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Éditorialistes
Menahem Macina

Adieu, l'amuseur ! Bonjour le procureur...
17/09/2002

Le monde des spectateurs juifs est en deuil : Bigard nous a quittés.
- Comment, Bigard est mort ? Mais de quoi ?
- D'une crise d'antisionisme aigu dans sa variante la plus maligne : la fièvre palestinienne.
- Ah bon ! vous plaisantiez.

C'est ce que croit mon interlocuteur. En fait, je suis on ne peut plus sérieux. Le samedi 14 septembre, j'ai vu mourir l'amuseur public, et assisté, médusé, à sa métamorphose en procureur. Nous étions sans doute des milliers de Juifs à regarder et écouter, ce soir-là, l'émission-culte de Thierry Ardisson, «Tout le monde en parle» -, quand Bigard s'est lancé, sans crier gare, dans un nouveau sketch, dont le public se serait bien passé. Il s'agissait, en fait, du réquisitoire antisioniste scato-démagogique le plus vulgaire et le plus grotesque qu'on ait jamais entendu de la bouche d'un amuseur public. Comparées à cette tirade du nouveau géopoliticien, celles d'un Dieudonné en mal d'électeurs faisaient, rétrospectivement, figure d'allocutions pour dames patronnesses.

Donc, ce samedi soir, notre Bigard national, brutalement saisi du haut-mal anti-israélien ("de droite"!), a gratifié les téléspectateurs ahuris d'un «J'accuse», style 'méthode à Mimile' de zozo las.

D'habitude, l'histrion ne prend rien au sérieux : c'est pourquoi il nous fait rire. L'histrion qui se prend au sérieux n'amuse plus personne. C'est ce qui est arrivé à Bigard, sur le plateau d'Ardisson. Déjà, la palinodie cauteleuse de José Bové - dans le style : j'ai pas fait exprès de dire du mal de Tsahal, au mauvais moment - n'avait pas fait exploser l'audimat. Tout le monde croyait la question réglée. On allait passer à des choses plus gaies que d'inviter, une fois de plus, le conflit du Moyen-Orient par Djamel ou Dieudonné interposés. Et vlan! v'là Bigard qui lance son pavé dans la mare. Et depuis, j'ai cette boue sur le visage…

- Mais qu'a donc fait Bigard, pour vous avoir mis dans un état pareil ? Vous, les Juifs, vous êtes tout de même un peu paranos, m'a dit quelqu'un devant qui j'avais eu le malheur de me répandre, et qui n'a pas apprécié. On ne touche pas à Bigard, le veinard, le gars qui lance, avec une gouaille inimitable, des horreurs à faire rougir un corps de garde, et à qui, pour cette raison, on pardonne tout. – Essayez d'en faire autant, même dix tons en dessous, je vous garantis que vous passerez pour un grossier personnage. Bigard, y peut, lui !

C'est vrai, au fond, qu'a-t-il dit de si grave pour mettre tant d'entre nous sens dessus dessous ? En fait, pas grand' chose : des banalités haineuses tellement ineptes qu'il faut faire un effort pour s'en souvenir. Rien qu'une logorrhée à prétention justicière - sur fond de yaka, yavékapa, yapuka, fauquon... -, censée régler, en deux coups de cuillère à pot, un conflit plus que cinquantenaire et de grande magnitude stratégique et émotionnelle... Alors quoi ?

Je vais vous dire. Ce qui m'a fait froid dans le dos, c'est le ton buté et la haine dans le regard du bonhomme. Ce soir-là, Bigard n'était pas beau à voir. Toute la chaleur humaine qui nous le rendait si sympathique avait déserté sa voix, ses yeux, son discours. Oserai-je le dire, au risque de passer pour parano? - Il y avait de la haine chez l'amuseur défunt qui, du coup, n'était plus drôle.

Durant ces longues et pénibles minutes, nous avons été nombreux à réaliser soudain qu'aux yeux de Bigard - qui semble avoir de la tendresse pour chacun, même s'il égratigne tout le monde, et du respect pour chaque peuple, même s'il se moque souvent de tous -, une seule partie de l'espèce humaine ne trouvait pas grâce : les Israéliens qui défendent leur sécurité et la spécificité juive de leur Etat, menacé de destruction par des centaines de millions d'autres êtres humains.

Et cela nous a fait froid au cœur comme lorsqu'on perd un copain. Non que nous considérions Bigard comme un ami : nous ne lui en demandions pas tant. Mais franchement, nous n'imaginions pas qu'il pouvait diaboliser à ce point quelques millions des nôtres. Et comme nous sommes une toute petite famille humaine, à l'échelon du globe, nous ne pouvons pas permettre qu'on désigne lâchement à la vindicte universelle un quart de la population juive du monde.

Pour nous, Bigard, l'amuseur, est mort.
- Pourtant, tout le monde en parle
- Plus chez nous.

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Remarques :
1. Sans que nous nous soyons consultés, il se trouve que notre ami Jean-Pierre Chemla a, de son côté, proprement étrillé Bigard. Je vous recommande sa chronique aiguë, intitulée "J'aime pas les Jean-Marie".
2. Si l'un(e) d'entre vous a pu enregistrer l'émission, qu'il/elle nous fasse l'amitié de nous communiquer le document, ou mieux, de transcrire la péroraison délirante du fantaisiste et les vaines tentatives du journaliste Guy Konopnicki (mais, que diable allait-il faire dans cette galère?) pour l'endiguer.