale chez les Palestiniens de leur attachement au droit de retour.

Voici un résumé des réactions palestiniennes aux déclarations israéliennes selon lesquelles les Palestiniens auraient renoncé au droit de retour.



Ambiguïté intentionnelle sur la question des réfugiés

L'article 7 du document de Genève, qui porte sur le problème des réfugiés, est formulé dans un langage ambigu: il mentionne la Résolution 194 de l'Assemblée générale des Nations unies comme étant la 'base' du règlement du problème des réfugiés. [1] Il propose cinq options aux réfugiés, sans préciser si elles remplissent les conditions de la Résolution 194. Cette formulation vague a permis aux deux côtés de défendre l'accord face à leurs cibles respectives, chacun abordant la question des réfugiés en des termes que les populations, israélienne d'un côté, palestinienne de l'autre, seraient susceptibles d'accepter.

Tandis que les Palestiniens assuraient que le document reconnaissait le droit de retour en ce qu'il se référait à la Résolution 194 des Nations unies comme étant 'la base de la résolution du problème des réfugiés', la partie israélienne pouvait de son côté affirmer que les Palestiniens avaient renoncé au droit de retour, annonçant que les deux côtés s'étaient mis d'accord pour que le nombre de réfugiés admis à revenir soit déterminé par Israël, ainsi que le stipule l'option IV du document de Genève.

Le côté israélien ayant présenté l'article 7 comme un succès israélien ou une concession palestinienne, la direction palestinienne a dû démentir avec force la moindre concession, insistant sur l'importance du droit de retour. Un problème est donc né des deux côtés: côté palestinien, il sera désormais difficile de faire des concessions sur le droit de retour, tandis que les Israéliens se trouvent dans une position où accepter le droit de retour est plus difficile que jamais, en raison de la précision des revendications palestiniennes.

Suite aux dures critiques adressées aux Palestiniens directement impliqués dans l'Initiative de Genève, Jamal Zaqut, membre du bureau politique de l'Union démocratique palestinienne et l'un des artisans de l'accord, a évoqué l'ambiguïté du document sur la question des réfugiés dans un article du quotidien Al-Hayat Al-Jadida, affilié à l'Autorité palestinienne : «Il faut reconnaître qu'il existe une certaine ambiguïté dans cette section. Le document ne dicte pas un retour collectif intégral de millions de Palestiniens, mais ne renonce pas non plus à ce droit.

En outre, la résolution du problème des réfugiés s'étendrait sur cinq ans, alors que le temps que doit prendre le retrait israélien des territoires palestiniens, le démantèlement des implantations et le déploiement complet de la souveraineté palestinienne sur sa terre – conformément à ce qu'indiquent les cartes, qui comptent plus que les textes – serait de trois ans.»

Zaqut a également dit: «Contrairement à l'Initiative Clinton, qui considère les cinq options [offertes aux réfugiés] comme l'exécution de la Résolution 194 (…), le document de Genève ne stipule pas que [l'application de la Résolution 194] se fera 'conformément aux [cinq options] mentionnées plus haut', vu que cela pourrait être considéré comme une restriction [de l'application] de la Résolution 194 à seulement cinq options.» [2]

Hussein Hejazi, commentateur politique et conseiller médiatique du ministère des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, écrit dans un article du quotidien Al-Ayyam, de l'Autorité palestinienne: «La formulation ambiguë de [l'initiative de] Genève autorise la partie palestinienne à affirmer que le droit de retour est reconnu par le document tout en permettant aux détracteurs du document [côté israélien] de s'entendre avec la partie palestinienne sur le fait qu'Israël aurait accepté le droit de retour. Toutefois, cette ambiguïté permet à Yossi Beilin d'affirmer qu'il n'y a plus d'obstacle au droit de retour et qu'il s'agit d'une victoire pour Israël (…)» [3]


Arafat et les responsables palestiniens mettent de nouveau l'accent sur le droit de retour

Voici les propos tenus par les responsables palestiniens suite aux déclarations israéliennes selon lesquelles les Palestiniens auraient renoncé au droit de retour.

Dans un discours de Yasser Arafat prononcé par le vice-président exécutif de l'université de Bethlehem, Manuel Hassassian, à l'occasion de la cérémonie de la déclaration de Genève, il est dit: «Je transmets mes salutations, mon respect et ma profonde considération aux forces israéliennes, palestiniennes et internationales de paix, réunies aujourd'hui à Genève pour montrer aux peuples, aux pays et aux gouvernements du Moyen-Orient, ainsi qu'au monde entier, que la réalisation de la paix entre les deux peuples, palestinien et israélien, est une urgente nécessité.»

