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Menahem Macina

La vitupération irrationnelle d'Israël, Menahem Macina
24/03/2002

Texte originellement mis en ligne le 24 mars 2002. Il n'avait eu alors que 104 lecteurs. C'est que nous étions peu connus, ou que le sujet n'intéressait pas ! Le voici remis en ligne et updaté, ce 22 décembre 2004. C'est le moment de vérifier si son score s'améliore, bien que la période soit peu propice aux gros scores de visite, en raison des congés et des vacances d'hiver. Mais comme je suis en congé, moi aussi, je me paie le luxe de quelques remakes. Les internautes jugeront. Menahem Macina.


7 janvier 2002


Le « droit d'ingérence », dont certaines grandes puissances et l'Organisation des Nations Unies elle-même ont usé (et abusé) pour mettre un terme à des conflits régionaux, a fait des émules au petit pied, en l'espèce de donneurs de leçons à prétentions humanitaires et moralisatrices, dont fait les frais l'Etat d'Israël. De ce pays, de son histoire, ancienne et récente, des drames vécus par ses habitants, de l'effarante complexité géopolitique et civilisationnelle de la région, qui fut jadis leur patrie, et dans laquelle ces juifs ont voulu refaire leur existence - persuadés comme ils l'étaient, au début de l'aventure, que leur réhabilitation nationale s'opérerait avec la bénédiction des autochtones -, de tout cela, la plupart des auteurs des brûlots journalistiques anti-israéliens n'ont pratiquement aucune notion.

Leur 'évangile' : les droits de l'homme. Leur schéma de prédication: le plus faible a toujours raison, et le fort doit tout céder, ou presque, puisqu'il est majoritairement responsable des malheurs du plus faible. Leur méthode oratoire: le sophisme, la démagogie et le vocabulaire amalgamant qui va avec. Leur verdict préfabriqué : L'Etat d'Israël est coupable de tout ce qui ne va pas au Proche-Orient, et la violence – parfois inhumaine – dont il est victime n'est que le résultat de sa politique arrogante, brutale, et de l'humiliation permanente qu'il inflige aux Arabes, en général, et aux Palestiniens, en particulier, dont il a, somme toute, accaparé la terre.

A ce jour, on n'a pas encore donné d'explication satisfaisante au fait qu'Israël soit le terrain privilégié de l'action des modernes « croisés » de ce faux messianisme politique. N'y a-t-il donc que cette région du globe qui vaille que l'on s'enquière des violations des droits de l'être humain, censées y être perpétrées à jet continu – et, pour ce qui est de la Palestine, par une seule des deux parties en conflit ? Serait-ce parce qu'en vitupérant Israël, voire en allant prêcher leur évangile sur le sol même de cet état-paria, ces pèlerins de la paix en paroles ne courent aucun danger, alors qu'ailleurs (Algérie, Philippines, par exemple), l'entreprise est nettement plus risquée ?

Il semble qu'on n'ait pas assez mesuré le caractère inquiétant de la mobilisation de l'ensemble de la presse française au profit de cette cause. De fait, des journaux de tous bords servent de tribune ou de caisse de résonance à la "croisade" pro-palestinienne. Depuis la deuxième Intifada, on ne compte plus les articles désobligeants envers la politique israélienne, certains frisant parfois l'intoxication, voire la diffamation.

Ces derniers temps, sous couvert de respect de la liberté d'expression, certains médias, imprimés et électroniques, accueillent, avec une magnanimité surprenante, dans leur rubrique « Courrier des lecteurs », des lettres dont certaines soutiendraient avantageusement la comparaison avec les propos du « Sturmer » nazi, de sinistre mémoire.

Il est vrai – tous les publicistes vous le diront – qu'un journal fera moins d'audience s'il publie des analyses géopolitiques exigeantes que s'il prodigue à ses lecteurs des descriptions dramatiques des violences et des mesures restrictives dont sont victimes les "populations occupées". Avec de telles prémisses, il est difficile de résister à la tentation d'une présentation manichéenne des événements, dont le scénario dans le style western ringard, désigne, dès les premières images, le bon, "qui finit toujours par l'emporter" sur le mauvais qui, lui, "n'échappera pas au juste châtiment".

Plus grave encore : des plumes, parfois célèbres – ou tapageuses – prêtent leur concours à ce jeu de massacre anti-israélien. Et d'être formulées par ces personnalités - qui doivent tout de même savoir de quoi elles parlent, pensent sans doute bien des lecteurs -, les accusations - feutrées ou directes –, et les reproches - faussement éplorés ou carrément assassins -, acquièrent une pesanteur proportionnelle à 'l'altitude médiatique' de l'auteur qui les a émis. Et malheur à ceux sur lesquels ils tombent !


Haïr sans raison

Désignez au public la cause de tous les maux de l'humanité – jadis, le Juif, aujourd'hui l'Israélien. Ajoutez, pour lier la sauce, quelques qualificatifs bien amalgamants – tels que "Etat raciste", "nazis", "ennemis de la paix". Saupoudrez de quelques formules honnies, qui ont fait fortune en d'autres lieux et sous de tout autres régimes –, telles que "apartheid", "bantoustans", "purification ethnique", etc. - et la 'recette magique' de la diabolisation est fin prête. Elle a la vertu maléfique de libérer les frustrations, de permettre les transferts de culpabilité sur les "victimes devenues bourreaux", et de justifier les pires débordements verbaux, annonciateurs de voies de faits inéluctables…

Et qu'on ne dise pas : "Ce ne sont que des mots". Cette rhétorique-là est plus mortelle que des balles. Contre elle, pas de protection qui vaille. A l'instar des radiations nucléaires, aussi mortelles qu'invisibles, ses salves diffamatoires atteignent l'esprit et l'âme, provoquant, chez ceux dont l'immunité intellectuelle est faible ou inexistante, des mutations - souvent irréversibles - des neurones de la conscience, génératrices d'altérations du jugement et de monstruosités comportementales.

