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Éditorialistes
Menahem Macina

Changer de cap n'est pas changer de foi ni de convictions, M. Macina
18/11/2003

18/11/04

Il y a peu, j'annonçais un "changement de cap". Certains s'en sont émus.
Leurs réactions figurent à la fin du présent document.

Explication.

Voici quelques jours que non seulement la presse écrite, mais également les médias audiovisuels, spécialement au cours des Journaux télévisés, montent en épingle, avec une satisfaction non dissimulée, et à plusieurs reprises, les déclarations de quatre anciens chefs des services secrets israéliens et les propos du chef d'état-major de Tsahal, qui tous critiquent publiquement la politique du Premier Ministre.

Et les médias de reprendre complaisamment leurs griefs, en particulier à propos des 3 points suivants :

1. Les dures mesures de blocage des axes de circulation et les vérifications sévères d'identité - spécialement aux points de contrôle - qui rendent la vie quotidienne des Palestiniens particulièrement pénible et ont une incidence sur la libre circulation des personnes et des biens.
2. Le maintien d'implantations dans des zones palestiniennes, ou dans celles qui le deviendront inéluctablement, quand l'Etat Palestinien verra le jour.
3. Le tracé de la barrière de sécurité qui empiète, parfois très profondément, sur les territoires palestiniens.

Confrontés à cette situation inédite - où ce ne sont plus des "gauchistes défaitistes et prêts à brader le sionisme et la Terre d'Israël" qui remettent en cause la politique du gouvernement, mais des hommes hautement compétents, ayant exercé, voire exerçant encore (dans le cas du chef d'état-major) des responsabilités importantes, précisément en matière de sécurité, il m'est apparu que nous ne pouvions plus, nous Juifs de Gola, nous en tenir au "devoir de réserve", que nous justifiions à peu près en ces termes : «Nous ne vivons pas en Israël. Laissons donc aux Israéliens le soin de définir la politique qu'ils veulent pour leur pays.»

Ne pas parler de la controverse aiguë qui sévit dans la société israélienne, à propos de l'attitude à adopter vis-à-vis des Palestiniens, revient à laisser le champ libre à nos ennemis, qui dès lors, se livrent à une exégèse de ces propos, fausse et désastreuse pour l'image d'Israël. A mon avis, c'est exactement le contraire qu'il faut faire. Ces Israéliens compétents et responsables ont dit ce qu'ils ont dit. Que cela nous plaise ou non, et même si nous estimons qu'ils ont tort et qu'ils causent un grave dommage à la cause d'Israël, nous devons faire notre exégèse à nous de leurs propos.

J'estime que c'est un nouvel aspect de la Hasbara – déconcertant, certes, et très difficile à gérer -, mais auquel nous ne devons pas nous dérober, ne serait-ce que parce que nous taire reviendrait à donner une impression de confusion et à convaincre nos adversaires que nous ne savons pas quoi répondre.

En premier lieu, il faut retourner, à notre profit, ce qui semble défavorable : transformer cette apparente fragilisation en regain de force.

Et comment ?
Tout d'abord, nous devons reprendre à notre compte et proclamer bien haut cette réflexion fort juste de nos confrères de Shalom Akhshav-Belgique :

"C'est assurément l'honneur d'Israël que ces responsables - anciens ou en fonction - aient le courage de s'exprimer de la sorte, et que la démocratie vivante de ce pays leur permette de parler publiquement sans autre risque que le déplaisir du gouvernement et l'impopularité dans certaines couches de la population."

Ensuite, nous devons souligner, entre autres choses, à quel point cette liberté de parole ridiculise celles et ceux qui accusent Israël d'être une société fasciste et répressive. Il faut poser la question suivante avec fermeté : "Dans quel pays un chef d'état-major pourrait-il parler comme celui de Tsahal, sans être limogé sur le champ ?"

Rappelons, en effet, que le général Moshe Yaalon a reproché au gouvernement d'avoir, par son intransigeance, affaibli l'ex-premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas. Qu'il s'est insurgé contre le maintien du bouclage des territoires palestiniens, le blocus intérieur des villes et les opérations incessantes de l'armée, estimant que tout cela favorise la rancoeur, la montée de l'extrémisme et de l'anarchie.

