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Menahem Macina

Looks like Arafat, lies like Arafat, quacks like Arafat...
24/03/2002

Chastre, 9 janvier 2002

Looks like Arafat, lies like Arafat, quacks like Arafat, must be Arafat…


Par Menahem Macina


Des bédouins israéliens, qui ont choisi de servir dans les rangs de Tsahal, viennent d'être assassinés par leurs ‘frères arabes', qui ont choisi de servir dans ceux du Hamas. On sait, en effet, dorénavant que trois des soldats israéliens tués au cours de l'attaque d'un poste de Tsahal, à la frontière entre Israël et la partie sud de la Bande de Gaza, étaient des bédouins, seuls arabes de Palestine (avec les Druzes), autorisés par les autorités à servir dans l'armée, en raison du loyalisme dont ils ont toujours fait preuve envers l'Etat juif.

Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes d'une situation qui met à mal les accusations récurrentes d'apartheid et de racisme, si légèrement lancées contre Israël par les belles âmes européennes, qui projettent leurs schémas de pensée politiques et socio-culturels occidentaux sur des régions et des groupes humains qui ne relèvent ni des analyses ni des modèles qui nous sont familiers.

Mais ce n'est pas sur ce point que je voudrais faire porter ma réflexion aujourd'hui. Comme nombre d'observateurs, une question me taraude : qui a pris la décision de ce regain de violence, après plus de trois semaines de calme presque absolu et dans quel but l'a-t-il fait ?

On peut se demander, en effet, quel bénéfice ont pensé engranger les responsables de cette attaque, qui – remarquons-le – n'a rien d'une action de kamikaze, ni d'une explosion de désespoir. A la limite, certains y verront le geste irresponsable d'une faction qui a tout intérêt à faire capoter les tractations en vue de la conclusion d'un accord palestino-israélien parrainé par l'émissaire américain Zinni.

Nous allons voir que tel n'est pas le cas, mais qu'il se pourrait bien qu'on ait tenté de nous le faire accroire.

En tout état de cause, les dirigeants palestiniens, Yasser Arafat en tête, clament, la main sur le cœur, leur non-implication dans cette affaire. D'où l'embarras et l'hésitation de Washington, qui ont duré plusieurs jours. C'est que cet incident inopportun ne fait pas l'affaire de l'administration américaine, qui avait mis la pression maximum sur Arafat et Sharon pour qu'un accord de cessez-le-feu soit enfin conclu, à la faveur de l'accalmie non négligeable qui règne dans la région, depuis le 15 décembre (même si Sharon l'attribue aux quadrillages et aux bouclages sévères que Tsahal a imposés aux Palestiniens, pour déjouer les tentatives d'attentat).

De leur côté, les autorités israéliennes n'ont pas perdu de temps. Non seulement une conférence de presse a eu lieu près du navire arraisonné, et devant les quantités impressionnantes d'armes exposées, mais des spécialistes se sont envolés pour Washington avec, en mains, des preuves accablantes de l'implication de l'Autorité Palestinienne, illustrées d'écoutes téléphoniques, d'observations-radar, de photos et de vidéos. Les observateurs occidentaux pro-palestiniens ne se privent pas de souligner fielleusement « la joie mauvaise » avec laquelle Sharon exploite l'événement. Il est vrai que le hasard a bien fait les choses et a joué en faveur d'un Premier Ministre qui, dans un passé récent, n'avait pas hésité à discréditer publiquement le Président de l'Autorité Palestinienne, en le qualifiant de « menteur pathologique ».

Mais, au-delà des spéculations, il importe de bien saisir l'enjeu capital de l'affaire du Karine A. Si Arafat a menti et s'il s'avère que c'est bien lui qui est à l'origine de ce fiasco, il risque de compromettre définitivement le peu d'intérêt qu'il représente encore pour une administration américaine pressée d'en finir avec la question palestinienne afin de pouvoir mener avec succès sa guerre totale contre le terrorisme, laquelle ne peut se passer de la collaboration des Etats arabes, très sensibles – comme on sait - à la cause palestinienne.

