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Menahem Macina

Ce crachat, est-ce un acompte ? Iront-ils cracher sur nos tombes ? Menahem Macina
07/06/2004

« Dimanche 6 juin 2004, à l'hôpital Beaujon, à Paris. Israël Ifrah, 18 ans, y est hospitalisé. Il a été poignardé, deux jours avant, alors qu'il sortait de son école talmudique d'Épinay, et il a miraculeusement échappé à la mort.

« Devant sa chambre, dans le couloir, un groupe de trois personnes bavarde tranquillement : le beau-frère d'Israël, qui porte la kippa, sa sœur, et un photographe du Parisien, qui les accompagne.

« Soudain, deux jeunes Maghrébins s'approchent et crachent sur le couple.

« Il y avait beaucoup de monde dans le couloir. Personne n'a bronché. » (1)

[Merci à Simon Pilczer de nous avoir communiqué cette information. Elle m'a inspiré la méditation suivante.]

Cracher sur les vivants c'est cracher par avance sur leurs tombes

On se souvient sans doute du titre-choc d'un roman noir (et pornographique) de Boris Vian : "J'irai cracher sur vos tombes".

Aujourd'hui c'est sur des Juifs vivants et affligés que l'on crache ! Et autour, personne ne proteste.

Insultes, coups, blessures, et maintenant tentative de meurtre, et crachat sur les membres de la famille du blessé, à l'hôpital même où il est soigné. Cela peut-il durer ? À quand une dénonciation publique, par les autorités musulmanes, des comportements inqualifiables de certains des membres de leur communauté ?

Ne comprennent-elles pas, ces autorités religieuses que de tels comportements, s'ils ne sont pas flétris publiquement par les responsables religieux et communautaires musulmans, jettent le discrédit sur l'Islam tout entier et sur l'ensemble de la communauté maghrébine de France, dont les valeurs et l'agir, nous dit-on - et nous ne demandons qu'à le croire - sont aux antipodes de tels actes ?

À quand une protestation publique de tout ce que le peuple français compte de femmes et d'hommes à la conscience droite, contre le silence général des témoins devant ce regain d'antisémitisme - le plus bestial depuis celui des nazis d'avant la guerre de 40 ?

Tandis que les témoins se taisent

En mai 2001, paraissait, dans L'Arche, un mien appel aux chrétiens, intitulé "Si les chrétiens se taisent, les Écritures crieront". Je me permets d'en citer ici un bref extrait qui s'applique indéniablement aux circonstances actuelles.

« Comment oublier la leçon du nazisme ? Les antisémites commencent par tourner en dérision l'élection du peuple juif. Ensuite, ils le diffament de toutes les manières, lui imputent les tares et les vices les plus honteux, l'accusent de corrompre ou d'escroquer les non-juifs, de fomenter des complots, de viser à conquérir le monde et à éliminer ou asservir quiconque n'appartient pas à la race élue.

« C'est la phase 1 du processus, caractérisée par la violence verbale. Si les réactions immunitaires des consciences ne fonctionnent pas, la phase 2 – le passage à l'acte violent – suit naturellement. C'est la glissade vers l'élimination des Juifs, préalablement déshumanisés. Primo Levi, Élie Wiesel, André Schwartzbart et d'autres ont écrit là-dessus des choses définitives.

« Nous assistons aujourd'hui à l'acclimatation progressive, en Occident, d'une version proche-orientale de la phase 1 des années 30, durant laquelle "les témoins se taisaient" (2), alors qu'il était encore possible de dénoncer la diffamation et la violence antijuives. »

On me dira que les pouvoirs publics s'activent. Que s'expriment, çà et là, des réactions empathiques, voire des paroles de sympathie.

C'est vrai. Mais qu'est-ce en comparaison de l'énormité de la déferlante antisémite islamiste mondiale ? Il en faut bien davantage pour faire pièce à l'immense campagne de diffamation en cours. C'est d'un sursaut aux dimensions du peuple français tout entier qu'a besoin le peuple juif ainsi menacé, agressé, intimidé.

