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Menahem Macina

Sa Sainteté le journaliste… ignare ou pervers ? Menahem Macina
10/08/2002

Dans une cassette vidéo rendue publique à Los Angeles, l'acteur américain, Charlton Heston, âgé de 78 ans, a annoncé à son public le dysfonctionnement neurologique dont il est victime. La chaîne nationale France 2 a commenté l'événement, à la française, comme vous allez pouvoir en juger par ces extraits du chef-d'œuvre de tact et de délicatesse, que nous a servi, du haut de sa chaire de vérité, l'infaillible Julien Baumont, pape de l'actualité en ce samedi vacancier. (1)

"Après avoir dompté les éléments dans "Les 10 Commandements"…. après avoir assisté à la fin du règne humain dans "La Planète des Singes"… après avoir été le plus grand des gladiateurs dans "Ben Hur"… Charlton Heston s'apprête à jouer un rôle pour lequel (2) aucune école ne peut vous préparer, un rôle de composition, celui de l'acteur atteint de la maladie d'Alzheimer... Charlton Heston brise le silence et s'exprime - devant la caméra, bien sûr"... Charlton Heston va devoir s'habituer à ne plus jouer les premiers rôles."


Loin de moi de jeter de l'huile sur le feu de la discorde franco-américaine, mais autant vous le dire tout de suite, j'ai été choqué de cette complaisance malsaine du journaliste pour sa métaphore déplacée.

Ne vous méprenez pas : si je suis choqué, ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un acteur, d'une vedette américaine, et plus précisément de Charlton Heston. Si je suis choqué, c'est qu'il s'agit d'un être humain, d'un homme atteint d'une maladie cruelle, mutilante, à l'issue inexorable. Et cet homme a eu le courage tranquille de dire publiquement une vérité que tous ont plutôt tendance à cacher. De surcroît, il l'a fait avec panache et même avec humour, ce qui n'en est que plus méritoire. On ne se moque pas d'un tel homme. D'ailleurs, on se moque jamais d'un malade, quel qu'il soit, même si c'est subtilement, par le biais d'une métaphore – filée ici jusqu'à la nausée.

J'ai expliqué tout cela à M. Baumont, quand je l'ai eu en ligne. Il avait l'air sincèrement stupéfait. Malgré mes efforts patients, je ne suis pas parvenu à ébranler sa tranquille certitude. Il ne voyait pas ce qu'il y avait à reprocher à son reportage. Il avait joué le jeu des médias, c'est tout. Comme Charlton Heston d'ailleurs. Après tout, c'est lui qui s'est adressé aux médias. C'est un homme public, il connaît les règles et les risques du métier.

- Mais cet homme n'est pas venu faire la promotion de son prochain film, objectai-je.

J'ajoutai que j'avais trouvé de fort mauvais goût la lourde insistance du journaliste sur la métaphore du 'rôle', en une telle circonstance. Peine perdue. Sans hargne ni morgue, M. Baumont ne voyait tout simplement pas où était la faute. Comme ces cancres diplômés de l'école de journalisme, qui mutilent tranquillement le génie de la langue française en disant, par exemple, que Schroeder et Chirac sont logés à la même "auberge" (histoire vécue), et qui ne comprennent pas que vous en "fassiez tout un plat". - "'Auberge', 'enseigne', qu'est-ce que ça change ? De toute façon, tout le monde comprend !"

A bout d'argument, j'ai tenté de faire au moins admettre à mon improbable Pulitzer que sa dernière phrase ("Charlton Heston va devoir s'habituer à ne plus jouer les premiers rôles."), était carrément inconvenante, dans un tel contexte (3). Sa réponse m'a achevé : "Mais je n'ai dit que la vérité". C'était donc ça! Un premier degré!...

J'ai encore fait un ultime effort pour tenter de toucher une fibre humaine dans ce bloc d'insensibilité journalistique :
- "Mais Monsieur, cet homme se fiche de ne plus jouer aucun rôle cinématographique : il va se dégrader lentement, inexorablement, et mourir… C'est un rôle ça ?
- Oui, d'une certaine manière, m'a-t-il semblé entendre (mais je n'en suis pas sûr, car, nous étant légèrement échauffés, nous parlions tous les deux en même temps).


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A quelque chose malheur est bon. Vous savez quoi ? Cette confrontation surréaliste m'a enfin éclairé sur une question qui me turlupine depuis que je me suis lancé à corps perdu dans la défense et l'illustration de la cause juive et israélienne.

Combien de fois, en effet, ne me suis-je pas demandé, en entendant, au bord de l'apoplexie, les énormités historiques, politiques, géostratégiques, voire théologiques, jetées en pâture par un 'omniscient' irresponsable aux 'médiavores' inconscients:

"Mais enfin, est-il ignare ou pervers ?"



Je vous laisse le soin de répondre, en votre âme et conscience.



© 2002 reinfo-israel.com et Menahem Macina


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(1) Transcrit d'après l'enregistrement du JT de 13h, du 10 août 2002, sur le site :
www.france2.fr/semiStatic/61-NIL-NIL-156833.html

(2) "Auquel" eût été de meilleure venue, mais c'est sans doute trop exiger.

(3) J'ai dû me retenir à quatre pour ne pas lui demander vipéreusement s'il aurait eu le front de commenter l'éventuelle tétraplégie d'un de nos médaillés sportifs nationaux, en ces termes : "X va devoir s'habituer à ne plus être un buteur-vedette". (Si le jeu vous amuse vous pouvez transposer en mettant en scène - c'est le cas de le dire - tous les champions des diverses disciplines olympiques, du judo au patinage artistique, en passant par le cyclisme et le tennis…)