Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

L'Intifada d'Al-Aqsa et la guerre sainte électronique, M. Macina
06/04/2003

Article publié dans The Jerusalem Post, édition française, Jérusalem, semaine du 29 novembre au 5 décembre 2000, p. 10

Récupéré du site de CJE : [url]http://www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir[]=1238&voir[]=3824[/url]

Malgré les apparences et si inquiétante qu'elle soit, la «Guerre des étoiles» est moins dangereuse pour la paix du monde que certaines entreprises de subversion psychologique planétaire, qui, pour n'être pas nouvelles, ont désormais leur «arme fatale» en l'espèce des médias électroniques en général et des sites Web en particulier. [1]

En effet, jusqu'à il y a peu, l'opinion publique s'alimentait presque uniquement aux sources traditionnelles d'information que constituent la radio, la télévision et la presse écrite, dont la liberté d'expression reste dans les limites de la loi et de la décence, au moins de ce côté-ci de l'Atlantique. Tel n'est pas le cas du Web qui se rit des frontières et des lois des Etats. Et au train où vont les choses, ce média – que l'on croyait réservé aux « branchés » – est en passe de devenir le principal « faiseur d'opinions » et, partant, le vecteur potentiel d'une subversion mondiale aussi incontrôlable que les mafias, le trafic de drogue, le blanchiment d'argent et le terrorisme international. Sans parler de son influence sur les enfants, génies précoces en la matière, mais proies faciles pour la subversion.

En effet, outre du sexe, de la sorcellerie, de la propagande sectaire et néo-nazie, des conseils pour fabriquer des bombes, voler des voitures, se procurer des faux papiers, etc., on trouve, sur le Web, tous les ingrédients d'une désinformation sans précédent à propos des événements du Proche Orient, dont on constate avec effarement qu'ils réveillent les vieux démons de l'antisémitisme et pourraient causer un embrasement de la région. Car il n'est plus seulement question désormais d'une revendication nationale et territoriale palestinienne – dont on peut admettre le bien fondé –, mais d'une « libération de toute la Palestine du joug sioniste », pour employer un leitmotiv que l'on croyait « caduc », comme l'article de la Charte de l'OLP prônant la destruction de l'Etat d'Israël, à en croire M. Arafat. Pire encore, cette guerre s'est donné une motivation plus dangereuse pour la paix du monde que la politique : la religion. Car c'est bien une guerre sainte pour la « purification de Jérusalem de l'impureté juive » que prêchent les courants fondamentalistes islamiques, qui occupent le devant de la scène et débordent inexorablement un Islam traditionnel modéré, en répandant les incitations à la haine antijuive les plus meurtrières jamais entendues depuis l'époque nazie.

On peut en voir une illustration dans le nom que se donne désormais la lutte palestinienne : «l'Intifada d'al-Aqsa». « Al-Aqsa» est le nom de l'une des deux mosquées construites, au VIIe siècle, sur le mont du Temple. Rappelons brièvement l'origine de cette appellation. Muhammad, le fondateur de l'Islam, avait d'abord essayé de convaincre les Juifs de Médine de se joindre à sa jeune communauté. Pour se les concilier, il avait même décrété que tout Musulman prierait, comme eux, en se tournant vers Jérusalem. Mais après l'échec de sa tentative d'islamiser les Juifs, il les combattit, en tua un grand nombre, et rétablit l'orientation de la prière en direction de La Mecque. Son abandon de Jérusalem explique le fait qu'elle n'est pas mentionnée une seule fois dans le Coran. Bien plus, après l'occupation de la Palestine par les Musulmans, c'est Ramallah, et non Jérusalem, qui fut choisie pour capitale.

En 682 de notre ère, soit cinquante ans après la mort de Muhammad, Abd Allah ibn al-Zubayr se révolta contre les souverains islamiques de Damas, conquit La Mecque et empêcha les Musulmans de parvenir à cette ville sainte pour le pèlerinage traditionnel. Abd al-Malik, un Calife 'Umayyade, en quête d'un lieu saint alternatif à cet effet, décida que ce serait Jérusalem, qui était alors sous son contrôle. Pour justifier son choix, il choisit un verset du Coran (sourate 17, premier vers) : «Gloire à Celui qui a donné à son serviteur de voyager, de nuit, de la Mosquée Sainte à la Mosquée la plus Lointaine dont Nous avons béni l'emplacement pour lui montrer quelques-uns de Nos Signes…»

Le sens donné à ce vers est que «la Mosquée la plus lointaine (al-aqsa)» était à Jérusalem, et que Muhammad y avait été transporté, une nuit, sur le dos d'al-Buraq, son cheval magique à tête de femme, aux ailes d'aigle et à la queue de paon, dont les sabots atteignaient l'horizon. Il aurait attaché sa monture au Mur situé à l'ouest du Mont du Temple [2] et, de là, serait monté au septième ciel avec l'ange Gabriel.

