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Menahem Macina

Nous sommes tous des Israéliens ! Menahem Macina
07/02/2004

Update 10/02/04

Suite à cet article j'ai reçu d'un internaute une réaction nauséabonde à laquelle j'ai répondu ce qui suit : "Réponse à un agresseur révisionniste et antisémite".

08/02/04

Il serait vain de le cacher ou de tenter de donner le change : en ces jours, les Juifs profondément attachés à l'Etat d'Israël sont perturbés. Ils se demandent ce que va devenir ce pays. Les nouvelles les plus inattendues se succèdent et, parmi elles, la plus récente et la plus stupéfiante, que vient de rendre publique le Premier ministre, Ariel Sharon : la décision d'évacuer la majeure partie des localités israéliennes de la Bande de Gaza.

Et qu'on ne s'imagine pas que ce sentiment de confusion et de perplexité est l'apanage des va-t-en-guerre sionistes, loin de là. Pour comprendre l'inquiétude d'une vaste majorité de Juifs de la Gola, en la circonstance, il importe d'en percevoir correctement la toile de fond.

Au début du XXe siècle, l'Etat des Juifs - pour reprendre la dénomination de sa figure la plus emblématique, Théodore Herzl -, apparaissait aux Juifs eux-mêmes comme un rêve inaccessible, voire une chimère. Pire, nombre d'entre eux s'y opposaient violemment. Et voici qu'aujourd'hui, non seulement il est devenu une réalité géopolitique, mais il constitue désormais, pour la grande majorité des membres de la communauté juive mondiale, une dimension constitutive de leur identité. De plus en plus nombreuses sont les familles juives dont l'un ou l'autre membres se sont installés en terre d'Israël et y vivent depuis des décennies, parfois depuis plusieurs générations. Sans parler d'une diaspora proprement israélienne de plusieurs dizaines de milliers d'individus qui ont fait souche dans différents pays occidentaux, surtout aux Etats-Unis.

L'une des conséquences les plus étranges de ce processus est qu'il a généré, en un peu moins d'un siècle, une espèce d'inconscient collectif juif, qui se situe aux confins du mythe et de la mystique. Il se traduit par le sentiment diffus, informe et encore largement irrationnel, d'une inclusion ontologique, par delà les millénaires, dans une histoire qui a commencé à l'aube des temps et marche inexorablement vers sa fin. A en croire la Bible et les traditions juive et judéo-chrétienne, cette fin - appelée "Jours du Messie" par les Juifs, et "Fin des Temps" par les Chrétiens -, consistera en une espèce de règlement de comptes aux dimensions du monde, à l'occasion duquel prendra enfin sens l'immense, tumultueuse et amère pérégrination qu'est l'histoire chaotique du peuple juif, lorsqu'elle sortira enfin du douloureux creuset de celle des nations.

Qu'on le considère comme un messianisme ou comme une paranoïa, il reste que, subi plutôt que voulu, son destin – asymétrique par rapport à la norme commune et qui n'a cessé d'agacer les nations -, a conféré au peuple juif une aura quasi magique, perçue comme vaguement maléfique, qui lui a valu une incompréhension et une hostilité qui ne se sont jamais démenties, quelles que soient les formes qu'elles ont prises, au fil des millénaires. Depuis quelques décennies, cette fascination-répulsion a pris un tour nouveau : elle passe dorénavant par le prisme du peuple israélien. Et ce d'autant que le sort des Juifs du monde entier apparaît dorénavant, qu'ils le veuillent ou non, comme lié à celui de leurs coreligionnaires moyen-orientaux.

En effet, tout se passe comme si les Juifs du monde entier étaient réputés solidairement responsables – voire coupables – des actes, et surtout des méfaits, réels ou supposés, des Israéliens.

L'explication généralement donnée de ce phénomène, est que l'antisionisme – comme on appelle, de manière impropre, à mon avis, l'hostilité spécifiquement anti-israélienne – n'est que le masque, qui se veut décent, de l'antisémitisme multiséculaire.

Personnellement, je ne partage pas ce consensus quasi universel.

On le sait : ce à quoi réagissent les nations – surtout celles qui sont hostiles à l'Etat d'Israël – ce n'est pas à la personne du Juif, mais à son étrangeté, à sa manière différente d'être-au-monde.

Souvent évoquée par les historiens de l'antisémitisme, la preuve a contrario, est que la situation des Juifs a toujours été et reste encore, malgré de remarquables exceptions, problématique et exposée, puisque – l'histoire l'a amplement démontré – si réussies que soient leur intégration, voire leur assimilation, l'ostracisme, la persécution, et jusqu'à des massacres frappent, voire déciment, de manière aussi soudaine qu'endémique, les communautés juives, sous différents prétextes et dans les contextes socio-historiques et politiques les plus divers.

