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Menahem Macina

Abou Soukar, le "Papa de Sucre"… Par Menahem Macina
15/07/2003

Billet radiophonique hebdomadaire diffusé sur Aroutz 7 le 15 juillet 2003

Le 12 juillet dernier, je regardais distraitement le bulletin d'information télévisé de la chaîne nationale belge RTBF1, lorsqu'un nom me fit dresser l'oreille: Abou Soukar. Quand on a longtemps parlé l'hébreu et qu'on baragouine un peu l'arabe, on ne peut que s'étonner de ce nom insolite, qui signifie "Papa de sucre". Qui est donc ce 'Papa de sucre'? me dis-je, pour mériter un reportage.

Du coup, je regarde attentivement. La camera suit ce 'brave homme', que tout le monde ici connaît et embrasse, nous dit la correspondante de la RTBF à Ramallah, qui a réalisé ce reportage. Et de fait, on voit l'homme recevoir plusieurs accolades de passants, aussi 'spontanées' que successives.

Le reportage m'apprend que 'Papa de sucre' a passé 28 ans dans les geôles israéliennes.

Brève interview, style micro-trottoir. La question est presque inaudible, mais la réponse, en un anglais au fort accent arabe, me fait comprendre qu'une allusion a été faite au passé agité de cet ex-terroriste palestinien.

- "Et les Israéliens, ils ne versent pas le sang des Palestiniens?" s'exclame l'homme grisonnant - et dont l'aspect, à vrai dire, colle parfaitement à son pseudonyme de 'Papa de sucre'.
- "Et les avions et les chars israéliens", continue l'homme, d'un ton égal, "vous croyez que c'est des fleurs qu'ils nous envoient?" Si nous tuons 100 israéliens, eux, ils tuent mille Palestiniens…"

L'interview s'arrête là. Je reste sur ma faim. Qui est Abou Soukar? Le nom me dit vaguement quelque chose. Il me semble en avoir entendu parler, il y a peu. Il me faudra près d'une demi-heure d'investigation sur Internet pour découvrir qui est ce bon papa.

C'est le premier prisonnier libéré par Israël, à la suite de la rencontre entre Sharon et Mahmoud Abbas, le 4 juin, à Akaba, où Palestiniens et Israéliens, en présence de Georges Bush, se sont engagés à entrer dans le processus de la feuille de route.

J'apprends que le sobriquet de 'Papa de sucre' vient du prénom de sa fille, Soukar. C'est donc le papa de Mademoiselle ou Madame Sucre. On nage dans le blanc… mais le rouge n'est pas loin, comme vous allez bientôt le comprendre.

Acharné à en savoir plus et surtout à connaître le motif de cet emprisonnement de près de trente ans, je découvre enfin qu'il s'agit d'un terroriste du nom de Jubarah. Le 4 juillet 1975, aidé par d'autres 'compagnons de terreur', il avait déposé sur la place de Sion un réfrigérateur bourré d'explosif, qui, quelques minutes plus tard, causa la mort de 14 personnes et en blessa plus ou moins gravement une soixantaine d'autres.

Alors, l'événement me revient en mémoire. J'étais en Israël, à cette époque. Une femme, employée dans des bureaux d'un immeuble donnant sur la place, me raconta qu'elle n'oublierait jamais le spectacle de ces cadavres démembrés, éventrés, carbonisés, et des débris humains qu'on avait entassés en hâte dans un camion, tandis qu'une voiture de pompiers nettoyait la chaussée d'un puissant jet d'eau purificateur…

Mais cela, le téléspectateur belge ne le saura jamais. Il gardera le souvenir ému de ce petit homme tout gris, à la voix douce et presque plaintive, qui a su convaincre des étrangers complaisants, qui s'intéressaient à son incarcération démesurée, à quel point il avait eu raison de tuer ces Israéliens sans pitié, qui agressent son peuple avec chars et avions...

(Dialogue entre moi et moi:)

- C'est bien en 1975 qu'a eu lieu cet horrible massacre?
- Oui, et alors?...
- A l'époque, Israël n'utilisait ni les chars ni les avions pour combattre une Intifada meurtrière, qui d'ailleurs n'existait pas encore…

C'est vrai. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt?

Mais, à vrai dire, la seule chose qui m'obsède, dans cette affaire de libération d'Abou Soukar, c'est que le site du Ministère israélien des Affaires étrangères, s'il évoque bien la libération du terroriste Jubara (alias 'Papa de Sucre'), ne dit, par contre, pas un mot du crime qui lui a valu ces décennies de prison.

Quant à notre premier Ministre, Ariel Sharon en personne, qui avait promis qu'il n'y aurait aucune libération de prisonniers ayant du sang sur les mains, que pense-t-il qu'il y avait sur celles d'Abou Soukar?


DU SUCRE ?...



Menahem Macina, pour Aroutz7

© Menahem Macina et upjf.org


Mis en ligne le 15 juillet 2003 sur le site www.upjf.org