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Menahem Macina

Tanguy n'est pas Juif, mais il souffre avec nous, Macina
16/11/2003

J'ai reçu ce mail émouvant.

----- Original Message -----
From: tanguy grosjean
To: cje@pi.be
Sent: Saturday, November 15, 2003 11:32 PM
Subject: Triste 15 novembre

Je m'appelle Tanguy j'ai bientôt 26 ans.
Je ne suis pas juif mais je fais partie de ces beaucoup trop rares "goys" à vous soutenir, vous juifs français, et à soutenir Israël.
Et aujourd'hui je suis malheureux, fou de douleur et fou de rage.
Je pleure vos morts, nos morts et déplore, une fois de plus, un énième acte antisémite en France, ce pays de plus en plus déliquescent…
En témoigne le FSE qui invite des personnages aussi peu recommandables (euphémisme) que Tariq Ramadan (on attend sa condamnation des actes de ce maudit 15 novembre).
Aux morts aux blessés et aux familles d'Istambul, je présente mes plus sincères condoléances ainsi qu'aux familles des innombrables victimes israéliennes tombées depuis 3 ans.
Il y a des jours, comme ça, où il est difficile de garder espoir.
Merci pour votre site et courage à tous.
Tanguy.

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Vos réactions seront mises en ligne à la fin de ce document. M. M.

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La confession de ce non-Juif provoque la mienne.

Sa douleur rejoint, par delà les ans, celle qui foudroya le jeune catholique de 22 ans que j'étais, en ce printemps de 1958.

Comme pour Tanguy aujourd'hui, le choc avait été brutal, certes, mais l'émotion qu'il provoqua en moi était si intense, si transcendante, qu'elle apparut disproportionnée et, pour tout dire «hystérique » à mes proches et amis, lorsque, incapable de garder pour moi tout seul ce poids d'émotion et de grâce, je leur racontai, naïvement et sans prendre garde à l'ironie de leur regard, ce que je considérais comme un véritable "chemin de Damas".

Je venais de lire, à marches forcées, le "Bréviaire de la Haine", de Léon Poliakov, et en refermant le livre, j'avais été terrassé par une peine si immense, si poignante, que j'avais sangloté, longuement, presque avec désespoir…

Ce qui me disloquait intérieurement, ce n'était pas seulement le destin injuste du peuple juif, la vindicte universelle et multiséculaire dont il était l'objet, les massacres et surtout l'extermination de la Shoah dont des millions de Juifs avaient été victimes… C'était, par-dessus tout, le SILENCE des témoins.
Leur silence d'AVANT, à l'époque de la montée du nazisme, en Allemagne, sur fond d'antisémitisme de culture, quand le sursaut était encore possible.
Leur silence PENDANT, au temps de la barbarie nazie et de la connivence fasciste et collaboratrice, quand seule la résistance secrète était possible.
Mais plus que l'un et l'autre, c'est le silence D'APRES qui me parut insupportable.
Mutisme sur la Shoah – qu'on appelait uniquement l'Holocauste.
Mutisme sur les spectres humains, revenus à la sauvette, presque honteux d'avoir survécu, et que, souvent, personne n'attendait à la gare. Restes humains dont la survie avait, pour ceux à qui le mot de déportation ne disait rien, quelque chose d'impudique, voire de suspect. Mutisme sur les complicités, sur les regards qui s'étaient détournés pour ne pas se laisser aller à une pitié qui pouvait coûter cher, en ces temps de barbarie.
Mutisme sur les responsabilités et pas seulement celles des Eglises.

C'est tout cela qui submergea de dégoût ma jeune âme et me jeta résolument de l'autre côté de la frontière invisible - impalpable, mais bien réelle - qui sépare le monde des milliards d'humains 'normaux' de celui des quelques millions d'humains 'hors normes', dont le nom même est synonyme de mépris : JUIF !