On peut en conclure - et certains l'ont fait depuis longtemps - que la responsabilité de l'hostilité dont ils sont victimes n'incombe pas aux Juifs eux-mêmes, comme l'affirment les antisémites et les Juifs qui haïssent leur identité ou en ont honte, mais à ceux et celles pour qui le peuple juif constitue un exutoire tellement commode et traditionnel qu'ils inventent sans cesse des prétextes pour justifier ce réflexe, aussi irrationnel que destructeur.

Je propose donc à qui voudra bien lui accorder quelque attention une lecture de la haine envers Israël, assez différente de celle qui voit, dans l'antisionisme, un "habit neuf", ou une "version politiquement correcte" de l'antisémitisme traditionnel.

En faisant flèche de tout bois contre ce qu'ils appellent "la politique d'Israël envers les Palestiniens" – et peu importe, en l'occurrence, qu'ils la qualifient d'"apartheid", de "colonialiste", de "nazie", voire de "crime contre l'humanité" -, les ennemis de ce peuple démontrent, sans l'ombre d'un doute, que ce qui les met hors d'eux-mêmes, ce n'est pas la judéité des Israéliens, mais leur "israélianité". Ils voient, dans cette dernière, ce qu'ils considèrent comme la quintessence de tout ce qui, selon eux, est haïssable chez les Juifs.

En ce sens, Israël est devenu le paradigme paroxystique, en même temps que la preuve finale - et, à leurs yeux, accablante, irréfutable – de ce que l'humanité a bien fait de se méfier des Juifs, au fil des millénaires, et même de les "ramener à la raison quand cela s'avérait nécessaire".

Mais, objecteront certains, ce que vous exposez-là revient exactement aux thèses actuelles dont vous prétendez vous distancier : la haine envers l'Etat d'Israël n'est qu'un cas spécifique – particulièrement aigu, certes, mais non essentiellement différent – de l'hostilité traditionnelle envers les juifs, communément appelée "antisémitisme".

Je vais donc tenter de mieux expliciter mon propos.

Il a fallu de longs siècles de haine antijuive, de persécutions religieuses et politiques, de ghettoïsation, d'expulsions et de pogromes, bref de mise en marge de la société de cette fraction - minuscule, mais irréductible - de l'humanité, que constitue le peuple juif, pour que l'Europe des Lumières d'abord, puis, progressivement, le reste du monde, reconnaissent les Juifs comme des citoyens à part entière. Avec cette réserve significative, toutefois, exprimée par le duc de Clermont-Tonnerre, lors de l'Assemblée Constituante de 1791, en une formule qui est restée célèbre : "Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, mais tout leur accorder comme individus!".

Cette norme a fonctionné, sans problème notoire, pendant un peu moins d'un siècle et demi, jusqu'à la Shoah. Durant cette période, les Juifs s'étaient parfaitement intégrés dans de nombreux pays, et particulièrement en Europe. Leur loyalisme civique était au-dessus de tout éloge, au point, d'ailleurs, que, dans deux nations au moins où les Juifs avaient prospéré, il rendit leur déportation plus aisée : l'Allemagne et la France. (Le cas de la Pologne est différent et ne sera pas traité ici).

L'horreur qui frappa le judaïsme mondial quand fut connue l'étendue de l'extermination dans ce qui fut l'Europe des Lumières et des Droits de l'homme, précipita un processus qui, certes, avait précédé de plus de cinquante années ces événements dramatiques, mais était resté largement marginal malgré les efforts considérables de l'Agence Juive : l'immigration – ou Aliyah - en Terre d'Israël.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, honteuses et culpabilisées, les nations ne virent pas d'autre moyen de "réparer" autant qu'il leur était possible, l'horrible traumatisme dont venait d'être victime le peuple juif, que de lui donner une patrie sur la terre qui fut celle de leurs ancêtres, et où s'étaient déjà établis, en un peu moins de deux tiers de siècle, quelques centaines de milliers de Juifs, dont la plupart n'avaient nulle part ailleurs où aller. Il y avait un précédent : la déclaration Balfour (1917). Les Anglais, ancienne puissance de tutelle, renoncèrent à leur mandat sur la Palestine, en 1947, et l'Organisation des Nations unies, qui venait de succéder à la Société des Nations, crut bien faire de proposer une partition – qu'elle prétendait équitable – de cette terre disputée. Les sionistes, on le sait, acceptèrent ce partage - bien qu'il leur fût largement défavorable, contrairement aux affirmations de la propagande palestinienne. Pour leur part, les Arabes refusèrent catégoriquement. (Les Arabes, pas les Palestiniens, qui n'existaient pas, alors, en tant que nation distincte). Ainsi naquit l'Etat d'Israël, tandis que les Arabes de Palestine s'enfonçaient dans un refus qui dure depuis plus d'un demi-siècle…

On sait la suite. De solution de la "question juive", l'Etat d'Israël est devenu le problème de la "question palestinienne". Le peuple faible est devenu fort. Et dès lors, tout s'est inversé : David a pris les traits de Goliath, le persécuté est apparu comme le persécuteur, la victime des camps de la mort, comme le bourreau nazi, le dominé d'hier, comme le colonisateur d'aujourd'hui, l'exclu, comme le fauteur d'apartheid, la victime de la Shoah des Juifs, comme coupable de la Nakba des Palestiniens… et ainsi de suite.