Afin de préciser sa position sur la question des réfugiés, Arafat y mentionne la Résolution 194 des Nations unies: «Dans ce contexte, j'aimerais souligner notre acceptation de la Résolution 1515 du Conseil de sécurité et notre attachement aux Résolutions de l'ONU, notamment aux Résolutions 242, 338, 425, 194 et 1397.» [4]

Lors d'une conférence de presse à Beyrouth, Nabil Chaath, ministre palestinien des Affaires étrangères, a souligné: «Les Palestiniens ne renonceront jamais au droit du retour chez eux. Les négociations ne portent que sur les modalités de l'application du retour.» [5]

Le 1er décembre 2003, le cheikh Ikrama Sabri, mufti de Jérusalem et des territoires palestiniens, a envoyé une fatwa à la Conférence nationale pour la Défense du droit de retour, tenue au Centre Rachad Shawa de Gaza. Cette fatwa interdit aux réfugiés palestiniens d'accepter des dédommagements en échange de l'abandon du droit de retour:

«La peine encourue par toute personne qui accepterait des dédommagements en échange de sa propriété est similaire à celle définie par la fatwa émise par des savants religieux dans les années 1930, laquelle interdisait strictement [aux réfugiés] d'accepter des dédommagements [contre des territoires]. En effet, la terre palestinienne n'est pas une marchandise pouvant être vendue et achetée; c'est un Waqf saint et béni.» [6]

Dans une session consécutive à la cérémonie de Genève, le Conseil législatif palestinien a insisté sur le droit du retour «des réfugiés palestiniens» vers leur patrie, ajoutant que ces derniers avaient également le droit de bénéficier de dédommagements en compensation des longues années de souffrance et des biens perdus, à travers l'application de la Résolution 194 et des conventions internationales reconnues par les Nations unies.» [7]

Intervenant également à la Conférence nationale pour la Défense du droit de retour, Rafiq Al-Natsheh, président du Comité législatif palestinien, a déclaré: «Le problème palestinien a débuté avec les réfugiés et il ne se réglera qu'avec leur retour à leurs habitations. Nous ne permettrons à personne de renoncer aux droits de notre peuple (…) Ceux qui imaginent que nous pouvons établir la paix aux dépens de nos droits nationaux, rêvent. Si l'Initiative de Genève et les autres initiatives doivent nous coûter ces droits, elles peuvent aller au diable (…) Si les accords de paix ne nous rendent pas nos droits, nous les recouvrerons par la résistance et le combat.» [8]


Les membres du Conseil national palestinien

Abd Allah Al-Hurani, président du Conseil national palestinien (CNP) et de la Conférence nationale pour la Défense du droit de retour, a envoyé une lettre à tous les artisans du document de Genève, où il les accuse de ne représenter qu'eux-mêmes. [9] Lors d'une réunion politique à Gaza, il a déclaré: «Le problème des réfugiés palestiniens est la base du mouvement moderne de libération palestinien, dont la devise est le retour et la libération (…)

L'accord de Genève a déchargé Israël de la responsabilité du problème des réfugiés. Même les dédommagements censés compenser les bénéfices [israéliens] tirés du territoire [palestinien], et les dédommagements pour les catastrophes subies par les réfugiés palestiniens, seront accordés par un fonds international rassemblant les dons de tous les pays du monde, Israël inclus, ce qui décharge Israël de sa responsabilité matérielle à l'égard des réfugiés palestiniens.» [10]

Walid Al-Awadh, secrétaire général du Comité des réfugiés du CNP, a appelé à contrecarrer l'Initiative de Genève, parce que «son contenu concernant les réfugiés dévie de la politique officielle de l'OLP – seul représentant légitime de notre peuple – et est en complète contradiction avec la résolution du Conseil central et du Conseil national en la matière (…), représentant [en outre] une évidente violation de la Résolution 194 des Nations unies, qui garantit le droit absolu des réfugiés au retour à leurs habitations.» [11]


Dirigeants du Fatah

Au cours d'une visite au camp de réfugiés d'Al-Rashidiyya au Sud Liban, Hani Al-Hassan, membre du Comité central du Fatah et conseiller politique de Yasser Arafat, a déclaré: «Le comité central [du Fatah] ne reconnaît pas l'accord de Genève (…) Nous adhérons au droit de retour (…) [12] L'Autorité palestinienne n'abandonnera pas le droit de retour qui a été approuvé par le Conseil de Sécurité dans la Résolution 194.» [13]

Dans une interview du quotidien palestinien Al-Qods, Zakaria Al-Agha, chef du Fatah, a affirmé: «Nous pensons que le document de Genève ne défend ni les droits du peuple palestinien ni la position du Fatah car il ignore l'un des droits fondamentaux de notre peuple, qui est le droit de retour, lequel concerne la grande majorité de notre peuple. Nous n'accepterons aucune solution qui ne propose pas un règlement de tous les éléments du problème palestinien.» [14]

