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Menahem Macina

Eurabia, Qaradawi, Ramadan: la menace islamiste soft, M. Macina
09/01/2005

Voir aussi : A. Jean-Mairet "Comment gagner la paix contre l'islamisme".

Toujours aussi lucide, ennemi de la langue de bois, et surtout excellant dans l'art – ô combien difficile – de dire et de donner à comprendre beaucoup de choses en peu de mots, Ivan Rioufol, exprime, dans les passages de son Bloc-Notes hebdomadaire, cités, puis commentés ci-après, l'essentiel des préoccupations des Français et des Européens face à ce qui apparaît de plus en plus comme une islamisation rampante de l'Europe. Transcendant nettement sa profession de journaliste, Rioufol se profile de plus en plus comme une conscience et un témoin pour une "opinion" qui, comme il l'écrit, « s'extrait lentement de la machine à décerveler entretenue par la bien-pensance, qui interdit de contester le multiculturalisme et dénonce comme xénophobes ceux qui s'inquiètent de la préservation de l'identité occidentale. » Beaucoup d'entre nous font partie de cette opinion-là : c'est dire à quel point nous apprécions. Continuez, Monsieur Rioufol, vous êtes l'honneur de votre profession. Menahem Macina.

EXTRAITS

On pouvait lire le texte intégral de ce Bloc-Notes du 7 janvier sur le site du Figaro (maintenant en archive payante).

« …Aujourd'hui, même des figures socialistes comme Robert Badinter ou Laurent Fabius disent, de manière policée, ce que la France murmure : ce serait affaiblir l'Europe que d'y faire entrer soixante-dix millions supplémentaires de musulmans, au prétexte fumeux de lutter contre le choc des cultures. Or, la Constitution est tournée vers cette perspective. Comme le rappelle Philippe de Villiers… la référence aux racines chrétiennes a été ôtée du préambule du traité pour ne pas froisser les Turcs.
……………………………………

« En réalité, c'est la politique de l'Union qui a consolidé le choix d'un rapprochement avec le monde arabo-musulman, au détriment de son atlantisme. Et Jacques Chirac a été l'un des plus convaincus par cette option, allant jusqu'à soutenir que «les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes». La Constitution, qui s'engage à respecter les minorités et les diversités culturelles et religieuses, renonce, de ce fait, à intégrer l'islam dans le modèle européen et à consolider une communauté de destin.
……………………………………

« La Constitution, lue dans la perspective d'une adhésion de la Turquie – souhaitée par les députés européens mais aussi par les États-Unis –, se prête à ce pari farfelu visant, au nom du pacifisme et du respect de l'autre, à laisser islamiser en catimini une Europe laïque. Il reste six mois aux partisans du oui pour convaincre que cette interprétation est inexacte. »




Mes convictions sur tout ce qui touche à la thématique de l'islamisation rampante de l'Europe, qu'avec nombre d'auteurs plus qualifiés que moi pour s'exprimer à son sujet, j'aborde, sous différents angles, sur ce site, sont largement consonantes avec celles d'Ivan Rioufol.

D'abord, un caveat. Quand je parle d'islamisation, il doit être évident qu'il ne s'agit pas de la pratique paisible de la foi musulmane - laquelle peut s'exercer, voire s'étendre, partout dans le monde sans qu'il y ait lieu de s'en alarmer, tant qu'elle reste dans la sphère du privé -, mais d'une militance agressive, fanatique, voire meurtrière, dont l'islam conquérant des siècles passés et le terrorisme islamique actuel nous fournissent maints exemples effrayants.

Mais cette distinction ne doit pas nous rendre inattentifs à une autre forme, plus subtile et probablement plus efficace, de militance islamique, la da'wa, ou prédication, dont le cheikh Al-Qaradawi et l'intellectuel islamiste Tariq Ramadan se sont fait une spécialité, comme nous le verrons plus loin.



I. Brève histoire d'une inlassable entreprise de conquête islamique de l'Occident


Dans un article particulièrement pugnace (1) - chose rare dans l'organe de presse conservateur qu'est la revue des Jésuites italiens, La Civiltà Cattolica -, le P. Giuseppe de Rosa relate par le menu ce qu'il est advenu des communautés florissantes d'Égypte, de Lybie, de Tunisie, d'Algérie, du Maroc et du Proche-Orient (Liban, Syrie, Palestine, Jordanie, Mésopotamie). « Il n'est presque rien resté d'elles », note-t-il.

