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Menahem Macina

Ubuesque, inénarrable Belgique… par Menahem Macina
19/03/2003

19/03/03

Emoi en Belgique. Ces dernières 48 heures ont été témoins des propos et des actes les plus ubuesques qui soient, en matière de politique, d'abord, en matière de justice, ensuite.

Où le ridicule le dispute à l'incompétence, en matière politique

Au cours d'une émission diffusée ce week-end, deux personnalités du monde politique, Louis Michel – le désormais célèbre ministre des Affaires étrangères du "Plat Pays" – et André Flahaut, ministre belge de la Défense – quasiment inconnu des médias étrangers, mais qui ne le sera plus après la bourde monumentale qu'il vient de commettre de conserve avec son collègue, le fulgurant diplomate Louis Michel.

Or donc, au cours de cette émission de débats politiques, l'habile journaliste qui l'animait, lança, sans avertissement préalable, la question-appât, à laquelle nos deux poissons mordirent avec voracité.

En substance, on demandait aux deux ministres présents sur le plateau ce qu'ils pensaient du fait que le territoire belge, et spécialement le port d'Anvers, étaient toujours utilisés pour acheminer du matériel américain en vue de la guerre imminente contre l'Iraq, alors que la Belgique avait fait état de son opposition farouche au conflit et n'avait pas fait mystère de son intention de s'opposer par tous les moyens à la nouvelle résolution demandée par les Américains.

Et nos deux matamores d'y aller de leurs rodomontades.

L'inénarrable "Louis le Petit" déclara avec assurance qu'il n'était, en effet, pas question qu'un tel état de choses perdure. A l'en croire, dorénavant, plus aucun matériel de guerre américain ne transiterait par la Belgique.
Et Louis Flahaut de renchérir en se rengorgeant, que même l'espace aérien serait interdit aux avions de guerre et avions-cargo américains se dirigeant vers la région du Golfe.

L'arrogance présomptueuse de ces propos («je puis vous assurer…») n'avait d'égale que la fatuité des attitudes et des regards de ces deux Robespierre de la politique belge. A eux seuls, nonobstant la gravité des affirmations proférées, ils valaient le spectacle.

Restait à attendre pour voir si ces bravades langagières se traduiraient en actes.

Ce ne fut pas le cas. Brièvement interrogé, mardi, le Premier Ministre belge, Guy Verhofstadt, visiblement embarrassé par ce dérapage verbal de deux ministres de son gouvernement, mit les choses au point avec habileté. En substance il dit comprendre leur émoi, mais insista sur le fait qu'aucune mesure ne devait être prise en dehors du cadre de l'assistance mutuelle que se doivent les Etats, conformément aux accords de l'OTAN.

Qu'un ministre de la Défense et un ministre des Affaires Etrangères aient ignoré ce b-a, ba de la politique des rapports entre Etats laisse pantois et donne une idée du niveau consternant de compétence et de responsabilité de certains hommes d'Etat belges.


La "compétence universelle" à la belge, cruellement piégée

L'autre affaire est plus anecdotique, mais non moins révélatrice des gaîtés de la loi belge de "compétence universelle", que n'eût pas désavouées un Courteline.

La très sérieuse chaîne nationale de télévision belge, RTBF, diffusait, ce mardi, un reportage sur une nouvelle plainte devant le Parquet de Bruxelles, au titre de cette fameuse loi.

Ecoutez bien, cela ne s'invente pas (surtout à quelques heures du déclenchement de l'offensive américaine en Irak).

Or donc, deux avocats et un homme politique belge ont accepté de représenter les intérêts de 11 familles irakiennes.
Ces dernières demandent rien moins que l'inculpation, pour crime de guerre, de l'ex-président des Etats-Unis, George Bush-père, de l'actuel vice président américain, Dick Cheney, de l'actuel Secrétaire d'Etat, Colin Powell, et du Général Schwatzkopf. Les plaignants les accusent de responsabilité directe dans le bombardement - qui avait fait 403 victimes - d'un abri civil du quartier d'Al Almeria, à Bagdad, en février 1991, lors de la première Guerre du Golfe.

Que ce tir ait été une erreur, comme il s'en produit dans toutes les guerres, ou que la responsabilité en ait été prise par le haut-commandement militaire américain sur la foi de renseignements selon lesquels Saddam Hussein se trouvait dans cet abri, comme cela a été dit alors, il est clair que cette extension de la notion de crimes de guerre aux "bavures", erreurs stratégiques, ou autres aléas inhérents à toute guerre, si elle venait à faire jurisprudence, rendrait toute guerre impossible.

Tous les tribunaux de la terre ne suffiraient pas à juger les officiers, hommes de troupe, et hommes politiques de tous pays auxquels il serait facile d'intenter le même procès. A ce compte, et pour ne parler que de la Seconde Guerre mondiale, les pilotes des forces alliées, leurs chefs militaires et les autorités politiques d'alors devraient être condamnés comme criminels de guerre pour les bombardements du sol français, qui, rappelons-le, ont fait plus de morts civils que les opérations militaires allemandes en 4 années d'occupation. Un seul exemple : Entre le 4 et le 10 septembre 1944, 12.000 tonnes de bombes furent déversées sur la ville du Havre, en Normandie, et sur sa population, faisant plus de 5000 morts civils, 35.000 sinistrés complets et 65.000 sinistrés partiels (1).

La ridicule affaire portée hier devant la justice belge, n'est qu'une retombée, parmi de multiples autres prévisibles, de l'ouverture de la boîte de Pandore qu'a constituée le vote calamiteux, par les hommes politiques belges, de la prétentieuse "loi de compétence universelle". Au lieu d'ériger la Belgique en parangon de la justice universelle, cette loi fait sombrer dans le ridicule le pays qui en a pris l'initiative sans en mesurer toutes les conséquences, ni en prévoir les détournements pervers.

En veut-on une illustration ?

Au sortir du Palais de Justice de Bruxelles, Patrick Moriau, Président des Relations internationales du Parti Socialiste de Belgique, et l'un des trois représentants des 11 familles irakiennes plaignantes, a lancé aux journalistes ce mot, qui entrera sans nul doute dans le Guiness Book of Records de la stupidité politique :

«Au concept de "guerre préventive", nous allons opposer celui de "plainte préventive" !»

Belgique, réveille-toi, ils sont devenus fous !


© Menahem Macina et reinfo-israel.com


Notes

(1) "Le premier gros bombardement eut lieu le 5 septembre de 17 h 45 à 19 h 30, sur le centre de la ville, où il n'y a pas d'objectifs militaires : 1820 tonnes de bombes explosives, 30000 bombes incendiaires, 1 tonne d'explosif par 720 mètres carrés, une bombe incendiaire tous les 43 mètres carrés. Près de 3000 civils tués […] Entre le 4 et le 10 septembre, la ville fut détruite à 85 pour cent. Elle reçut 12000 tonnes de bombes en 152 bombardements qui firent plus de 5000 morts parmi les civils et laissèrent 35000 sinistrés complets et 65000 sinistrés partiels." (Beaudufe, Christophe, auteur de L'été 1944, le sacrifice des Normands, Perrin, Paris 1994).
www.denistouret.net/textes/Beaudufe.html