Lentement mais inexorablement, le capital de sympathie des nations envers Israël s'est rétréci, à la manière d'une peau de chagrin, pour se transformer, au lendemain de la victoire israélienne de la Guerre des Six Jours (1967), en une hostilité, d'abord larvée, puis, déclarée, et enfin militante, contaminant la Gauche, qui avait été longtemps l'un des plus solides soutiens de l'Etat (socialiste !) d'Israël.

Jusqu'à l'éclatement de la deuxième Intifada, voici trois ans, et plus récemment, le déchaînement, en France, d'un antisémitisme débridé recourant aux vieux poncifs raciaux, aux insultes, puis aux menaces, et enfin aux voies de faits contre des Juifs. Alors, en partie sous l'influence des 'bons conseilleurs', et en partie par un vieux réflexe d'autoculpabilité, des Juifs se persuadèrent que la nouvelle hostilité dont ils étaient la cible provenait de l'injustice – réelle ou supposée – subie par les Palestiniens du fait de l'occupation israélienne. Le processus n'est pas nouveau. Dans le passé, il a donné lieu à un certain nombre d'ouvrages auto-flagellateurs, écrits par des Juifs qui donnaient raison à leurs persécuteurs, renchérissant même sur leurs arguments péremptoires selon lesquels, par leurs traditions, leur accoutrement, ou leurs comportements, réputés étranges, et, en tout état de cause, comme jurant avec ceux des gens 'normaux', les Juifs sont eux-mêmes responsables de leur mauvaise réputation et des avanies qui en découlent pour eux.

Cet état de choses s'est aggravé quand il est apparu à certains Juifs que le seul moyen d'être tolérés, voire appréciés par leurs concitoyens politiquement hostiles à Israël et au sionisme, était de proclamer hautement leur distanciation personnelle par rapport aux "actes et aux comportements répréhensibles de l'Etat d'Israël à l'égard des Palestiniens sans défense et opprimés". Ce dévoilement soudain, pour ceux qui l'ignoraient encore, de l'absence d'un consensus juif global favorable à Israël, est apparu à beaucoup d'ennemis de l'Etat juif comme une brèche bienvenue, dans laquelle ils s'engouffrèrent.

Aujourd'hui, les choses en sont venues au point que l'attachement à l'Etat d'Israël ou l'hostilité envers lui, constituent la pierre de touche du loyalisme national du Juif, voire de son intégrité morale et politique.

Autrement dit, si vous êtes de confession ou d'origine juives, vous ne risquez rien, en tant que tel, de la part de vos concitoyens (appréciation à nuancer très sérieusement si vous avez affaire à des segments de la population issue de l'immigration arabe et/ou maghrébine). Mais ce, à condition que vous soyez dans le 'bon camp', c'est-à-dire celui des défenseurs des Palestiniens, colonisés, victimes de l'apartheid et du racisme israéliens (certains disent "juifs"). Si, donc, vous professez hautement votre gêne vis-à-vis des "agissements intolérables de l'Etat d'Israël", ou mieux, votre hostilité radicale à "cet Etat, qui se prétend juif et trahit si lamentablement les fondements mêmes de la morale juive" (morceau de bravoure très apprécié, même en milieu arabe militant), vous êtes pratiquement assuré d'obtenir le statut envié de "Juif d'exception".

Le problème est que, même s'il est difficile, voire impossible d'en donner une évaluation numérique fiable, il existe, en France et ailleurs, un nombre non négligeable – peut-être même très élevé, si l'on tient compte de leur silence public compréhensible – de Juifs et de Juives pour qui Israël n'est plus seulement une cause commune à défendre, mais fait partie intégrante de leur existence, et qui ne conçoivent plus leur identité juive sans son rattachement ombilical à la Terre d'Israël.

On objectera peut-être que le phénomène n'est pas nouveau. "L'amour de Sion" n'a jamais cessé de palpiter dans les coeurs juifs – à preuve l'invocation liturgique et populaire, "L'an prochain à Jérusalem !". Ce motif fut même à l'origine de l'idéologie sioniste, d'abord minoritaire, puis prégnante et finalement exclusive de toute autre, d'un retour du peuple juif sur la terre même où il a pris naissance.

