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Menahem Macina

Un 'Poisson d'Avril' magistral sur Arte, M. Macina
01/04/2004

02/04/04

Celles et ceux qui, sans prendre garde à la tradition de canulars, attachée au 1er avril, ont pris en marche, comme moi, hier, le "documentaire français" intitulé "Opération Lune", programmé sur la chaîne européenne Arte, ont dû avoir un choc.

En ce qui me concerne, il m'a fallu plusieurs minutes pour croire ce que mes oreilles entendaient et ce que mes yeux voyaient. Il s'agissait d'une série d'entretiens avec une partie du gotha de la politique étrangère et du renseignement américains et quelques hommes politiques prestigieux encore en poste ou à la retraite, de Kissinger à Donald Rumsfeld et d'autres, connus ou ignorés, dont j'ai oublié les noms…

Et de quoi était-il question ? Je vous le donne en mille… D'un des plus grands scandales de l'histoire des Etats-Unis, selon le commentateur : les premiers pas d'Armstrong sur la Lune auraient été tournés en studio !

Fébrilement, j'ai saisi le programme et lu, à la date du 1er avril, sur Arte, à 22h 20 : "Opération Lune. Documentaire français". Dans mon émotion, je n'ai même pas remarqué que le film était daté de 2002…

A ma grande honte, je l'avoue, je suis tombé dans le panneau. Il faut dire que tous les ingrédients d'une mystification quasi-indétectable étaient réunis. En effet, les hautes personnalités américaines interviewées reconnaissaient, avec une confusion et un embarras qui ne laissaient pas place au doute… accrochez vos ceintures :
  • que non seulement Armstrong n'avait pas marché sur la Lune,
  • mais qu'on avait fait en sorte, en haut lieu, que les protagonistes de la supercherie médiatique soient mis en lieu sûr, avec leurs familles, sous de fausses identités et loin des Etats-Unis.
  • Que, malheureusement, Nixon, qui craignait comme la peste que l'un d'entre eux n'avoue la fraude à un journaliste, en perdit le sommeil et conçut le projet fou de les faire abattre par des membres des Services spéciaux.
A partir de là, le récit tourne au rocambolesque. Dissuadé par ses proches conseillers – dont Henri Kissinger – de donner suite à ce projet criminel, inconcevable même au nom de la raison d'Etat, Nixon renonce à transmettre au chef des Services spéciaux l'ordre de mission qu'il a signé. Las, il omet de le détruire, et arrive ce qui devait arriver : l'exécuteur des basses œuvres envoie un de ses commandos cambrioler le bureau du président et s'emparer de l'ordre signé. Quant on s'en aperçoit, il est trop tard. Devenu incontrôlable, le chef militaire, qui a coupé tout contact avec Washington, lance une équipe de tueurs professionnels pour traquer impitoyablement et éliminer les acteurs du faux alunissage historique. Ils sont tous tués, sauf le célèbre réalisateur (dont j'ai oublié le nom) de ce chef-d'œuvre de propagande, qui, nous dit-on, s'est cloîtré dans sa propriété, dont il ne sortira plus jusqu'à sa mort, y tournant ses films, où que leur action soit censée se dérouler – désert ou banquise…

Je vous fais grâce des détails de la chasse à l'homme, et de l'exécution - sadiquement filmée par ses exécutants - d'un pauvre type réfugié dans une cabane de planches, au Grand Nord. Avec le recul et surtout quand on est au fait du canular - tout cela apparaît comme totalement psychédélique. Mais, si vous n'avez pas vu l'émission, sachez que vous seriez probablement tombé dans le panneau, vous aussi. Il faut savoir, en effet, que toute l'affaire était relatée et commentée, avec le plus grand sérieux et à grand renfort de mines et de regards navrés, par les personnalités importantes évoquées ci-dessus. Car - summum de supercherie, astuce indétectable – ces grands noms du pouvoir américain étaient complices et jouaient leur rôle à la perfection ! (Comme quoi les politiques sont aussi – et peut-être surtout – des acteurs…)

Dernier pied de nez au téléspectateur roulé dans la farine : le pseudo-reportage était suivi d'un playback des séquences ratées. Et c'était vraiment un spectacle impayable que ces gens importants - dont on ne connaît d'ordinaire que les mines sérieuses et les propos compassés -, pouffant de rire, bégayant et se reprenant, ou encore demandant : « Et comme ça, c'est mieux ? J'ai l'air plus crédible ? »

J'ignore les réactions des nombreux autres spectateurs de cette mystification mémorable. D'aucuns ont peut-être été vexés d'y avoir cru ? Il se peut même que d'autres aient ronchonné que "l'opération Lune" était effectivement une mise en scène à la gloire de l'Amérique. J'espère seulement que le nombre des rieurs aura été très supérieur à celui des pisse-froid.

Moi, en tout cas, j'en ris encore.

Bravo Arte !

Menahem Macina


© upjf.org

Mis en ligne le 2 avril 2004 sur le site www.upjf.org