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Menahem Macina

«Souriez – euh, Pleurez! Merci!» Les clichés qui tuent Israël, M. Macina
10/02/2004

10/02/04

L'idée de cet article m'a été inspirée par le reportage de HonestReporting sur l'intégrité des médias, mis en ligne sur le site de cette excellente organisation vouée à la lutte contre le parti pris dans l'information. Voir : "Photo Op".


En anglais on appelle cela une "Photo Op", une séance de photographie. Les ingrédients et les règles en sont bien connus. Celles ou ceux que l'on filme ou photographie prennent diverses poses à la demande de l'opérateur, ou d'une meute de photographes, dans le cas des photos de presse. Chaque preneur de vues cadre, à son gré, le sujet que saisit son appareil, si bien que la même scène apparaîtra, sur votre écran de télévision ou d'ordinateur, ou sur une page de média imprimé, comme un instantané fixant un événement en train de se produire.

Outre les cibles habituelles des photographes : mannequins, starlettes, sportifs, politiciens, etc., les conflits et leurs protagonistes comptent parmi les thèmes favoris des chasseurs d'images. Vecteur majeur d'émotions, plus percutante que les mots, la photographie joue, dans la couverture médiatique des conflits, un rôle d'arbitre entre la bonne et la mauvaise cause, dont l'impact sur les opinions publiques s'avère souvent plus important que le sort des armes. Les horribles clichés des victimes civiles des bombardements de la guerre du Vietnam ont été plus déterminants pour le désengagement des Etats-Unis que les pertes militaires. Tout simplement, le peuple américain ne supportait plus l'image de criminels de guerre qui collait à la peau de ses soldats. L'armée la plus puissante du globe avait été défaite sur un front - dont on n'avait pas réalisé jusqu'alors que s'y gagnent ou s'y perdent les guerres -, celui de l'opinion publique. Dès lors, oubliée la menace communiste : les combattants vietnamiens devenaient, du jour au lendemain, les Bons, héros d'une guerre populaire de libération, tandis que les Américains étaient les Méchants, mercenaires d'une guerre colonialiste, au service de l'hégémonie capitaliste.

Cette expérience inédite devait faire école. Les Soviétiques en firent la théorie, la généralisèrent et l'utilisèrent, par Etats interposés, aux fins de déstabilisation de leur adversaire par excellence : les Etats-Unis, ainsi, incidemment, que les pays occidentaux non communistes. Ayant compris que leurs adversaires comptaient un très grand nombre d'individus profondément humains, sensibles à l'injustice, généreux, impressionnables, bref, naïfs, selon les critères impitoyables du marxisme-léninisme, les spécialistes de la guerre de subversion estimèrent, à juste titre, avoir trouvé leur point faible. La tactique consistait à donner mauvaise conscience à la population de l'ennemi, de manière à constituer, en son sein, une opposition aux menées "bellicistes" de ses gouvernants – une espèce de cinquième colonne 'morale', en quelque sorte, manipulable et utilisable en fonction d'intérêts stratégiques dépassant de loin l'imagination des masses ainsi instrumentalisées. Le plus célèbre 'cheval de Troie' de cette nature fut le Mouvement de la Paix, qui, après guerre, séduisit des millions de pacifistes sincères, parmi lesquels nombre de chrétiens et même de membres du clergé catholique - "les idiots utiles", comme les appelait cyniquement Lénine.

L'effondrement de l'Union soviétique n'a pas mis fin, tant s'en faut, à cette guerre psychologique. Au contraire, cette dernière a été 'recyclée' au profit de factions ou de mouvements en lutte contre des régimes, considérés, à tort ou à raison, comme illégitimes ou oppressifs. La règle générale étant que, même si les forces de votre adversaire sont écrasantes – ce qui exclut que vous puissiez le vaincre en combat régulier - vous pouvez, malgré tout, avoir l'avantage et même, à défaut de le vaincre, l'obliger à négocier, voire à en passer par vos exigences les plus excessives.

Toutefois, il ne faut pas se leurrer, c'est une entreprise de longue haleine. Votre adversaire est trop gros pour que vous n'en fassiez qu'une bouchée. Il est trop puissant pour que vous l'affrontiez face à face. Il vous faudra donc le harceler. Vous y laisserez des plumes. Mais, si vous parvenez à galvaniser vos troupes, à les persuader qu'elles combattent pour une juste cause, et si vous êtes un vrai dirigeant, au charisme convaincant, vous finirez par constituer une force - modeste, certes, mais suffisamment conséquente pour que vous disposiez d'un moyen de pression.