Ce récit coloré conduisit des penseurs musulmans orthodoxes à la conclusion que ce voyage nocturne fut un rêve de Muhammad. Quant à l'affirmation selon laquelle l'actuelle Mosquée al-Aqsa, sur le Mont du Temple, serait celle dont parle le Coran, elle est démentie par des sources islamiques anciennes. L'historien et géographe musulman al-Waqidi, auteur du « Kitab al-maghazi», mentionne, en effet, qu'il y avait deux lieux de prière à al-Gi'ranah, village situé entre La Mecque et Ta'if : l'un était «la Mosquée la plus proche» (al-adana), et l'autre, «la Mosquée la plus éloignée» (al-aqsa), où Muhammad priait lorsqu'il n'était pas à La Mecque.

Aujourd'hui, Arafat réédite la tactique des 'Umayyades : il exploite la sainteté de Jérusalem à des fins politiques. Et d'ailleurs, comment pourrait-il laisser le contrôle de Jérusalem aux Juifs puisque, selon l'Islam, ils sont impurs, que la colère d'Allah pèse sur eux (Coran, sourate 1, v. 7), qu'il les a maudits (5, v. 16) et voués à l'enfer pour l'éternité (3, v. 112) ?

La radio officielle de l'Autorité palestinienne et la quasi totalité des sites Web islamistes et pro-Palestiniens du monde diffusent inlassablement des incitations à l'extension du conflit national et politique entre Israël et les Palestiniens aux dimensions d'une guerre religieuse islamique (djihad) entre Juifs et Musulmans, dont ce slogan, qui en annonce le terrible programme :

« Khaybar, Khaybar, yya yahoud, jaysh muhammad saya'oud !»

(Khaybar, Khaybar [3], ô Juifs, l'armée de Muhammad va revenir !)



Face à cette subversion meurtrière, que peuvent faire les internautes lucides qui se gardent de donner des leçons de justice à une nation juive aux prises avec des problèmes géopolitiques insolubles qu'elle n'a pas tous créés, ou d'exhorter l'agressé à faire la paix avec qui en veut à sa vie ?

– Tout d'abord, qu'ils refusent de sacrifier la vérité historique sur l'autel de la démagogie politique pratiquée par des nations marquées au fer rouge dans leur conscience collective et qui tentent de se refaire une virginité anti-coloniale en réputant juste le droit palestinien sur la terre d'Israël et sur Jérusalem, et immoral celui du peuple qui en porte le nom et aspire à y revenir depuis des millénaires.

– Ensuite, que jamais ils n'utilisent les armes de l'adversaire, ni ne répondent à ses provocations.

– Enfin, qu'ils détruisent tout texte empreint de violence et ne diffusent que ceux qui favorisent la tolérance, la compréhension mutuelle et la paix – y compris avec l'Islam et les Palestiniens.

C'est le seul moyen de rendre vains les efforts de ces pirates assassins, lâchement tapis dans les recoins les plus inaccessibles de la toile d'araignée médiatique mondiale d'où ils mènent, sans coup férir, leur «guerre sainte électronique» en disséminant le «virus de la haine », responsable de l'infarctus le plus fatal qui soit : celui de la conscience.


--------------------------------------------------------------------------------

Notes

[1] L'essentiel des informations et références contenues dans cet article est dû à une étude inédite du Dr M. Kedar, spécialiste de littérature arabe et des problèmes du Moyen Orient à l'Université de Bar Ilan (Israël). Nous le remercions de nous avoir autorisé à en faire usage.

[2] Ce qui permet aux musulmans de revendiquer comme leur ce lieu saint du judaïsme, qu'ils nomment Al-Buraq. Pourtant, le guide officiel du Haram-as-Sharif, publié en 1914 par les autorités musulmanes, n'y fait aucune allusion (cf. « Report of the Commission appointed by His Majesty's Government in the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland, with the approval of the Council of the League of Nations, to determine the rights and claims of Moslems and Jews in connection with the Western or Wailing Wall at Jerusalem », 1930, IV, a.)

[3] Khaybar est le nom d'une oasis située non loin de Médine ; les Juifs y habitaient avant que, dépité de n'avoir pu les islamiser, Muhammad, ne les massacre.