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Menahem Macina

La Principale et le Premier ministre contre l'antisémitisme, M. Macina
03/02/2004

04/02/04
Une information de dernière minute corrobore l'une des affirmations de Mme Arvaud. Voir note (1), en fin de document.

03/02/04

On se souvient sans doute de la déposition de Madame Arvaud, Principale du Collège Beaumarchais, à Paris, devant la Commission Stasi. L'insistance remarquable de cette enseignante chevronnée sur la violence des propos et des actes antisémites dans les établissements d'enseignement de la République avait fait sensation. En la transcrivant, je me prenais à souhaiter que la loi envisagée se préoccupe moins de proscrire les signes extérieurs d'appartenance religieuse musulmane - censés procéder d'un fanatisme religieux -, que de combattre les conséquences de ce dernier, sous la forme quasi-exclusive de l'antisémitisme.

J'avais été frappé par le décalage apparent entre le thème de la Commission - la proscription des signes religieux ostentatoires et de tout prosélytisme à l'école – et celui de la déposition de Madame Arvaud : l'antisémitisme scolaire virulent. J'avais même craint que le témoignage – à la fois poignant et alarmant – de cette responsable, soit marginalisé, un peu à la manière dont un professeur écarte une dissertation, au demeurant brillante, mais qui est passée à côté du sujet. La suite des événements a dissipé mes appréhensions.

En effet, même si l'on ne peut établir un lien direct entre la déclaration de Madame Arvaud et les propos du Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, le 31 janvier, au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), le second semble répondre – au moins indirectement - à la préoccupation et au voeu de la première, que synthétise excellemment ce passage significatif de sa déposition :

«Il y a certains médias – pas forcément français –qui bourrent le crâne des élèves. Je m'excuse de l'expression "bourrer le crâne", mais je n'en trouve pas d'autre qui soit aussi explicite. Ces élèves-là pensent déjà que le travail à l'école est sans objet, et que le respect des autres est à sens unique. Et ce bourrage de crâne donne lieu à des idées toutes faites sur tout, et particulièrement sur la haine des Juifs. Et, pour l'instant, je considère que ces médias-là sont plus forts que l'école sur le plan de l'antisémitisme ordinaire. Les heures d'éducation civique ne font pas le poids par rapport à cela […] une loi claire définissant ce qui est interdit au sein de l'école publique serait une garantie d'efficacité

En parlant de «certains médias, pas forcément français» Madame Arvaud faisait allusion à ces programmes de télévision arabe que tout téléspectateur, possesseur d'une antenne parabolique (il y en a des dizaines de milliers dans les quartiers à majorité musulmane) peut capter sans difficulté, et qui diffusent, en arabe, des programmes antisémites d'une extrême violence (1).

J'en viens à l'essentiel – que l'on peut considérer comme un tournant décisif dans la lutte contre l'antisémitisme en France, si les promesses émises sont suivies d'actions concrètes. Monsieur Raffarin a annoncé, au cours du dîner de gala annuel du CRIF, que le gouvernement soumettra au Parlement, en février, des mesures législatives pour empêcher la diffusion de programmes antisémites par des chaînes émettant par satellite.

Selon la dépêche de Presse de Reuters, qui relate les propos du Premier Ministre à ce sujet, ces nouvelles dispositions permettront au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de saisir le juge des référés administratifs pour faire cesser "la diffusion d'une chaîne non conventionnée dont les programmes porteraient atteinte aux grands principes au nom desquels la liberté de communication peut être limitée".

Toujours selon la même source, Jean-Pierre Raffarin a reconnu que la "scénarisation de la haine (était) de retour", et a indiqué que le ministre de la Justice, Dominique Perben, et le CSA avaient saisi le parquet de Paris de cette question.

Pour qui suit, au jour le jour, les progrès alarmants de la violence verbale et visuelle de l'antisémitisme arabe, l'allusion à Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, est patente. Je ne citerai qu'un de ses programmes récents : Al-Shatat [la Diaspora], série syrienne diffusée à l'automne 2003. Elle couvre la période du mouvement sioniste, et se base sur des calomnies antisémites traditionnelles trouvées dans le faux qui a nom "Protocoles des Anciens [ou des Sages] de Sion". On y prétend que les Juifs sionistes règnent sur le monde par le biais de complots sophistiqués réputés être à l'origine, entre autres, de la révolution communiste en Russie, de la Première Guerre Mondiale, etc. Les Juifs sont décrits comme avides et sanguinaires, uniquement intéressés par le pouvoir, et la domination du monde à partir de la Terre d'Israël, appelée "Palestine". On peut voir des extraits 'édifiants' de cette série télévisée sur une bande vidéo diffusée par PMW (Palestinian Media Watch).

