Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Singularisation négative d'Israël: la preuve par la paranoïa, M. Macina
29/01/2004

30 janvier 2004



"Le monde entier demande à Israël de se retirer [des territoires dits 'occupés'].
Je ne pense pas que le monde entier, y compris les amis du peuple israélien, puissent avoir tort."
(Kofi Annan, Madrid, avril 2002).



Plusieurs réponses juives, des plus émotives aux plus cinglantes, ont été apportées à cette remarque publique du Secrétaire général des Nations unies (1), auquel – est-ce un hasard ? - l'Union européenne vient de décerner hier le prix Sakharov des droits de l'homme.

Mi-provocateur, mi-sérieux, je voudrais suggérer ici une autre attitude – si paradoxale qu'elle puisse paraître, de prime abord.

Dans ce scénario, les Israéliens reconnaîtraient que les apparences leur donnent tort et qu'ils ont sous-estimé l'impact de la vision mythique et manichéenne de l'histoire du monde, en général, et de celle du Moyen-Orient en particulier, qui s'est imposée, contre toute vraisemblance, dans presque toutes les sphères de l'intelligentsia politique et intellectuelle, spécialement en Europe, ces dernières années.

Conscient de ce que, malgré tous ses efforts, il n'a pas convaincu l'opinion internationale de sa bonne foi, et qu'au point où en sont les choses, il apparaît comme le seul coupable de la dégradation inexorable de la situation dans cette partie du monde, et risque de se voir infliger le sort qui fut celui de la Serbie, il y a quelques années, l'Etat d'Israël demanderait à bénéficier d'une "discrimination positive".

Dans les lignes qui suivent je procéderai à un bref examen des champs d'application générale de cette mesure, au terme duquel la réponse à la question "Une discrimination positive à l'égard d'Israël est-elle envisageable ?", devrait se dégager d'elle-même.



Quelques exemples de discrimination positive

La "discrimination positive" est de saison. Et même s'il y a des divergences, au sein du gouvernement français et dans certains 'quartiers' de la classe politique, sur sa pertinence dans le combat en faveur de l'égalité des chances de tout citoyen au regard de la promotion sociale, elle a déjà fait l'objet d'applications heureuses. Citons, entre autres exemples, l'accès à Sciences-Po, en dispense d'examen d'entrée, pour des jeunes provenant de banlieues défavorisées, et la nomination d'une personnalité issue de l'immigration maghrébine à la haute responsabilité de préfet de la République.

Même si l'on peut prendre ses distances vis-à-vis du caractère un peu paternaliste (certains diront "démagogique") de cette initiative, on peut au moins en retenir l'esprit. A savoir : il faut prêter plus d'attention et donner plus de chances à celles et ceux dont les origines et les conditions de vie ont fait qu'ils ont été défavorisés de facto, même sans intention ni arrière-pensée raciste, ou autre, du milieu dans lequel ils vivent.

D'ailleurs, n'est-ce pas ce que fait une mère digne de ce nom, qui prodigue plus d'amour et de soin à tel de ses enfants, né avec un handicap – quelle que soit la nature de ce dernier ? Et n'est-ce pas le comportement d'un éducateur digne de ce nom, qui fait preuve de tolérance envers les propos et les actes répréhensibles d'un enfant issu d'un milieu social et/ou familial problématique, voire franchement perturbateur ?

Il en va de même dans le monde des adultes, aujourd'hui mieux informés que par le passé des origines traumatiques de certains comportements agressifs. Il n'est pas rare, en effet, que des citoyens responsables et plus compréhensifs que la moyenne des gens fassent preuve d'une patience peu commune envers les réactions quasi-paranoïdes d'individus qui, visiblement, ont beaucoup souffert.

Ces exemples – que l'on pourrait multiplier – s'apparentent à la discrimination positive, au sens large du terme.



La discrimination positive en politique internationale. Deux poids deux mesures

Cette attitude généreuse existe également dans la sphère de la politique internationale, si toutefois c'est bien ce sentiment - et non des intérêts sordides et cyniques ou des considérations de "real-politik" -, qui est à la base de l'extrême compréhension dont bénéficient les actes, pourtant violents et inadmissibles au plan du droit international et du droit tout court, commis en permanence par des Palestiniens. Le sentiment qui prévaut largement à l'égard de ces derniers est qu'ils sont injustement occupés et qu'il faut comprendre leurs réactions extrêmes, même si on ne peut les approuver sur le plan moral.

Dès lors, il paraît difficile d'esquiver la question : Témoigne-t-on d'une patience et d'une tolérance identiques envers l'Etat d'Israël et ses citoyens ?