Et de fait, tout se passe comme si l'islam conquérant engendrait la désertification chrétienne.

L'auteur poursuit :

« L'histoire de l'islam est une interminable entreprise guerrière pour conquérir les territoires infidèles. En particulier, toute l'histoire islamique est dominée par l'idée de la conquête des pays chrétiens de l'Europe occidentale et de l'Empire romain d'Orient, dont la capitale était Constantinople. Ainsi, durant plusieurs siècles, islam et chrétienté se sont affrontés dans de terribles combats, à la suite desquels eut lieu, d'une part, la conquête de Constantinople (1453), de la Bulgarie et de la Grèce, et d'autre part la défaite de Lépante (1571).

« Mais l'esprit conquérant de l'islam ne s'est pas éteint après la défaite de Lépante. La progression islamique en Europe ne fut vraiment stoppée qu'en 1683, lorsque Vienne, assiégée par les Ottomans, fut libérée par les armées chrétiennes sous le commandement de Jean II Sobieski, roi de Pologne. En réalité, pendant environ mille ans, l'Europe a été sous la menace permanente de l'islam et a vu sa survie constamment menacée. Effectivement, durant toute son histoire, l'islam a montré un visage belliqueux et un esprit de conquête à la gloire d'Allah, à l'égard des idolâtres qui n'ont pour choix que la conversion ou la mort. C'est le cas des "peuples du livre" (Juifs, Chrétiens, Sabéens) que les musulmans doivent "combattre jusqu'à ce que leurs membres paient le tribut et soient humiliés" (Coran 9.29). »


L'empire d'Occident résista durant de longs siècles. Jusqu'à « l'invasion des Turcs seldjoukides et la conquête de Constantinople par Mehmet II (1453) qui conduisirent à la fondation de l'empire ottoman et à la destruction de la chrétienté d'Anatolie. »

Ce qui amène l'auteur à formuler le bilan suivant :

« Nous devons constater, en termes historiques, que partout où l'islam s'est imposé par une force militaire, sans équivalent en rapidité et en efficacité, la chrétienté - pourtant extrêmement vivante et enracinée là depuis des siècles - a pratiquement disparu ou a été réduite à d'insignifiants îlots, perdus dans un océan islamique. Comment cela a-t-il pu se produire ? En fait, la réduction des chrétiens autochtones à une minuscule minorité n'a pas été nécessairement le fruit d'une violente persécution, mais a souvent été le résultat des conditions dans lesquelles on les a forcés à survivre, au sein d'États islamiques. »

Pour illustrer cette dernière affirmation, le P. de Rosa relate le sort peu banal d'un prélat catholique, désespéré par l'intolérance religieuse musulmane :

« Le 6 mai 1998, l'évêque catholique, John Joseph, s'est tué en plein tribunal pour protester contre la loi du blasphème qui punit de mort toute offense envers Mahomet, même par simple allusion. Ainsi, dire que Jésus est Fils de Dieu est une offense envers Mahomet, qui a déclaré que Jésus n'est pas Fils de Dieu, mais son serviteur. »

Et le jésuite de conclure sur la remarque suivante, aussi laconique que terrible, et qui devrait faire réfléchir les Chrétiens d'aujourd'hui - outre qu'une actualité, souvent tragique, l'illustre en permanence :

« Avec ce type de loi, les chrétiens sont en danger de mort permanent. »



II. Une entreprise de conquête islamique de l'Europe
par l'économie et la démographie : Eurabia


Même s'il n'a pas abandonné ses visées religieuses, l'islamisme a su muter et donc s'adapter. S'il existe toujours en son sein des tendances à imposer l'islam au monde par la violence, elles sont encore marginales et ont réussi à faire l'unanimité contre elles en raison de leurs forfaits.

Par contre, un phénomène, presque inconnu du grand public se développe depuis plusieurs décennies. Il a son historienne – laquelle est aussi celle de la dhimmitude -, Bat Ye'or (2), qui lui a donné le nom d'Eurabia (3). Nous laissons largement la parole à cette spécialiste, en premier lieu, puis à un spécialiste du monde arabe, non moins célèbre, Daniel Pipes (4).


1. Bat Ye'or

Voici la présentation, polémique et passionnée, que fait l'historienne du processus qu'elle nomme Eurabia, dont elle affirme qu'il s'agit d'un "engrenage qui s'est mis en marche depuis 30 ans, à l'instigation de la France, et fait de l'Europe le nouveau continent de la dhimmitude" (5).