Mais ce qui m'apparaît comme le plus important, ce sont les mesures concrètes que préconise le Premier ministre, à l'attention des enseignants et des parents. Je les cite ici selon la dépêche de Presse de Reuters :
  • [Le Premier ministre a […] invité "tous les membres de la communauté éducative" à faire preuve de "la plus ferme vigilance".
  • "Ils doivent réagir au premier signe d'antisémitisme, sans attendre: le mal n'est pas toujours frontal, il sait se faire banal" […]
  • "Je demande à tous les enseignants et aux parents d'alerter [sic], dès le premier signal", les cas d'enfants maltraités "parce qu'ils sont juifs" dans un établissement scolaire…
Si l'on ajoute à cela le fait que - toujours selon la même source – Jean-Pierre Raffarin a précisé, à ce propos, que la coordination des services de l'Etat sur le terrain ne concernerait pas seulement les incidents survenant à l'intérieur des établissements, mais viserait aussi à "mieux assurer la sécurisation de leurs abords et des transports qu'empruntent les élèves", Madame Arvaud, et nous tous, Juifs, parents d'élèves ou non, soucieux de voir éradiquer le fléau de l'antisémitisme, ne pouvons qu'être satisfaits, si du moins, je le répète, ces promesses sont suivies d'effets.

Pour finir, je tiens à féliciter tous les sites Internet juifs, français et étrangers, qui oeuvrent sans relâche à dénoncer la résurgence de ce mal qui a tant coûté au peuple juif, au fil des siècles, et qui réapparaît, tel un gène, aussi malfaisant que dangereusement mutant, surtout dans l'enseignement scolaire et religieux musulman de nombreux pays arabes, et jusque dans les idéologies et les actes d'organisations occidentales, dont la charte et l'esprit s'inspirent pourtant d'idéaux élevés et d'un altruisme digne d'éloge.

A mes yeux, il ne fait aucun doute que le travail incessant et efficace de documentation et d'illustration de ces déviations et de leurs conséquences sur le terrain - qu'effectuent, souvent avec une abnégation impressionnante, tant ces sites Internet, que celles et ceux (ils sont nombreux) qui les informent au quotidien –, a contribué, au fil des années écoulées, et spécialement dans ces derniers mois, à mouvoir certains responsables d'institutions juives à user de leur influence – qui n'est pas mince – pour interpeller efficacement les pouvoirs publics, avec le succès que l'on constate aujourd'hui.

A tous et toutes – qu'ils soient notables ou inconnus, voire méconnus, j'exprime, en mon nom propre (mais je suis certain, ce faisant, de traduire le sentiment de beaucoup) ma profonde reconnaissance et l'expression de ma chaleureuse appréciation.

Menahem Macina (cje@pi.be)

© upjf.org


Note :

(1) On pouvait lire dans Libération du 2 février 2004 :
"Surfant sur les succès du Hezbollah, la milice chiite libanaise pro-iranienne, face à Israël, Al-Manar gagne de l'audience dans le monde arabe. Dans certains coins des territoires palestiniens, les plus durs ou les plus meurtris comme le camp de réfugiés de Jénine, on délaisse de plus en plus Al-Jezira pour Al-Manar. La première sert à s'informer, la seconde, à se faire du bien. Du matin au soir, les enfants se nourrissent de clips montés à partir d'images d'actualité, parfois repiquées sur les chaînes israéliennes (!), d'archives de la Seconde Guerre mondiale mêlant camps de concentration, bombardements des villes allemandes... Régulièrement, des messages en hébreu s'intercalent : «Juifs, rentrez chez vous en Europe et aux Etats-Unis! La Palestine sera votre tombeau.» C'est Al-Manar qui a introduit la martyrologie chiite chez les Palestiniens. La chaîne contribue, plus que toute autre, à l'islamisation de la question palestinienne. Elle est aussi devenue une source d'information de première main depuis que les groupes terroristes palestiniens lui envoient leurs communiqués.

Mis en ligne le 03 février 2004 sur le site www.upjf.org Mise à jour 04/02/04