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Menahem Macina

C'est pour mieux te croquer, mon enfant! par Menahem Macina
25/09/2002

[Merci à Joël Sebban qui m'a sensibilisé à l'interview du leader du FPLP.]


La Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient (CAPJPO) - qui se distingue par ses positions unilatéralement pro-palestiniennes et son anti-israélisme militant - publie sur son site une interview de Ahmed Saadat, secrétaire Général du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP).
Rappelons que le personnage est impliqué dans l'assassinat de feu Rechavam Zeevi, qui fut ministre du tourisme de l'Etat d'Israël. Longtemps réfugié dans le QG de Yasser Arafat, à la Moukata, pour échapper aux poursuites de Tsahal, Saadat a finalement été lâché par Arafat et relégué, avec d'autres condamnés, dans la prison palestinienne de Jéricho, où il séjourne encore, sous garde palestino-américaine.

L'interview (réalisée le 9 septembre) est mortellement ennuyeuse. C'est un tissu de plaintes et d'accusations amères contre les Israéliens, bien sûr, contre les Américains également, mais aussi - et peut-être surtout - contre l'Autorité Palestinienne, qualifiée de "bourgeoise" et accusée d'avoir cédé au diktat israélo-américain.

Si j'en parle ici, c'est pour éclairer la lanterne de ceux que pourrait encore leurrer la raison sociale de cette officine, qui se targue de promouvoir une paix juste au Proche-Orient.

Je me limiterai à l'extrait suivant qui annonce clairement la couleur sur ce qui attend l'Etat des Juifs, dit Etat d'Israël, si le programme de ce courant extrémiste palestinien devenait celui du futur Etat palestinien.

"Au FPLP, nous ne pensons pas que la solution de «deux états pour deux peuples» soit une solution viable. Même si nous parvenions à satisfaire cette revendication, le problème serait loin d'être réglé, en premier lieu car l'Etat d'Israël continuerait d'exister tel qu'il est. Et surtout, deux questions majeures se poseraient :
Que fait-on des réfugiés ? pour nous, la question du droit au retour des réfugiés, qui représentent plus de la moitié des Palestiniens, est une question fondamentale, dans la mesure où le droit au retour est un droit inaliénable. Or avec la solution «deux Etats pour deux peuples», on exclut de fait les réfugiés. Il est hors de question qu'ils vivent en Cisjordanie ou à Gaza… Vous le voyez, le principal problème demeure.
Que deviennent les Palestiniens de 1948 ? Le problème est également d'importance, dans la mesure où ils sont plus d'un million et qu'ils sont avant tout des Palestiniens et qu'ils vivent eux aussi l'oppression de l'Etat d'Israël.
Je ne m'étendrai pas mais vous le voyez, la solution des deux Etats ne peut être, au mieux, qu'une solution temporaire. Une solution réelle au conflit devrait répondre à trois données fondamentales : la fin de l'occupation, le retour des réfugiés, et l'établissement d'un pouvoir réellement démocratique sur l'ensemble de la Palestine historique. Quand on se rapporte à l'histoire, c'est la seule solution légitime. Et surtout, comme je le disais tout à l'heure, nous devons envisager la solution au niveau international. De ce point de vue aussi, seul l'établissement d'un vrai pouvoir démocratique sur l'ensemble de la Palestine du mandat pourra répondre à nos aspirations. Bien sûr c'est une réponse qui elle, attaque de front l'impérialisme au niveau mondial, et bien entendu les impérialistes ne l'accepteront jamais. Cela signifie que notre résistance va se poursuivre, qu'elle connaîtra des hauts et des bas, mais il est évident que pour parvenir à nos fins nous aurons besoin de temps. Et de soutien. Mais je crois que l'émergence du mouvement anti-globalisation est un signe éminemment positif…"


J'ai mis en grasses les passages les plus significatifs. Ils témoignent de ce que les Israéliens ont raison de soupçonner les Palestiniens de considérer l'existence de l'Etat d'Israël comme un pis-aller temporaire. Et ceux qui accusent Israël de paranoïa et continuent à s'accrocher au rêve d'Oslo - la paix contre les territoires - devront tenir compte des propos de ce dirigeant , car il reflète très exactement la pensée du leadership palestinien.

La CAPJPO qui reproduit l'interview, avec une complaisance visible, s'est-elle rendu compte à quel point ce refus palestinien catégorique de la coexistence de deux Etats, dans cette partie du Moyen-Orient, était en contradiction flagrante avec leur déclaration d'intention (voir ci-après *), qui préconise "l'établissement d'un Etat palestinien à côté de l'Etat d'Israël, dans le respect mutuel des droits et des aspirations légitimes des deux peuples"?

Juifs de gauche de l'intérieur et de la diaspora, ne comptez pas sur les Israéliens lucides pour jouer les Petit Chaperon Rouge. Libre à vous de vouloir à tout prix que l'Autorité Palestinienne soit votre proche parente, vous serez seuls à y croire.

Et quand, enfin réveillés, vous vous écrierez :

- "Que vous avez de longues dents!"...

vous aurez à peine entendu la réponse :

- "C'est pour mieux te croquer, mon enfant!"...

que le loup aura joint le geste à la parole.



(Texte intégral de l'interview)

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*Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient [CAPJPO] lutte, conformément à ses statuts, pour le respect des principes et résolutions des Nations-Unies sur le Proche-Orient, ainsi que des Conventions de Genève ; pour la mise en place d'une force d'interposition internationale ; pour le démantèlement des implantations de colons israéliens et le retrait immédiat de l'armée israélienne des territoires occupés en 1967 ; pour l'établissement d'un Etat palestinien à côté de l'Etat d'Israël, dans le respect mutuel des droits et des aspirations légitimes des deux peuples.
L'association prend toutes les mesures nécessaires à la mise en place et à l'organisation d'un réseau efficace de membres, anime un site sur internet pour diffuser informations et idées, organise des réunions publiques et colloques pouvant faire l'objet de publications, etc.