Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Sortis du Cheval de Troie, ils ouvrent la porte à la violence, M. Macina
10/07/2004

11/07/04

On connaissait de multiples critères d'identification des Juifs, à usage antisémite – dont, entre autres, le nez busqué, les hanches larges, la démarche sautillante, le regard fuyant, le ton servile et obséquieux. Désormais, il faudra en ajouter un autre : le fait d'habiter le seizième arrondissement de Paris.

L'affirmation pourrait prêter à rire si elle n'avait été réellement proférée, de surcroît dans des circonstances violentes et dégradantes.

Le 9 juin, une jeune femme voyageait à bord du RER 'D', dans le Val d'Oise, avec son bébé de 11 mois. Selon des dépêches d'agences, un groupe de six jeunes gens âgés de 15 à 20 ans, dont des Maghrébins, s'en prit à elle. Après lui avoir arraché son sac et y avoir trouvé une carte d'identité portant une adresse dans le seizième arrondissement, les voyous ont lancé : «Dans le seizième, il n'y a que des juifs».

Selon Associated Press (AP), "le groupe l'a alors violemment bousculée et insultée, lui coupant les cheveux, «pour garder un souvenir», avant de lui tracer des croix gammées sur le ventre à l'aide d'un marqueur, le tout en présence d'autres voyageurs qui sont restés sans réagir."

L'information a fait des vagues en haut lieu. Toujours selon l'AP, le ministre de l'Intérieur a condamné "avec la plus grande fermeté, cette agression ignoble qui a été aggravée de gestes racistes et antisémites". Il a aussitôt "donné instruction aux services de police pour en retrouver les auteurs dans les plus brefs délais".

De son côté – toujours selon l'AP -, Jacques Chirac a fait part de son "effroi" face à cet "acte honteux", et exprimé sa "profonde sympathie" à la victime et à sa famille.

Les commentaires de presse n'ont pas manqué de faire remarquer que ce fait divers scandaleux a eu lieu au lendemain de l'allocution du Chef de l'Etat au Chambon-sur Lignon, dans laquelle il avait appelé chaque citoyen au "sursaut" face à toutes les formes d'intolérance et "au risque de l'indifférence et de la passivité au quotidien".

Comme quoi, les discours, même pleins de bonnes intentions, sont inopérants quand le mal atteint un tel degré de bêtise et d'ignominie.

Cette affaire sordide révèle au grand jour deux symptômes alarmants d'une maladie qui mine dangereusement la cohésion du corps social : une obsession antisémite de plus en plus paranoïde, et une révoltante lâcheté citoyenne.

Les institutions de l'Etat et les représentants politiques de la nation sauront-ils percevoir, quand il est encore temps, la révolte intérieure d'un nombre croissant de citoyens qui sentent leur sécurité de plus en plus menacée et qui, à tort ou à raison, ont l'impression que l'Etat ne les protège plus.

On sait à quelles extrémités peuvent mener ces peurs viscérales.

Ce ne sont pas des paroles qu'attend la nation, mais des actes. Fermes. Intraitables même, là où ils doivent l'être.

Une société qui n'a pas le courage d'ôter le mal du milieu d'elle ; qui tente d'apprivoiser les prédateurs par des gestes et des propos démagogiques ; qui excuse tous leurs actes, ou - ce qui revient au même - leur accorde une impunité de fait ; une telle société se réveillera, un jour, investie et subvertie de l'intérieur, quand ceux qu'elle a elle-même accueillis dans le Cheval de Troie d'une immigration non maîtrisée, ouvriront les portes du pays à la violence.

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 11 juillet 2004 sur le site www.upjf.org.