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Menahem Macina

Apologia pro situ suo (apologie pour mon site), Macina
18/11/2003


19/11/03

Tout arrive. Y compris un message inattendu comme celui reçu ce jour, dont vous lirez la teneur ci-après.

  • Après avoir été insulté, menacé, et accusé de fascisme et d'islamophobie par des militants français pro-palestiniens;
  • après avoir été suspecté de 'gauchisme' par des internautes juifs qui se veulent plus sionistes que les autres;
  • me voici maintenant accusé de semer la haine... antichrétienne...


Libelle :


----- Original Message -----
From: C.M.
To: relations@skynet.be
Sent: Tuesday, November 18, 2003 2:25 PM

Bonjour,

Très actif avec mes amis juifs et chrétiens pour la défense de nos libertés et les libertés d'Israël, j'ai été choqué des documents antichrétiens disponibles sur votre site. Comment pouvez répandre ainsi des signaux de haine??

J'espère que vous retirerez ces informations trompeuses qui insultent le pape par exemple. C'est en unissant nos voix que nous ferons progresser la paix. Les juifs n'auront jamais les musulmans pour amis, ils auront toujours les chrétiens.

Cordialement

CM

------------------

Ma réponse

  • Cet honorable Internaute me reproche de mettre en ligne "des documents antichrétiens". Lesquels? Il ne le précise pas, ni n'en indique les liens.
  • Pas plus d'ailleurs qu'il ne précise ce qu'il entend par "signaux de haine".
  • Pas plus qu'il ne précise à quelles "informations trompeuses" il fait allusion, ni ne les réfute.
  • Le seul reproche dont la cause soit identifiable est l'allusion à de prétendues "insultes" envers "le pape". C.M. vise, à n'en pas douter, une mienne interpellation virtuelle douloureuse de Jean-Paul II, que j'ai mise en ligne, en son temps, sous le titre "Au Pape de Rome", et qu'il me demande de retirer.


Je me dois donc de laver l'honneur de notre site de ce grave chef d'accusation.

C'est très simple; et je ne doute pas que C.M. - en homme cohérent et honnête qu'il doit être -, m'accordera ce point. Puisqu'il se définit lui-même comme "très actif… pour la défense de nos libertés", il ne peut me refuser à moi, pauvre cendre juive, ce droit d'objurguer, fût-ce le pape lui-même, lorsqu'il s'est donné tort aux dépens de mon peuple.

Et au risque d'être taxé d'hubris, voire de blasphème, je me permets de rappeler à notre ami un précédent célèbre tiré du 'Nouveau Testament'. (C'est Paul qui écrit) : "Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort." (Ga 2, 11). Céphas, c'était Pierre, celui sur lequel Jésus avait fondé son assemblée (église), le pape d'alors, en quelque sorte.

Eh bien, si redoutable que soit la tâche d'interpeller vigoureusement, à la manière de Paul de Tarse, le grand Jean-Paul II qui a tant œuvré au rapprochement entre les Chrétiens et les Juifs, et si exposée au ridicule et au scandale que soit l'initiative, j'ai couru ce risque, en mon âme et conscience, parce que je croyais, et crois encore qu'il fallait dire ce que j'ai dit.

J'espère que je ne serai pas le seul à encourir les foudres de C.M., car, après tout, moi, je suis peu de chose, mais Elie Wiesel, qui est grand, lui, pense, à peu près comme moi, et l'a dit récemment (voir "Pour Jean-Paul II le 'mur' est un obstacle à la paix").

Ma conception est qu'il n'y a pas d'icône intouchable. Tout homme, quel que soit son rang, doit être réprimandé quand il manque à sa tâche, pourvu que soit sauf l'honneur dû à la fonction qu'il exerce. Là aussi, je me réfère à l'exemple de Paul, qui, frappé sur la bouche, lors d'un procès, par l'un des assesseurs du grand-prêtre Ananie, s'écria, trompé par sa vue faible : "C'est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie!", et s'excusa dès qu'il sut sa méprise en disant : "Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il est écrit (Ex 22, 27): «Tu ne maudiras pas le chef de ton peuple»." (Ac 23, 3-4).

Quiconque relira sans a priori mon interpellation du pape Jean-Paul II, que mon contradicteur me reproche, reconnaîtra, s'il est honnête, que je n'ai pas traité ce pontife de "muraille blanchie", ni n'ai proféré à son encontre des accusations infondées. Si sévères que soient mes reproches, ils sont à la mesure des espoirs que beaucoup de membres de mon peuple, et moi parmi eux, avons placés en lui.

Enfin je recommande à mon interlocuteur et à celles et ceux que son accusation aurait ébranlés, de consulter le vaste matériau dédié au dialogue entre Chrétiens et Juifs, que j'ai accumulé, au fil des années, sur le site de l'association "Chrétiens et Juifs pour un enseignement de l'estime".

Qu'il retienne pour l'avenir que quiconque veut parler avec équité de l'activité d'une personne ou d'une entreprise, ne peut juger l'une et l'autre sur une phrase ou un texte, mais bien sur l'ensemble de leurs écrits (plus de 6000 documents mis en ligne sur les deux sites) et de leurs activités. Ce que visiblement notre censeur a omis de faire.

Je lui tends néanmoins la main en signe de paix et l'invite à se garder d'un "zèle pour D.ieu", qui serait "mal éclairé" (Rm 10, 2), et de se souvenir de la sage mise en garde du grand Paul (encore lui !) :

"Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir." (Rm 14, 4).


Menahem Macina

P.S. Je me demande sur quoi se base C.M. pour affirmer, sans nuance, que "les juifs n'auront jamais les musulmans pour amis". C'est ériger la spécificité religieuse en déterminisme. Ishmaël était le demi-frère d'Isaac, et D.ieu ne l'a pas maudit mais l'a béni, au contraire, et lui a prophétisé un brillant avenir. Notre contradicteur confond ici le fanatisme islamique avec les authentiques Musulmans, qui vivent en paix avec leurs semblables, même s'ils appartiennent à une autre confession de foi. Beaucoup ont eu et ont encore des amis Juifs. Quant à l'affirmation: "ils [les Juifs] auront toujours les chrétiens", elle me paraît pécher par un optimisme pour le moins excessif. En effet, il est loin d'être négligeable, le nombre des Chrétiens qui nous haissent pour divers motifs, et spécialement en raison de notre attachement à Israël. Il me paraît incompatible avec l'esprit de paix que prêche C.M., de dresser ainsi les Juifs contre les Musulmans, au bénéfice des Chrétiens.

© upjf.org


Mis en ligne le 19 novembre 2003, 01 h 26, sur le site www.upjf.org