Certes. Mais jamais, dans l'histoire passée, ce rêve ne s'était mué en réalité (même si celle-ci tend à prendre aujourd'hui des allures de cauchemar). Et de fait, depuis plus d'un demi-siècle, l'Etat d'Israël est une nation parmi d'autres. Malgré le désir qu'en ont maints pays arabes, et même occidentaux, cette souveraineté nationale ne peut lui être déniée, même si elle est quotidiennement dénigrée, calomniée et blasphémée, au motif qu'elle se perçoit et se proclame comme juive…

La conséquence de cette mutation tropique ne semble pas avoir été suffisamment intégrée par des penseurs et des analystes illustres, bien plus compétents que moi. L'Etat d'Israël et ses symboles, à la fois religieux et historiques : Jérusalem et le Mont Sion, les vestiges du Temple - dont le Mur occidental -, les villes bibliques rebâties sur leur emplacement et sous leur nom d'antan, ainsi que le peuple qui y a recouvré honneur et dignité par le travail et la mise en valeur du pays, se sont, en quelque sorte, substitués au judaïsme de la Dispersion. Dans les faits, Israël, tel un paratonnerre, attire sur lui toute la frustration, la colère et la haine des nations arabes, prélude à la coalition des nations contre Jérusalem et à la grande reddition de comptes, clairement annoncées par les Prophètes, et qu'attendent ceux, Juifs ou non, qui croient à l'accomplissement des Ecritures, et au jugement final qui verra la victoire de Dieu et celle de son peuple.

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Pour nombre de croyants, elle s'accomplira bientôt cette prophétie de Joël :

"Car en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat; là j'entrerai en jugement avec elles au sujet d'Israël, mon peuple et mon héritage. Car ils l'ont dispersé parmi les nations et ils ont partagé mon pays…" (Joël 4, 1-2).

Les mêmes croient fermement que c'est pour un avenir dont nous ne sommes pas très loin, qu'a prophétisé Ezéchiel, en ces termes :

"Et toi, fils d'homme, adresse une prophétie aux montagnes d'Israël. Tu diras: Montagnes d'Israël, écoutez la parole de L'Eternel. Ainsi parle le Seigneur, L'Eternel. Parce que l'ennemi a prononcé contre vous ces paroles: «Ha! Ha! Ces hauteurs éternelles sont devenues notre patrimoine», eh bien! prophétise. Tu diras: Ainsi parle le Seigneur, L'Eternel. Parce qu'on vous a dévastées et prises de toute part, si bien que vous êtes devenues la propriété du reste des nations, prétexte au bavardage et au commérage des gens, eh bien! montagnes d'Israël, écoutez la parole du Seigneur L'Eternel. Ainsi parle le Seigneur L'Eternel aux montagnes, aux collines, aux ravins et aux vallées, aux ruines dévastées et aux villes abandonnées qui sont mises au pillage et deviennent la risée du reste des nations d'alentour. Eh bien! ainsi parle le Seigneur L'Eternel. Je le jure dans l'ardeur de ma jalousie, je m'adresse au reste des nations, à Edom tout entier, qui, la joie au coeur et le mépris dans l'âme, se sont attribué mon pays en propriété pour mettre son pâturage au pillage. A cause de cela, prophétise au sujet de la terre d'Israël. Tu diras aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées: Ainsi parle le Seigneur L'Eternel. Voici que je parle dans ma jalousie et ma fureur: puisque vous subissez l'insulte des nations, eh bien! ainsi parle le Seigneur L'Eternel: je lève la main, je le jure, les nations qui vous entourent subiront elles-mêmes leur insulte. Et vous, montagnes d'Israël, vous allez donner vos branches et porter vos fruits pour mon peuple Israël, car il est près de revenir. Me voici, je viens vers vous, je me tourne vers vous, vous allez être cultivées et ensemencées. Je vais multiplier sur vous les hommes, la maison d'Israël tout entière. Les villes seront habitées et les ruines rebâties. Je multiplierai sur vous hommes et bêtes, ils seront nombreux et féconds. Je ferai que vous serez habitées comme auparavant, je vous ferai plus de bien qu'autrefois et vous saurez que je suis L'Eternel. Je ferai fouler votre sol par des hommes, mon peuple Israël; tu seras sa propriété et son héritage et tu ne les priveras plus de leurs enfants. Ainsi parle le Seigneur L'Eternel. Parce qu'on a dit de toi: «Tu es une mangeuse d'hommes, tu as privé ta nation de ses enfants», eh bien! tu ne dévoreras plus d'hommes, tu ne priveras plus ta nation de ses enfants, oracle du Seigneur L'Eternel. Je ne te ferai plus entendre l'insulte des nations, tu n'auras plus à subir la raillerie des peuples, tu ne priveras plus ta nation de ses enfants. Oracle du Seigneur L'Eternel." (Ezéchiel 36, 2-15).

