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Éditorialistes
Menahem Macina

Israël victime d'un négationnisme terminologique, M. Macina
09/03/2003

We all live in the "Green Line" submarine...

[A la demande de plusieurs de nos internautes, je rends accessible ce texte, écrit il y a plus d'un an, et qui figurait sur un autre site.]

10 mars 2002


Au temps des pharaons, lorsqu'une dynastie régnante voulait stigmatiser le souvenir d'un prince ou d'un personnage célèbre, on martelait, sur la totalité des stèles et des monuments, les inscriptions qui lui étaient consacrées. Ainsi, en oblitérant son nom, c'est son souvenir même que l'on effaçait de la mémoire collective.

C'est à peu près ce que tentent de réaliser aujourd'hui les ennemis d'Israël. N'étant pas parvenus à faire disparaître ce peuple de la surface de la terre, ils s'en prennent à tout ce qui est susceptible d'accréditer ses titres d'appartenance à la région d'où il est issu. Mais comment effacer les noms honnis : Israël, Jérusalem, Judée, Samarie, et même celui de Jourdain [1]? Ils peuplent la Bible, les documents historiques, les livres d'histoire et d'archéologie, les cours de religion chrétienne, les œuvres d'art même…

Qu'à cela ne tienne : ayant remarqué la décadence actuelle de la connaissance, les ennemis d'Israël en ont déduit, avec raison, que ce qui importait, ce n'était pas l'histoire que l'on enseigne, mais celle qui est en train de se faire… par médias interposés. La presse, tant écrite qu'audiovisuelle, n'est-elle pas le miroir des événements en cours – infiniment plus importants, pour une grande partie de nos contemporains, que ceux du passé, même si ce dernier n'a que quelques années, quelques mois, voire quelques semaines d'existence ? Ce qui compte, pour madame ou monsieur tout le monde, ce ne sont pas les analyses des historiens, mais les reportages à chaud, la sensation de la dernière nouvelle – surtout si elle est encore tiède du sang des autres. On réfléchira plus tard, pensent sans doute les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs… Mais, au fait, pensent-ils vraiment ?

Les nouvelles contradictoires les «touchent», certes, mais comme des «attouchements» ambigus plutôt que comme des invitations à réfléchir. L'excitation qu'elles causent à l'imagination anesthésie leur conscience, d'autant que seules leurs passions idéologiques sont concernées par des reportages à allures de scénarios pour film à suspense. Et voilà nos voyeurs en ébullition dès que "leur camp" est atteint par les coups du "camp ennemi", qu'ils exècrent. Tout se passe comme dans ces modernes arènes, que sont les stades de football, où les supporters semblent n'être venus que pour en découdre jusqu'au sang avec les fans de "l'autre" équipe, "ces pédés, ces salauds, ces enf....».

A ce stade, vous vous demanderez sans doute : où veut-il en venir ? Que signifie le titre sibyllin de son éditorial, et qu'entend-il par sa métaphore de l'effacement des noms au temps des pharaons? Qu'est-ce que ce tout cela a à voir avec le conflit arabo-israélien ?

– J'y viens.

Le caractère violemment révisionniste de la négation de l'histoire du peuple juif, et plus encore des racines de cette dernière en terre d'Israël, a atteint son apogée, ces dernières années, en l'espèce d'une modification radicale de la terminologie afférente à ce conflit, et plus précisément de celle des noms historiques des lieux, des villes et des protagonistes. En voici quelques exemples.
  • "Palestine", au lieu de "Eretz Israel" (terre d'Israël) [2].
  • "Al Quds" (La Sainte), au lieu de "Jérusalem".
  • "Esplanade des Mosquées", au lieu de "Esplanade (ou 'Mont') du Temple".
  • "Mur Al Buraq" [3], au lieu de "Mur Occidental" [4].
  • "Naplouse" [5], au lieu de "Sichem".
  • "Rive Occidentale" [6], au lieu de "Judée-Samarie" (Galilée).
  • "Armée (ou 'soldatesque') sioniste", au lieu de "Tsahal" (Armée de Défense Nationale).
  • "L'occupation" (= l'occupant) au lieu de "La population israélienne". Etc.

Mais le morceau de roi de ce révisionnisme terminologique est celui qui vaut à cette chronique son sous-titre de dérision. Il faut savoir, en effet, que non seulement les contours et les villes de l'Etat d'Israël ne figurent pas sur les cartes des manuels de géographie des écoliers palestiniens [7], mais qu'à son nom même sont substituées des expressions telles que "les territoires de 1948", "l'intérieur", ou "les territoires à l'intérieur de la Ligne Verte" (Green Line) [8].

