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Éditorialistes
Menahem Macina

Il ne fallait pas donner tribune à H. Védrine, Menahem Macina
10/09/2002

10 septembre 2002

Durant 47 jours, a figuré, en tête de la rubrique éditoriale du site Proche-orient.info, un éditorial d'Elisabeth Schemla, intitulé Il ne fallait pas tuer ces enfants de Gaza", qui portait de très graves accusations contre l'Etat et l'armée d'Israël [1]. Il vient d'être remplacé aujourd'hui même, à notre grand soulagement - hélas! assombri par le nouveau problème qui fait l'objet de ma chronique d'aujourd'hui. [Voir : Exit "Il ne fallait pas tuer les enfants de Gaza"- Bonjour, Védrine...]
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, la journaliste semble vouloir redorer son blason, en posant des questions incisives, voire provocantes, à Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires Etrangères, à la faveur d'une interview exclusive, reprise avec gourmandise par l'hebdomadaire "Marianne".

Lu rapidement le (très) long texte de cet entretien semble de nature à réduire à néant les reproches adressés à la journaliste par des Juifs qui, s'ils n'attendaient pas d'elle qu'elle soit 'aux ordres' de l'Etat d'Israël, n'avaient tout de même pas imaginé qu'elle se rangerait, dans l'éditorial évoqué, parmi les détracteurs les plus impitoyables de l'Etat Juif, en accusant son armée d'avoir assassiné sciemment des enfants palestiniens, lors du raid meurtrier contre le terroriste criminel Shehadeh.

De prime abord, l'impression globale qui se dégage de l'examen sommaire de ces lignes – surtout si l'on focalise son attention sur les questions posées – est qu'E. Schemla ne ménage pas Hubert Védrine, et semble lui reprocher amèrement son hostilité systématique envers l'Etat juif, son soutien inconditionnel d'Arafat, et son habile esquive de toute condamnation sans ambiguïté du terrorisme palestinien.

Et de fait, les questions sont incisives et critiques. Mais à y regarder de plus près, elles ne mettent jamais vraiment en difficulté le roué personnage, dont ceux qui sont familiers de ses contorsions rhétoriques félines ont depuis longtemps pris la mesure de la virtuosité de son aptitude à retomber sur ses pattes, de si haut qu'on soit parvenu à le faire tomber.

Car c'est bien là que réside l'ambiguïté, génératrice de malaise, de cette interview. On ne peut se défendre de l'impression d'un échange de bons procédés entre gens bien élevés. Je ne dirais pas que la joute est truquée, ni que les coups sont factices, bien que cela y ressemble fort, mais je m'étonne de l'esprit chevaleresque, proche de l'abnégation chrétienne, dont fait preuve la porteuse de l'écusson aux couleurs de Proche-orient.info, lorsque, au lieu de porter l'estocade à un adversaire, désarçonné et près de mordre la poussière, elle lui laisse, magnanime, le temps de se remettre en selle.

Des preuves formelles ? – Impossible d'en produire, tant la journaliste est atteinte de surdité sélective, et l'ex-chef de la diplomatie française, de gâtisme idéologique. De surcroît, ils semblent avoir conclu un pacte mutuel de non-agression, dans le style : «Je te laisse poser tes questions vaches, et, en échange, tu feras semblant de ne pas entendre la mauvaise foi de mes réponses.»

A défaut de preuves formelles donc, il y a au moins des indices troublants, des présomptions de non-innocence… Remarque générale, tout d'abord : Védrine nie tout. Pas en bloc : il est trop rusé pour cela. Chez lui, jamais de haut-le-corps. L'homme ne combat pas, il esquive. Et force est de reconnaître que, dans cet art, il est passé maître. Même sous forme écrite, ses réponses, toujours mesurées, apparemment pacifiques, voire humbles, ont la même tonalité, terne et menaçante à la fois, que celle de sa curieuse voix cassée, cauteleuse, sinueuse, douce, enveloppante, incantatoire... Quant au style, l'homme donne toujours l'impression de concéder un point à son adversaire, mais c'est pour mieux t'emberlificoter, mon enfant. Ce que Védrine semble donner de la main droite (il commence toujours par la droite), il le reprend prestement de la gauche (comme on s'en doute).