Plutôt que d'être troublés ou démoralisés par de tels propos, émis par un homme de la droite israélienne, exerçant d'éminentes responsabilités en matière de défense, nous devons en être fiers. Que l'avenir lui donne raison ou tort, est sans importance pour notre propos. Ce qui est en cause, ici, c'est le courage impressionnant dont témoignent des hommes de cette trempe, et la maturité politique dont fait preuve la population israélienne, qui ne prend pas le deuil pour autant, ni ne gémit, comme tant d'entre nous, Juifs de Gola, le faisons en ces jours, certains allant jusqu'à vitupérer, voire insulter ces responsables pour leur franc-parler.

Mon initiative – je le rappelle - entend relayer le débat qui fait rage en Israël à propos de la manière de gérer la situation créée par la violence d'une partie de la population palestinienne, et surtout par l'attitude irresponsable et les menées séditieuses de Yasser Arafat. Celles et ceux qui me reprocheront de le faire seront probablement les mêmes qui condamnent systématiquement et violemment ceux qui leur cassent leurs rêves.

Le rôle des véritables dirigeants n'est pas de chercher à plaire aux citoyens, mais de mettre en œuvre une politique bénéfique à ces citoyens. Entre un prétendu devoir de réserve à l'égard de la controverse évoquée, assaisonné d'une critique violente de ceux qui ont osé briser le silence et percer l'abcès du malaise, je préfère écouter ce qu'ont dit ces 'gêneurs' – peut-être inspirés – et réfléchir, avec d'autres, sur la teneur de leur critiques.

Le refus d'affronter des situations de crise traduit la peur. Balayer, d'un revers de main, des critiques auxquelles on ne sait que répondre, et discréditer leurs auteurs en les accusant de mauvaise foi ou de sédition, est évidemment plus facile que d'examiner leurs arguments et de retenir la part de vérité qu'ils contiennent.

Je n'ai vécu qu'une dizaine d'années en Israël. Si j'en parle correctement la langue et y ai fait mes études supérieures, je ne me considère pas pour autant comme un spécialiste du Moyen-Orient, ni comme un connaisseur de la société israélienne. Mais au moins, comme Socrate, je sais, moi, que je ne sais pas, et donc je ne condamne pas a priori ce que je ne comprends pas.

Par contre, je suis triste de constater que des coreligionnaires, qui n'ont guère plus d'expérience que moi, s'érigent en juges implacables de Yaakov Perry, Carmi Gilon, Ami Ayalon, Avraham Shalom et Moshe Yaalon, et vont même jusqu'à leur donner des leçons de sionisme ! Si bien qu'après avoir clamé bien haut qu'ils ne veulent pas s'immiscer dans les affaires israéliennes, non seulement ils y mettent leurs grands pieds, mais de plus ils attentent à la réputation d'hommes probablement meilleurs qu'eux, et sûrement plus compétents qu'ils le seront jamais en matière de politique israélienne.


De la grosse décennie que j'ai passée dans ce pays – à la fois fascinant et redoutable, exaltant et décourageant, messianique et matérialiste, pacifique et redoutablement doué pour se défendre – j'ai retenu quelques évidences, dont je vis encore aujourd'hui.
- Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
- On peut avoir pratiqué une politique donnée, avec cohérence et ténacité, et être obligé d'en changer, parce que les circonstances ont changé.
- Il ne faut pas confondre courage et témérité, fermeté et brutalité, persévérance et entêtement, sionisme et sectarisme.
- Il est temps de trancher le noeud gordien, à la manière d'Alexandre, parce qu'il y a des décennies que nous nous évertuons en vain à le dénouer. Et trancher, en la matière, consiste à innover, inventer, prendre des risques.
- Croyons-nous que c'est la première crise en Israël, la première dissension à propos de ce qu'il convient de faire dans une situation donnée ? Avons-nous oublié l'affaire dramatique de l'Altena ? Et l'opposition farouche entre la Hagana et les mouvements de résistance violente aux Anglais, l'Irgoun et le Lehi ?