Des voix – juives autant que non juives – se sont élevées pour stigmatiser les élucubrations à prétentions géopoliticiennes, aussi délirantes que blasphématoires, émises par un grand bourgeois auquel un quotidien belge avait imprudemment donné tribune, le mois passé. Profitant de l'aubaine, notre homme avait comparé la Cisjordanie à la Pologne, Gaza au ghetto de Varsovie, les camps de réfugiés aux camps de concentration, et les villas coquettes 'des colons', aux logements des SS en charge des camps d'extermination. Et de terminer en apothéose par une assimilation de l'Autorité Palestinienne à une association de traîtres, livrant ses frères du Hamas et du Jihad "comme les 'Judenrat' livrèrent leur propre peuple".

En France, même un Maspéro - qui soutint jadis de plus nobles causes -, se galvaude en comparaisons douteuses, dans un article du Monde, dont le seul titre, "La Palestine à l'heure de l'apartheid", a révulsé plus d'une conscience droite. Non content de laisser se côtoyer, au mépris de l'anachronisme, une allusion à des "réserves indiennes" et un parallèle avec "Sarajevo", l'écrivain illustre son accusation d'apartheid par la description de voitures israéliennes qui filent sur une autoroute neuve interdite aux voitures à plaques palestiniennes. Un autre écrivain, de surcroît professeur de littérature française et doté d'un sens de la vérité et de l'adéquation des mots aux faits et aux sentiments qu'ils prétendent exprimer, lui répond indirectement de belle manière: "On a fait état d'un apartheid dans les territoires, sous le prétexte qu'il y aurait des routes réservées aux juifs, tout comme, en Afrique du sud, il y avait des bus réservés aux blancs. La différence est toute simple: s'il y a des routes réservées aux juifs, c'est que les autres leur sont interdites sous peine d'être tué d'une balle ou d'une pierre en pleine tête." (Eric Marty, "Bref séjour à Jérusalem").

Autre phénomène, qui rappelle le temps des « Ligues » : la floraison soudaine d'associations et de collectifs qui se donnent des raisons sociales nobles et généreuses, tels "Amitiés France-Palestine", ou – plus pompeusement - "Groupement international pour la protection du peuple palestinien", pour ne citer que ces deux-là parmi des dizaines d'autres. A entendre les propos dévastateurs des responsables et à lire leurs pamphlets virulents et unilatéralement accusateurs d'Israël, on se demande comment leurs membres, leurs adeptes et les médias qui leur fournissent une tribune inespérée peuvent ne pas prendre conscience de ce que l'action de ces agitateurs s'apparente davantage à la déstabilisation qu'au témoignage. Qu'ils ne sont ni Jésus, ni Gandhi, ni Martin Luther King. Que la violence et la démagogie de leurs motivations transpirent de leurs propos et de leurs actes. Que s'ils sont prêts à la mort pour faire triompher leur cause, c'est à la mort des autres qu'ils songent. Que leur prétendu combat pour la paix n'est, en fait, qu'un alibi pour le déchaînement de leur propre haine irraisonnée et l'incitation de celle des autres envers un prétendu coupable, condamné d'avance sans procès, et ignominieusement voué au lynchage public.

Un instant, on se prend à espérer qu'à défaut de changer d'opinion, ces défenseurs du faible et de l'opprimé (palestinien uniquement, en l'occurrence - faut-il le préciser ?) finiront par revenir à la réalité et au bon sens. On se dit que même s'ils se sentent en parfaite cohérence avec leur conscience et croient de leur devoir moral d'agir comme ils le font, ils réaliseront vite la démesure de leurs ambitions. Où a-t-on vu, en effet, que des citoyens d'un pays étranger aient jamais réussi à imposer, par voie d'articles, ou de manifestations sur un sol autre que le leur, au gouvernement d'un Etat souverain, de surcroît élu à une large majorité démocratique, LEUR solution d'un problème auquel ils ne connaissent rien, et sur lequel ont échoué tous les intermédiaires politiques avertis, pourtant rompus à la complexité effarante des affaires du Proche-Orient ? On veut se persuader que des gens sensés ne peuvent pas croire sérieusement qu'en pactisant ostensiblement avec ceux qu'ils considèrent comme les seules victimes innocentes de ce conflit et en les incitant à plus de révolte et d'intransigeance, ils contribueront à résoudre un contentieux de plus d'un demi-siècle, sur lequel ils s'obstinent à projeter leurs idéologies d'européens culpabilisés par les exactions commises par leurs aînés dans d'autres "occupations" et d'autres "colonies", bien réelles celles-là.


Et nombre de nos coreligionnaires de conclure que ce délire antisioniste et anti-israélien ne pourra pas durer, que la lucidité reprendra le dessus… Tant il est vrai que l'idéalisme irrédentiste - qui est son talon d'Achille – rend le Juif congénitalement inapte à imaginer que certains de ses semblables puissent lui vouloir du mal pour des raisons qui n'en sont pas… Version moderne de la prophétie du Psalmiste : "Ils me haïssent sans raison".

© M. Macina et reinfo-israel 2002

Première mise en ligne le 7 janvier 2002, mise à jour le 22 décembre 2004 sur le site www.upjf.org. Update 22/12/04