Et qui sait si ces croyants n'ont pas raison ? Après tout, les prodromes de ces événements sont peut-être là, devant nos yeux, comme il est écrit :

"Regardez parmi les peuples, voyez, soyez stupides et stupéfaits! Car j'accomplis de vos jours une oeuvre que vous ne croiriez pas si on la racontait." (Habaquq 1, 5).

L'histoire actuelle semble se dérouler en deux dimensions concomitantes et complémentaires, les événements antiques et ceux d'aujourd'hui se fondent et se fécondent mutuellement. Les noms de lieux, voire de peuples, n'ont pratiquement pas changé. Des convulsions analogues à celles d'hier – toutes proportions gardées – agitent la région où se sont déroulés des combats de même nature contre le même peuple, avec les mêmes cris de triomphe et de désespoir, les mêmes blasphèmes et la même haine, les mêmes crimes et les mêmes carnages.

Au fil des années passées, tel tyran arabe ou quelque ayatollah iranien n'a-t-il pas juré de marcher sur Jérusalem ? Ils reprenaient à leur compte, sans le savoir, la démesure orgueilleuse d'Antiochus Epiphane, qui proclamait, deux siècles avant l'ère commune :

"Arrivé à Jérusalem, je ferai de cette ville la fosse commune des Juifs" ? (2ème Livre des Maccabées 9, 4).

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Qu'on me pardonne cette digression, que l'on qualifiera, selon les convictions et les humeurs, de mystique ou de délire, mais qui n'étonnera pas celles et ceux qui me connaissent et/ou qui me lisent régulièrement, ni, bien sûr, les croyants juifs et chrétiens qui croient ferment, conformément aux assurances des prophètes et à la Tradition des Sages, que tout ce qui a été annoncé dans la Loi et les Prophètes s'accomplira inéluctablement (Cf. Jérémie 33, 14 : Tobie, 14, 4 ; Matthieu 15, 17).


Je reviens à la problématique qui a motivé la rédaction de cette méditation à haute voix et… à haut risque.

Mais, tout d'abord, une confidence personnelle. Jusqu'à la fin de l'année dernière, je continuais à produire - bon an, mal an - quelques articles techniques, voire scientifiques, afférents à ma spécialité : l'histoire et la théologie des rapports entre le christianisme et le judaïsme. Cette discipline, encore dans l'enfance, sur le plan académique, m'a passionné, enchanté même. De prime abord, elle donne, comme d'autres sciences, l'impression, enivrante mais illusoire que le désir de savoir mène immanquablement à la possession de la connaissance. Comme l'homme attiré par l'intériorité d'une femme aimée, et dont le désir s'épuise dans la fusion charnelle, laissant intouché le mystère de l'être que voile irrémédiablement le corps étreint, ainsi m'adonnai-je longtemps à une étude passionnée de l'intimité du mystère que je sondais, sans jamais en pénétrer l'essence, tant elle est irréductible à la grossièreté de l'intelligence humaine.

J'ai consacré de longues années à des recherches inlassables, vastes et même érudites, dans le but de mieux comprendre pour l'expliquer ensuite à d'autres, si les Juifs et les Chrétiens avaient un rôle spécifique, complémentaire ou exclusif, dans le dessein de Dieu, ce qu'il était advenu de la tradition des premiers Chrétiens issus du judaïsme, et de celle que les Chrétiens issus de la Gentilité avaient élaborée au prix d'un syncrétisme avec les cultes et les philosophies païennes. Comme certains de mes collègues les plus valeureux - mais avec mon expertise propre tant de la tradition juive que de la patristique et de la théologie chrétiennes -, après avoir longtemps étudié l'histoire des origines de la pensée et des croyances religieuses de l'une et l'autre confessions de foi, ainsi que leurs interactions et leurs luttes fratricides, je me lançai, il y plus de 20 ans, dans l'étude prospective de ce que pouvaient, voire devaient devenir les relations entre Chrétiens et Juifs, à notre époque.

