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Menahem Macina

Le dernier 'isme' occidental : alibi de Caïn, M. Macina
04/12/2003

J'ai lu, avec intérêt, la chronique de Bruno Frappat, intitulée "Moratoire et barbarie", dans La Croix du 29 novembre, et voici la méditation qu'elle m'a inspirée.


Par "moratoire", Frappat fait allusion à la formule scandaleuse de Tariq Ramadan, lorsque, mis sur le gril par Nicolas Sarkozy, lors d'une émission mémorable (1), à propos de la lapidation des femmes adultères, l'intellectuel islamiste, refusant de condamner directement et clairement cette coutume barbare, avait proposé un "moratoire".

Et B. Frappat d'ironiser : "Il faut voir... Donnons-nous le temps de réfléchir. Accordons-nous un délai pour creuser la question. Tel est, en stricte lexicologie, le sens du mot 'moratoire' […] C'est faire beaucoup d'honneur à la barbarie, et grande injure à la dignité de toute femme - y compris adultère ! - que de consentir seulement à l'idée d'un moratoire […] On parle de moratoire en matière de remboursement de dettes. Le moratoire ne supprime pas la dette, il en reporte le paiement […] On a parlé de moratoire pour la culture des OGM, afin de laisser le temps à la science d'établir leur nocivité ou d'attester leur innocuité. Mais peut-on, s'agissant de lapidation, s'en tenir à une 'suspension'… Derrière cette pseudo ouverture d'un intellectuel qui prétend faire le lien entre l'Occident des libertés et un islamisme qui en est la triste négation, se cache, mal, une insidieuse perversion de l'intelligence et de l'humanité."

Frappat a évidemment raison de débrider ainsi (entre beaucoup d'autres) cet abcès caché de l'islamisme radical, et de décréter que, "contre cette mauvaise foi", il faut dresser "un barrage définitif, absolu, sans appel", car, ajoute l'éditorialiste de La Croix, "elle est nette, parfois, la frontière qui sépare le bien du mal, le vrai du faux."

Et soudain, apparemment sans transition, Frappat opère une transposition qui ne manque pas d'intérêt. "En voyant le film du Québécois Denys Arcand, 'Les Invasions barbares', qui retrace la fin d'un universitaire […] revenu de toutes les idéologies et de tous les 'ismes' des années cinquante à quatre-vingt, on se reposait la question de la 'barbarie' […] au cours de l'ultime conversation qu'il aura avec ses amis, rassemblés pour l'accompagner dans ses dernières heures […] défileront, dans une évocation sarcastique et nostalgique à la fois, tous les emballements qu'ils auront partagés, toutes les fausses pistes qu'ils auront empruntées ensemble, attirés par des lueurs artificielles. Les révolutions, les variantes du marxisme-léninisme, les variations des structuralismes, les flirts sinistres avec le terrorisme des 'années de plomb', les folies des épigones d'un certain type de freudisme... Et ils se remémoreront ce que l'on disait, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix au sujet de 'la Grande révolution culturelle chinoise'. Pendant que vingt millions de personnes payaient de leur vie - une balle dans la tête ou morts sous les coups - les aberrations terminales du 'Grand timonier', pendant que l'abaissement de l'homme, dans les camps de rééducation, atteignait des niveaux d'inhumanité relevant d'une gestion immense de la perversité, pendant que la liberté et la vérité étaient ainsi lapidées et violées des dizaines de millions de fois par jour,
il se trouvait, en Occident, des intellectuels, des militants, des professeurs, des cinéastes (Godard), des écrivains (Sollers) pour nous vanter les beautés de cette révolution-là. Et pour injurier ceux qui, comme Simon Leys, montraient du doigt l'horreur que la mode ne voulait pas voir."

