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Éditorialistes
Menahem Macina

"Rêver la Palestine", un cocktail Molotov éditorial meurtrier, M. Macina
22/11/2002

22/11/02

Pour un résumé du livre et une invitation à réagir à sa publication, voir Avec le CRIF, protestez contre le livre "Rêver la Palestine"

Pour consulter les dizaines de textes de protestation déjà adressés à l'éditeur voyez : "Une jeune fille "rêve" la Palestine : ils ont réagi au scandale de ce livre"


L'avalanche de nouvelles de ces derniers dix jours, toutes plus dramatiques les unes que les autres, m'a empêché de consacrer l'espace et le temps qu'elle mérite à ce qu'il faut bien, à la suite de Clément Weill Raynal, appeler dorénavant l'affaire Randa Ghazy. (Voir : "Y aura-t-il, en France, une affaire Randa Ghazy?").

Et même aujourd'hui, alors que prend corps une protestation juive dont l'ampleur s'étend chaque jour davantage, je ne veux pas commenter ce livre, car il ne le mérite pas.

Je m'en tiendrai donc au seul but qu'il me paraît indispensable d'atteindre dans les plus brefs délais : faire retirer du marché cette incitation à la haine d'un peuple et au meurtre de sa population, ce flot de calomnies inimaginables, qui auront d'autant plus d'effet sur les esprits faibles et échauffés qu'il sont écrits par une toute jeune fille musulmane (non sans le re-writing de l'éditeur, c'est évident).

Mais il ne faut pas se tromper de coupable, en la circonstance. Qu'une adolescente ait mis en scène ses phobies et en ait couché le récit dans un cahier intime, voilà qui peut se comprendre. Des milliers d'ados (et de jeunes adultes) font de même sur divers sujets. Mais qu'un éditeur, humant par avance le fumet faisandé du scandale ait osé publier ces horreurs, voilà qui constitue, à mon avis, un délit justiciable.

Car enfin, il ne faut pas nous prendre pour des naïfs, nous avons, dans cette oeuvrette pernicieuse, tous les ingrédients d'un cocktail Molotov éditorial meurtrier :
  • Les Juifs et tous les fantasmes qu'ils suscitent, alimentés par le venin des "Protocoles des Sages de Sion" récemment remis en course à grand renfort de publicité dans les médias écrits et audiovisuels arabes du monde entier.
  • Les Israéliens, perçus comme des ravisseurs et des colonisateurs d'une terre qui ne leur appartient pas, et comme les oppresseurs d'une population désarmée et pacifique, poussée à la réaction violente par l'injustice, la brutalité, la bestialité (les prétendus viols perpétrés par des soldats reviennent comme une antienne tout au long du livre) de "l'occupant".
  • L'opinion publique française enfin, intoxiquée, entre autres, par ses médias d'Etat et une certaine presse qui a, depuis longtemps, déchu de sa qualité et de sa dignité d'antan, et qui, depuis quelques années, a pris la tête de la curée anti-israélienne.
Ceux qui me connaissent savent que je suis généralement réticent à ce que nous saisissions la justice pour nous défendre contre ce type d'agressions - et ce d'autant que l'appareil judiciaire actuel n'est pas adapté à ce genre de procédure (sauf erreur, la loi sur les 'délits de presse' remonte au Code Napoléon et n'a jamais été modifiée depuis!), je ferai pourtant une exception dans ce cas de figure.

En effet, comme le constatera quiconque se reporte aux extraits qui nous ont été communiqués par un visiteur et que je cite, ci-après, ce livre comporte au moins une phrase qui a de grandes chances de faire l'objet d'une injonction de suppression, car elle est outrageusement mensongère, et il est de notoriété publique qu'il s'agit d'une forgerie condamnable. La voici :

« Je pense au 3 septembre de l'année passée, quand ce gosse Mohamed Aldorra a été tué, et quand on l'a interviewé, le soldat qui a tué le petit a dit qu'il avait gardé le père en vie pour le faire souffrir, c'est ce qu'il a dit, j'ai gardé le père en vie pour le faire souffrir

Le drame de la mort de ce petit garçon, filmée en direct, et diffusée en boucle dans le monde entier, est ici manipulé de façon grossière, car, comme chacun sait, il n'y a jamais eu la moindre interview de ce genre, sinon les médias arabes en général, et palestiniens, en particulier, en auraient fait bruyamment état, relayés, n'en doutez pas, par Charles Enderlin et France 2.