Les grandes mutations intérieures – pudiquement qualifiées de mystiques – sont aussi radicales qu'incommunicables. On n'en peut parler que par "apophatisme", comme dit le jargon savant des théologiens.
Ce que je puis relater aujourd'hui, à 45 ans de distance de l'événement foudroyant qui m'aspira dans le maelström divin, d'où je sortis Juif, sans encore en être conscient, c'est que l'AVANT de ma jeune vie m'était tombé des épaules comme un manteau usé.
L'APRES, avais-je cru comprendre, serait un chemin que je devrais tracer moi-même, sans en connaître la destination finale. Sauf que le Père des Cieux - dont je venais de percevoir confusément le lien intime et particulier qui le liait à Israël, Son fils - serait toujours là comme la nuée mystérieuse qui accompagnait Son peuple dans le Sinaï…

AVANT, je ne ressentais, comme tant d'autres, qu'un malaise - dont j'avais honte - à l'égard des Juifs. J'ignorais d'ailleurs presque tout d'eux, sauf qu'ils n'avaient pas reconnu ce Jésus auquel moi, je croyais, et qu'ils continuaient avec une obstination - qui force le respect, mais qui agace aussi -, à pratiquer des rites obscurs et surannés, sous l'emprise de rabbins blanchissants penchés sur de mystérieux in-folios couverts de signes cabalistiques.

APRES… Après… Qu'en dire ? J'y suis encore. Je n'ai que 40 ans de recul, dont 26 ans de judaïsme (26 ans: l'âge de Tanguy, dont la confession a fait jaillir la mienne… voir plus haut.)
40 ans d'attirance, c'est peu pour une mémoire juive. 26 ans de judaïsme c'est infime pour un Juif bientôt septuagénaire.
Parfois, je me sens jaloux de ceux et celles qui sont aujourd'hui mes coreligionnaires, parce que comme Obélix tombé dans la potion magique dès sa naissance, le Juif le plus ignare a l'insigne privilège, pour peu qu'il soit né dans une famille religieuse ou traditionnelle, d'avoir sucé le judaïsme avec le lait maternel, d'avoir lu la Bible comme nous lisions La Fontaine, Hugo, Voltaire, ou Saint Exupéry. Pour beaucoup de Juifs, l'hébreu est la seconde langue maternelle, et le rituel de prières leur en apprend plus sur le lien de D.ieu avec les hommes, en général, et les Juifs, en particulier, que les pesants manuels de théologie ou les résumés didactiques du catéchisme.
Il y a autre chose… Comme ces vieux missionnaires qui ont vécu la majeure partie de leur existence en Chine, finissent par parler chinois et même – mimétisme inexplicable ! - par ressembler à de vieux Chinois, moi, un certain Robert, devenu Menahem, non seulement j'avais oublié ce prénom chrétien, mais même, je ne me retournais plus dans la rue quand on hélait quelqu'un de ce nom-là…

Mais il y a plus. Terrassé par la découverte de l'injustice du traitement réservé par les nations au peuple juif, et surtout horrifié de ce que les uns lui avaient fait subir durant la Shoah et de l'abandon des autres, j'avais décidé d'unir mon destin à ce peuple méprisé, DE PEUR DE PACTISER, MOI AUSSI, PAR LÂCHETE, AVEC LES BOURREAUX FUTURS DE CE PEUPLE, au jour de son épreuve ultime, annoncée par les prophètes. Ce n'était donc pas un mariage d'amour, mais de raison.

Et voilà que la route, dont j'avais cru comprendre jadis, au sortir de mon "chemin de Damas", que je devrais me la frayer moi-même, avec, à mes côtés, l'invisible présence de Celui qui connaît toutes les actions des hommes et sonde les reins et les cœurs, cette route finit par m'amener à me sentir un avec ce peuple. A faire mienne sa foi, sa prière, ses traditions. A me mouvoir, ou à sombrer, avec une joie intime difficile à exprimer, dans l'immense et précieuse littérature des Maîtres d'Israël. Bref, après ma conversion, je n'utilisai jamais le "eux" pour parler des Juifs, ni ne leur dis plus "vous" : les deux pronoms personnels s'étaient fondus dans ma conscience et dans mon langage en un seul : NOUS.