Et Frappat de conclure par cette interrogation, qui, comme la réponse qu'il y apporte lui-même, me servira de transition pour en venir au propos de ce mien éditorial : "Comment se fait-il que, lorsque la barbarie est là, palpable, déterminée, systématique, avec sa laideur enjolivée de dialectique, il se trouve des gens (même cultivés, même très intelligents, très 'forts') pour nous la présenter comme admirable ? Et comment se fait-il que, parfois, nous gobions cela avec des frémissements de modernité ? Parce que l'intelligence ne prémunit pas contre la bêtise. Parce que la culture ne protège pas de l'ignominie (cf. l'Allemagne nazie). Et, tout simplement, parce que le mal est tapi, inlassable, au fond de l'âme humaine..."

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Il m'apparaît de plus en plus que l'ultime avatar – le dernier 'isme' - des "emballements partagés" par les amis de "l'universitaire" du film "Les invasions barbares", évoqué par Frappat, et de "toutes les fausses pistes qu'ils ont empruntées", c'est le 'Palestinisme' (1).

Qu'on me comprenne bien. Par ce néologisme, je n'entends pas, bien sûr, l'aspiration naturelle d'un peuple à l'existence et à l'instauration d'un Etat qui lui soit propre. Je vise cette mode délétère et intrinsèquement perverse qui sévit en Occident depuis quelques décennies et s'est violemment aggravée depuis le déclenchement de la deuxième Intifada palestinienne, qui consiste à prendre fait et cause, en toute circonstance et systématiquement, pour les Palestiniens contre les Israéliens, réputés coupables de tout et principalement de ce qui leur arrive. J'entends par là, entre autres :
  • La perversion du droit imprescriptible des peuples à disposer d'eux-mêmes sans domination ni ingérence étrangères, qui privilégie la création d'un Etat palestinien aux seuls dépens de l'Etat d'Israël.
  • Le détournement démagogique et partial du respect absolu des droits de l'homme, qui ferme les yeux sur les atrocités patentes du régime corrompu de l'Autorité palestinienne et hurle à la mort à la moindre victime accidentelle de l'autodéfense armée, à laquelle est contrainte une armée israélienne dont on massacre la population civile de la manière la plus barbare.
  • La célébration victimaire permanente du seul peuple palestinien, sans égard pour la souffrance et la démoralisation du peuple israélien, qui consiste à définir le premier comme innocent dès l'origine, et le second comme congénitalement coupable de l'embrasement du Moyen-Orient, voire – découverte récente d'un sondage européen stupéfiant – comme le danger majeur pour la paix du monde.
  • Le soutien inconditionnel apporté à une direction politique palestinienne corrompue, dirigée par un homme qui a cent fois été pris en flagrant délit de mensonge, de mauvaise foi, et de non-respect de ses engagements internationaux, soutien qui contraste scandaleusement avec le refus systématique de la quasi-totalité des Etats européens d'écouter les arguments dûment circonstanciés des Israéliens et d'examiner les preuves documentaires irréfutables qu'ils produisent
  • Le crédit inlassablement renouvelé à des institutions palestiniennes dont on sait qu'elles sont des instruments dociles aux mains du monarque absolu qu'est Yasser Arafat, alors que le gouvernement israélien, démocratiquement élu à deux reprises, et à une écrasante majorité, et celui qui préside à ses destinées en tant que Premier ministre, sont non seulement insultés et accusés des pires méfaits par une presse mondiale curieusement à l'unisson sur ce thème, mais de plus en plus pris à partie directement, et en termes parfois fort éloignés des conventions diplomatiques, par des gouvernements, des diplomates, ou des hommes politiques étrangers.

Je pourrais allonger la liste de ce cahier des doléances, que la simple justice commanderait d'adresser à tous les gouvernements et médias du monde entier, en les contraignant à y répondre, point par point, autrement que par le mépris, la mauvaise foi, la langue de bois, ou par le sempiternel refrain - usé jusqu'à la corde - de la juste cause du peuple palestinien occupé, colonisé, 'bantoustanisé', massacré, bafoué, et privé de ses droits les plus élémentaires par un ancien peuple-victime devenu lui-même bourreau, ayant érigé, en violation des lois internationales, un Etat sioniste, raciste, théocratique, fauteur d'apartheid, violent et cynique, au nom d'une prétendue guerre de survie.