« Une politique ambitieuse s'était alors dessinée, la symbiose de l'Europe et des pays arabo-islamiques, une symbiose qui donnerait à l'Europe – et particulièrement à la France, moteur du projet – un poids et un prestige qui rivaliseraient avec celui de l'Amérique. Cette politique fut menée discrètement, en dehors des traités officiels, sous le nom bénin de Dialogue Euro-Arabe. Une association de parlementaires des pays de la CEE fut créée, en 1974, à Paris : l'Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe, chargée de gérer les aspects financiers, politiques, économiques, culturels et migratoires des relations euro-arabes, sous les auspices des chefs d'État européens et de leurs ministres des Affaires étrangères, en étroite association avec leurs homologues arabes, avec les représentants de la Commission Européenne et de la Ligue Arabe.

« Cette stratégie, dont le but était la création d'un ensemble méditerranéen euro-arabe, ouvert à la libre circulation des personnes et des produits, a déterminé la politique d'immigration arabe dans la Communauté Européenne. Elle a aussi fixé, depuis 30 ans, toute la politique culturelle dans les écoles et les universités de la Communauté. Dès 1975, au Caire, à la première session du Dialogue Euro-Arabe menée par les ministres et les chefs d'États européens et arabes, et par les représentants de la Communauté Européenne et de la Ligue Arabe, des accords sont conclus concernant la diffusion et la promotion de l'Islam, de la langue et de la culture arabe en Europe, par la création de centres culturels arabes dans les villes européennes. D'autres accords suivront pour assurer une symbiose euro-arabe des universités, des médias, des syndicats de journalistes, de la presse écrite et audio-visuelle, d'écrivains, d'éditeurs, de producteurs de films, de transferts de technologies - y compris nucléaires - bref une fusion de tous les domaines culturels et médiatiques, ainsi que les avantages d'une diplomatie associative dans les forums internationaux.

« Les Arabes mettaient des conditions à cette association :
  1. une politique européenne séparée et opposée à celle de l'Amérique ;
  2. la reconnaissance par l'Europe d'un peuple palestinien, et la création de la Palestine ;
  3. le soutien européen à l'OLP ;
  4. la désignation d'Arafat comme son seul et exclusif représentant ;
  5. la délégitimation politique et historique d'Israël, la réduction de son territoire en un État non-viable, et l'arabisation de Jérusalem.« D'où la guerre européenne occulte contre Israël par le boycott économique et, dans certains cas, universitaire, par la diffamation et la propagation de l'antisionisme et de l'antisémitisme.

    « Durant trois décennies un nombre considérable d'accords non officiels entre les pays de la CEE, puis de l'UE, d'une part, et les pays de la Ligue Arabe, de l'autre, déterminèrent l'évolution de l'Europe et ses aspects politiques et culturels actuels. Je n'en citerai ici que quatre :
    1. Il était prévu de donner une formation spéciale aux Européens appelés à avoir affaire aux immigrés arabes, afin de respecter leurs us et coutumes ;
    2. les immigrés arabes resteraient sous le contrôle et les lois de leur pays d'origine ;
    3. les livres d'histoire en Europe seraient rédigés par des équipes conjointes euro-arabes d'historiens – naturellement les batailles de Poitiers, de Lépante ou la Reconquista n'ont pas le même sens des deux côtés de la Méditerranée ;
    4. l'enseignement de l'arabe et de la culture arabe et islamique serait donné dans les écoles et les universités européennes par des professeurs arabes et non-européens. »
      La conclusion de Bat Ye'or est très pessimiste :

      « Le grand islamologue et islamophile, William Montgomery Watt, décrivait ainsi la disparition du monde chrétien des pays arabisés dans son livre The Majesty that was Islam (1974) : "Il n'y eut rien là de tragique, ce fut une mort douce, un déphasement" […] cette observation de Montgomery Watt s'applique parfaitement à l'Europe d'aujourd'hui. »


      2. Daniel Pipes

      L'analyse de Daniel Pipes, spécialiste du monde arabe et du Proche-Orient, n'est guère plus optimiste. Il commence par reprendre à son compte l'assertion d'Oriana Fallaci (6) : « L'Europe se transforme toujours davantage en une province de l'Islam, une colonie de l'Islam. » Il y ajoute même : « l'Europe, bastion séculaire du Christianisme, est en train de passer rapidement dans le giron de l'Islam. » Puis il esquisse une brève description du phénomène :