Le texte de l'interview est trop long pour que l'on puisse rendre compte de la totalité des propos hostiles à Israël et surtout à son Premier ministre et à son parti. Je m'en tiendrai donc aux deux cas suivants, parmi une vingtaine d'autres. Les mises en grasses et en couleur sont miennes

A la question : «Vous qui étiez le héraut d'un certain anti-américanisme, comment en êtes-vous arrivé à cet appel à une 'pax americana' sous [l'égide de] G. W. Bush ?», il répond calmement qu'il n'a jamais fait d'«anti-américanisme». Et d'en venir directement à son obsession de toujours, en désignant son ennemi personnel : «Les États-Unis ne résoudront pas le problème en donnant carte blanche à Sharon comme ils l'ont fait dès le début 2001, bien avant donc les attentats de l'automne dernier.»

Sautant sur l'occasion rêvée que lui fournit E. Schemla - qui lui reproche de donner l'impression que soutenir Sharon, s'est se désengager du dialogue israélo-palestinien -, le vieux routier de la politique étrangère française en profite pour exposer, avec une autorité tranquille, sa 'torah' moyen-orientale : «Georges Bush a marqué un tel accord avec Ariel Sharon, lors de la première visite du chef de gouvernement israélien à Washington, en mars 2001, que celui ci en est pratiquement reparti les mains libres. Or son programme, parfaitement connu, était déjà de casser l'Autorité palestinienne et le processus de paix d'Oslo

Vous auriez laissé passer cela sans frapper, vous ? (je parle évidemment à des gens à qui importe le sort d'Israël)… - Elisabeth Schemla, elle, encaisse sans broncher ce credo anti-Sharon, qui – il convient de le souligner – est l'antienne inlassable de la liturgie anti-israélienne qui se célèbre en permanence à la Cour de France.

Belle occasion perdue de désarçonner Hubert, n'est-ce pas ?. Mais, bon, mettons cela sur le compte de la distraction ou… de la magnanimité d'Elisabeth.

Mais, patience, la championne de la cause de la vérité repart à l'attaque. Et cette fois, aucun doute, le chevalier Védrine va être arraché de sa selle.
Coup direct de Schemla : «Selon vous, la politique américaine serait dictée de l'étranger, et par les Juifs ? C'est quelque peu choquant ! »

Védrine, qui esquive : « Est-ce choquant, ou est-ce vrai, de rappeler que le processus de paix a été pour l'essentiel promu par des gouvernements de gauche ou de centre gauche, à commencer par Rabin, qui a été prodigieux d'intelligence et de courage ? » (Méthode classique : exalter Rabin : un Israélien et, accessoirement, un Juif, pour mieux en salir un autre : Sharon). Et Védrine de renchérir : «Est ce choquant, ou simplement vrai, de constater que la droite israélienne … a dit dès l'origine qu'elle voulait casser Oslo, qu'elle n'accepterait jamais l'idée d'un État palestinien…» Plus fort encore : «La diabolisation d'Arafat, qui a pris ces derniers temps une allure obsessionnelle, était présente dans le discours de la droite dès les Accords d'Oslo…», et a «fini par se propager aux États Unis».

A ce compte, le Chancelier allemand d'aujourd'hui devrait se défier de la France, au motif que ce pays, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et surtout après l'Occupation brutale de son pays par l'armée allemande, avait tenu, comme c'était bien compréhensible, des propos anti-allemands d'une violence inouïe. Que vous en semble ? L'argument n'est-il pas infantile ? E. Schemla, n'aurait-elle pas dû objecter que l'ex-Ministre des Affaires étrangères usait là d'un argument an-historique, voire anachronique, outre qu'il diabolise à bon compte la droite israélienne, dont il affirme, sans autre fondement que celui que ses certitudes obsessionnelles, qu'elle n'acceptera jamais un Etat palestinien, au mépris des affirmations contraires récentes d'Ariel Sharon – évidemment nulles et non avenues aux yeux de l'omniscient homme politique français.
La tirade de ce dernier à propos de cette question est longue et il faut la lire attentivement, car elle est constitue un précipité de toutes les obsessions anti-américaines et anti-israéliennes de Védrine.

Quant à l'estocade, ce n'est pas Schemla qui la donne à Védrine, mais ce dernier qui l'administre à Schemla, lorsqu'il parle d'une «convergence entre les droites israélienne et américaine», censée se traduire par «une efficace politique d'asphyxie du processus de paix», et d'une «politique d'Ariel Sharon… mûrement déterminée… habilement menée et [qui] s'est nourrie des circonstances.»


Autres fleurs venimeuses, que je ne commenterai pas, pour ne pas allonger cet article, mais dont je précise que, comme ce qui précède, elles n'ont pas suscité de réfutation ni la moindre mise en perspective de la part de la journaliste.