Car telle est, aujourd'hui, la situation de ce malheureux peuple, reconstitué sur une faible partie de son sol ancestral, au long d'un processus qui s'est étalé sur près d'un siècle jusqu'à aboutir, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale - et en partie grâce au choc et à la honte éprouvés par les nations, à mesure qu'elles découvraient toute l'horreur de la Shoah –, à la création d'un Etat d'Israël auquel un concert international presque unanime de protestations tente maintenant de dénier rétrospectivement toute légitimité originelle.


Il arrive aujourd'hui au peuple juif ce qui arriva à ses ancêtres, au temps des anciens Egyptiens : "Un nouveau roi vint au pouvoir en Egypte, qui n'avait pas connu Joseph" (Exode 1, 8).

La plupart des dirigeants politiques mondiaux de notre temps, n'ont pas connu la Shoah, et encore moins la loyauté du Joseph de ce temps-là - le peuple juif d'avant l'extermination de la majeure partie de ses communautés en Europe. Ces dirigeants – et avec eux la majeure partie des faiseurs d'opinion - sont mus par de tout autres idéaux que ceux de leurs devanciers, que Frappat a bien démarqués.

Ayant brûlé ce qu'ils avaient adoré; déchristianisés; athéisés même ; à la remorque de toutes les aberrations idéologiques modernes ; ayant troqué la spiritualité pour le spiritisme ; la philosophie pour la numérologie ; les églises et les temples pour les officines scientologiques ; la réflexion pour l'arrogance ; la maîtrise de la langue pour la logomachie ; l'excellence et la distinction de la pensée pour l'imprécation grossière ; la discussion honnête pour le soupçon systématique et la barbarie d'une pseudo-pensée philistine ; le dissentiment pour l'insulte ; la musique pour la cacophonie ; la chorégraphie pour la gesticulation acrobatique ; l'art pour la provocation ; la pudeur pour la pornographie ; la maîtrise de soi pour l'infidélité érigée en principe et popularisée par des émissions crapuleuses ; l'amour pour la débauche ; le respect de l'autorité pour la violence ; l'opposition politique pour le terrorisme ; l'appréciation de l'honnêteté pour l'admiration envers l'arnaque ; la recherche de la paix pour le chantage à la guerre ; la connaissance pour le sophisme creux ; l'être pour le paraître ; ayant, en un mot, troqué le bien pour le mal, nombreux sont nos contemporains qui méritent l'invective de Moïse et de Jésus : "Génération mauvaise…" (2)

Et tandis que l'omnignorant dictateur nobélisé, qui a nom Arafat, décrète que pas une pierre ne relie les Juifs à la terre d'Israël, et qu'il n'y a jamais eu le moindre temple juif sur le lieu où trône la mosquée d'Al Aqsa,
"il se trouve, en Occident, des intellectuels, des militants, des professeurs, des cinéastes... des écrivains... pour nous vanter les beautés de cette révolution-là. Et pour injurier ceux qui montrent du doigt l'horreur que la mode ne veut pas voir. Comment se fait-il que, lorsque la barbarie est là, palpable, déterminée, systématique, avec sa laideur enjolivée de dialectique, il se trouve des gens (même cultivés, même très intelligents, très 'forts') pour nous la présenter comme admirable ? Et comment se fait-il que, parfois, nous gobions cela avec des frémissements de modernité ?" (B. Frappat).


Dans ce climat d'apostasie de la vérité, il n'est pas étonnant que monte, des profondeurs glauques de l'inconscient collectif de cette génération, le désir de meurtre de Caïn, mortellement jaloux de son frère Abel, qu'il finira d'ailleurs par assassiner.

Un passage du livre de la Genèse nous relate l'avertissement donné par D.ieu à Caïn "Si tu veux bien agir, ressaisis-toi, sinon le péché est tapi à l'entrée [de ton cœur], qui te convoite et que tu dois dominer." (Genèse 4, 7).