      « Deux facteurs majeurs contribuent au développement de ce séisme aux dimensions mondiales.
      • Le déclin intérieur du Christianisme. L'Europe s'avère de plus en plus une société post-chrétienne, qui perd progressivement tout lien avec ses traditions et ses valeurs historiques. Le nombre des Chrétiens fidèles et pratiquants a fortement chuté au cours des deux dernières générations, au point que certains observateurs en parlent comme d'un "nouveau continent ténébreux". Déjà, les analystes estiment que les mosquées britanniques rassemblent davantage de fidèles chaque semaine que l'Église d'Angleterre.
      • Un taux de naissance anémique. Les autochtones européens sont menacés d'extinction. Pour maintenir l'effectif d'une population, chaque femme devrait donner naissance en moyenne à 2,1 enfants; dans l'Union européenne, ce taux est inférieur d'un tiers, avec une moyenne d'un enfant et demi par femme, et la tendance reste à la baisse. Une étude révèle que si cette évolution se poursuit et que l'immigration cesse, le nombre de 375 millions d'habitants de la population actuelle pourrait descendre à 275 millions d'ici 2075. Pour conserver sa population actuelle, l'UE doit intégrer 1,6 million d'immigrants par année; et pour maintenir son pourcentage actuel de travailleurs par rapport aux retraités, elle devrait accueillir pas moins de 13,5 millions d'immigrants par an.
      « Ce manque est comblé par l'Islam et les Musulmans. Alors que le Christianisme vacille, l'Islam est robuste, sûr de lui et ambitieux. Alors que les Européens se reproduisent peu et sur le tard, les Musulmans ont une nombreuse progéniture dès leur jeunesse. »


      Ensuite, Pipes esquisse quelques extrapolations démographiques :

      « Quelque 5% de la population européenne actuelle, soit près de 20 millions de personnes, se déclarent musulmanes. Si la tendance persiste, ce taux atteindra 10% en 2020. Et si, comme c'est probable, les non-Musulmans fuient le nouvel ordre islamique, le continent pourrait abriter une majorité de Musulmans dans quelques décennies. »

      Il se laisse même aller – chose rare chez lui - à de noires prédictions :

      « Si cela arrive, les cathédrales deviendront les vestiges d'une civilisation antérieure – tout au moins jusqu'à ce qu'un régime de type saoudien ne les transforme en mosquées, ou qu'un régime de type taliban ne les démolisse. Les cultures nationales – italienne, française, anglaise et autres – déclineront à leur tour, et seront remplacées par une nouvelle identité musulmane transnationale, englobant des influences d'Afrique du nord, de Turquie, du sous-continent, et d'ailleurs. »

      Dans un sursaut de pragmatisme, Pipes prescrit pourtant des remèdes :

      « Il reste possible d'éviter que le phénomène n'aille à son terme, mais les chances s'amenuisent à mesure que le temps passe. Voici plusieurs moyens d'enrayer le mouvement :
      • Des modifications intervenant en Europe et conduisant à une résurgence de la foi chrétienne, à une augmentation de la natalité, ou à l'assimilation culturelle des immigrants; de telles évolutions sont théoriquement envisageables, mais il est difficile d'imaginer ce qui pourrait les causer.
      • La modernisation de l'Islam. Pour des raisons que personne n'a encore vraiment éclaircies (éducation des femmes ? Avortement à volonté ? Adultes trop concernés par eux-mêmes pour avoir des enfants ?), la modernité mène à un net recul du taux de natalité. Ainsi, si le monde musulman se modernisait, l'attraction exercée sur lui par l'Europe pourrait s'estomper.
      • D'autres flux migratoires. Les Latino-américains, en tant que Chrétiens, permettraient, dans une certaine mesure, à l'Europe de conserver son identité historique. L'arrivée d'Hindous et de Chinois accroîtrait la diversité des cultures en présence, rendant d'autant moins probable la domination par l'Islam. »
      Pipes a-t-il le sentiment de prêcher dans le désert ? Toujours est-il qu'il conclut sur une note pessimiste :

      « Mais l'évolution actuelle suggère que l'islamisation va se produire, car les Européens semblent trouver trop pénible d'avoir des enfants, d'empêcher l'immigration illégale et même de diversifier leurs sources d'immigrés. Ils préfèrent s'installer tristement dans un état de sénilité civilisationnelle. »


      3. L'islam libéral est-il la solution ?

      Réagissant à une étude, intitulée Civil Democratic Islam, et réalisée par le Dr Cheryl Benard, Daniel Pipes en fait une brève analyse critique, dont voici quelques extraits (7) :

      Civil Democratic Islam, le livre de Mme Benard, traite de trois thèmes : les mouvements concurrents au sein de l'Islam; la recherche de l'approche permettant d'en favoriser au mieux la version modérée; et des recommandations politiques aux gouvernements occidentaux.

