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Menahem Macina

L'accord de Miami, vers un Etat corse: colère de J. Chirac
26/10/2003

SCOOP


np.www.lci.fr/news/monde/0,,1413438-VU5WX0lEIDUy,00.html


Un protocole d'accord entre la gauche française et les Corses a été finalisé dimanche à Bruxelles, après avoir été négocié à Miami. Décrié par la droite, il devrait être signé le 4 juillet prochain, jour anniversaire de l'arrestation d'Yvan Colonna, soupçonné de l'assassinat du préfet Erignac.


Pierre Joxe, ancien ministre français [1], et Jean-Guy Talamoni, porte-parole de Corsica Nazione, ont travaillé à Miami (USA), loin de la terreur corse et des polémiques françaises. Durant plusieurs mois, dans un hôtel de Miami (USA), les deux négociateurs et leurs équipes ont laborieusement élaboré un projet d'accord de paix entre Français et Corses. Aussitôt conspué par la droite au pouvoir, le texte élaboré par Pierre Joxe et Jean-Guy Talamoni trace une ligne de partage plus claire que tous les projets d'accord envisagés pour régler le conflit entre les deux pays.

D'importantes concessions ont été consenties. Conçu comme une continuation des divers pourparlers antérieurs, l'accord de Miami n'est pourtant pas un accord secret, ni le premier du genre. Des négociations entre hommes politiques français et élus corses, en marge des instances gouvernementales, avaient permis l'élaboration d'une "déclaration de principes" sur tous les dossiers en souffrance. Les négociateurs actuels, eux, sont entrés dans le détail.


Signature symbolique à Miami

En réalité, leurs accords, négociés pendant deux ans, ne sortent pas de nulle part. Au printemps de l'année dernière, les deux hommes avaient hésité à publier leur texte, à l'aube des élections présidentielles de mai 2002. Le porte-parole de Corsica Nazione estimait alors qu'une telle publication "révèlerait s'il est possible d'élaborer un plan de paix réaliste et pragmatique et s'il est possible de convaincre l'opinion publique française que le chemin de la paix est encore ouvert". Mais Pierre Joxe avait alors douté de la possibilité d'obtenir un texte final avant les élections, étant donné la complexité du dossier du "droit au retour" [2], qui constitue selon lui "la ligne rouge du camp de la paix".

Désormais, pourtant, c'est chose faite. Dimanche, dans un grand hôtel de Bruxelles, une cinquantaine d'intellectuels, de pacifistes et d'hommes politiques français et corses ont finalisé ce pacte symbolique, avant que les initiateurs du projet ne lancent une vaste campagne de promotion du plan.
Tous les Français devraient même recevoir le texte du projet par courrier. Désormais connu sous le nom de "Miami Understandings", ce "pacte de paix" devrait être officiellement signé et publié le 4 juillet prochain, jour anniversaire de l'arrestation d'Yvan Colonna, soupçonné d'être impliqué dans l'assassinat du préfet français Erignac.


Colère à droite

Cette initiative a pourtant suscité les doutes de quelques ténors de la gauche, notamment de l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, qui l'a qualifiée de "fictive et quelque peu singulière". François Hollande, chef du Parti socialiste français, quant à lui, s'est tout juste félicité "de tout dialogue entre Français et Corses".

A droite, en revanche, le ton était à la franche irritation. "De quel droit, ces gens de gauche se permettent-ils de proposer des compromis que la France n'a pas l'intention d'accepter et n'acceptera jamais", s'est insurgé Jean-Pierre Raffarin. Son chef de la diplomatie, Dominique de Villepin, a martelé qu'"il y a un gouvernement en France" et que "c'est à lui qu'il appartient de traiter de ces affaires".


Principaux points de l'accord Joxe-Talamoni
Texte non officiel. Source : Le Corse Libéré

  • Les Corses renoncent au droit au retour d'Yvan Colonna.
  • La France reconnaît la Corse comme l'Etat du peuple corse.
  • La France met fin à sa tutelle administrative politique et financière sur la Corse et cède au nouvel Etat les bâtiments et terrains qu'elle a réquisitionnés ou acquis dans ce pays, des échanges ou compensations pouvant être envisagés dans certains cas précis.
  • La France transmet à l'Etat corse toutes ses propriétés foncières et les industries et entreprises dans le capital desquelles l'Etat français est majoritaire, sans préjudice des indemnités et compensations financières éventuelles y afférentes.
  • Les Corses s'engagent à prévenir les actes de terrorisme, ainsi que l'incitation à la violence, et désarment toutes les milices. Leur Etat sera démilitarisé et les passages de frontières seront supervisés par une force internationale, et non française.
  • L'accord annule et remplace toutes les dispositions légales et internationales ainsi que les accords précédents.


Remarques d'upjf.org

[1] Joxe comptait parmi les participants à un colloque sur les "autonomies insulaires", aux îles Aland, en Finlande, en août 1998, avec des élus corses aujourd'hui acteurs du "processus" lancé par M. Jospin en décembre 1999. M. Joxe dit souvent avoir compris la Corse par son histoire : la manière dont elle avait été traitée, depuis le XIXe siècle, "comme si elle n'était pas un morceau de territoire national", puis, dont elle avait "choisi" la France en luttant, en 1940, contre le nazisme et le fascisme. "Pas besoin de présenter Pierre Joxe" - il est "le premier à reconnaître le peuple corse" - qui "avait été censuré par le Conseil constitutionnel", s'enthousiasmait alors l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu.

[2] Les nationalistes corses ont emprunté aux Palestiniens cette expression, apparemment insolite s'agissant de la cause indépendantiste corse. Il s'agit en fait du 'droit au retour dans ses foyers' d'Yvan Colonna, emprisonné sous l'inculpation d'assassinat, mais réputé innocent.

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(Le texte original de cette dépêche figure sur le site de LCI (np.www.lci.fr/news/monde/0,,1413438-VU5WX0lEIDUy,00.html). Nous prions les responsables de ce dernier ainsi que nos internautes de bien vouloir nous excuser de la transposition un peu libre que nous nous sommes permis de faire de cette information sensible. De notre point de vue, c'est pour le bon motif, à savoir : on ne peut comprendre la complexité de certaines situations ni les frustrations et les souffrances qu'elles engendrent, que si l'on en a vécu d'analogues, sinon d'identiques.)

© upjf.org

Mis en ligne le 27 octobre 2003 sur le site www.upjf.org