A en juger par les mesures vexatoires de tous ordres dont sont l'objet ses dirigeants politiques et même ses ambassadeurs, la réponse est, bien évidemment : non.

Pourtant, s'il est, à l'échelon de la planète, une nation qui a subi et subit encore un sort tragique, et qui est le plus souvent discriminée sur la scène internationale, c'est bien Israël. Alors, se demandera-t-on peut-être, pourquoi ce pays est-il l'objet d'une discrimination… négative ?

La réponse populaire est qu'il l'a certainement mérité.

Seuls peuvent comprendre l'état d'esprit du peuple israélien celles et ceux qui ont subi, au niveau personnel, l'expérience traumatique de la réaction hostile inattendue d'un interlocuteur - qu'ils croyaient objectif, voire empathique -, auquel ils avaient imprudemment tenté d'expliquer qu'ils n'étaient pas entièrement responsables de la situation inextricable dans laquelle ils étaient empêtrés, avec, pour tout résultat, l'affirmation tranchée et apparemment sans réplique, dans le style : Vous ne pouvez pas avoir raison, puisque tout le monde vous donne tort. Preuve que le sophisme de M. Kofi Anan, évoqué en exergue de cet article, n'est pas son apanage.



Discrimination négative d'Israël en politique internationale. La pseudo-justification idéologique

La justification idéologique de la discrimination négative dont est l'objet l'Etat juif est plus spécieuse. Israël fait problème à nombre d'Etats occidentaux. Non pas directement, cela va de soi, mais du fait que les pays arabes exercent sur eux un chantage permanent. La configuration politique internationale actuelle fait, des nations arabes, la véritable puissance du Moyen-Orient, par le biais de l'arme du pétrole. Et il est bien connu que, pour des raisons diverses, les pays du Tiers-Monde et les non-alignés votent automatiquement avec les pays hostiles à Israël, toutes les résolutions onusiennes – même les plus iniques - défavorables à cet Etat.

Toutefois - comme on peut le comprendre -, il ne serait pas politiquement correct d'avouer au grand jour les vrais motifs de l'abandon d'Israël au profit d'intérêts sordides. Dès lors, on recourt à des considérations pseudo-idéologiques, et spécialement au droit-de-l'hommisme.

L'état d'esprit qui préside à l'argumentation courante utilisée par les dirigeants politiques, surtout européens, pour justifier leur hostilité systématique à la politique israélienne, est bien résumé par ce propos de l'ambassadeur belge, selon lequel "l'antisémitisme cesserait, dans son pays, quand les Belges n'auraient plus à voir, à la télévision, des images de Juifs israéliens opprimant des Arabes palestiniens" (2).



Quand le coupable tout désigné prétend être innocent de ce dont on l'accuse

Georges Brassens a écrit naguère un refrain-culte, dans lequel revient le leitmotiv suivant, qui s'applique à merveille à l'hostilité consensuelle dont l'Etat d'Israël est l'objet : "Mais les brav' gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux… "

Sur ce point se rejoignent opinions publique et politique. Israël agace. Il ne fait rien comme tout le monde.

Et n'allez surtout pas arguer, en sa faveur, qu'en plusieurs millénaires, il lui est arrivé un tas de choses qui, précisément, font qu'il n'est pas, qu'il ne peut pas être comme tout le monde, surtout après l'Holocauste. Vous aggraveriez le cas de votre protégé. En effet, un récent sondage, réalisé par l'Institut Ipsos, pour un grand quotidien italien, vous apprendra que 38% de la population italienne pensent que les Juifs devraient cesser de poser en victimes de l'Holocauste et des persécutions qui remontent à plus de 50 ans (3).

Si vous ajoutez à ce résultat, déjà alarmant, les 39 % des sondés qui estiment que les Juifs ont un rapport "particulier" à l'argent, et les 51 % qui affirment que les Juifs ont une mentalité et un mode de vie différents de ceux des Italiens, vous ne pouvez pas échapper à la conclusion qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil en ce qui concerne la perception qu'ont, des Juifs, les citoyens européens.

Quant à l'image que ces gens ont de l'Etat d'Israël, il ne vous surprendra pas d'apprendre que, de l'avis de 72 % d'entre eux, les Israéliens doivent quitter les territoires "occupés" ; que 37% croient que les Juifs soutiennent la politique israélienne "de manière partisane" ; que 17 % jugent qu'il serait préférable que l'Etat d'Israël n'existe pas, afin que les Palestiniens aient leur terre et qu'ainsi "il n'y ait plus de problèmes" ; et que 14 % pensent que "pour donner aux Palestiniens toute leur terre, il serait préférable que les Juifs qui se trouvent en Israël s'en aillent ailleurs".