      Comme d'autres analystes, Cheryl Benard observe qu'en ce qui concerne leur religion, les Musulmans se répartissent en quatre groupes :
      • Les fondamentalistes, qui se subdivisent, à leur tour, en deux sous-groupes. Les radicaux (comme les talibans) sont prêts à recourir à la violence pour tenter d'instaurer un ordre totalitaire. Les «fondamentalistes [modérés]» (comme la monarchie saoudite) sont plutôt ancrés sur un système religieux et moins enclins à la violence.
      • Les traditionalistes, qui se subdivisent également en deux tendances. Les conservateurs (comme le grand ayatollah, Ali al-Sistani, en Irak) font de leur mieux pour préserver les normes orthodoxes et les anciennes coutumes. Les réformistes (comme les dirigeants koweitiens) poursuivent les mêmes objectifs traditionnels, mais se montrent plus souples sur les détails et plus novateurs dans leur mise en œuvre.
      • Les modernistes, (comme Mouammar Kadhafi, en Libye) admettent que l'Islam est compatible avec la modernité et tentent de le prouver en partant de cette certitude.
      • Les laïques se répartissent aussi en deux groupes. Le courant dominant (comme les adeptes d'Atatürk en Turquie) respecte la religion dans le cadre de la sphère privée, mais ne tolère pas son intervention dans l'arène publique. Les radicaux (comme les communistes) considèrent la religion comme une tromperie et la rejettent totalement.
      L'auteur expose ces points de vue au travers de descriptions vivantes, sagaces et convaincantes, révélant les approches convergentes sur toutes sortes de sujets, depuis l'établissement d'un état purement islamique jusqu'au droit des maris de battre leur(s) épouse(s). Elle s'attarde, à juste titre, sur les valeurs et les styles de vie, observant que la dissimulation est beaucoup moins répandue en matière de polygamie qu'en ce qui concerne l'usage de la violence.

      Lequel de ces groupes est le plus approprié pour réaliser un rapprochement ? Les modernistes, répond Cheryl Benard, sont « mieux disposés à l'égard des valeurs et de l'esprit des sociétés démocratiques modernes. Les fondamentalistes sont des ennemis, car ils s'opposent à nous, et nous nous opposons à eux. » Les traditionalistes comptent parmi eux des éléments démocratiques potentiellement utiles, mais ils sont généralement trop proches des fondamentalistes pour que l'on puisse leur faire confiance. Les laïques sont trop anti-occidentaux pour être à même d'assainir l'Islam.

      Cheryl Benard propose ensuite une stratégie sur plusieurs fronts :
      • Dénoncer l'immoralité et l'hypocrisie des fondamentalistes. Encourager la diffusion de comptes-rendus sur la corruption qui sévit parmi leurs leaders. Critiquer les vices du traditionalisme, notamment le fait que son action favorise le sous-développement.
      • Soutenir en priorité les modernistes. Soutenir les sécularistes de manière ponctuelle. Fournir un appui tactique contre les fondamentalistes. S'opposer systématiquement aux fondamentalistes.
      • Promouvoir énergiquement les valeurs de la démocratie occidentale. Encourager les institutions séculières, civiques et culturelles. Mettre l'accent sur la prochaine génération. Fournir de l'aide aux États, aux groupes et aux particuliers adoptant des attitudes appropriées.

