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Menahem Macina

Arafat=Moïse: panégyrique israélien d'Arafat sur FR2, M. Macina
05/11/2004

05/11/04

A en croire le Talmud de Babylone (Traité Sanhedrin, 91b), les Juifs durent un jour se justifier, devant le redoutable monarque Alexandre de Macédoine, d'une grave accusation de vol, formulée contre eux par les Egyptiens. On se fût attendu à ce que les Juifs envoient un de leurs spécialistes de la Loi pour défendre leur cause, et peut-être en avaient-ils l'intention. Mais le Talmud rapporte qu'un certain Guébiha ben Pessissa demanda aux Sages la permission d'aller lui-même plaider contre les Egyptiens. Il leur dit :

« Si je perds, vous direz que je ne suis qu'un simple particulier. Si je gagne, vous direz que la Tora de Moïse notre maître l'a emporté. »

Or, dans ce face à face, apparemment inégal, entre un homme du peuple et des plaideurs égyptiens experts, le miracle se produisit : le simple particulier juif l'emporta.

Tel n'a pas été le cas, aujourd'hui. Il n'y eut pas de miracle dans le face à face du JT de 13 heures de France2, où un Israélien faisait face à l'opinion publique française. Vous allez vite comprendre pourquoi.

Avant de vous faire part de la 'ligne de défense' du 'champion' de la cause israélienne, un bref rappel. La nouvelle formule du journal télévisé de 13h, sur France2, comporte désormais une séquence "Face à face". Exercice difficile pour ceux qui s'y soumettent, mais extrêmement instructif pour les téléspectateurs. En effet, le laps de temps imparti aux deux protagonistes est si réduit, qu'ils sont condamnés à la clarté et à la franchise d'expression. La langue de bois ne passe pas. D'ailleurs, le style incisif et alerte du maître de céans, Christophe Hondelatte, présentateur de ce JT nouvelle manière, ne le permet pas.

Un mot, à présent, sur les protagonistes du face à face télévisé de ce vendredi 5 novembre 2004.

L'avocat des Juifs, n'était pas tout à fait un simple particulier comme le célèbre Guébiha du Traité Sanhedrin. La jeune quarantaine, propre sur soi, un beau faciès de Séfarade, tout sourire dehors, et le regard de velours, Ofer Bronstein, président d'un obscur Forum international pour la Paix au Proche-Orient, faisait face à Agnès Levallois, la jeune cinquantaine, calme, visage amène, regard intelligent, professionnelle, rédactrice en chef de la revue Risques internationaux.

Le croiriez-vous? – contre toute attente, c'est 'notre' Juif de service qui fit le panégyrique d'Arafat, tandis que la journaliste n'hésita pas à flétrir, à plusieurs reprises, le terrorisme du leader palestinien. Le Juif trouva des excuses à presque tous les actes du tyran, ce dont s'abstint la non-Juive.

Pour vous en convaincre, reportez-vous, sans perdre de temps, à l'enregistrement de ce JT (videojts.france2.fr/popupjt/popup.php3?journal=13h), tant qu'il est encore en ligne. Je donne, ci-après, de larges extraits des propos de Ofer Bronstein. (Les mises en exergue typographiques sont mon fait.)

Après un tour d'horizon des titres des deux principaux journaux israéliens, particulièrement sévères pour Arafat, le présentateur, Christophe Hondelatte, s'adresse à Ofer Bronstein.

Question : « Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait d'Arafat ? »

Bronstein : « Absolument pas. J'ai eu l'occasion de rencontrer Yasser Arafat des dizaines de fois, et la situation dans laquelle il se trouve… j'ai mon cœur qui est rempli d'une certaine affection pour Arafat, et parfois d'une certaine rancune. »

Q. : « Bon, l'affection d'abord. Pourquoi ? »

Bronstein : (qui bafouille et ne répond pas à la question) « Affection, parce que je l'ai rencontré une dizaine de fois… »

Q. : « Donc, du respect, quoi ? »

Bronstein : « Non de l'affection. C'est un homme qui inspirait une certaine chaleureusité [sic] humaine. C'était quelqu'un… C'est quelqu'un, pardon… de très physique [?]… »

Le présentateur inquiet d'un charabia qui ne fait pas avancer les choses, interrompt l'Israélien.

Q. : « On va avoir du mal avec le temps [qui nous est imparti]. »

Bronstein : « Je m'excuse : pour moi, il est encore présent et j'espère qu'il se rétablira de sa maladie. C'est quelqu'un pour qui j'avais de l'affection. »

Q. : « Bon. Alors, la rancune, maintenant, pourquoi ? »

Bronstein : « Je pense que là, il y a un certain nombre d'opportunités historiques qu'il a ratées [...] »

Suit une brève énumération de reproches très modérés, et soudain, sans raison dans ce contexte, retour au panégyrique.