Et peu importe ici ce qu'englobe et ce qu'exclut cette dernière des territoires qui firent jadis partie des Royaumes pré-exiliques de Juda et d'Israël, puis de la Judée-Samarie, au retour de l'Exil de Babylone, et ce jusqu'à la destruction du Second Temple par les Romains, en 70 de notre ère. La leçon de cette substitution terminologique est claire : le lien historique avec sa terre, qui fonde la légitimité du peuple Juif à y revenir, est un "mythe sioniste".

Cette conception semble partagée par le plus grand nombre. A preuve, le mufti de Jérusalem a pu, sans être désavoué par quelque autorité – laïque ou religieuse – que ce soit, affirmer, l'an dernier (2001), au reporter du Die Welt [9] qu'"il n'y a pas, à Jérusalem, une seule pierre qui témoigne d'une présence juive, et encore moins de l'existence d'un Temple juif".

Ainsi, après avoir effacé le nom d'Israël des livres d'enseignement et des cerveaux des écoliers palestiniens – préparant des générations de négationnisme –, les ennemis de notre Etat-paria s'efforcent de le dépersonnaliser, aux yeux du monde entier, en noyant jusqu'à son nom dans l'abstraction géographique.

C'est pourquoi, s'ils devaient se résigner à cet état de choses, il ne resterait plus aux Israéliens, me semble-t-il, qu'à remplacer l'hymne national, où est évoqué l'accomplissement de l'antique espérance juive ("Vivre en peuple libre sur notre terre, la terre de Sion, Jérusalem"), par le hit des Beattles ("We all live in a yellow submarine" - nous vivons tous dans un sous-marin jaune"), avec la transposition suivante, dont il y a gros à parier qu'elle passerait majoritairement inaperçue:

"We all live in the 'Green Line' submarine"
(Nous vivons tous dans le sous-marin de la "Ligne Verte") …


Et quel sous-marin ! Sans périscope ni torpilles, aveugle et inoffensif,

et surtout, définitivement absent de la mer d'une histoire,

dans les abîmes de laquelle il aura sombré,

sans que le monde ait fait la moindre tentative pour empêcher ce naufrage.



Tiens, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?…


Notes

[1] Célèbre fleuve où un haut fonctionnaire syrien dut se plonger jadis, sur l'injonction d'Elisée, pour être guéri de sa lèpre, et dans lequel Jean baptisa Jésus.

[2] L'un des arguments majeurs des défenseurs de cette terminologie est que l'appellation était romaine, ce qui est exact, à condition de préciser qu'elle est tardive. En effet, l'archéologie témoigne, en l'espèce d'une pièce de monnaie contemporaine de la chute du Temple que le nom de la région était "Judée", puisqu'on y lit l'inscription "Iudaea capta" (Judée conquise).




[3] Al Bouraq était le nom de la jument mythique de Mahomet, censée avoir été attachée au Mur Occidental, par ce dernier, avant son 'ascension céleste'.

[4] Construit par Hérode, et surélevé par les Romains après la destruction du Temple, en 70 de notre ère. Voir :www.israel.org/mfa/go.asp?MFAH0g400

[5] De Neapolis (nouvelle ville), patronyme grec donné par les vainqueurs romains à l'antique ville, dont les habitants furent assassinés traîtreusement par des guerriers des tribus de Siméon et de Lévi, pour venger le viol de Dinah, fille de Jacob, par l'un des princes de Sichem.

[6] Sous entendu : du Jourdain (en anglais West Bank), ancienne Cisjordanie mandataire.

[7] Voir : "Israel still not on the map in Palestinian textbooks", By Ellis Shuman, November 30, 2001 :
www.israelinsider.com/channels/diplomacy/articles/dip_0128.htm

[8] "Ligne verte". Elle fut tracée sur les cartes de l'Institut de cartographie britannique, lors des rencontres des Commissions mixtes d'armistice de 1948/1949, après la victoire d'Israël contre les Etats Arabes, dans sa Guerre d'indépendance. Cette délimitation cartographique n'était ni une frontière, ni une ligne de compromis entre pays, mais une ligne de cessez-le-feu, imposée aux pays arabes, du fait de leur impuissance à chasser Israël du Moyen-Orient.

[9] Voir :"The PA Mufti : Jews from Germany Should Return There", Interview by Die Welt, January 17, 2001. Par contre, une brochure musulmane datant de 1930, reconnaît explicitement l'existence du Temple de Salomon. (Voir : "Un musulman: 'liens entre Mont du Temple et Juifs, indiscutables'".)