Votre guérilla risquant de prendre des années, voire des décennies, il vous faudra durer. Pour cela, un seul moyen : attirer l'attention du monde afin, si possible, de le gagner à votre cause. Et surtout, ne croyez pas que la chose ira de soi. Il faudra frapper les esprits et même vous rendre impopulaire – au moins temporairement, en commettant des attentats. Et ne faites pas la fine bouche. Il faut savoir ce que l'on veut. Le monde n'aime pas avoir peur. Il veut la paix. Alors, mettez-y le paquet. Faites-lui de plus en plus peur. Et vous verrez : cela marche. De fait, malgré leur horreur épidermique à la vue du sang ou à l'énoncé du nombre des victimes, les 'bonnes âmes', impressionnées, commenceront à se dire : Pour qu'ils en viennent à de telles extrémités, ces gens doivent être réellement désespérés. Et ils clameront, haut et fort -, surtout si vous les prenez en otages -, qu'ils ont moins peur de vous que de ceux qui vous donnent la chasse. Le "Syndrome de Stockholm", vous connaissez ?...

Quand les choses en seront là, vous aurez virtuellement gagné. En dosant habilement vos actions – un attentat, par-ci, un appel à "la paix des braves", par-là -, les terroristes que vous étiez deviendront progressivement des rebelles, puis des activistes, des militants, et enfin, des combattants. Dès lors, la voie vous est ouverte. Rappelez-vous : un orfèvre en la matière – Yasser Arafat – n'a-t-il pas été invité à l'ONU pour y prononcer, étui de revolver à la ceinture, un discours belliqueux qui s'est achevé sous un tonnerre d'applaudissements ? La puissance israélienne elle-même en a été déstabilisée. Finalement, après maintes péripéties sanglantes, et sous la pression de grandes puissances, dont l'Amérique, son protecteur attitré, Israël a fini - chose impensable auparavant - par autoriser le chef-terroriste, devenu, entre temps, le chouchou des peuples, à créer un embryon de Foyer national Palestinien sur le sol de l'antique patrie juive.

La suite de l'histoire, tout le monde la connaît, même si c'est sous des angles très différents. Arafat et ses séides de l'OLP ont copié servilement les techniques de la guérilla de libération populaire, et surtout celles de la déstabilisation psychologique, qui avaient fait merveille au détriment des Américains, quelques décennies auparavant. Jouant à fond la carte de la "disproportion écrasante des forces en présence", le 'David palestinien' allait affronter le 'Goliath israélien' avec la fronde médiatique foudroyante de la caméra, projetant en boucle, sur l'écran des consciences occidentales tourmentées, le double thème subliminal du gentil berger à la fronde, terrassant le méchant géant d'une pierre en plein front, et de l'héroïque chinois faisant rempart de son corps face à un char, sur la place Tien An Men, à Pékin, gagnant, l'un et l'autre et pour toujours, la sympathie universelle.



David et Goliath... ou le Tien An Men palestinien


Le cliché ci-dessus, ressemble, à s'y méprendre, à un instantané pris au hasard dans une rue. Pourtant, regardez bien : la composition est parfaite, admirablement cadrée. Pas le moindre flou trahissant le mouvement de la fronde, laquelle est bien visible cependant…

Pour comprendre comment est obtenu ce résultat impressionnant, jetez un coup d'œil sur le cliché suivant, qui nous montre un combattant aux mains nues (ou presque)… en plein mouvement cette fois…



sauf que… il n'est pas tout seul, mais pose, en fait pour une meute de photographes.




Et rebelote! Mais le 'tableau' a été composé ailleurs... Voyez comme les visages des chasseurs d'images sont hilares. On les entend presque s'écrier : "Là, comme ça! Bravo! C'est parfait!"...


Même manège pour la plus récente de ces mises en scène : une femme palestinienne en pleurs devant un pan du "mur de la honte", ou "de l'apartheid" - pour utiliser la phraséologie palestinienne. De quoi faire pleurer dans les chaumières de l'Hexagone et d'ailleurs, tandis que se serreront les poings d'une partie de la jeunesse des banlieues à forte population d'origine maghrébine, avant de s'écraser sur la figure d'un Juif de France ou de Navarre, dont le seul tort est d'appartenir au "peuple dominateur et sûr de lui", et d'avoir partie liée - qu'il le veuille ou non - avec "ce petit pays de m....." et son peuple "paranoïde", que dirige un "voyou".



« Souriez – euh, pardon, Pleurez! Merci! »

(AP Photo/Enric Marti)


Observez le tableau. Rien n'y manque. Le message est à destination occidentale : on a donc placé la dame éplorée devant une inscription en mauvais anglais, qui clame : «Arrêtez de tuer les Palestiniens !». On distingue – en bas à gauche du cliché, une main écartant un civil palestinien qui est dans le champ de l'une des caméras. En haut, à droite de la photographie, un enfant – peut-être le fils de la 'Pieta' palestinienne – ricane… Qui sait s'il ne se dit pas : "Quels crétins, ces Occidentaux !"...

Si c'est le cas, il a mille fois raison.


Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 10 février 2004 sur le site www.upjf.org