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Éditorialistes
Menahem Macina

Un Munich islamique pour la France ! Menahem Macina
31/08/2004

01/09/04


Voir aussi : "Voilà à quoi mène le philo-arabisme français".

Formé à la discipline historique, il m'en coûte beaucoup de recourir à la comparaison, aussi galvaudée que souvent grandiloquente, avec la capitulation de Munich, pour flétrir le déshonneur qu'un ministre de notre pays a fait subir à la France aujourd'hui.

En effet, tant les interlocuteurs que les enjeux sont radicalement différents. Nous n'avons pas affaire à un État puissamment armé et dirigé par un dictateur impitoyable et sans scrupule. Pire, il n'y a pas d'interlocuteurs. La négociation se fait par des intermédiaires, entre les représentants d'un État démocratique et des groupuscules insaisissables, au service d'une idéologie violente et fanatique, dont la conception du monde n'a rien de commun avec nos valeurs les plus sacrées. En outre, la guerre fait déjà rage entre certains États et cette hydre redoutable, dont les têtes repoussent sans cesse, et contre laquelle les armes traditionnelles, même les plus sophistiquées, sont sans effet, puisque les combattants sont non seulement prêts à mourir pour leur cause, mais décidés à détruire volontairement leur vie pour entraîner dans la mort le plus grand nombre possible de leurs ennemis.

Pourtant, si, à l'évidence, ce n'est pas Munich, c'est bien son esprit qui plane sur les tractations humiliantes auxquelles sont contraints les représentants du gouvernement de la France pour sauver la vie de deux journalistes français, pris en otages en Irak et menacés d'exécution, si l'État français ne cède pas au chantage qui lui est imposé : la vie sauve pour les deux hommes contre l'abrogation de la loi sur le port du voile.

Il est clair que, sous le contrôle direct du Président de la République, les négociateurs cherchent désespérément une issue qui préserve ces vies humaines, sans pour autant céder à la remise en cause du fonctionnement démocratique d'un État souverain, en acceptant d'abolir une loi de la République.

Que leur tâche soit ardue, voire confine à l'impossible, surtout si l'on prend en compte le fanatisme et le jusqu'au-boutisme des ravisseurs islamistes, nul ne saurait le nier, et il serait aussi injuste que ridicule de faire grief aux négociateurs de chercher à parvenir à un compromis.

Mais jusqu'où peut-on aller dans le compromis, quand l'enjeu de la négociation est, d'une part, la vie humaine, et, de l'autre, des principes aussi essentiels que la souveraineté d'un État, le droit et les règles de la démocratie ?

Aussi,
  • quand le ministre de l'Éducation affirme qu'il n'y aura aucune exclusion, le jour de la rentrée ;
  • quand il évoque, pour la première fois, officiellement, un délai d'au minimum « une à deux semaines de dialogue avant d'en venir à cette extrémité » ;
  • quand il affirme encore que « toutes les jeunes filles voilées seront accueillies jeudi dans leur établissement » ;
  • quand il donne toute latitude aux chefs d'établissement pour les diriger vers un autre local que la salle de classe pour « leur expliquer la loi et tenter de les convaincre » ;
  • quand, surtout, on apprend qu'à Paris, la procédure prévoit même « une médiation avec un représentant du culte musulman »(1) ;
il ne fait guère de doute qu'il a capitulé sur l'essentiel – l'application de la loi -, envoyant ainsi un signal fort à l'hydre terroriste, qui sait dorénavant qu'elle tient la France à sa merci et qu'elle peut, si et quand elle le veut, faire monter les enjeux.

On aurait tort de faire porter toute la responsabilité de cette capitulation sur le seul ministre de l'Éducation. Son attitude est dans le droit fil de celle adoptée par le gouvernement français depuis le déclenchement de la guerre en Irak. En refusant de rejoindre les membres de la coalition, bien décidés, eux, à extirper le terrorisme d'État qui prévalait dans ce pays, et à instaurer dans la région la démocratie - meilleur antidote au terrorisme -, pire, en diffamant et en entravant cette entreprise d'envergure avant sa mise en œuvre et même ensuite, la France croyait à son immunité. Les enlèvements, pensaient ses dirigeants, cela n'arrive qu'aux Américains et à ceux qui coopèrent avec ces va-t'en-guerre…

Rattrapée par le terrorisme qu'elle pensait éviter, la France paie aujourd'hui le prix de cet esprit de Munich, flétri par Churchill en ces termes inoubliables :


"Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur.
Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre."


Menahem Macina

© upjf.org


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Note

(1) Les citations sont empruntées à l'article paru le 31 août sur le site du Parisien : "Après les enlèvements en Irak, une rentrée sous tension".

[Notre appréciation à L.S. qui nous a rappelé le texte original de cette phrase de Churchill, que nous avions citée de manière inexacte.]

Mis en ligne le 31 août 2004 sur le site www.upjf.org.