Je disais plus haut que mon AVANT m'était tombé des épaules comme un manteau usé. Mais je dois à la vérité de dire que j'ai longtemps pensé comme AVANT, ou à ce que j'étais AVANT, et que j'ai souvent mesuré mon APRES à l'aune de mon AVANT.

Aujourd'hui, cela m'est impossible, et la comparaison, faite plus haut, avec le vieux missionnaire, n'est plus adéquate, en ce qui me concerne. En effet, le missionnaire peut ressembler à un Chinois, parler sa langue, adopter instinctivement ses tics et ses engouements, mais il reste inébranlablement un homme d'une autre culture, d'une autre foi, bref, il est une espèce d'explorateur, d'ethnologue religieux.
Rien de tel chez moi, aujourd'hui. Je suis tellement "enjuivé", que, quand je les agace par mon sionisme (qu'ils jugent exacerbé), par ma combativité envers les antisémites (dont ils estiment que ma paranoïa m'en fait voir partout), mes voisins, mes connaissances et relations (qui ignorent, bien sûr, ce que j'expose aujourd'hui, au grand jour, pour la première fois), me décochent volontiers la pique favorite des antisémites qui s'ignorent, me comblant ainsi, sans le savoir, d'une joie féroce : «Ah ! Vous êtes bien un Juif, vous ». Variante : « C'est pas pour dire, mais vous êtes bien tous les mêmes, vous et vos coreligionnaires…» Formule parfois 'bémolée' par un : «Notez que je ne dis pas ça en mauvaise part.» Et souvent aggravée par un : «C'est même pour ça que vous réussissez si bien dans les affaires !»

J'ai parlé de la joie d'être l'objet de piques antisémites : ne me croyez pas devenu masochiste pour autant. Mon bonheur, en l'occurrence, c'est d'être devenu si Juif - moi, l'ancien "goy", dont l'intelligence patinait jadis sur le mur sans fissure d'une judéité inaccessible -, que la seule question que se pose généralement un Juif à propos de mes origines est : « Ashkenaze ou Séfarade ?»; tandis que le non-Juif m'identifie immédiatement d'un «C'en est un».

Il est temps pour moi de revenir à ce qui a motivé cette – trop longue et peut-être impudique – confession, suscitée par la détresse exprimée par Tanguy pour le massacre de dizaines de membres d'un peuple qui n'est pas le sien.

Il n'est pas banal qu'un non-Juif écrive : «Et aujourd'hui je suis malheureux, fou de douleur et fou de rage. Je pleure vos morts, nos morts…»

La tonalité excessive des termes employés peut gêner, voire susciter le doute chez le Juif – peu habitué aux effusions venant de l'extérieur du ghetto, impalpable mais très réel, dans lequel l'a enfermé l'hostilité universelle dont son peuple est l'objet, sous les motifs les plus divers et les plus contradictoires. J'affirme pourtant qu'il faut prendre ce témoin au sérieux.

Je le dis ici, haut et fort, avec l'assurance de celui qui a vécu une expérience analogue. Car c'est précisément avec un excès de cette nature que j'ai réagi, voici 45 ans, à la prise de conscience que je venais de faire, du destin mystérieux de ce peuple. Je choisis alors de partager son opprobre, parce que j'avais compris d'emblée (et ce fut là une grande grâce) que tel serait son lot jusqu'à ce que son Créateur lui fasse grâce et lui rende sa splendeur et sa gloire d'antan.

Nos Maîtres – que leur souvenir soit en bénédiction! – ont longuement médité, dans le chapitre Heleq du traité Sanhedrin du Talmud de Babylone, sur les signes du Messie. La souffrance d'Israël y tient une grande place, ainsi que les persécutions dont tant lui-même que son Messie seront l'objet de la part des nations. Or, l'un des motifs – que l'on retrouve d'ailleurs, dans le "Nouveau Testament" et la littérature chrétienne primitive – est qu'à l'approche de la Rédemption, les épreuves tombent dru sur Israël, qu'elles se succèdent et empirent d'année en année. Alors, disent certains Sages, les nations qui haïssent Israël se réjouissent de ses malheurs. Témoin, Michée (Mi 4, 11):
"Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent: 'Qu'on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion!'"