Al-Qods a également interviewé Sakher Habash, membre du Comité central du Fatah, connu pour être un proche d'Arafat, qui a affirmé: «Le document de Genève a renoncé au droit de retour. Les signataires n'ont pas l'autorité requise pour cela (…) Le document de Genève affirme qu'il existe un partenaire palestinien quand on évoque les concessions, mais non quand il s'agit de paix ou de [trouver] une solution politique (…) Je crois à la nécessité d'agir sur la scène israélienne et de convaincre la société israélienne que nous voulons la paix, mais non au détriment de nos droits.» [15]

Lors d'un rassemblement public à Ramallah, Habash, représentant les Forces nationales islamiques, a déclaré que le mouvement avait enjoint ses dirigeants à ne pas se rendre à Genève pour la cérémonie de présentation de l'Initiative, les exhortant à demander des comptes à quiconque enfreindrait cette directive. Habash a affirmé que «la question des réfugiés et de leur droit sacré et absolu au retour sur leur patrie et dans leurs demeures, d'où ils ont été expulsés, est un problème arabe palestinien qui concerne tous les Arabes et tous les musulmans. Nul n'est en droit de le négocier.» [16]

Lors d'une conférence à Ramallah, les dirigeants de la Shabiba, mouvement de jeunesse du Fatah en Cisjordanie, ont exprimé leur forte opposition à l'Initiative de Genève, qualifiée de «complot contre le peuple palestinien et son Intifada.» Le mouvement publie également un communiqué affirmant son «attachement a tous les droits nationaux, et essentiellement au droit de retour de tous les réfugiés palestiniens aux habitations d'où ils ont été expulsés», précisant que «la lutte continuera, la lutte contre cette initiative et contre toute initiative qui contrevient à nos droits nationaux, jusqu'à ce que le but suprême soit atteint (…)» [17]


Les dirigeants palestiniens: l'Initiative de Genève: rien de plus qu'un «exercice politique» pour faire passer le problème du côté israélien

Certains figures palestiniennes-clé ne se sont pas contentées de démentir l'interprétation israélienne de la résolution du problème des réfugiés selon le document de Genève. Elles ont rejeté le document dans sa globalité, le qualifiant de manœuvre politique, de procédé visant à soutenir la gauche israélienne ou à faire passer le problème du côté israélien.

Nabil Chaath a déclaré au quotidien saoudien Okaz: «L'Initiative de Genève n'est rien de plus qu'un exercice politique, que nous encourageons parce qu'il s'oppose au gouvernement de Sharon et à la solution militaire (…) Mais nous ne pouvons pas nous engager et devons encore en débattre (…) De notre côté, rien n'a changé. Nous débattrons de l'ensemble: l'Etat, la terre, l'eau, les réfugiés, etc. (…)» [18]

Dans une interview du quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, Jibril Rajoub, conseiller d'Arafat pour la sécurité nationale, a affirmé que les Palestiniens étaient favorables au camp de la paix israélien mais pas au document: «Le président Arafat était obligé de saluer les efforts du camp israélien de la paix (…) Le président n'a jamais donné son accord ni adopté le document [de Genève].

Premièrement, ce n'est pas un document officiel. Deuxièmement, il ne lui a jamais été présenté, et nul ne lui a demandé son opinion (…)» [19]

Lors de sa visite au camp de réfugiés d'Al-Rashidiyya au Sud Liban, Hani Al-Hassan a également déclaré que «Sharon est opposé au document; il veut un Etat [palestinien] sur seulement 50% du territoire palestinien, alors que notre devise est de détruire la politique de Sharon. Nous voulons faire passer la lutte [interne] du côté israélien.» [20]


Notes

[1] Article 7, Section 2.I: "Les parties reconnaissent que la Résolution 194 de l'Assemblée générale des Nations unies, la Résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations unies et l'Initiative de paix arabe (Article 2.II.) sur les droits des réfugiés palestiniens, représentent la base du règlement du problème des réfugiés, et s'accordent sur le fait que ces droits sont reconnus par l'Article 7 de ce document." www.heskem.org.il/Heskem_en.asp?id=9.
[2] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 30 novembre 2003.
[3] Al-Ayyam (Autorité palestinienne), le 6 décembre 2003.
[4] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[5] Al-Ayyam (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[6] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[7] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 3 décembre 2003.
[8] Al Qods (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[9] Al Qods (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[10] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 5 décembre 2003.
[11] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 1er décembre 2003.
[12] www.gazapress.com/arabic/modules.php?name=News&file=article&sid=8796.
[13] Al-Nahar (Liban), le 9 décembre 2003.
[14] Al Qods (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[15] Al Qods (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[16] Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), le 2 décembre 2003.
[17] Al-Ayyam (Autorité palestinienne), le 30 novembre 2003.
[18] Okaz (Arabie Saoudite), le 3 décembre 2003.
[19] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 7 décembre 2003.
[20] www.gazapress.com/arabic/modules.php?name=News&file=article&sid=8796.

© MEMRI

Mis en ligne le 03 janvier 2004 sur le site www.upjf.org

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