« La métaphore d'Arafat – et je m'excuse si ça va choquer certains -, c'est celle de Moïse qui va rencontrer Dieu pour recevoir les Tables de la Loi, les Dix Commandements, et qui retourne un peu en retard, et qui voit son peuple dévoué au Veau d'or. Je crois qu'Arafat a été chercher les Tables de la Loi pour son peuple, les a amenés au bord d'un Etat indépendant, de la liberté, de l'indépendance ; malheureusement, il n'a pas su combattre les extrémistes de son propre camp et il ne va pas voir l'Etat palestinien qui va naître, j'espère, très bientôt. »

Après un exposé de la journaliste Agnès Levallois, d'où il ressort qu'Arafat, malgré ses crimes et sa propension au terrorisme, a tout de même évolué, le présentateur s'adresse à Ofer Bronstein.

Q. : « Est-ce que vous reconnaissez cette évolution de l'homme... »

Bronstein : « Oui ! »

Q. : « …qui fait que maintenant, on n'est pas obligé de rappeler qu'il était un terroriste ? »

Bronstein : « Absolument. Regardez : Arafat était très ami de Rabin. Arafat appelait Rabin "mon ami et mon partenaire". Et je pense qu'il l'a vraiment été pour Arafat. Si Rabin n'avait pas été assassiné, on serait en paix déjà aujourd'hui, Israéliens et Palestiniens. Je ne suis pas un homme de guerre. Je ne pardonne pas les actes guerriers et terroristes, ni des uns, ni des autres. Mais je pense qu'il y a une grande transformation qu'Arafat a connue pendant ces 13 et 14 dernières années. C'est devenu un homme politique, un partenaire pour la paix. »


Que conclure de ces élucubrations ? D'abord une question me brûle les lèvres. Où le responsable de l'émission (pas le présentateur, bien sûr !) est-il allé chercher ce fantoche gaucho-pacifiste inconsistant, ce Juif de Cour des miracles du politiquement convenu ? Et surtout pourquoi l'avoir choisi, lui, précisément ?

La première réponse qui vient à l'esprit, c'est qu'il appartient au "camp de la paix", comme on appelle la gauche pacifiste en Israël - sous-entendant ainsi que les autres Israéliens, toutes tendances confondues, constituent le "camp de la guerre".

Soit, mais, une fois encore, pourquoi ce spécimen rare ? Je me suis dit qu'il devait être connu, voire célèbre, et, en conséquence, j'ai recouru à Internet. J'ai jeté mon filet dans le vivier informatif de Google, et ce que j'ai ramené était décevant à pleurer. Quelques prestations d'un certain Ofer Bronchstein (graphie alternative de Bronstein, c'est donc bien lui !), intervenant obscur dans d'obscures conférences avec d'autres pacifistes et des militants palestiniens et pro-palestiniens, devant des assistances acquises (Capjpo, Attac, etc.). Rien qui attire particulièrement l'attention. Sauf erreur, Bronstein n'a pas écrit de livres, pas même d'articles.

Enfin, c'est qui, ce type ?

Méchant comme je suis, j'ai pensé : ou bien la rédaction politique de France2 s'est fait refiler un nanar, par un copain, ou alors, pas possible, ils ont prospecté tout le marché pour trouver la plus notable nullité, si je puis risquer cette expression paradoxale !

Si la rédaction de France2 m'avait téléphoné (prétentieux que je suis ! ils ignorent certainement jusqu'à mon existence !), j'aurais pu leur communiquer une liste détaillée de personnalités israéliennes parfaitement bilingues et surtout connaissant leur sujet. L'ambassadeur d'Israël était-il indisponible ? Le standard de l'ambassade d'Israël était-il hors service ?

Bref, vous en penserez ce que vous voudrez, moi, mon opinion est faite : Ou bien c'est de l'incompétence imbécile, ou bien c'est de l'intoxication.

Et, très honnêtement, je penche plutôt pour la seconde hypothèse. En effet, pourquoi une chaîne jusqu'ici totalement acquise à la cause palestinienne, risquerait-elle l'ostracisme des musulmans et des "Français issus de l'immigration" - comme on dit pudiquement -, en donnant la parole à un Israélien qui a quelque chose à dire et qui ne condescend pas à se faire le porte-parole inconditionnel de la cause palestinienne pour qu'on le trouve raisonnable, voire aimable ?

Guebiha, s'il voit cela du haut des demeures célestes, doit regretter d'avoir plaidé pour son peuple à une époque bien moins dangereuse que la nôtre. Lui, au moins, eût défendu l'honneur de son peuple, et n'eût certainement pas, comme le navrant militant israélien de la paix de ce midi, assimilé Arafat à Moïse ! Has wehalilah !


Menahem Macina

© upjf.org



Mis en ligne le 05 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.
update 07/11/04