A la jeune fille, obsédée par le drame d'un peuple-frère, on peut pardonner cette affirmation rocambolesque, A L'EDITEUR, NON !

Il y a dans le chef de Flammarion, au minimum négligence grave, eu égard à sa responsabilité éditoriale en matière de diffusion d'informations ou d'accusations calomnieuses.

Et si l'éditeur objecte qu'il n'a fait que reproduire le "RÊVE" de Randa Ghazy, je vous invite à vous dresser, nombreux, pour réclamer la condamnation de Flammarion, car - pardonnez-moi ce pastiche de la phrase célèbre de Théodore Hertzl -
"Si vous le voulez, CE NE SERA PAS UN RÊVE !"


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«Rêver la Palestine » éditions Flammarion
Collection Grands formats pour grands adolescents
206 pages. 109 euros
Auteur : Randa Ghazy


Extraits :

Personnages :

- Le héros, Ibrahim, 30 ans. Le seul livre qu'il lise volontiers, c'est le Coran. Une passion qui lui a été transmise par son père, qui était muezzin dans la mosquée de la ville. Un homme très religieux, tué par la guerre.

Gamal, vingt ans, jeune naïf. Il n'a même pas le brevet. La seule chose qu'il sache faire, c'est crier «Sharon, Salaud, Assassin, sans même savoir, en réalité, quelle tête il avait, ce qu'il avait fait dans la vie. Il savait seulement que c'était un salaud et un assassin. Gamal avait accepté une haine qui n'était pas la sienne, qui était celle d'un peuple ».

Page 24, Gamal commet un attentat-suicide :

- « ...Voilà, Gamal, il a grandi comme ça, sans la possibilité de choisir (...) et puis tout le monde savait que ça arriverait, tout le monde le savait, c'était comme ça (...) il s'approcha d'une base de soldats israéliens, il se fit fouiller, et puis à un moment donné la bombe explosa, son torse se fragmenta en grumeaux, morceaux, fragments de chair, son corps explosa, il fit sauter à lui tout seul toute une zone de contrôle israélienne, cinq soldats moururent, en même temps que lui, cinq, et vu les centaines qu'il y avait partout on se demandait pourquoi, au fond, pourquoi foutre sa propre vie en l'air pour n'en tuer que cinq, des ennemis, c'est un nombre insignifiant...» (...) Tu nous manqueras, tu es courageux, vraiment je parle sérieusement, je ne sais pas si j'arriverais à le faire, nous nous souviendrons tous de toi, nous vaincrons, nous vaincrons aussi, grâce à toi, que D-ieu soit avec toi, et ils l'avaient laissé partir... »

Pages 31-34, Ibrahim se souvient de son père, Fahti :

- Ibrahim se sentait plein d'orgueil chaque fois qu'il entendait la voix forte de son père, amplifiée par les micros, qui appelait les musulmans à la prière (...) Son père ne manifestait de passion que pour une chose en dehors de la religion : la guerre. La guerre qui faisait rage sous ses yeux, la guerre qui avait tué ses camarades, ses amis, ses parents, la guerre qui se nourrissait de sang et de larmes et qui frappait, âpre, forte à la porte du peuple palestinien (...) son père disait: ceci est notre terre, et le djihad est légitime. Légitime. Souvenez-vous, Allah nous a dit défendez votre terre (...) et ce sera une guerre sainte, le djihad ».

- Son père s'avança et s'arrêta devant lui et récita : Tu ne dois pas considérer comme morts ceux qui ont été tués sur le sentier d'Allah. Ils sont vivants au contraire et bien pourvus par leur Seigneur, heureux de ce qu'Allah, par sa grâce octroie».


Page 35 : Le père est abattu, de sang froid, par les soldats israéliens

- «Il vit son père étendu à terre et tous regardaient, et le sang souillait la place, le Coran taché et jeté à terre, ouvert, avec sa couverture brisée. Son père à terre, tout ce sang. Il était arrivé en paix, avec le Coran, il avait commencé à réciter des versets, condamnant les soldats, condamnant leur violence et leur brutalité (...) Les soldats, de plus en plus inquiets, puis épouvantés [???], Fahti avait agité le bras vers eux, les accusant de crimes de sang, de crimes de foi (...) c'était au fond un vieillard, il ne faisait que réciter des versets, mais ils étaient intervenus et finalement ils avaient tiré sur lui.»


