Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Voilà à quoi mène le philo-arabisme français, M. Macina
29/08/2004

29/08/04

Ce que les téléspectateurs ont pu voir et entendre, sur leurs chaînes de télévision, ces jours-ci, aura-t-il pour effet d'ouvrir les yeux du grand nombre sur les dangers de la compromission avec l'islamisme militant ? Il faut l'espérer.

Résumant la réaction des autorités irakiennes aux menaces d'exécution des deux journalistes français enlevés par un groupe d'extrémistes, le correspondant de France2, Bertrand Coq, soulignait, dans le JT du dimanche 29 août, que les autorités religieuses sunnites - seules à avoir réagi jusqu'ici -, et tout particulièrement le Conseil des Ulémas (savants dignitaires musulmans), estimaient que cet enlèvement ne servait en rien la cause musulmane, mais constituait, au contraire, un acte stupide. D'autant, ajoutait son porte-parole, que «la France a toujours été pro-arabe et pro-islamique et que nous n'avons pas besoin de nouveaux ennemis.»

France2 diffusait ensuite cet extrait de la déclaration du Cheikh Abdoul Satar, porte-parole de la communauté sunnite, en Irak :

« J'appelle le groupe des ravisseurs, s'ils sont vraiment musulmans et s'ils respectent leur religion et leur haute autorité religieuse, à observer les dispositions de la charia [loi religieuse islamique] et à libérer ces deux journalistes, parce qu'ils sont les ressortissants d'un pays qui soutient notre cause. Mais j'appelle aussi le gouvernement français à approfondir son amitié avec le peuple arabe et musulman et à se montrer clément envers les femmes musulmanes qui veulent porter le voile en France, en annulant cette loi qui a créé ce problème entre les islamistes et le gouvernement français. »

Impossible de ne pas remarquer le 'certificat de bonne conduite' ainsi délivré à la France par ce Comité, qui apprécie le soutien apporté par notre pays à la 'bonne cause' islamique.

Impossible également de ne pas rester songeur à propos du motif au nom duquel ce dignitaire musulman demande aux ravisseurs de faire preuve de clémence envers leurs otages : «PARCE QU'ils sont les ressortissants d'un pays qui soutient notre cause».

Ainsi, le soutien de la France à cette "cosa nostra" islamique est la cause du soutien du clergé musulman au maintien en vie de deux journalistes, parce qu'ils sont Français. Et, de fait, la vie du journaliste italien, récemment exécuté, n'a pas pesé lourd dans la balance de la justice religieuse islamique, qui n'est pas intervenue en sa faveur, PARCE QU'il n'était pas « le ressortissant d'un pays qui soutient notre cause »…

C'est terrifiant et répugnant.

Au chantage des ravisseurs succède celui des plus hautes autorités religieuses musulmanes, qui entérinent indirectement, même si c'est en termes beaucoup plus subtils, le marchandage abject dont dépendent deux vies humaines.

En substance, voici le message :

Il serait dommage que l'amitié, qui existe entre la France et le peuple arabe et musulman, soit ternie par un ridicule contentieux – créé d'ailleurs par la France elle-même. Est-il concevable que son gouvernement ne soit pas disposé à faire un geste, aussi simple et AMICAL que celui consistant à user de CLEMENCE envers les femmes musulmanes qui veulent porter le voile en France? Et comment ? Mais, voyons, en annulant purement et simplement cette loi scélérate, puisque c'est elle qui a créé ce problème avec les islamistes.

"Voilà à quoi mène la politique de conciliation" (1). Faudra-t-il, de surcroît, "tolérer l'intolérable: l'accusation d'islamophobie"?

Mais à quelque chose malheur est bon. Car, après tout le bruit fait autour de cette affaire, il se pourrait que les terroristes donnent satisfaction au Conseil des Ulémas et relâchent leurs otages, même si la loi française sur le voile n'est pas immédiatement abolie.

Il y a gros à parier qu'après un, voire plusieurs délais accordés aux autorités françaises, les ravisseurs n'exigent plus qu'une manifestation contre la loi sur le voile...