Non ce n'est pas la première fois que les Israéliens se déchirent. Mais c'est précisément parce que la démocratie n'est pas un vain mot dans ce pays, que tout, ou presque, peut se dire et s'écrire, dans le cadre de la loi.

La liberté d'expression est extrême en Israël. Elle n'a d'équivalent qu'aux Etats-Unis, et dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne. Le ton est souvent très violent. Les arguments ad hominem volent… souvent bas. Il faut être rude et fort pour se mesurer à ses semblables. Cela rend la vie parfois difficile, mais c'est le prix à payer pour s'intégrer. C'est l'hostilité, les menaces et les agressions de leurs voisins qui ont rendu la majorité des Israéliens combatifs, agressifs et durs parfois, mais solides, irréductibles.


Cela étant dit, je suis conscient de n'avoir pas abordé ce qui, pour beaucoup d'entre nous – et je suis du nombre – reste le problème numéro 1 : la sécurité.

Tout ce que vous avez dit est bel et bon, me diront certain(e)s, mais on massacre la population, là-bas, l'avez-vous oublié ?

- Comment le pourrais-je ?

Mais croyez-vous que les anciens responsables du Mosad et le chef d'état-major des armées d'Israël l'aient oublié, eux ? Parlent-ils comme certains journalistes irresponsables et dépourvus d'empathie envers Israël? Et quand ces Israéliens matures et compétents critiquent la politique de leur gouvernement et prônent des mesures qui nous semblent exorbitantes, pensons-nous sérieusement qu'ils ne savent ni ce qu'ils disent, ni ce qu'ils font ?

J'étais en Israël lors de l'évacuation de Yamit, ville israélienne dans le Sinaï. J'ai assisté, en direct, à l'évacuation dramatique des habitants, qu'il a parfois fallu arracher, un à un, de leur maison ou de leur immeuble. Les soldats (sous les ordres du général Sharon (mais oui ! et Menahem Begin était chef du gouvernement) ont été frappés et même inondés de neige carbonique, à l'aide d'extincteurs, par les habitants qu'ils avaient ordre de déloger. Je me souviens même qu'un groupe d'irréductibles s'était enfermé dans un abri souterrain et que ces gens menaçaient de se faire exploser à la grenade si l'on tentait de les évacuer. Il avait fallu appeler à la rescousse un rabbin respecté qui les convainquit finalement de renoncer à leur funeste geste.Et croyez-moi, ces gens n'étaient pas fanatiques, seulement désespérés. Mais la paix avec l'Egypte était à ce prix. Il fallait rendre le Sinaï, avec Yamit… Et cela s'est fait sans un seul blessé !

Quand on a été témoin de cela et de bien d'autres choses, on se dit qu'il y a lieu d'être fier de ce peuple-là.

Et c'est ma conclusion. N'ayons pas peur d'affronter ceux qui dénigrent Israël et se servent malignement des divergences d'opinions, inévitables quand on sait l'enjeu des décisions à prendre, dont dépendront, pour la décennie à venir, la sécurité et la survie économique d'Israël avec, sur ses flancs, un Etat palestinien, dont rien ne nous garantit, aujourd'hui, que leurs habitants ne seront pas "des épines dans nos yeux et des chardons dans nos flancs", (Nb 33, 55), voire un danger mortel.

Ne taisons plus ces controverses inévitables, et surtout n'en abandonnons pas l'exégèse à nos ennemis.

Telle est la nature du changement de cap que j'annonçais, et à propos duquel j'écrivais :

"Changer de cap, ce n'est pas changer de foi ni d'idéal. Un bateau change de cap quand les vents sont contraires, ou pour quelque autre raison technique: il ne change pas pour autant d'équipage ni de destination.