Page 44 : Les soldats israéliens pénètrent dans une mosquée

- «Ils étaient carrément entrés avec leurs godillots laissant sur la moquette de prière immaculée boue et poussière (...) La tension était à son comble et elle exploserait, elle exploserait de manière terrible (...) Et Ibrahim vit alors ce qu'il savait redouter, et ce fut quelque chose dans les yeux de l'un des soldats, le plus crâneur, le plus arrogant (...) Les gens commençaient à crier, à dire : allez-vous en, laissez-nous dans notre pays, dans notre patrie, allez-vous en, et laissez-nous seuls, n'entrez pas dans nos mosquées et ne bousillez pas nos vies (...) Un garçon, il pouvait avoir vingt ans, un jeune avec un jean déchiré et le keffieh enroulé autour du cou, se jeta en avant espérant sans doute être un héros, faire quelque chose de tangible, de concret pour son pays (...) le soldat le plus arrogant, en un éclair, d'un geste presque mécanique, du geste de qui est habitué à sortir son fusil, à tirer, à tuer, d'un geste presque mécanique, mécanique, fit feu... »

Page 49 : Un autre jeune qui lance une pierre est à son tour abattu:

- «une femme sortit, à découvert et s'élança vers son fils, vers le corps désarmé étendu à terre, pleurant, hurlant, sanglotant : ebni, ebni ! mon fils, mon fils ! Et au moment où les soldats la virent se jeter en avant, ils firent feu, tous les quatre, et la femme s'écroula à terre et le sang se mit à jaillir...»

Page 57 : L'histoire de Gihad et Riham, deux adolescents palestiniens :

- «La famille de Gihad et de Riham, les parents et les petits jumeaux de quatre mois, avait été exterminée lorsqu'ils étaient encore enfants. Ce jour-là, les chars entrèrent dans le village et les soldats tirèrent sur toutes les personnes qu'ils trouvèrent, femmes, vieillards, enfants, ils entrèrent dans toutes les maisons, à quelques-unes ils mirent le feu alors que les familles étaient à l'intérieur, dans d'autres ils violèrent les femmes, volèrent l'argent et détruisirent tout, ils frappèrent les vieux et brisèrent les os des enfants, sans toutefois les tuer, pour que les gens puissent vivre longtemps avec des enfants, des garçons qui grandissaient invalides et qui étaient un poids pour les familles, pour que les gens en viennent à haïr ces petits enfants, ces garçons, qui un jour ne pourraient même pas défendre leur famille dans une Intifada ... »

Page 64 : Riham s'exclame :

- «Cette guerre est notre plaie (...) Bon sang, il n'y a pas moyen d'arrêter les pécheurs, les juifs ? Ils nous tuent tous, pourquoi ? »

Page 76 : Ramy, le médecin chrétien de l'hôpital :

- «Je sais Mohamad. Des scènes comme ça, j'en vois tous les jours: à l'hôpital, et puis quand je rentre chez moi, parce que mes nuits sont peuplées de cauchemars... Ces israéliens sont des brutes, des brutes, il faudrait les tuer tous!».

Mohamad, un adulte, réplique :

- «Je m'en fous de la paix, la paix elle est irréalisable maintenant! Ils veulent nous exterminer tous, la voilà la vérité, alors ça me déplait pour Arafat, mais je dois faire quelque chose. Les juifs sont tranquilles dans leurs maisons et nous au contraire on a des hôpitaux pleins de gens qui meurent, et des villages détruits, des vieux frappés et des femmes violées. On ne peut pas permettre que ça continue comme ça ! Ecoute Ramy, J'ai pris une décision. Je dois faire quelque chose !»

Page 77, Mohamad poursuit :

- «Pourquoi nous font-ils ça ? C'est un peuple maudit, je te le dis Ramy, c'est un peuple maudit : ils ont tellement souffert mais maintenant ils veulent nous faire payer ce qui leur est arrivé (...) Pourquoi continuent-ils à se mettre du sang sur les mains ? »

Page 85, Ibrahim :

- « Si la violence est le seul moyen qui reste pour parvenir à la paix, il faut l'accepter et chercher à avoir le dessus ».

Page 86, Nedal :

- «Eux, ils ne se demandent pas si leur Dieu accepte la violence (...) ils nous infligent les tortures qu'on leur a infligées (...) Ils viennent occuper nos terres et font feu sans même regarder leurs victimes en face. Si je me trouvais devant un juif, je lui demanderais : mais tu n'as pas peur du Seigneur ? Et je voudrais bien savoir ce qu'il me répondrait, va savoir...»