Quoi qu'il arrive, tant les terroristes que les autorités religieuses islamiques ont DEJA atteint leur objectif. N'ont-ils pas, en effet, montré au monde que tout pays occidental, quelle que soit sa puissance, est à leur merci ? Si les otages sont épargnés, ce sera porté au crédit des dignitaires sunnites. Dans le cas contraire, ces derniers pourront imputer la responsabilité de ce crime sur le dévoiement de musulmans indignes de ce nom, mais également sur l'intransigeance islamophobe des institutions françaises. D'où un double bénéfice:

1) Les autorités islamiques locales (et donc la religion musulmane qu'elles représentent) pourront apparaître comme morales et magnanimes, puisqu'au nom d'une Charia sélective, elles auront tout fait pour appeler de dangereux terroristes au respect de vies humaines - qui, surcroît de chance, se trouvent ne pas être celles de ressortissants d'un Etat considéré comme hostile.

2) Quelle que soit l'issue de l'affaire, la France aura senti passer le vent du boulet islamique, et sera plus circonspecte, à l'avenir, quand elle devra légiférer ou sévir en des matières où l'Islam sera impliqué, directement ou indirectement. Quant aux autres pays, ils retiendront la leçon.

Par ailleurs, quiconque est habitué à la rhétorique d'Arafat remarquera qu'à l'instar des pseudo-condamnations d'actes terroristes palestiniens par le raïs et ses séides, laïcs ou religieux, ce qui est reproché aux ravisseurs des deux journalistes, ce n'est ni l'immoralité, ni l'inhumanité de leur acte, mais le tort qui en découle pour la cause politique et idéologique du monde arabe et musulman.

Ici, comme en beaucoup d'autres aspects de la confrontation - larvée, mais inexpiable, et qu'il n'est plus possible de nier - entre deux conceptions du monde diamétralement opposées, celle de l'Islam et celle de l'Occident (pour ne pas dire de la civilisation judéo-chrétienne, expression devenue politiquement incorrecte), on est aux antipodes de la piété et de la morale véritables, pour ne rien dire des droits humains imprescriptibles à la vie, et à la liberté de religion et d'expression.

Et c'est cela qui devrait révulser la conscience des hommes et des femmes qui ne l'ont pas définitivement tuée en eux par une trop longue et trop mortelle compromission avec le mensonge et le mal.



Last but not least. Même si elle n'a pas apprécié ses propos peu diplomatiques, la France ferait bien de prendre au sérieux la mise en garde énergique du Premier Ministre irakien par intérim, Iyad Allaoui, qui, dans une interview accordée dimanche au Monde ainsi qu'aux correspondants de plusieurs journaux étrangers, a affirmé que "la France ne serait pas épargnée" par le terrorisme.

"Les gouvernements qui décident de rester sur la défensive (2) seront les prochaines cibles des terroristes. Des attentats se produiront à Paris, à Nice, à Cannes, comme à San Francisco", a-t-il affirmé.

"Les Français, ainsi que tous les pays démocratiques, ne peuvent pas se contenter d'adopter une position passive. Les Américains, les Britanniques et les autres nations qui se battent en Irak ne se battent pas seulement pour protéger les Irakiens, ils se battent aussi pour protéger leur propre pays", a souligné Iyad Allaoui.

"Laissez-moi vous dire que les Français, malgré tout le bruit qu'ils font - 'nous ne voulons pas la guerre !' - auront bientôt à combattre les terroristes", a-t-il ajouté.

Menahem Macina

© upjf.org


-------------------

Note

(1) C'est le titre d'un remarquable article de V.D. Hanson.

(2) Allusion au refus catégorique de la France de s'engager aux côtés des Alliés, sinon militairement, du moins dans des missions de réhabilitation des infrastructures du pays, et autres tâches de coopération dont l'Irak a désespérément besoin pour redevenir un Etat viable.

-------------------

Mis en ligne le 29 août 2004 sur le site www.upjf.org.
Update 31 août 2004