Depuis un peu moins de huit ans, sous la pression des événements, j'ai quelque peu délaissé les études systématiques et l'enseignement pour tenter de mieux comprendre ce qu'il advenait, hic et nunc, tant aux Juifs qu'aux Chrétiens croyants pour lesquels l'Ecriture et leurs Traditions respectives n'étaient pas devenues obsolètes, comme c'est trop souvent le cas, hélas ! J'avais tout à apprendre et beaucoup de retard de lectures d'ouvrages fort différents de ceux qui surchargent ma bibliothèque de chercheur. Mes longues années de recherche m'avaient presque totalement coupé du monde réel. Je lus donc pas mal d'ouvrages et énormément d'articles de géopolitique et de politique internationale. Je me documentai sérieusement sur le Proche-Orient. Je renouai même avec la lecture des journaux et la fréquentation des médias audiovisuels, non par goût, ni pour savoir ce qui se passe 'réellement' dans le monde - car ce qu'on nous dit de fiable est bien peu de chose -, mais pour observer comment mes contemporains réagissent aux événements - surtout, bien sûr, à ceux qui concernent le peuple juif. Et je voguai très vite sur l'océan de l'Internet. Jusqu'à ce que je me lance moi-même dans la gestion d'un site, convaincu, à tort ou à raison, que je pouvais apporter une petite note qui me semblait manquer au paysage médiatique concernant le peuple juif et Israël.

Ce contact incessant, depuis près de dix ans, avec la réalité du monde et ses convulsions, et la perception intime que j'ai développée de ce qui se passe en Israël, grâce à ma connaissance de l'hébreu et à un long séjour, jadis, en Eretz Israel, ont tellement affiné ma réflexion et ma lucidité sur le destin de ce peuple que – je dois l'avouer bien franchement – les études fondamentales et spécialisées ont cessé de m'être indispensables. Elles ont même fini par me devenir presque étrangères.

Ce glissement, ce sentiment d'étrangeté, de détachement, tant à l'égard des recherches qui m'étaient encore, il y a une décennie à peine, aussi indispensables que l'air que je respire, qu'à l'égard de ceux qui furent mes collègues de recherche, et pour lesquels je conserve toujours beaucoup d'estime, je n'ai pu m'y soustraire. J'ai dû m'y résigner comme le naufragé qui dérive inexorablement sur son radeau, loin des continents et des îles peuplées et rassurantes…

Et dans cette déréliction, j'ai compris que le temps de l'étude pour l'étude était fini pour moi, et qu'il devrait l'être pour beaucoup d'autres aussi, d'ailleurs, qui ne sont pas indispensables à la recherche, voire ne lui apportent rien. J'ai compris que Dieu était las de nos incessantes dissertations, de nos études pesantes et imposantes, et finalement vaines, si toute cette somme de savoir est incapable de nourrir celles et ceux qui ont faim. On l'aura compris, je ne parle pas seulement ici des besoins matériels fondamentaux que connotent ces termes – leur nécessité et leur priorité va de soi, à mes yeux. Je pense à cette faim qu'ont les âmes, même si aujourd'hui beaucoup d'entre elles semblent frappées d'anorexie spirituelle et d'aphasie scripturaire – par notre faute probablement.

Bref, je l'avoue tout net, au risque de me déconsidérer définitivement et d'être vilipendé par mon ancien milieu académique – majoritairement chrétien et surtout catholique - j'ai trop longtemps joué le jeu convenu de la recherche et de l'enseignement. Privilégié du savoir, je me suis adonné à l'intempérance intellectuelle. Je confesse avoir, avec d'autres, thésaurisé pour moi seul, ou pour quelques 'happy few' la précieuse connaissance acquise à grands frais et à la faveur de longues années durant lesquelles j'ai pu m'adonner avec une grande satisfaction, à des recherches hyper pointues et franchement pas indispensables. Je m'accuse de n'avoir pas eu le courage de gagner ma vie autrement - par exemple en consacrant mon savoir aux plus démunis. Je me reproche de n'avoir pas osé me servir de mes connaissances et de ma lucidité, pour jeter à la face des nantis du savoir religieux : prélats, théologiens, pasteurs et savants de tous poils - le reproche du prophète Ezéchiel : "Malheur aux pasteurs d'Israël qui se paissent eux-mêmes !..." (Ezéchiel 34, 2 et la suite).

Et aujourd'hui, je ne puis plus supporter les bonnes paroles que certains d'entre eux distribuent généreusement en direction du peuple juif, ni les articles, ni les livres – si excellents soient-ils - qu'ils publient à son propos, parce qu'ils honorent une entité, ou quelques Juifs emblématiques, mais semblent n'éprouver aucune empathie pour le sort terrible "de ce tiers [d'Israël] que [Dieu] a amené dans le feu" (cf. Zacharie 13, 9). Pire, ils disent et enseignent que traiter de l'Israël d'aujourd'hui, c'est "faire de la politique".