La haine, la calomnie, les voies de faits, les attentats et jusqu'aux massacres qui s'abattent sans discontinuer sur notre peuple, depuis des mois, s'apparentent de plus en plus aux signes de l'approche des temps de l'enfantement du Messie, annoncés par les prophètes.

Mais le même Michée nous annonce le retournement de situation (Mi 4, 12-13):
"C'est qu'elles [les nations] ne connaissent pas les plans de l'Eternel et qu'elles n'ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l'aire. Debout! foule le grain, fille de Sion! car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à l'Eternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre."

Et encore (Mi 7, 8-10) :
"Ne te réjouis pas à mon sujet, ô mon ennemie: si je suis tombée, je me relèverai; si je demeure dans les ténèbres, l'Eternel est ma lumière. Je dois porter la colère de l'Eternel, puisque j'ai péché contre lui, jusqu'à ce qu'il juge ma cause et me fasse justice; il me fera sortir à la lumière, et je contemplerai ses justes oeuvres. Quand mon ennemie le verra, elle sera couverte de honte, elle qui me disait: "Où est-il, l'Eternel ton D.ieu?" Mes yeux la contempleront, tandis qu'elle sera piétinée comme la boue des rues."

Mais les prophètes nous annoncent aussi que tous les non-Juifs ne se ligueront pas contre notre peuple, au temps de sa déréliction, mais que, comme l'annonce Zacharie (Za 8, 23) :
"Ainsi parle l'Eternel Sabaot. En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront un Juif par le pan de son vêtement en disant: «Nous voulons aller avec vous, car nous avons appris que D.ieu est avec vous.»"

Si j'en juge par les nombreux messages de non-Juifs que je reçois, Tanguy n'est pas le premier à manifester son admiration ou son attachement à notre peuple. Par contre, il est le premier à crier sa douleur avec "l'excès" dont j'ai parlé plus haut.

En ce qui me concerne, cette expression ne me paraît pas suspecte. Sa ferveur me semble, au contraire, constituer un signe précurseur des Goyim, dont Zacharie nous annonce prophétiquement qu'ils monteront avec nous en Israël. Ce que prophétisait, avant lui, Isaïe, en ces termes (Is 14, 1) :

"Oui, L'Eternel aura pitié de Jacob, il choisira de nouveau Israël. Il les réinstallera sur leur sol. L'étranger se joindra à eux pour s'associer à la maison de Jacob."

Et il ajoute ces paroles incroyables concernant les non-Juifs (Is 66, 19-20) :

"[Les survivants des nations] feront connaître ma gloire aux nations, et de toutes les nations ils ramèneront tous vos frères en offrande à l'Eternel, sur des chevaux, en char, en litière, sur des mulets et des chameaux, à ma montagne sainte, Jérusalem, dit l'Eternel, comme les enfants d'Israël apportent les offrandes à la Maison de l'Eternel dans des vases purs. Et de certains d'entre eux je me ferai des prêtres, des lévites, dit l'Eternel."

Tanguy et celles et ceux qui éprouvent les mêmes sentiments que lui envers notre peuple sont peut-être, pour nous, des signes annonciateurs des temps du Messie…

Amen ! Qu'il en soit ainsi !

Menahem Macina


© upjf.org


Mis en ligne le 16 novembre 2003 sur le site www.upjf.org ----- Original Message -----
From: Richard Bouaziz
To: cje@pi.be
Sent: Sunday, November 16, 2003 12:14 PM
Subject: (sans sujet)

[A Tanguy]

Ne sois pas malheureux, tant qu'il y aura des hommes comme toi, l'espoir est permis.
Combien de justes par leur regard, leur propos, leur courage ont maintenu lavie dans un monde parfois suprenant par sa volonté de pas aimer l'autre.

