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Menahem Macina

Eloge de la pudeur: quand des Verts savent rougir, Macina
09/10/2003

Sous le titre "Le discours radical pro-palestinien ne pourra plus être tenu chez les Verts comme il a pu l'être auparavant", L'Arche n° 546-547 (août-septembre 2003) publie une interview d'Aurélie Filipetti, porte-parole des Verts à Paris, réalisée par Raphaël Toledano, le 20 juin.

Ce long entretien, que l'on peut lire sur le site de Col.fr (www.col.fr/arche/546-547/art2.htm), est à la fois inquiétant et rafraîchissant. Si la sincérité de cette jeune femme ne semble pas faire de doute, la lumière crue que ses réponses projettent involontairement sur la haine anti-israélienne des caciques de ce mouvement et leur parti pris systématiquement favorable aux positions arabes qui les pousse à excuser le terrorisme révoltant des factions palestiniennes, ne contribueront certainement pas à réhabiliter ce mouvement aux yeux de la majorité des Juifs de France.

L'épisode des drapeaux, relaté par A. Filipetti, m'a paru emblématique de la dérive idéologique de ce mouvement. Rappelons que, lors des manifestations anti-guerre du 22 mars 2003, deux Juifs de l'Hachomer Hatzaïr (mouvement sioniste de gauche) avaient été agressés par des manifestants.

Aurélie : «Au début, on ne savait pas trop d'où cela venait; mais il y avait le film Digipress [une agence de presse indépendante, qui a filmé l'agression]. Tout de suite, il y a eu condamnation par tous les partis. Sur la liste de discussion interne des Verts, on a commencé à avoir un petit débat par mails. Certains (dont j'étais) se demandaient comment on pouvait se retrouver dans des cortèges avec des gens défilant avec des "Étoile de David = SS". Là-dessus, on nous a renvoyé à la figure le communiqué de la CAPJPO [Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient, groupe d'orientation trotskiste, violemment anti-israélien et antisioniste – ndlr de L'Arche] , qui disait: "On condamne l'agression antisémite mais il y a eu une provocation du Bétar". Avec un certain nombre de Verts, on s'est insurgés: D'abord, il n'y a pas eu de provocation du Bétar. Et deuxièmement, pourquoi est-ce que ça vous gêne tant de dire: Attention, il y a un problème dans ces manifs, il y a des gens qui viennent là, qui ne sont ni des pacifistes, ni des progressistes, mais des sortes d'extrémistes islamistes, antisémites – qui sont pour moi des fachos ? Là, tout à coup, levée de boucliers: on ne pouvait pas dire cela.»

Contactés par l'Hachomer, pour venir assister à la conférence de presse donnée le mercredi suivant l'agression, les Verts de Paris délèguent Aurélie. Suite du récit:

«J'y suis allée, avec l'autre porte-parole, Xavier Knowles. La première version du manifeste de l'Hachomer disait: "Suite à l'agression qui a eu lieu, notre problème dans ces manifs, c'est que dans certains groupes, elles tournent à la manif anti-israélienne et antisémite. Vous, partis politiques de gauche, devez condamner ces dérives. On vous demande aussi de défiler avec les deux drapeaux, israélien et palestinien, dans la prochaine manif." Xavier et moi avons pris la parole: 'Nous savons très bien que les Verts ont une mauvaise image sur la question de l'antisémitisme, et sur nos liens avec les mouvements pro-palestiniens parfois les moins modérés. Mais nous, en tant que Verts Paris, voulons défiler la prochaine fois avec les deux drapeaux, palestinien et israélien, côte à côte." J'ai également dit qu'il fallait arrêter de faire l'autruche sur l'antisémitisme.

Ahmed Bouzid [collaborateur de Noël Mamère] a téléphoné à un de mes amis, Bernard Jomier, un Vert du 19e, en lui disant: "Si ta copine vient à la manif avec les deux drapeaux, j'ai une dizaine de copains qui vont lui casser la gueule". Maintenant, il affirme avoir dit cela pour me prévenir. Ce n'est pas l'interprétation de Bernard, ni la mienne.