D'où les hésitations des Américains à se convaincre de la culpabilité d'Arafat. Jusqu'au mardi 8 janvier, date à laquelle, pour la première fois, le Département d'Etat a fait part de ses doutes, par le truchement de son porte-parole, Richard Boucher: « Nous estimons profondément troublant le fait qu'il y ait des Palestiniens impliqués dans le transport naval de ces armes », a-t-il déclaré. « En fait, nous attendons », du Président de l'Autorité Palestinienne, qu'il nous fournisse une explication complète de l'incident », a-t-il ajouté. [1]

C'était moins de 24 heures avant l'attaque de la base de Tsahal, dans la partie sud de la Bande de Gaza… Ce qui rend plausible l'hypothèse ci-après :

Catastrophé à l'idée d'être définitivement décrédibilisé aux yeux de l'administration américaine, voire définitivement mis à l'écart par cette dernière, s'il s'avérait qu'il est – comme l'affirment les Israéliens, et surtout Ariel Sharon – un partenaire non crédible, capable des pires mensonges et prêt à violer tous ses engagements, Arafat aurait chargé ses partenaires de l'aile armée du Hamas de lancer une opération de diversion et d'intoxication.


Le plan a pu être le suivant :

- Une attaque armée sera lancée contre un poste de Tsahal ; elle se donnera les allures d'une action de représailles, dictée par la colère, suite à l'arraisonnement du navire transportant une cargaison d'armes – dont on devra absolument faire croire qu'elles étaient destinées au Hamas.

- Des indices seront discrètement fournis pour accréditer cette thèse et surtout pour qu'on en attribue la responsabilité au Hamas (qui n'a plus rien à perdre, puisqu'il figure dorénavant sur la liste noire des organisations considérées comme terroristes).

- L'Autorité Palestinienne émettra une condamnation énergique de cette attaque, en insistant sur le fait que ce genre d'action « terroriste » compromet les efforts sincères de paix de Yasser Arafat.


Les deux faits suivants pourraient être considérés comme des indices volontaires :

- L'un des deux assaillants tués laissés sur place était un officier de la marine palestinienne.

- Un communiqué de la faction du Hamas - qui s'est donné le nom de « bataillon Ezz Addin Alqsam, le martyr » - mentionne, parmi les motifs de sa « riposte » armée, « l'acte de piraterie de l'arraisonnement d'un bateau dans les eaux arabes régionales et son transfert en Israël ». (Voir le texte complet de ce communiqué odieux).


Si ce scénario a réellement existé et s'il réussit – ce qu'à D.ieu ne plaise ! -, Arafat sera blanchi, pour un temps tout au moins. En effet, il devra conformer ses actes au contenu même de son alibi, comme le confirme implicitement un officiel de l'administration américaine, en ces termes : « Il [Arafat] dit qu'il n'est pas responsable ; [eh bien], cette affaire lui fournit une occasion de déraciner l'infrastructure » des groupes terroristes. « Il doit poser les actes qui [2]prouvent ce qu'il assure : à savoir, que son autorité n'est pas menacée ». (cf. JTA, ibid.).

En attendant la polémique va bon train. Comme le souligne, Matthew Berger, de JTA, les officiels israéliens et juifs américains ont mal pris la lenteur de réaction dont a fait preuve l'administration. Et de rapporter les propos tenus mardi, à Washington, par le ministre israélien de la Justice, Meïr Shitrit : "Je ne peux pas comprendre l'attitude des Etats-Unis. Les armes ne peuvent pas avoir été destinées au Hezbollah, à cause de la manière clandestine dont elles ont été acheminées ; en effet, c'est ouvertement que le Hezbollah reçoit ses armes au Liban" (cf. JTA, ibid.).

Quant à Ephraïm Sneh, le ministre israélien des Transports – toujours selon M. Berger -, il a déclaré à des reporters, en Israël : « Si l'on considère la destination du navire, le fait que son commandant est un haut fonctionnaire de l'Autorité Palestinienne et la présence à bord d'autres gens appartenant à l'Autorité, toute personne sensée comprend à qui la cargaison était destinée. » (cf. JTA, ibid.).

En somme, une version israélienne prosaïque du célèbre apologue humoristique américain :

... looks like a duck, walks like a duck and quacks like a duck, must be a duck… 2


Tous droits réservés : Menahem Macina et reinfo-israel 2002


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[1] Cité d'après Matthew E. Berger, « After hesitating, State Department admits arms ship was bound for P.A. », sur le site Web de JTA, 8 janvier 2002 (ci-après : JTA) : [url]http://www.jta.org/page_view_story.asp?strwebhead=State%3A+arms+going+to+P.A.&intcategoryid=5[/url]

2 Cela ressemble à un canard, marche comme un canard, cancane comme un canard, cela doit être un canard…