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Menahem Macina

Monseigneur, quand vous serez roi, pensez à Israël !
04/11/2002

04/11/02

Je viens de visionner, en différé, l'enregistrement de la toute dernière émission de «Place Royale», série princière et nobiliaire de RTL, diffusée les 2 et 3 novembre. Et je sens que je vais mal dormir. Je dirai plus loin pourquoi.
Qu'on ne se méprenne pas. Je n'ai pas l'intention de dénigrer «Place Royale», qui, à coup sûr, n'a rien d'une saga 'people' visant à dévoiler les dessous sulfureux – réels ou supposés – de la vie des souverains et de leur cour. De fait, bien conçue, le plus souvent intéressante et toujours de bon aloi, cette émission, fort prisée de la population, toutes classes sociales confondues, relate au bon peuple belge quelques morceaux choisis des faits et gestes de leurs altesses royales.

C'est donc sans la moindre arrière-pensée, et certainement sans malice qu'elle diffusait à son public, en ce début de novembre, un reportage détaillé sur le voyage récent en Arabie Saoudite et dans les Emirats du Golfe Persique, du jeune Prince Philippe, futur successeur d'Albert, l'actuel roi de Belge.

Rien d'étonnant, je le précise, à ce que des souverains, des chefs d'Etat, des ministres et des hommes politiques, accompagnés de chefs d'entreprises et de technocrates de leur pays, effectuent des «voyages d'affaires» dans les grandes nations de ce monde. Rien d'étonnant non plus à ce que, parmi ces dernières, les plus courtisées s'avèrent être - outre la Chine, énorme marché potentiel pour les entreprises et les technologies occidentales -, les Pays arabes producteurs de pétrole, capables de financer à peu près n'importe quoi et à n'importe quel prix.

Rien de particulièrement choquant non plus dans le fait que le jeune Prince belge ait participé, comme en fait foi le reportage, à une danse du sabre symbolique, où il brandissait mollement cette arme aux côtés de ses hôtes, aux gestes nettement plus martiaux. Il y a quelques mois, on s'en souvient peut-être, lors de leur voyage d'intérêt en Chine, Bush et Poutine avaient dû se soumettre à un bizutage encore plus déplaisant - contraints, pour ne pas vexer leur hôte, de s'affubler d'une veste bleue ridicule, plus proche de la tenue de cirque de "Monsieur Loyal" que de celle d'un mandarin.
La politique et les affaires ont un prix. Et que ne feraient pas les Etats-marchands pour s'attirer les faveurs financières d'hôtes musulmans richissimes, sans doute amusés d'inverser, comme par magie, les courbes du chômage de ces vieux pays chrétiens à la bourse plate, de rétablir la balance de leurs échanges commerciaux, et de redonner des couleurs à leurs économies vieillissantes.

Au vrai, le geste guerrier du Prince Philippe, assénant un coup de sabre à un ennemi imaginaire, ne m'eût en rien inquiété, si je n'avais vu soudain le visage d'Israël, les yeux dilatés d'horreur dans l'attente du coup.

C'est que, peu de temps avant de visionner cette cassette, sont venus à ma connaissance deux événements presque concomitants, impliquant deux personnalités politiques belges, et qui semblent confirmer que leur gouvernement a choisi son camp.

D'abord le 'dérapage' verbal de l'ambassadeur de Belgique en Israël, Wilfried Geens, qui, bien qu'il s'en défende, a, dans une interview accordée au journal en langue arabe, Koul el Arab, traité de «fasciste» le député israélien Effy Eytam, critiqué le comportement de Tsahal, et qualifié les Territoires palestiniens de "plus grand camp d'internement au monde" *. Difficile pour un diplomate de reconnaître publiquement qu'il a tenu ce genre de propos. Et Wilfried Gens d'affirmer qu'à l'évidence le traducteur l'aura mal compris.

Le cas de M. Eddy Boutmans, Secrétaire d'Etat belge à l'Aide étrangère et au Développement, est plus grave encore, si toutefois, il a bien tenu les propos que lui impute une source bien informée. En effet, selon cette dernière, M. Boutmans aurait, en marge d'une réunion publique tenue à Anvers, émis les graves assertions qui suivent.

