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Menahem Macina

"Araud sur le baudet !", Menahem Macina (A7)
02/09/2003

Causerie hebdomadaire de Menahem Macina, sur Aroutz7 en français.

02/09/03

Tout le monde en parle, vous aussi sans doute. Alors, pourquoi pas moi ? Le nouvel ambassadeur de France en Israël a causé un hourvari diplomatique, avant-hier, pour avoir qualifié l'Etat juif de "paranoïde" et son premier ministre, Ariel Sharon, de "voyou".

Paranoïde, selon le dictionnaire, c'est l'état de qui est atteint du délire de la persécution. Donc selon M. Araud, l'état de l'Etat d'Israël est celui d'un paranoïde.

Ce scandale rappelle les commentaires de Daniel Bernard, ancien ambassadeur français à Londres, qui, en décembre 2001, avait déclenché une tempête, lorsque, au cours d'un dîner, on l'avait entendu dire, parlant d'Israël :"ce petit pays de m…".

Il semble que la remarque de M. Araud sur la prétendue paranoïa d'Israël, et l'insulte faite à son premier ministre, aient été émises dans des circonstances analogues – c'est-à-dire dans le cadre de propos privés, où les diplomates se surveillent moins. C'est Boaz Bismuth, correspondant du Yediot Ahronot, qui a affirmé avoir entendu ces propos désobligeants, dans une conversation entre M. Araud et deux autres diplomates français, au cours d'un récent cocktail, à Paris.

Le journal précise que M. Araud ignorait la présence du journaliste israélien. Selon M. Bismuth, quand il s'est identifié, M. Araud a tenté de le dissuader de rapporter ce qu'il avait entendu, au motif qu'il s'agissait d'une conversation privée.

Le journaliste a précisé qu'il avait décidé de publier ces propos parce qu'ils témoignaient d'une partialité possible de la part du représentant d'un "Etat-membre important de l'Union Européenne".

Selon la dépêche du Yediot Ahronot, M. Araud a également essayé d'expliquer qu'il avait voulu dire qu'Israël "est devenu paranoïde, du fait de ce qu'il a subi".

Dans une déclaration, le porte-parole du ministère français des affaires étrangères, Hervé Ladsous, a affirmé : "Gérard Araud dément formellement avoir tenu les propos que lui attribue un journaliste israélien, concernant l'Etat d'Israël et son premier ministre".

Ben voyons. C'est vrai quoi : tout le monde sait que les Israéliens sont de fieffés menteurs, tandis que les diplomates français sont des parangons de vertu et de franchise.

Cette nouvelle frasque gauloise rend de plus en plus crédible la thèse – réputée fanatique et… paranoïde, précisément - de celles et ceux (et je suis du nombre des ceux) qui perçoivent la politique de l'Etat français comme revancharde et particulièrement hostile à l'Etat d'Israël.

Pour ceux qui l'ignoreraient, il convient de rappeler que, depuis la Guerre des Six Jours, en 1967, la cote d'Israël, qui était excellente chez les Français, s'est nettement dégradée, pour des motifs de "real-politik", qu'il n'est pas possible de mentionner en détail dans le cadre étroit de ce billet radiophonique. Je me limiterai donc aux quelques précisions qui suivent.

Israël constitue, pour la politique française au Moyen-Orient, un démenti et un obstacle irritant.

- Démenti de toutes les prévisions mortifères de l'establishment politique français, qui, ayant joué à fond la carte arabe, était persuadé, sur base de la disproportion des forces et des richesses entre un Etat juif minuscule et peu argenté, et l'énorme capital de haine accumulé contre lui par des Etats arabes richissimes, que ce corps étranger, dans un Proche-Orient musulman de plus en plus en proie aux menées des islamistes intégristes, et miné de l'intérieur par l'hostilité palestinienne, finirait par disparaître, d'une manière ou d'une autre, de la carte géopolitique de cette région du globe.

- Mais Israël a aussi, aux yeux de la diplomatie française, le tort impardonnable de constituer un obstacle irritant à la ligue politico-économique dans laquelle l'Europe, stimulée par la France, est déjà entrée avec les Etats arabes. Pour être précis, voici en quels termes le lobby, dénommé fort opportunément «Eurabia», résume lui-même ses objectifs (1). Il insiste sur «la nécessité d'une entente politique entre l'Europe et le monde arabe comme base aux accords économiques», et sur l'obligation, du côté européen, de «comprendre les intérêts politiques autant qu'économiques du monde arabe.»

Or, on sait que la majorité des Etats arabes font, de la connivence avec le boycott d'Israël et la perspective, à terme, de la disparition de l'Etat juif, la condition sine qua non de leurs relations bilatérales préférentielles - assorties de contrats juteux - avec l'Europe. Cet eldorado moyen-oriental risque donc de rester à l'état de mirage, tant qu'Israël s'entêtera à se réclamer des lois internationales pour justifier son droit à vivre en paix sur une infime partie de ce qui fut la terre de ses ancêtres.

Telles sont donc, sommairement résumées, les deux principales raisons, parmi d'autres, du ressentiment européen, en général, et français, en particulier, à l'égard d'
un Israël qui n'accepte pas de vider les lieux, ni de subir une aqedah – mortelle, celle-là – de la part d'un pseudo-Abraham, dont le Saint, Béni-Soit-Il, n'a pas armé le bras, et qu'Il n'a, en tout état de cause, pas chargé d'éprouver Son peuple de cette manière.

Et pour en revenir à M. Araud, je me laisserai aller à un mauvais jeu de mots le concernant – on se lâche comme on peut quand votre peuple est agressé de pareille manière ! –, je dirai donc que M. Araud mérite le bonnet d'âne pour sa stupide et haineuse remarque.

Il ne doit donc pas s'étonner du "Haro sur le baudet", dont il est la cible, car, contrairement à l'âne de la fable, son ânerie le lui a bien mérité.

Menahem Macina



© Aroutz7

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(1) Voir "Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia", Bat Ye'or.

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Mis en ligne le 02 septembre 2003 sur le site www.upjf.org