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Menahem Macina

Lettre à un évêque pour qui Israël est devenu une pierre d'achoppement
27/04/2002

Monsieur l'évêque (excusez l'atteinte à l'étiquette ecclésiastique: Dieu seul est "mon Seigneur"),

Le contenu de mon site vous a déçu. Selon vous, "c'est une agence de communication du gouvernement israélien".

Au-delà du ridicule de l'accusation, indigne d'un prélat catholique engagé dans le dialogue entre Chrétiens et Juifs, j'ai été blessé par cette expression du revirement de votre attitude envers l'Etat d'Israël, dont l'ami que vous fûtes est devenu le juge. Au point que, dérogeant à votre empathie habituelle, dans votre message - écrit deux jours après Pâques, et auquel je ne réagis qu'aujourd'hui -, vous n'avez pas eu le moindre mot de compassion pour les assassinés du Seder de Pesah, à Netaniah.

Je prends acte de ce que, aujourd'hui, l'Etat juif est devenu le Job moderne, et que vous et tant d'autres prélats, clercs et simples fidèles, vous comportez comme de piètres 'amis', en l'accablant de vos reproches, allant jusqu'à insinuer que c'est pour ses fautes qu'il est frappé, au lieu d'avoir pitié de la souffrance que lui cause son destin incompréhensible. J'espère pour vous que, lorsque le Seigneur interviendra enfin en sa faveur et vous reprochera de "ne pas avoir bien parlé de lui comme Son serviteur Job", vous échapperez à Sa colère, grâce à l'intercession d'Israël en votre faveur (cf. Jb 42, 7 ss.). En attendant, veuillez "supportez de moi un peu de folie" (cf. 2 Co 11, 1): voici ma plaidoirie en faveur d'Israël.

  • J'affirme que vous vous trompez de coupable. Ce n'est pas Israël qui a créé cette situation - même si, à certains tournants de son histoire, il n'a pas manqué de tirer parti de situations, alors avantageuses pour lui, et en particulier des guerres que lui ont imposées les pays arabes, et qu'il a eu l'indécence de gagner.
  • J'affirme qu'Israël n'est pas l'Etat puissant et cynique que dépeint la démagogie politique actuelle, qu'au contraire, c'est un Etat malheureux, déstabilisé, qui s'efforce de protéger sa population horrifiée par un terrorisme d'une barbarie inouïe.
  • J'affirme qu'Israël aspire sincèrement à la paix, mais que les conditions qu'on lui impose, pour lui accorder le 'droit' de survivre au Moyen-Orient, sont d'autant plus extravagantes qu'elles n'ont jamais été exigées d'aucune autre nation.
  • J'affirme qu'Israël sert de faire-valoir à de faux apôtres de la paix, "ayant les apparences de la piété mais reniant ce qui en est la force" (2 Tm 3,5), dont la prière n'est pas: "donnez-nous la paix !", mais: "foutez-nous la paix !"
  • J'affirme que nous allons tout droit vers un nouvel abandon mondial du peuple juif, au motif - controuvé, mais très populaire - qu'il met en danger la paix au Moyen-Orient, voire dans le monde (vieux poncif hitlérien). Alors que les vraies raisons de ce rejet sont claires, à défaut d'être nobles : ne pas irriter les magnats maîtres-chanteurs arabes, qui braquent sur la tempe économique de l'Occident le pistolet d'un pétrole dont ils peuvent faire monter les cours à leur gré...
  • J'affirme que "l'amour s'est refroidi chez un grand nombre" (cf. Mt 24, 12), au point qu'ils sont de plus en plus nombreux ceux qui disent 'Paix!' alors qu'il n'y a pas de paix" (cf. Ez 13, 10), et qui n'ont cure de la survie d'Israël, pourvu que le cours de leur vie ne soit pas perturbé à cause de la résistance opiniâtre qu'oppose ce peuple au sacrifice que l'on veut faire de son existence, sur l'autel d'intérêts politico-financiers colossaux.
  • J'affirme qu'ils égarent leur peuple, les Pasteurs que Dieu a établis comme "guetteurs", et qui ne l'avertissent pas (cf Ez 3, 17 ss.) de se désolidariser de ceux "qui se rue[ront] pour disperser [Israël], avec des cris de joie, comme s'ils allaient, dans leur repaire, dévorer un malheureux" (Ha 3, 14), "ces nations en tumulte" (Ps 2, 1) qui se dresseront, un jour, "contre le Seigneur et contre Son Messie" (v. 2).
  • J'affirme que nous, Juifs, savons qu'en définitive, "Le Seigneur se lèvera pour nous prendre en pitié" (Is 30 18) et "se mettra en campagne pour sauver Son peuple" (Ha 3, 13). Car "c'est Lui notre espoir, notre confiance depuis notre jeunesse" (Ps 71, 5). Et nous savons, nous, que "notre secours est dans le nom du Seigneur, Qui a fait le ciel et la terre." (Ps 124, 8).
  • J'affirme, enfin, que le reproche de Paul aux Juifs de jadis atteint les chrétiens d'aujourd'hui qui se dressent contre Israël: "Vous avez buté sur la pierre d'achoppement" (Rm 9, 32-33). Aujourd'hui, la "pierre d'achoppement", est "en Sion", et c'est Israël (cf. Is 8, 14). Craignez donc de vous entendre appeler "Satan", par celui qui a dit à Pierre: "Tes pensées ne sont pas celles du Seigneur, mais celles des hommes" (cf. Mt 16, 23).

Que savez-vous des desseins du Seigneur sur ce peuple et sur son Etat,
que vous contribuez à diaboliser par vos reproches moralisateurs,
tirés du catéchisme de la nouvelle 'religion des droits de l'homme' ?


Menahem