Choquée, Aurélie... On le serait à moins. Elle commente:

…J'étais vraiment frappée par la violence des réactions. C'était quelque chose d'épidermique. On m'a dit: "Tu ne peux pas défiler avec un drapeau taché de sang!" Je ne disais pas qu'il fallait aller défendre la politique d'Ariel Sharon, simplement que les deux drapeaux symbolisent la coexistence des deux États, ce qui d'ailleurs est la position officielle des Verts! Je disais aussi: "Quand on brûle un drapeau israélien, ce n'est pas la politique de Sharon qu'on condamne mais l'existence même d'Israël, l'existence même d'un État juif, c'est donc de l'antisémitisme et pas de l'antisionisme. Il faut arrêter de faire cette distinction entre antisionisme et antisémitisme".»

Courageuse, Aurélie Filipetti. Idéaliste aussi, mais peut-être un brin naïve... Suite du récit:

«Les polémiques sont nées lorsque j'ai utilisé le mot "sioniste" en déclarant que "nous, la gauche, sommes tous des sionistes pro-palestiniens". Pour moi, cela veut dire que l'on doit reconnaître l'existence de l'État d'Israël, sa légitimité et sa nécessité à exister. Cela ne veut pas dire que je veux que tous les Juifs aillent vivre en Israël, mais, en tout cas, que tous ceux qui le souhaitent puissent y aller et puissent y vivre en paix. Cela veut dire aussi que je suis pour un État palestinien, pour que les Palestiniens aient des droits civiques, économiques, sociaux… Et que la violence cesse. Le mot "sioniste" a déclenché une levée de boucliers. J'ai été traitée de colonialiste, de révisionniste…»

Décidément, je la trouve sympa, Aurélie… Elle ira loin – mais sans ces Verts-là, me semble-t-il…

«J'ai l'impression que, de la part des responsables Verts, il y a un tabou sur l'État d'Israël. Ils n'iront pas jusqu'à parler de "crimes contre l'humanité" car ils savent que ces mots sont chargés de sens pour les Juifs. Mais je trouve qu'ils ne font pas assez attention aux personnes engagées dans les combats pro-palestiniens, qui utilisent ces mots-là. Quand on parle de "crimes contre l'humanité", ou de "camp de concentration", on sait très bien que cela renvoie à une réalité spécifique, la Shoah; dès lors, on ne cherche plus à atteindre les personnes en tant qu'Israéliens mais en tant que Juifs, c'est donc de l'antisémitisme. Je pense que, de la part de ces gens-là, c'est une espèce de fonctionnement réflexe qui date des années 70, ou encore de Sabra et Chatila, où, tout à coup, la cause palestinienne est devenue le nouveau Vietnam. C'est une cause qui a cristallisé l'imaginaire de la gauche. On ne réfléchit plus assez à la violence qu'il y a dans la deuxième Intifada, ce que cela veut dire pour les Israéliens dans leur vie quotidienne. Et cela doit remettre en question un certain discours, ce qui est difficile à faire pour la gauche.»

Aurélie affirme qu'elle n'est pas isolée. Elle dit avoir eu, sur cette question, «le soutien de Pénélope Komites, Daniel Cohn-Bendit, Dominique Voynet et ses proches, Marie-Hélène Aubert, ainsi que [de] tous les membres de mon courant, celui des rénovateurs – c'est-à-dire les jeunes élus issus des municipales de 2001. » Et de reconnaître : «Les autres (Lipietz, Farbiaz, Contassot…) refusent qu'on emploie l'expression "sioniste propalestinien" et considèrent Israël comme un État colonialiste. »


Il est réconfortant de constater qu'une jeune élue des Verts rougit de la haine anti-israélienne à relents antisémites des cadres de son parti.



Continuez, Madame. La pudeur vous va si bien !

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 10 octobre 2003 sur le site www.upjf.org