A la lumière de la résurgence universelle de l'antisémitisme, de la contestation de l'existence même de ce Foyer national du peuple juif sur sa terre d'antan où on lui dénie le droit de vivre en paix, et de l'imminence, apparemment inéluctable, d'une ingérence internationale dans la question dite 'de Palestine', et au risque de m'attirer les sarcasmes de non-Juifs, ou l'accusation, par certains des miens, d'être un fauteur de sinistrose, il m'est de plus en plus difficile de taire mon pressentiment de l'imminence d'une montée hostile des nations contre notre peuple en voie de rassemblement sur sa terre, assaut harmagédonien qui transformera en une apocalypse – au demeurant, amplement prédite par les Ecritures – un pseudo-conflit de légitimité territoriale qui cache mal le désir ancestral du meurtre d'Israël, typifié par celui d'Abel, rendu patent par le crime innommable de la Shoah, et sur le point d'atteindre son comble dans l'ultime confrontation, qu'annonçaient, il y a des millénaires, les prophètes d'Israël, et que seuls les Sages juifs et quelques Justes des nations ont prises au sérieux. Je me limiterai aux deux suivantes, mais il y en a bien d'autres.

"Pourquoi les nations s'agitent-elles et trament-elles de vains desseins ? Des rois de la terre s'insurgent, des princes conspirent contre l'Eternel et contre son Oint : 'Faisons sauter leurs entraves, débarrassons-nous de leurs liens!' Celui qui siège dans les cieux s'en amuse, l'Eternel les tourne en dérision. Puis, dans sa colère, il leur parle, dans sa fureur, il les épouvante : 'C'est moi qui ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte'. J'énoncerai le décret de l'Eternel : Il m'a dit : 'Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre; tu les briseras avec un sceptre de fer, comme vases de potier tu les fracasseras.' Et maintenant, rois, comprenez, corrigez-vous, juges de la terre! Servez l'Eternel avec crainte, embrassez ses pieds avec tremblement; qu'il se fâche, vous vous perdez en chemin: d'un coup flambe sa colère. Heureux qui s'abrite en lui!" (Psaume 2, 1-12).

"Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent: 'Qu'on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion!' C'est qu'elles ne connaissent pas les plans de l'Eternel et qu'elles n'ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l'aire. Debout! foule le grain, fille de Sion! Car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à l'Eternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre." (Michée 4, 11-13).

Et si je me suis trompé, et que – plaise à D. qu'il en soit ainsi ! – une paix durable s'instaure enfin dans ce malheureux pays, je veux bien être la risée de mes amis et de mes ennemis. Peu importe ce que l'on pensera de mes "divagations pseudo-messianiques et ridiculement apocalyptiques" d'aujourd'hui – car c'est bien ainsi qu'on les désignera. Je pourrai mourir en paix, puisque mon peuple et les nations – réconciliées avec lui et ayant enfin répudié leurs idéologies perverses – vivront en bonne intelligence.

Qu'on me pardonne, toutefois, de douter de ce scénario en forme de "happy end", car il ne figure pas dans le Livre où sont consignés, pour l'éternité, les desseins du Créateur sur son peuple et sur les nations, qui seront jugées sur leur justice envers Israël, sans pouvoir se prévaloir de la pseudo-vertu de leur philopalestinisme, ce dernier 'isme' occidental : alibi de Caïn.

Menahem Macina



© upjf.org


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Notes

(1) "100 minutes pour convaincre", 20 nov. 2003. Voir "N. Sarkozy: prestation exemplaire d'un 'Juste des nations'".

(2) Cf. Dt 1, 37 ; Mt 12, 39 ; 16, 4 ; Mc 8, 38. Et qu'on n'objecte pas que je généralise abusivement et que tout le monde n'est pas tel que j'ose l'affirmer. C'est l'évidence même, bien sûr. Mais n'était-ce pas également le cas de la génération de Moïse (les Aaron et les Myriam, entre autres), et de celle de Jésus (les Marie, les Nathanaël, et les Apôtres, entre autres)? Cela n'a empêché ni l'un ni l'autre de désigner, dans son ensemble, la génération dont il visait les membres pervers… Que chacun donc se reconnaisse.

[Ma gratitude va à Danielle W., de Bruxelles, pour avoir attiré mon attention sur l'éditorial de B. Frappat].

Mis en ligne le 04 décembre 2003 sur le site www.upjf.org