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Menahem Macina

Le secret de la Licorne et les colons français de Côte d'Ivoire, M. Macina
09/11/2004

Le secret dont je parle n'a - hélas ! – rien à voir avec la célèbre BD de Hergé. C'est la traduction métaphorique, par le profane que je suis en matière de politique extérieure française, de mon étonnement à propos de cette opération militaire, curieusement baptisée "Opération Licorne".



Ici, soyons-en sûrs, pas de modèle réduit d'un bateau, qui se révélerait être la réplique de celui de l'ancêtre du capitaine Chirac, et dans le mât duquel un martial Tintin aurait trouvé un parchemin mystérieux permettant de reconstituer une carte menant à un trésor ivoirien.

En revanche, nous avons, surgie du "bruit et de la fureur" d'une actualité qui ne sait plus où donner de la caméra, en ces mois de prolifération de conflits aux quatre coins du monde, une ancienne colonie française, à feu et à sang, dont la population est en proie à une guerre civile, dans laquelle la France est soupçonnée de prendre parti pour les rebelles sécessionnistes - et réputés pro-islamistes -, qui tiennent la partie nord du pays, aux dépens des loyalistes du Sud, partisans du président Laurent Gbagbo, démocratiquement élu, mais en délicatesse avec le président Chirac, et que veulent renverser les rebelles.

Jusqu'à il y a peu, les affrontements n'avaient tué "que" des Ivoiriens, majoritairement tombés sous les balles fratricides de leurs concitoyens en état de sécession. Mais ces dernières semaines, les combats ont opposé des Ivoiriens à des soldats français. Et le 6 novembre, c'est le drame pour ces militaires : l'aviation ivoirienne bombarde une position française près de Bouaké, tuant neuf soldats, et en blessant une dizaine d'autres.

Parallèlement, la population française de Côte d'Ivoire, qui compte environ 12 000 âmes, est menacée, molestée, pillée. Beaucoup de ressortissants français, sentant leur vie en danger, décident de quitter définitivement le pays et de se faire rapatrier en France.

Mon étonnement d'ignare est le suivant : pourquoi la France s'entête-t-elle à mater une population qui, à tort ou à raison, ne supporte plus la présence militaire française, et à maintenir un corps expéditionnaire, considéré par les autochtones comme une force d'occupation, qui tue des civils, même si c'est par inadvertance.



Certains murmurent que c'est une affaire de gros sous : d'importants intérêts seraient en jeu. On peut le comprendre. Depuis l'indépendance de ce pays, en 1960, la France, ancienne puissance coloniale a toujours entretenu des liens étroits de coopération économique et financière avec ce pays, et peu d'États dans la même situation aimeraient se voir congédier, au profit d'un autre, par un pouvoir en place avec lequel les rapports sont devenus plus que problématiques. Surtout si les investissements consentis ont été importants et n'ont pas encore rapporté tous les dividendes escomptés.

Quoi qu'il en soit, la France, mieux que beaucoup de pays, sait ce qu'il en coûte de recourir à la diplomatie de la canonnière. Les blessures de la guerre d'Algérie ont laissé des cicatrices qui sont encore douloureuses. Alors, pourquoi s'accroche-t-elle ? Aurait-elle reçu des garanties des rebelles du nord du pays, qu'une fois le compte de Gbabgo réglé, ce sera, entre le nouveau gouvernement ivoirien et la France, "business as usual" ?

Pour en finir avec ce sujet que je ne maîtrise guère, comme je l'ai avoué d'entrée de jeu, et sur lequel j'ose, malgré tout écrire, je ne puis taire le sentiment de joie mauvaise que j'éprouve à la vue du président français donneur de leçon aux "colons" israéliens, en position d'arroseur arrosé.

12 000 Français considérés comme des colons par les Ivoiriens, ça me console un peu de l'ostracisme dont est victime Israël, en grande partie sous l'influence de la diplomatie française outrageusement pro-palestinienne, comme l'illustre, jusqu'au ridicule, la saga de l'encombrant moribond de la Muqataa, que, jusqu'à présent, nul n'a osé déconnecter de son respirateur.

Chacun ses colons, M. Chirac. Les vôtres sont-ils politiquement plus corrects que ceux de M. Sharon ? J'en doute fort. Ce qui est sûr, c'est que ces derniers sont beaucoup plus près de leurs frontières que les vôtres, et que le sol qu'ils ont mis en valeur et qu'ils habitent - certains depuis plus de deux générations -, leur est infiniment plus apparenté que celui de la Côte d'Ivoire ne l'est aux colons français.

- "Résidents" ! Pas "Colons" !

Si vous le dites ! En tout cas, la terminologie est heureuse. J'espère que vous intercéderez auprès de vos relations politiques européennes et arabes, pour qu'elles accordent aux prétendus "colons" israéliens le même statut politiquement correct que celui que vous exigez pour les Français "résidant" en Côte d'Ivoire.

Je compte aussi sur la compréhension tacite entre militaires, pour que les stratèges français qui ont conçu l'opération Licorne - dans laquelle sont engagés quelque 5 000 hommes - expliquent aux officiers de l'armée israélienne comment ils s'y prennent pour que leurs soldats ne soient pas, comme ceux de Tsahal, qualifiés d'occupants dans les instances internationales, ou accusés de « crimes contre l'humanité ». Et ce au motif qu'à l'instar de ce que font vos troupes dans des circonstances analogues, ils blessent et tuent des "rebelles" pour défendre leurs concitoyens civils menacés.

Pour moi, ce vôtre succès est un vrai mystère :
le « secret de la Licorne », en quelque sorte…


Menahem Macina


© upjf.org



Mis en ligne le 10 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.