Tous les Juifs n'attendront pas le prochain pogrome – qu'évoque Alain Finkielkraut, dans une causerie radiophonique en juin 2004, pour tirer les conséquences de ce lâchage du peuple au sein duquel ils vivent, pour certains, depuis de longs siècles, dans lequel ils se ont parfaitement intégrés, et auquel ils ont surabondamment prouvé leur fidélité et leur attachement.

Ils n'attendront pas, pour partir vers d'autres cieux que naisse, du flanc encore fécond de la bête infâme un nouveau, Vichy où un Juif mutilé de guerre, et néanmoins déchu de sa nationalité française, renvoie au Maréchal Pétain, dans un geste de rage froide, ses décorations de la guerre 14-18.

Ancien combattant juif

J'ai porté témoignage, ailleurs, de cette chienlit (3). Qu'il me soit permis d'en citer, ici, la conclusion

DEPUIS, TANT D'ANNÉES ONT PASSÉ…

Sans doute dans l'espoir d'être quittes envers le peuple d'Israël amputé d'un tiers des siens, les nations - qui avaient "détourné la tête" tandis qu'on exterminait les Juifs - ont voulu couvrir leur faute en "dédommageant" les survivants... (Comme s'il existait une compensation pour six millions de vies humaines - dont celles de près de deux millions d'enfants...) Et elles leur ont "concédé" un État.

Du coup, le sionisme - cette philosophie politique de l'émancipation et de la reconquête de la dignité de l'homme et de la femme juifs - voyait son rêve se réaliser.

Et même – ô miracle ! – des peuples avaient un faible pour ce petit État pionnier et courageux, et beaucoup de non-juifs ne cachaient pas leur admiration devant ses réalisations.

Brève lune de miel…

Jusqu'à ce que les problèmes commencent. Les Arabes de Palestine, après avoir refusé le Plan de partage voté par l'ONU, en 1947 - qui leur aurait valu un État au côté du nouvel État juif – décidèrent de reconquérir par la force les territoires dont ils estimaient avoir été spoliés…

Au fil des décennies, Israël accepta de partager à nouveau cette terre, déjà si fragmentée, et de rétrocéder aux Palestiniens une partie des territoires qu'il avait conquis en se défendant contre les agressions égyptienne et jordanienne de 1967.

On crut même la paix en vue. Oslo devint un symbole. Dans leur grande majorité, les Israéliens eux-mêmes y crurent. Puis, soudain, ce fut l'écroulement.

Arafat se révéla inconstant, incapable de s'engager sérieusement dans un processus étatique digne de ce nom. Il choisit la guérilla. La guerre d'usure. Les attentats se firent de plus en plus cruels, de plus en plus fréquents. Jusqu'à ce que le peuple israélien, dans son ensemble, perdît totalement confiance dans le processus de paix, si souvent, si cyniquement rompu par son partenaire palestinien, devenu, dès lors, l'ennemi mortel…

Les gratifiantes années où Israël jouissait de la sympathie active des nations étaient définitivement révolues. Une nouvelle génération de dirigeants internationaux était arrivée aux affaires. À quelques rares exceptions près, ils n'avaient pas connu les années de guerre, ou bien ils étaient trop jeunes pour en avoir été profondément marqués. L'Holocauste ne les concernait plus. Pire, il les agaçait, les irritait…

On commença d'entendre des allusions – cruellement ressenties par les Juifs – à la nécessité de "tourner la page", ou - pour employer une expression à la mode - de "changer de paradigme". En tout état de cause, si les Juifs ne l'avaient pas tournée cette page de leur histoire, de plus en plus de nations l'avaient, elles, arrachée de leur mémoire historique, parfois avec rage, estimant que les Juifs se servaient de leur souffrance de jadis comme d'un moyen de chantage moral permanent pour obtenir un maximum d'avantages financiers et politiques.