"Nous devrions envisager la reconnaissance officielle d'un Etat Palestinien, nous ne devrions plus traiter avec Tel Aviv, seulement avec l'Autorité palestinienne à Jérusalem. Israël fait fi des droits de l'homme élémentaires des minorités. Nous nous efforçons de faire un Etat palestinien. Nous aiderons le président démocratiquement élu de l'Etat [Arafat] de toutes les manières possibles.

La manière brutale avec laquelle agit l'armée israélienne est une honte. C'est à nous, en Europe, de former un bloc contre l'alliance fasciste américano-israélienne.

La Belgique peut jouer et jouera un rôle essentiel dans la création d'un Etat palestinien. Au lieu de parler sans fin, nous devrions agir, boycotter les marchandises israéliennes, imposer un visa à tous les citoyens israéliens [transitant en Belgique], exiger qu'Israël devienne une vraie démocratie, et pas seulement pour les Juifs.

Nous financerons des livres en Palestine - et si les groupes de soutien aux fondamentalistes juifs essayent de l'empêcher, le gouvernement belge poursuivra en justice le gouvernement israélien pour les dommages causés aux bâtiments palestiniens qui ont été construits avec de l'argent belge.

Nous entraînerons la police palestinienne aux techniques d'autodéfense. Nous ne permettrons plus à des juifs d'Europe de continuer à perpétrer des pogromes contre de pauvres Palestiniens.

Nous ferons en sorte que Jérusalem revienne à ses propriétaires légitimes. Nous ferons en sorte que les colonies soient détruites.

Nous poursuivrons en justice l'Etat d'Israël pour qu'il dédommage [les Palestiniens] des destructions de leurs biens en 1948. Le gouvernement belge bloquera la TVA due à Israël.

Les conceptions politiques légitimes des Palestiniens doivent êtres défendues, si nécessaire, au moyen d'une force internationale d'application de la paix, sous l'égide de l'ONU."


Adresse au Prince Philippe

Monseigneur,

Je vous ai vu, étourdi par les fastes princiers des émirs pétroliers. Je vous ai entendu vous exclamer avec naïveté : «Comme ils sont intelligents !»
Après l'émerveillement de l'immense salle de réception de 2000 m2, vertigineusement haute et entièrement lambrissée de marbre, du palais de Djeda ; après la signature des accords et des contrats, les repas fastueux, les musiques orientales et les parfums capiteux ; après les décorations, les échanges de cadeaux, l'exécution des hymnes respectifs, les congratulations enfiévrées et les amicales étreintes d'adieu… Après tous ces beaux 'comptes' des mille et une nuits milliardaires, êtes-vous conscient de ce que ces gens attendaient de vous ?

Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Deux des sujets de votre futur royaume l'ont non seulement compris, eux (voir plus haut), mais il ont déjà déféré à l'attente inexprimée de ces hôtes redoutables, auxquels il est impossible de refuser quoi que ce soit, puisque tout a un prix et qu'il n'y a pas de limite à la rétribution qu'ils sont capables d'offrir, en échange de la conformité à un conseil, jamais émis, mais suggéré d'une allusion polie, d'une pression de main, d'un «Nous nous comprenons, n'est-ce pas ?» complice… Ce conseil, Monseigneur, c'est si peu de chose, après tout. Et le suivre, non seulement ne vous coûtera rien, mais encore vous vaudra la considération universelle.

Il ne s'agit, après tout, que de soutenir une cause juste et bien en cour : celle du peuple palestinien.

Non que les émirs aiment ces mécréants de dirigeants palestiniens : ils les méprisent. Mais, plus que tout, ils veulent la fin de la présence juive en Palestine, et ce but passe par le soutien à Arafat.

Cela, bien sûr, ils ne vous le demanderont pas. Ils ne vous en parleront même pas. Ils feront seulement en sorte que vous compreniez par vous-même.

Monseigneur, la connivence économique et financière arabe a une contrepartie : la fin de l'Etat d'Israël.

Vous le savez et ils savent que vous le savez.

Monseigneur, quand vous serez roi, ne laissez pas la Belgique livrer Israël à ses meurtriers !

Menahem Macina


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*Le Soir du 4 novembre 2002, cité par Michel Rosenzweig, dans "Nouvel épisode du malaise belgo-israélien ! (info # 010511/2)" © Metula News Agency. [Note ajoutée le 05/11/02 à 13h 30].