Vous entendez cela ? Comment celles et ceux qui prétendent nous aimer, nous, les Juifs, peuvent-ils se taire lorsqu'on massacre des civils israéliens innocents ? Comment, de surcroît, peuvent-ils joindre leurs voix à celles des détracteurs de ce peuple universellement décrié, alors que, "marqués au fer rouge dans leur conscience" (cf. 1 Timothée 4, 2), ils savent parfaitement que les accusations meurtrières que l'on déverse quotidiennement sur Israël sont des mensonges patents ? Comment même peuvent-ils se taire ? Et pourquoi ne hurlent-ils pas au mensonge éhonté lorsque des imans, des chefs d'Etat, des hommes politiques et des universitaires arabes donnent le titre de 'martyr' à des assassins-suicide, et affirment, sans rougir, qu'il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu un peuple, un temple, des lieux de culte, voire des villages juifs, en 'Palestine' ?

Où sont-ils les savants archéologues et historiens chrétiens, prétendument amis du peuple juif, en ces jours où la vérité est jetée à terre (cf. Daniel 8, 12) ? Où sont-ils les théologiens et les promoteurs du dialogue judéo-chrétien, en ces temps de violence et d'injustice, où celles et ceux de mon peuple portent l'opprobre d'une judéité israélienne salie et blasphémée dans le monde entier, sans personne pour prendre leur défense ? Comme il est écrit : "L'insulte m'a brisé le coeur, jusqu'à défaillir. J'espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n'en ai pas trouvé." (Psaume 69, 21)

Et moi-même, comment pourrais-je, sans me parjurer, déplorer - comme le font tant de mes coreligionnaires - un "antisémitisme européen aggravé par le confit palestino-israélien", alors qu'il est de plus en plus clair que c'est Israël – et lui seul – qui est l'objet de la haine de nos ennemis ?


Et là, je reviens à ce j'écrivais au début de cet article, et que je résume ici, ou redis en d'autres termes.

Nous autres, Juifs de la Gola, ne constituons pas un adversaire de poids, aux yeux de nos ennemis arabes et de leurs alliés et complices - objectifs ou occasionnels. Ils nous insultent, il est vrai, et entretiennent diaboliquement la haine imbécile que nous vouent des fanatiques incultes. Il en est même qui agressent, parfois, certains d'entre nous, mais, je vous le demande, qu'est cela en comparaison des massacres dont sont victimes les Israéliens ?

J'ai parfois honte des cris d'orfraie juifs pour une phrase, une allusion, un tag, une dieudonnade… Non qu'il ne faille pas flétrir cela. Bien sûr qu'il le faut. Mais, face à ces réactions aiguës pour relativement peu de chose, j'ai honte de la tiédeur - pour ne pas dire la quasi-inexistence - de celles qui ont trait aux horreurs subies par nos sœurs et frères israéliens.

Et pour le dire en langage populaire, n'est-il pas vrai que "nous nous la coulons douce", en Gola, tandis que meurent, ou deviennent infirmes pour la vie des Juives et des Juifs comme nous ? Il est vrai qu'ils ont, eux - ce qui n'est pas notre cas, ici - le 'tort' de vivre en Israël, d'être considérés comme des voleurs de terre, des colons, et cela sans que nous hurlions au monde notre colère et notre dégoût face à ces mensonges et à ces calomnies.

J'entends dire : «On ne nous écoute pas !»

Mais ont-ils vraiment crié ? Croient-ils qu'il suffise d'envoyer à la boîte aux lettres électronique d'un organe de presse qui nous a irrités un énième "J'accuse" – plein de bonne volonté, peut-être, mais aussi, souvent, de hargne inutile et contreproductive, pour avoir des chances de franchir le mur du son médiatique ?

J'entends dire : «On ne nous publie pas !»

C'est peut-être parce que nos 'ténors', à quelques rarissimes exceptions près, restent corrects et ne crient pas. Car crier, ça n'est pas correct, et il faut une bonne dose d'audace, ou de philosophie, pour affronter les regards réprobateurs…

On m'objecte : «Mais ils seraient privés de tribune et d'antenne !»

Au début, peut-être. Mais tout est une question de souffle et de détermination. Et puis, quand on connaît les médias, on sait parfaitement à quoi ils réagissent : au scoop, au scandale…
Rappelez-vous ce qui s'est passé, il y a une dizaine de jours : un petit Français quelconque provoque une hôtesse de l'air dans un avion américain à propos de bombe. Il fait moins de deux semaines de prison et s'en tire avec une amende ridicule, mais pose au martyr. Dès lors, la presse est à ses trousses. C'est – pour peu de temps – le nouveau José Bové – ou le clone du facteur politicien, dont j'oublie toujours le nom tant je suis ébloui par son 'génie'… Donc on l'interviewe à droite et à gauche. Vous me direz que c'est une retombée de l'anti-américanisme viscéral des médias français. Peut-être, mais ce n'est pas une explication suffisante.