Richard

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----- Original Message -----
From: a. benoualid
To: cje@pi.be
Sent: Sunday, November 16, 2003 9:28 AM
Subject: re. Tanguy n'est pas Juif mais il souffre avec nous…

Cher Menahem

Je pense qu'en de telles circonstances sa "goyeté" [celle de Tanguy] n'est pas primordiale. Ce qui compte, c'est que ce jeune homme n'est PAS indifférent: il est capable de compassion, il est capable de colère, bref il est vivant. Dans un monde anesthésié, indifférent ou complice c'est une lueur d'espoir.
Racontez-lui l'histoire des 36 justes qui font survivre le monde, nous (et, en fait, le monde entier) avons besoin de ces lamedvavnikim [1]. Parfois je me dis que même Dieu en a besoin.
De temps à autre, moi aussi je relis ces admirables prophéties, qui me consolent quelque peu.
Mais pourquoi le monde chrétien ne les étudie-t-il pas? Ou plutôt, ne les médiatise-t-il pas? Cela donnerait peut-être plus de courage à ceux qui ne nous sont pas hostiles, mais qui, par ignorance ou peur d'aller à contre-courant, ne se manifestent pas et font comme si des paroles cosmétiques suffisaient.

Ne soyez pas triste de votre "jeune âge" en tant que Juif [les 26 ans écoulés depuis ma conversion. M.M.] : l'intensité de votre vie juive compense largement le nombre des années. De plus, vous vous souvenez certainement du midrash qui dit que lorsque nous mourrons, Dieu ne nous demandera pas si nous avons été Abraham ou Moïse mais nous-mêmes (Rabbi Bounem dans le midrash?)
Portez-vous bien, vetizkeh le chanim rabot oumeousharot (et [je vous souhaite de] vivre de nombreuses et heureuses années)

Anne Benoualid

P.S. Mon gendre israélien, à qui quelqu'un demandait s'il était ashkénaze ou sépharade (il est un mélange de polonais, marocain et yéménite), a répondu fort justement qu'au Mont Sinaï, c'était Am Israel [Le Peuple d'Israël] qui avait reçu la Thora. Ne vous occupez pas des scories de la Galout [La Communauté juive dans ses lieux d'exil], nous arrivons bientôt au kibboutz galouyiot [Rassemblement des Exilés].

[1] Adjectif (en hébreu argotique) de lamedvav, 36 [formé sur valeur numérique des lettres lamed = 30 et wav = 6]. C'est la trame du célèbre roman d'André Schwartzbart, Le dernier des Justes.]

LE DERNIER DES JUSTES. Selon une vieille légende, Dieu aurait fait, lors du fameux holocauste des juifs d'York (1185), la grâce d'un Juste par génération d'homme "aux descendants du très-doux et lumineux rabbi Yom Tov Lévy, qui égorgea de sa propre main deux cent cinquante fidèles - certains disent mille". Glissant de cette légende à la chronique, puis au romanesque pur, l'auteur nous décrit la vie et la mort souvent dérisoire des Justes, leur promenade sanglante au long des siècles chrétiens.Puis surgit la figure d'Ernie Lévy, notre contemporain.Au nazisme de son Allemagne natale, à la haine déferlant jusque dans l'école enfantine, à l'exil, à la guerre, à toutes les messes noires de la violence et de l'humiliation, il oppose la vocation mystérieuse qui fut celle de ses ancêtres. Quand, enfin, il se présente au camp de Drancy, en cette année 1943 qui voit aussi la fin du peuple juif de Pologne, il a reçu toutes les bénédictions divines : il a perdu son visage, comme rabbi Jonathan ; il est devenu fou, comme rabbi Néhémias ; et même chien, comme le Juste de Saragosse. Il ne lui manque plus que de mourir une ou deux fois, puis de rendre l'âme.