- C'est une coalition dans laquelle le Likoud a tous les pouvoirs et où les Travaillistes sont otages..
- Sharon est habile et résolu. Les auteurs d'attentats suicides lui facilitent la tâche…
- Tout a été fait après 1967, et encore plus depuis le processus de paix, pour que l'État palestinien soit irréalisable !
- La politique de colonisation vient chronologiquement avant les attitudes et les manquements palestiniens… Quand des gens sont dans la situation des Palestiniens – sans vrai État, sans vraie administration, sous occupation, avec des bouts d'autonomie fragiles, contestés, réversibles, noyés dans la misère, la répression et l'humiliation est-ce de l'utopie chimérique que de leur demander de remplir parfaitement [les] conditions [préalables à la paix], ou est-ce du cynisme ?
- Il faut être pragmatique. Le processus d'Oslo est mort, et on sait du fait de qui. [Pour Védrine, il est clair que c'est du fait d'Israël.]
- Je crois hélas que du côté israélien, il y a eu dans certains services, une partie de l'armée, certaines des forces politiques, la volonté délibérée de transformer tous les Palestiniens en une masse uniformément hostile. Pour s'épargner le cauchemar d'avoir à négocier avec des Palestiniens légitimes et raisonnables et d'avoir à faire des compromis.
- Le texte signé par la France et condamnant les «massacres» de Jénine ne m'a jamais été soumis. Si cela avait été le cas, je n'aurais pas accepté le paragraphe dans lequel on qualifiait par avance de « massacre » ce qui s'était passé à Jénine. [Mensonge !].
- On ne savait pas [qu'il n'y avait eu que 50 morts] quand il y a eu le vote à Genève, et toujours pas au moment où Sharon a torpillé la commission d'enquête très impartiale que Kofi Annan avait mise sur pied… cela aurait été mieux du point de vue du gouvernement israélien de laisser travailler cette commission [C'est la faute à Sharo-ne ! C'est la faute à Sharo-ne !…]
- Des chiffres… montrent qu'il y avait eu plus d'actes [antisémites] … en 2000 et en 2001 [qu'en 2002].
- On peut comprendre que certains Français d'origine arabo-musulmane se sentent solidaires des Palestiniens, quand on voit ce qui se passe dans les Territoires occupés… Je n'ai fait que citer les propos de Théo Klein…


Fallait-il, sous prétexte d'objectivité journalistique et de droit à l'expression, donner à celui qui fut le ministre français le plus systématiquement, le plus férocement hostile à l'actuel gouvernement israélien d'union nationale démocratiquement élu, une tribune, dont les aléas de la politique l'avaient, à notre grand soulagement, miraculeusement privé ?

Comme on le voit, il a usé sans vergogne de cette occasion rêvée pour prêcher urbi et orbi son évangile anti-Likoud, anti-Droite israélienne, anti-Sharon, et déverser impunément le poison toxique de ses contre-vérités dans les cerveaux d'internautes non vaccinés contre la désinformation.

Qu'est-ce donc qui a pu pousser la vestale de ce temple de l'information qui se veut objective, honnête et non inféodée, qu'est Proche-orient.info, à y introduire, sans état d'âme, cet antisioniste professionnel, son bouquet de fleurs du mal sacrilèges à la main?

Celles et ceux d'entre nous, à qui importent l'intégrité et la sécurité de l'Etat des Juifs, peuvent-ils s'accommoder en silence de ce que ce nouveau poison rhétorique, qui succède à celui de l'éditorial maléfique qui y a mariné durant près de 7 semaines, soit désormais définitivement accessible à tous, sans la mention dissuasive : «Attention, danger d'antisionisme, voire d'antisémitisme», sur un site dont tant de Juifs avaient cru qu'il serait plus objectif que les autres envers la cause israélienne, et qui, de surcroît, leur demande de contribuer à sa prospérité par leurs dons financiers ?

Nos lecteurs en jugeront.


Enfin, comme – à n'en pas douter - Proche-Orient.info abhorre les «deux poids deux mesures» – à quand une interview, de même ampleur et sur les mêmes questions, d'un des porte-parole du gouvernement israélien ?
Histoire d'entendre le témoignage du perpétuel accusé, auquel on accorde si rarement un droit de réponse élémentaire.



© 2002 Menahem Macina et www.reinfo-israel.com

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[1] Sur cette affaire, voir : "Nos attentes concernant Proche-Orient.info n'étaient-elles pas excessives ?".