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Menahem Macina

Un apartheid où les bus sont permis aux terroristes palestiniens, M. Macina
16/07/2004

16/07/04

« Victoire sans précédent pour les activistes pro-Palestiniens : les dirigeants de la plus grande confession de foi presbytérienne ont officiellement assimilé l'État juif à l'État ségrégationniste d'Afrique du Sud et ont voté pour la cessation des investissements en Israël. »

C'est en ces termes que débute l'article - informatif et critique à la fois – d'E.J. Greenberg, paru dans Forward.com du 16 juillet 2004, et que j'ai traduit en français sous le titre "Une Église protestante : cessons d'investir en Israël".

Je ne doute pas que d'autres, plus célèbres et plus doués que moi, stigmatiseront en lettres de feu, cette décision – première du genre dans le monde chrétien -, adoptée récemment, à une majorité de 431 voix contre 62, par la 216e assemblée générale annuelle de l'Église presbytérienne des Etats-Unis. Je n'en ai pas moins résolu d'y réagir à ma manière, à savoir : en opposant les faits à l'affabulation idéologique, l'objectivité à la partialité.

Car c'est un fait qu'en Israël, un Palestinien
  • peut circuler librement dans n'importe quelle ville israélienne sans risquer le lynchage, ni même la plus bénigne invective – même s'il arrive qu'on le fouille ;
  • il peut fréquenter les magasins israéliens - où l'on cherchera en vain l'affiche infâmante : "Interdit aux Arabes", ou "Pour les Israéliens seulement" ;
  • il peut même emprunter les autobus des compagnies israéliennes Dan et Egged, que ce soit à des fins pacifiques de libre circulation, ou dans le dessein machiavélique d'emporter dans sa mort explosive un maximum de civils israéliens.
Si ces gens s'étaient donné la peine de procéder à de véritables enquêtes sur place, au lieu de prendre pour argent comptant les seules allégations palestiniennes, si extravagantes fussent-elles, et même si des centaines d'entre elles se sont déjà avérées purement imaginaires, ils n'auraient pas utilisé une comparaison aussi odieuse que ridicule.

Ils auraient découvert avec surprise :

  • que les constructions illégales palestiniennes dépassent largement celles des 'colons', réputés avoir l'apanage du fait accompli ;
  • que les divers permis, autorisations, et pièces officielles, délivrées par des administrations israéliennes tatillonnes et souvent soupçonneuses, sont aussi difficiles à obtenir pour les Israéliens que pour les Palestiniens ;
  • que les contraintes de circulation et les conséquences économiques pénalisantes qui en découlent ne sont pas l'apanage des Palestiniens, et que les Israéliens en souffrent tout autant, sauf que la majorité d'entre eux s'en accommode, parce qu'elles sont la conséquence inévitable de la guerre contre la terreur ;
  • que les salaires inférieurs versés aux étrangers (en l'occurrence, les Palestiniens) - si regrettable et répréhensible que soit ce phénomène - sont hélas une pratique courante dans tous les pays du monde, y compris dans la 'vertueuse' Europe ;
  • que les barrages routiers et les fouilles inopinées imposées par les contraintes sécuritaires ne sont pas une spécialité israélienne - ce que savent par expérience, les habitués des lignes aériennes, surtout à destination des Etats-Unis ;
  • qu'un étranger ressent plus durement que les autochnones toute mesure qui lui paraît vexatoire et spécialement dirigée contre lui, en raison de sa condition d'étranger ;
  • qu'une des sources majeures de conflits et de haines provient de difficultés de cohabitation, dues principalement à l'ignorance de la langue et des coutumes d'autrui ; ce dont, là encore, Israël n'a pas l'apanage. Etc. Etc.
Bref, on est en droit de s'interroger sur le degré de conscience qu'ont ces dirigeants religieux chrétiens, de la gravité de ce qu'ils viennent de faire et de dire.

On a envie de leur opposer les paroles de l'apôtre Paul (mais sont-elles encore pertinentes à leurs yeux ?) : "…je leur rends témoignage qu'ils ont du zèle pour Dieu; mais c'est un zèle mal éclairé" (Epître aux Romains, 10, 2).

Car enfin, si, à l'instar de Paul, nous voulons bien les créditer d'une entière bonne foi – et c'est grande générosité de la part d'une communauté qui a vu des centaines des siens perdre la vie dans des circonstances horribles, et dont des centaines d'autres resteront mutilés à vie -, il nous paraît difficile d'excuser la légèreté irresponsable avec laquelle ils ont pris parti, de manière inconditionnelle, pour les Palestiniens, en faisant totalement abstraction de la complexité de ce conflit.

En vertu du principe – cher à un certain romantisme chrétien – que le plus faible est forcément dans son droit, quoi qu'il fasse, cette église presbytérienne s'arroge le droit exorbitant de trancher brutalement la question aux torts d'Israël, sans se rendre compte que c'est dans la chair vive de notre peuple qu'elle porte le fer.

En termes chrétiens, je dirais que cette église a besoin de conversion, et qu'elle ferait bien de s'examiner elle-même, au lieu de donner des leçons de justice et de morale à un peuple qui a surabondamment prouvé qu'il n'est dépourvu ni de l'une ni de l'autre, même dans les dramatiques circonstances actuelles, qui l'obligent à infliger à toute une population des mesures sévères et pénalisantes, dont toute personne de bonne foi sait qu'elles ont uniquement pour but la sécurité des populations.

Qu'elle médite donc, cette église, ces dures paroles du même Apôtre Paul, qui semblent écrites spécialement pour elle :

« Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir… Mais toi, pourquoi juger ton frère? Et toi, pourquoi mépriser ton frère? Tous, en effet, nous comparaîtrons au tribunal de Dieu, car il est écrit: 'Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira, et toute langue rendra gloire à Dieu'. C'est donc que chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même. Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres: jugez plutôt qu'il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. (Epître aux Romains 14, 4-13).

Cessez donc, églises presbytériennes, de faire trébucher votre frère israélien, et laissez le jugement à Dieu, comme le dit le même Paul, dont, décidément, vous feriez bien de relire les écrits:

"Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur; c'est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des coeurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient." (1ère Epître aux Corinthiens, 4, 5).

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 16 juillet 2004 sur le site www.upjf.org.