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Menahem Macina

Si ça n'est pas Munich, ça y ressemble furieusement, M. Macina
09/02/2003

09/02/03

Louis Michel : "Nous sommes et nous voulons être les meilleurs partenaires des Etats-Unis,
mais pas dans ce rapport de valet à chef."


Tous les complexes de la vieille Europe se résument dans cette phrase de 'Louis-le-Petit' (1), ministre des Affaires étrangères de la Belgique.

  • C'est le dernier de classe belge qui en veut au fort en thème américain, dont chaque geste, chaque parole sont interprétés comme arrogants.
  • Ajoutez-y l'autodidacte français qui veut donner des leçons de bonne conduite aux Yankees;
  • et le tribun allemand qu'exaspère l'analyse tranquille et convaincue de Colin Powell...
et vous avez le trio européen le plus original du moment. Le plus inquiétant aussi.

L'Amérique veut nous forcer la main, glapissent-ils. C'est inadmissible.

Mais il nous reste le droit veto, et nous allons y recourir. Na!

Ainsi, la décision que l'Otan s'apprêtait à prendre concernant la protection de la Turquie, en prévision d'une guerre, sera bloquée.

Que cette conduite irresponsable risque de plonger l'Alliance Atlantique dans une crise sans précédent, nos trois dissidents européens n'en ont cure. Leur seul souci est de tenir tête aux Etats-Unis et de préserver leurs marchés.

Ils se dressent sur leurs ergots, ces trois 'Napoléon-le-Petit' (1) de la vieille Europe, brandissant frénétiquement leur carte du parti de la capitulation, estampillée 'VETO' (Vieille Europe Très Offusquée)...

Et de saliver de revanche. Ah ! ils vont être dans de beaux draps, les Amerloques ! Ils croyaient nous embarquer comme au beau temps de la guerre du Golfe : eh bien, c'est loupé. Ils vont voir ce que va leur coûter l'enlisement de 150.000 hommes, l'arme au pied, faute d'un accord de l'ONU pour l'ouverture des hostilités.

Tout, mais pas ça! C'est qu'ils en ont des bouches à nourrir, les Etats européens, des contrats à préserver surtout. Et la guerre, Mossieu, ça vous f… en l'air les économies nationales et internationales…

Ce n'est pas l'argument que l'on servira au grand public. Avec ce dernier, on recourt aux effets de manche et aux trémolos pacifistes: « La guerre est le dernier recours. Pensez au nombre incalculable d'emplois perdus - euh ! pardon, de victimes innocentes que causera inévitablement ce conflit ! »...
De quoi faire pleurer dans les chaumières de la Belgique, de la France et de l'Allemagne profondes. Et ça marche.

Dans cette course à la mégalomanie européenne, la Belgique se taille la part du lion. En effet, après s'être octroyé la «compétence universelle» en matière de justice ('pénaleuromanie'), elle s'arroge le rôle de donneuse de leçons tous azimuts ('moraleuromanie'), et finalement celui de stratège et décideur dans l'une des affaires géopolitiques et militaires les plus compliquées de la planète ('stratègeuromanie').

Ne pouvant infléchir la politique des Etats-Unis et de ses Alliés de l'OTAN, les trois dissidents européens choisissent de la saboter.

L'allemand Yoshka Fisher hurle, d'une voix perchée, qu'il n'est pas convaincu par les 'preuves' américaines.

Le Français Raffarin ironise sur la phrase de Bush : «The game is over» (littéralement : 'la partie est finie') et nous fait une démonstration convaincante de son ignorance de l'art de la métaphore, en général, et de celle de la langue anglaise en particulier, en rétorquant, par conférence de presse interposée, et d'un ton sec de surveillant chahuté : «D'abord ce n'est pas un jeu. Ensuite, ce n'est pas fini !» (2)

Tout cela est pitoyable.

Du jamais vu ? Si, à Munich, en 1939.

Cela vous agace ? Cela n'a rien à voir, dites-vous ? – Certes, Saddam n'est pas Hitler, mais c'est un dictateur au moins aussi redoutable, et la situation actuelle présente d'étranges analogies avec celle des accords de Munich. Lisez plutôt (3) :

La situation en avril 1938 : Hitler revendique l'annexion de la république francophile de Tchécoslovaquie. La réunion de Munich en septembre 1938 entre Mussolini, Hitler, Daladier et Chamberlain est un échec puisque les Sudètes sont finalement rattachées au Reich. Les petites puissances, ainsi que Staline, condamnent la dérobade des démocraties.

La conférence (4): Au dernier moment Chamberlain suggère de réunir une conférence internationale. Mussolini fait accepter cette proposition par Hitler et, le 29 septembre 1938, Hitler, Mussolini, Daladier et Chamberlain se rencontrent à Munich. L'Allemagne obtient tous les territoires revendiqués. Daladier et Chamberlain sont accueillis avec enthousiasme à Paris et à Londres. Or les conséquences de Munich sont graves. La France est discréditée aux yeux de ses alliés d'Europe centrale et orientale. Hitler se trouve encouragé dans sa politique d'agression…


C'est, toutes proportions gardées, le scénario qui se dessine aujourd'hui à propos de la crise irakienne.

Saddam Hussein veut à tout prix se maintenir au pouvoir, et c'est la chance inouïe qu'entendent lui servir sur un plateau les trois dissidents européens. Pourtant, tout le monde sait que le dictateur irakien a menti des dizaines de fois à l'ONU, qu'il ne désarmera jamais vraiment, et qu'il reste un danger pour la stabilité de la région et pour l'équilibre des marchés pétroliers dans le monde.

Ne pouvant nier tout cela, mais désirant éviter à tout prix cette guerre régionale, Monsieur de Villepin (France) propose l'envoi d'un force internationale en Irak (oubliée l'humiliation qu'infligea Saddam à l'ONU, en 1986, en désarmant et en prenant en otages les Casques bleus).

Nul doute que s'ils réussissent dans leur entreprise insensée, nos trois 'génies' européens ne soient acclamés par les foules comme le furent, en 1938, Chamberlain et Daladier... Pour mémoire, ce dernier s'exclama alors : «Les cons, ils ne savent pas ce qui les attend !».

Si ce n'est pas Vichy, cela y ressemble furieusement...


Menahem Macina


Notes :

(1) Allusion au titre de dérision décerné par Victor Hugo à l'empereur Napoléon III.

(2) Précisons que la métaphore est quasi universelle. En français, elle s'énonce : «C'est terminé!», c'est-à-dire : vous avez eu toutes vos chances, mais le temps des concessions et des tergiversations est passé et vous avez perdu. Pinailler sur le mot 'jeu' témoigne soit d'une ignorance impardonnable de l'anglais et de l'art de la métaphore, soit d'une cuistrerie dont le but est uniquement de ridiculiser un adversaire, et donc difficile à pardonner à un Premier ministre. Et si M. Raffarin passe à la postérité, il est souhaitable pour sa mémoire que ce ne soit pas en raison de cette 'gaffe' mémorable.

(3) Texte emprunté à: www.crrl.com.fr/archives/expo19-39/dossier/munich.htm

(4) On peut lire une excellente étude condensée de cette Conférence fatale, sous le titre : "Munich, ou la stratégie de l'abandon", par Élisabeth du Réau.

© www.reinfo-israel.com et Menahem Macina