Page 86, Ibrahim :

- «Nous l'avons essayée cent fois la voie du dialogue, et cent fois, ils n'ont pas respecté les accords, ils ont fait ce qu'ils voulaient, en s'opposant au monde entier (...) Chercher la voie du dialogue maintenant, ça reviendrait à se rendre à leurs brimades et à se soumettre à leur volonté


- L'action se poursuit, les adolescents grandissent.

Page 126 :

- «Ils grandissaient tous comme ça, submergés par la douleur et par la colère et il était hypocrite et injuste de les critiquer quand ils lançaient des pierres ou se tuaient pour devenir Shuhada, martyrs *, c'était si injuste. Comment aurait-il pu, un jour, lui, Ibrahim, reprocher à Ahmed la violence dont il ferait certainement preuve, dans l'avenir, envers les israéliens ? Il est trop facile de critiquer ceux qui utilisent la violence

Pages 127, à propos d'Ibrahim :

- Parfois, quand sa haine envers l'ennemi devenait aiguë, presque violente, il prenait le Coran entre ses mains et prêchait à ses amis : «Ô fils d'Israël, rappelez-vous les faveurs dont je vous ai comblés et de quelle façon je vous ai préférés aux autres peuples du monde.» (Sourate II, Al-Baqara). Il les a libérés et sauvés et c'est comme ça qu'ils le remercient ? En tuant ses fils ? Mais ce sont des pécheurs !»

Pages 165-166, Ibrahim assiste à une manifestation de gamins portant des banderoles à la gloire du djihad :

- Ces enfants étaient condamnés à une vie de violence, et leur mort était déjà écrite, leur fin déjà décidée, ils étaient prisonniers d'une chaîne qui ne se briserait jamais, ils étaient prisonniers de la violence (...) Ibrahim n'avait pas le coeur de condamner les parents de ces enfants, Ibrahim ne pouvait condamner ces gens, car, à leur heure, les parents de ces enfants avaient grandi, bouleversés par la douleur, happés par la haine, comment pouvait-on les juger ? Comment pouvait-on les condamner ? Un enfant dont on tue les parents sous ses yeux sera toujours tourmenté par la soif de vengeance, il sera tourmenté par la haine (...) il en sera tourmenté et ne pourra que se convertir à une vie de haine (...) le germe du mal s'était désormais insinué parmi eux (...) Ibrahim, cela lui faisait mal de penser qu'au fond lui aussi était comme ces enfants, et ses amis l'étaient, et tout son peuple l'était, ils étaient comme ces enfants, détruits par la haine, détruits par le mal (...) désormais même l'air qu'il respirait en était imprégné. La haine. Désormais même le sol qu'il foulait en était contaminé. La terre de la haine. »

Page 180, l'épisode de Mohamed Al Dura :

- « Je pense au 3 septembre de l'année passée, quand ce gosse Mohamed Aldorra a été tué, et quand on l'a interviewé, le soldat qui a tué le petit a dit qu'il avait gardé le père en vie pour le faire souffrir, c'est ce qu'il a dit, j'ai gardé le père en vie pour le faire souffrir»


Page 194, Ibrahim participe à une émeute. Il lance des pierres contre les soldats :

- «Ramasse, lance, ramasse, lance, lance, lance (...) tue avant qu'on te tue (...) Ibrahim s'aperçoit qu'il en a étendu quatre ou cinq, pas mal, pas mal...»

Page 199, fin du roman. A propos d'Ibrahim :

- « il hait, il hait (...) il hait les soldats, il hait chaque israélien qui vit à la surface de la terre, c'est une haine inconditionnelle, irrationnelle qu'on ne peut expliquer, justifier, mais non plus critiquer».

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[* en fait, ‘martyr' se dit ‘Shahid'. La ‘Shuada', c'est le martyre, l'action de subir le martyre. Note de Menahem Macina].

[Merci à Laurent KERN, relayé par Gérard Marx, de m'avoir communiqué ces extraits du roman.]

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NOUS VOUS INVITONS A ENTREPRENDRE AU PLUS VITE L'UNE OU PLUSIEURS DES ACTIONS QUI VOUS SEMBLENT LES PLUS APPROPRIEES POUR QUE CE LIVRE SOIT RETIRE DES LIBRAIRIES

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Editions Flammarion
26 rue Racine - 75006 Paris
Tel 01 40 51 31 00

Directeur Général
Frédéric Morel
fmorel@flammarion.fr

Attachée de presse :
Brigitte Gautrand
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Fax : 01 46 33 59 45
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