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 18 novembre 2003 sur le site www.upjf.org ----- Original Message -----
From: Vila francois
To: cje@pi.be
Sent: Wednesday, November 19, 2003 11:18 AM
Subject: Changement de cap

Monsieur Macina
Je souscris entièrement à votre changement de cap. Votre approche est courageuse et par-dessus tout digne. C'est un véritable acte de respect, vis-à-vis d'Israël qui vit des moments extrêmement douloureux et difficiles, que d'accompagner les hommes et les femmes de ce pays, quelles que soient leurs opinions, à travers leurs déclarations et leurs engagements.
Ne laissons pas aux autres le soin de le faire à notre place parce qu'ils ne le feront jamais sans avilir, salir, tourner en dérision des prises de position d'Israéliens d'Israéliennes, quels qu'ils soient, qui cherchent seuls et courageusement les solutions, les moyens d'assurer la survie et l'indépendance de leur pays.
Bien sûr il nous appartient de ne pas être toujours d'accord avec telle ou telle déclaration ou position, mais nous n'avons pas le droit de ne pas essayer de les comprendre et de ne pas savoir quelles existent. Le regard que nous porterons sur toutes les idées émises d'où quelles viennent ne modifiera en rien le soutien indéfectible que nous portons à Israël.
Le meilleur moyen d'aboutir à cette compréhension consiste à ne pas occulter les courants de pensées qui animent ce pays étonnant qui nous donne chaque jour de véritables exemples de démocratie et de liberté.
Merci Monsieur Macina pour la très haute qualité de votre site et le magnifique travail que vous faites.
François Vila

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----- Original Message -----
From: Michael Moreh
To: Macina
Sent: Tuesday, November 18, 2003 11:51 AM
Subject: non au changement de cap


Il est évident qu'Israël est une démocatie et que toutes les opinions peuvent s'y exprimer - encore qu'elle soit à géométrie variable.
On peut tout entendre à l'extrême gauche. La réciproque n'est pas vraie.
Mais votre devoir est de mettre en avant les idées auxquelles vous croyez.
On voit bien où le changement de cap opéré par Rabin nous a menés.

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----- Original Message -----
From: Sophie Derman
To:
Sent: Monday, November 17, 2003 10:51 AM
Subject: changement de cap

S'il vous plait, ne changez pas de cap.
Nous sommes submergés par les autres courants ou pire.
Gardez fièrement cette flamme qui vous anime et qui nous donne un peu
d'espoir, ou tout simplement nous empêche de devenir fous.
Donnez la parole à nos valeurs du judaisme et montrez le chemin.

Merci

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----- Original Message -----
From: benaderette
To: cje@pi.be
Sent: Sunday, November 16, 2003 9:18 AM
Subject: En toute amitié

Monsieur Macina,
Je me permets d'émettre une critique amicale concernant votre article "changement de cap".
Le peuple Juif est actuellement en "guerre" et comme dans tout pays en guerre il y a des collaborateurs et des traîtres.
Donner la parole à des gens qui soutiennent des personnalités comme Uri Avenery qui peut "comprendre" les attentats terroristes ou qui accourt à la Moukata pour embrasser et protéger son ami "Yasser" me semble actuellement inopportun.
Comme Herbert Pagani je suis plutôt un juif de "gauche" mais comme il l'a écrit :
"Quand Israël sera hors de danger, je choisirai parmi les Juifs et mes voisins arabes, ceux qui me sont frères par les idées. Aujourd'hui, je me dois d'être solidaire avec tous les miens, même ceux que je déteste.....".
Actuellement, à une immense majorité les Israéliens ont choisi Mr Sharon pour les diriger.
De nombreux intellectuels de tous bords estiment qu'il est le seul à pouvoir obtenir la paix.
Je pense que notre soutien à sa politique doit être indéfectible.
Ne concrétisons pas une prophétie d'Isaïe que je pense avoir lue sur votre site : "Tes dévastateurs et tes destructeurs seront issus de toi...."

P.S : Malgré cette critique tout a fait amicale je voulais vous féliciter pour le travail remarquable que vous accomplissez sur ce site. Mais peut être l'avez vous fait trop bien car c'est grâce à la lecture de votre site, entre autres, que je me suis forgé cette opinion.