Pour qu'un inconnu attire l'attention des médias (j'exclus le cas des assassins, des violeurs et autres monstres médiatiques, dont l'intérêt qu'ils suscitent n'a, d'ailleurs, pas de quoi nous rendre fiers), il faut qu'il soit un histrion (politicard ou autre), ou bien un dandy, ou encore un dégénéré sans scrupule, ou bien… mais c'est infiniment plus rare : un saint et/ou un prophète…

Le peuple juif représente un potentiel théorique de 12 à 15 millions de prophètes. J'ai peine à croire qu'il ne va pas s'en manifester un, quelque jour… Un seul, mais qui soit authentique et qui boute le feu à ce monde en carton-pâte de la logomachie convenue…

Je ne désespère pas de le voir apparaître avant de mourir…


En attendant, je persiste à penser que tant le peuple juif qui vit dans la Dispersion, que celles et ceux des non-Juifs qui affirment (et parfois proclament, haut et fort, dans leurs revues aux tirages plus ou moins confidentiels, et sur leurs sites où l'on se bouscule rarement) avoir pris fait et cause pour Israël, ne font vraiment pas le poids face à la puissance de nuisance de l'ennemi. Et je n'accepte pas que l'on mette notre impuissance sur le compte d'une prétendue suprématie médiatique mystérieuse du monde arabe, qui ne serait que le pendant du mythe de la domination de la presse mondiale par la 'ploutocratie juive'.


Tant que nous, Juifs de la Dispersion, n'aurons pas pris sur nous l'opprobre israélien, de la manière la plus réaliste qui soit – par exemple en demandant la nationalité israélienne (ce n'est pas sans risque ni obligations, que je n'ai pas le temps de détailler ici), ou en créant des groupes de pression, des think tanks et autres initiatives visant à encourager, aider, soutenir, moralement, spirituellement, mais aussi financièrement, nos sœurs et frères d'Israël -, non seulement nous n'aurons aucun droit moral à critiquer la politique d'Israël, voire à émettre un avis la concernant, mais – je pèse mes mots – nous ne devrions même pas nous plaindre d'être en butte à des tracasseries antijuives, tant nos souffrances sont lilliputiennes et, somme toute, quasi inexistantes, comparées au sort quotidien des citoyens juifs d'Israël.


Et pour finir, je suggère comme première mesure – certes, symbolique, mais qui pourrait avoir un retentissement, voire des conséquences insoupçonnées –, de prendre, toutes et tous, le nom collectif d'Israël, qui est celui de notre patrie d'origine.

Je rêve du jour où le CRIF s'épellera "Comité Représentatif d'Israël en France" – ou… des Israéliens de France… Et où les autres organisations feront de même en fonction de leur sigle ou de leur dénomination …

Je sais, cela ne sera pas de tout repos. Cela coûtera. C'en sera peut-être fini de la douce tranquillité de la Gola juive. Mais qui a dit que la vie du peuple juif en Gola était un long fleuve tranquille ? Qu'on se rassure, d'ailleurs : avant qu'elle ne devienne l'enfer que vivent les Israéliens, nous avons le temps de vieillir…


Enfin, je propose à qui voudra initier, à titre individuel ou collectif, cette identification avec le peuple d'Israël, les deux versets suivants :

"L'insulte de ceux qui t'insultent [ici Israël, et non Dieu] retombe sur moi." (Psaume 69, 9).


"Qui vous touche, touche à la prunelle de mon oeil". (Zacharie 2, 12)


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Quant aux autres… Celles et ceux qui se récrieront en prétendant qu'on peut être Juif sans s'identifier avec Israël et encore moins entériner sa politique - surtout si beaucoup d'entre eux, aujourd'hui comme avant, pensent qu'elle mène les Israéliens au chaos.

A ceux-là, donc, je signale l'actualité surprenante de l'avertissement qu'adressait Mardochée, il y a bien longtemps, à Esther, la concubine juive du roi de Perse, à laquelle il avait demandé de vaincre sa peur et d'intercéder, fût-ce au prix de sa propre vie, auprès d'Assuérus, pour qu'il mette en échec le plan du sinistre Aman, qui allait livrer le peuple juif au massacre.



"Si tu t'obstines à te taire quand les choses en sont là, salut et délivrance viendront aux Juifs d'un autre lieu, et toi et la maison de ton père vous périrez. Qui sait, peut-être est-ce en prévision d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ?" (Esther 4,14). (*)

Menahem Macina


© upjf.org


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(*) Beth Kennedy est la première, à ma connaissance, à avoir eu la belle idée d'utiliser ce passage du livre d'Esther comme un avertissement à la chrétienté tentée de se taire. Voir son article intitulé "Quand une chrétienne bon teint se transforme en une sioniste ardente". C'est avec reconnaissance que je reprends à mon compte son intuition, non sans en mentionner scrupuleusement l'origine, comme notre Tradition nous le commande.
Mis en ligne le 08 février 2004 sur le site www.upjf.org Update 10/02/04