Quand le coupable tout désigné prétend être innocent de ce dont on l'accuse, il ne peut être que paranoïaque

On l'aura compris : Israël ne doit pas s'attendre à faire l'objet d'une "discrimination positive". Pire, à bien y regarder, son lot est plutôt celui d'une "singularisation négative". J'ai forgé cette expression pour condenser, en une formule prégnante, la quasi-unanimité hostile qui, telle une source empoisonnée, sourd à nouveau des tréfonds du subconscient des nations, qu'elle dresse contre le peuple juif, en affectant de ne s'en prendre qu'à l'Etat du même nom, effigie emblématique et substitut commode qui confèrent à leur judéophobie incoercible, les allures trompeuses d'un combat vertueux pour les droits humains – enfin, ceux de certains humains, à l'exclusion des autres.

Ces considérations-là, les Juifs les ont longtemps gardées pour eux. On les échangeait mélancoliquement, à la sortie de la synagogue, en famille, entre amis et relations – Juifs, cela va de soi. Une expérience atavique du danger d'attirer l'attention a, jusqu'à ces derniers mois, empêché que de tels propos ne tombent dans le domaine public. Mais la situation est devenue si grave, les actes et les propos antisémites, si fréquents et de plus en plus violents, que la barrière du silence a été rompue. Non seulement les Juifs parlent mais, disent leurs contempteurs, "ils glapissent. A les entendre, c'est un nouvel Holocauste qui se profile à l'horizon." Et, dès lors, tombe le diagnostic – fatal et au moins aussi dangereux que l'insulte antisémite : Pa-ra-no-ïa !



Conclusion

Tout le monde sait que l'infortuné qui est réputé fou n'a aucune chance qu'on accorde foi à ses dénégations. Plus il protestera de son intégrité mentale, plus il apparaîtra évident qu'il est hors de sens. Et malheur à lui s'il se débat contre la camisole, ou s'il hurle de désespoir : on le décrétera dément et il sera enfermé avec d'authentiques fous, dont la fréquentation fera bientôt sombrer sa raison. Au mieux, il conservera la liberté - au prix de sa dignité, toutefois -, en acceptant, faute d'alternative, d'être catalogué paranoïaque.

C'est pourquoi celles et ceux de mon peuple
  • qui s'obstinent à défendre Israël contre l'inégalité flagrante et la partialité de traitement politique et médiatique dont il est victime ;
  • qui protestent contre la cruauté des critiques européennes insensibles aux victimes israéliennes de la barbarie la plus immonde qui soit, de la part d'un ennemi qui a choisi la mort de préférence à la négociation ;
  • qui se révoltent contre les "belles âmes" qui osent approuver ces auto-désintégrations, destinées à mieux tuer et mutiler des adversaires - majoritairement civils -, au nom du droit des Palestiniens à une terre, dont ces partisans des droits humains à sens unique leur reconnaissent par avance la propriété exclusive ;
ceux-là doivent être prêts à porter l'opprobre d'Israël.


Dans mon introduction, j'écrivais qu'au terme de l'examen auquel j'allais procéder, devrait se dégager d'elle-même la réponse à la question : "Une 'discrimination positive' à l'égard d'Israël est-elle envisageable ?". C'est chose faite.

Pas de "discrimination positive", donc, en faveur d'Israël, mais, par contre, une "singularisation négative" tellement scandaleuse, que de nombreux Juifs poussent les hauts cris, ce qui a pour résultat d'administrer à l'opinion publique la preuve que ce peuple a décidément perdu tout sens commun, toute crédibilité, et donc le droit à la plus élémentaire considération :


la preuve par la paranoïa, en quelque sorte.



Menahem Macina

© upjf.org



Notes

(1) Voir, entre autres : "The whole world condemns Israel. What else is new?" By Sara Yoheved Rigler; "We're Right, the Whole World's Wrong", By Dov Fischer.

(2) Rapporté par Natan Sharansky dans son article "On Hating Jews", qui figure sur notre site, sous le titre "Lien inextricable entre antisémitisme et anti-américanisme".

(3) www.corriere.it/Primo_Piano/Cronache/2003/11_Novembre/10/israele.shtml. Pour un résumé en français, voir : www.desinfos.com/article.php?id_article=514.


Mis en ligne le 30 janvier 2004 sur le site www.upjf.org