C'est dans ce climat délétère qu'éclata la seconde Intifada, déclenchée et orchestrée par une Autorité Palestinienne qu'avait enhardie la défaveur internationale dont Israël était désormais l'objet, et qui était peut-être manœuvrée, en sous-main, par des États décidés à en finir avec ce qu'ils considèrent comme une obstination israélienne insupportable, face aux revendications palestiniennes appuyées sur une campagne de terreur.

Bref, il semble que beaucoup d'hommes politiques, de lobbies et de puissantes ONG contestataires du 'capitalisme sans frontières', de 'l'impérialisme militaro-économique américain' et de la mondialisation, aient fait, en quelque sorte, un transfert négatif de toutes leurs frustrations sur l'État d'Israël, de plus en plus considéré comme le grand coupable du malheur des Palestiniens et de l'accroissement de la violence et de l'instabilité dans toute la région, voire dans le monde.

Depuis un demi-siècle, les Juifs se disaient : L'antisémitisme, c'est fini, et bien fini.

D'ailleurs, pensaient-ils avec des dizaines de millions de non-juifs, l'antisémitisme n'est pas "politiquement correct", surtout aux yeux des démocraties socialisantes, ce qui est le cas de bon nombre États "éclairés" dans le monde…

Ils avaient tort.

L'improbable s'est produit. L'inversion des valeurs a pris le pas sur faits, et contre la mémoire, le droit et la morale. La realpolitik et son pragmatisme cynique sont devenus la norme de l'action. Israël gêne les plans de ces nations. Il doit céder, de gré ou de force. Que s'imagine "ce petit État de m…" (4) ? Que le monde entier va se plier à ses exigences ? Il veut la sécurité ? Eh bien qu'il cède aux "légitimes" exigences palestiniennes, et tout ira bien ! Un peu de confiance, que diable ! (C'est le cas de le dire). Et puis, c'est à prendre ou à laisser, sinon, boycott, isolement politique et économique, bref toute la panoplie des sanctions - terriblement efficaces -, que peuvent prendre, entre autres, des États regroupés au sein d'une entité politico-nationale aussi puissante que la Communauté européenne, sans parler de l'ONU…

Depuis, la Bête immonde relève la tête.

Seul le vocabulaire a changé.

On ne dit plus "Juifs" ni "Youpins" mais "SIONISTES"

Certains n'ont même pas cette "délicatesse", témoin le texte ordurier et haineux de cette affichette récente

© www.resistances.be/israel04.html

Et surtout, surtout, on utilise les trois chefs d'accusation du "politiquement incorrect" :
  • Colonisation = dans le subconscient : (Juif) rapace, accapareur, spoliateur…
  • Occupation = dans le subconscient : (Youpin) envahisseur, profiteur…
  • Apartheid = dans le subconscient : (Youtre) fanatique, ennemi des non-juifs…

Même les morts sont dévalués, à cette aune-là.

À preuve, ce qui suit :
Mardi 16 juillet 2002, 15 h 39 (date anniversaire de la Rafle du Vél' d'Hiv)
Sept morts dans l'attaque d'un car de COLONS israéliens.

VOILA, LA BOUCLE EST BOUCLÉE :

YOUPINS

SIONISTES

OCCUPANTS

COLONS

« Tout ça, c'est la même chose… C'est le Juif tout craché ! »
entend-on dire, ici où là…

L'insulte multiséculaire…

Comme un crachat…


Menahem Macina

Notes

(1) Extrait de "La police française irréprochable, la justice problématique", par Nicole Leibowitz, sur le site Proche-Orient.info.

(2) C'est le thème du livre de Wolfang Gerlach, Als die Zeugen schwiegen. Bekennende Kirche und die Juden, Institut Kirche und Judentum, Berlin 1993.

(3) Voir : "Voyage au bout d'une 'question idiote' ".

(4) © 2002, l'ambassadeur de France à Londres – décédé depuis.

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© upjf.org

Mis en ligne le 08 juin 2004 sur le site www.upjf.org.