      Si Daniel Pipes approuve l'approche de Cheryl Benard, il ne cache pas son scepticisme :

      « Je ne partage pas son enthousiasme pour les Musulmans modernistes, un groupe auquel deux siècles d'efforts n'ont pas suffi pour réconcilier l'Islam avec les réalités de notre temps. Le grand orientaliste, H.A.R. Gibb, condamna la pensée moderniste en 1947 comme étant embourbée dans "une incohérence intellectuelle et un romantisme paralysant". J'ai moi-même discrédité le modernisme, en 1983, le qualifiant de "mouvement fatigué, cloué sur place par l'invalidité de ses prémisses et de ses arguments". Et rien ne permet de penser qu'il ait progressé depuis lors. »

      Pipes propose donc une alternative, qui lui paraît plus réaliste :

      « En lieu et place des modernistes, je propose de considérer les laïques du courant dominant comme les seuls Musulmans progressistes capables de sortir leurs coreligionnaires de leur bourbier de désespoir et de radicalisme. »

      Il cite comme "exemple - malheureusement trop rare et peu suivi - de ce progressisme laïc arabe", le cas de Khaled Kishtainy, journaliste d'origine irakienne (8), avant de conclure :

      « Les laïques se définissent à la base par le principe éprouvé de la séparation des pouvoirs, religieux et politique. Or, ce principe a non seulement fait ses preuves en Occident, mais il a également bien réussi en Turquie, véritable exemple de réussite musulmane moderne. Cette terrible époque de l'histoire de l'Islam ne prendra fin que lorsque les Musulmans se tourneront vers la laïcité. »



      III. Vider la démocratie de sa substance
      pour lui substituer la charia ou loi islamique


      Deux islamistes, très différents, tant par leur culture, que par leur état - l'un est un imam décisionnaire, l'autre un intellectuel au fait de la modernité - se distinguent particulièrement dans l'art d'imposer l'islam par des méthodes 'douces' (spécialement la prédication et le noyautage idéologique), redoutablement efficaces : Youssouf Al-Qaradawi et Tariq Ramadan.


      1. Al-Qaradawi : l'islam retournera en Europe en conquérant


      Le cheikh Al-Qaradawi (9), qui vit au Qatar, est l'un des fondateurs de la chaîne atarie de télévision, Al-Jazeera, et préside le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, situé à Dublin. Il a beaucoup disserté sur les "signes de la gloire de l'islam", mentionnés dans un hadith [enseignement oral] souvent cité. Son enseignement est diffusé par Al-Jazirah, par des sites islamiques très fréquentés, dont IslamOnline, et par le truchement d'innombrables cassettes. Extraits (10) :

      « On posa au prophète Mahomet la question suivante : "Quelle ville sera conquise en premier, Constantinople ou Romiyya ? Il répondit : La ville d'Héraclès sera conquise en premier", c'est-à-dire Constantinople… Romiyya est la ville aujourd'hui appelée 'Rome', capitale italienne. La ville d'Héraclès [qui devint ensuite Constantinople] fut conquise en 1453 par Mohammed Ben Morad, jeune Ottoman de 23 ans, connu sous le nom de Mohammed le Conquérant. L'autre ville, Romiyya, reste [à conquérir], et nous espérons et croyons [qu'elle sera conquise] …. Cela signifie que l'islam retournera en Europe. L'islam est entré deux fois en Europe, et deux fois l'a quittée… Peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d'Allah, se fera par la prédication et l'idéologie. Toute terre n'est pas obligatoirement conquise par l'épée…. [La conquête de la Mecque] ne s'est pas faite par l'épée ou la guerre, mais par un traité [de Houdaybia] (11) et par des moyens pacifiques… Peut-être allons-nous conquérir ces terres sans armées. Nous voulons qu'une armée de prédicateurs et d'enseignants présentent l'islam dans toutes les langues et tous les dialectes… Nous avons conquis Constantinople, mais la deuxième partie de la prophétie reste à accomplir - la conquête de Romiyya. Celle-ci implique le retour de l'islam en Europe… L'Europe [finira par] se rendre compte qu'elle souffre de sa culture matérialiste et se cherchera une solution de remplacement, une échappatoire, un canot de sauvetage ; elle ne trouvera rien qui puisse la sauver, si ce n'est le message de l'islam, le message du muezzin, qui lui transmettra la religion sans renier le monde, la conduira aux cieux sans la déraciner de la terre. Avec la volonté d'Allah, l'islam retournera en Europe, et les Européens se convertiront à l'islam. Ils seront ensuite à même de propager l'islam dans le monde, mieux que nous, les anciens musulmans. Tout cela est possible pour Allah. »

      Pour avoir une idée de l'impact de cet homme sur les Occidentaux, il faut savoir qu'il est persona grata dans l'establishment britannique. Par exemple, en juillet 2004, Ken Livingstone, maire de Londres et membre du parti travailliste, l'a accueilli à l'occasion d'une visite dans la ville. Pourtant, il ne pouvait ignorer que Qaradawi, Égyptien au passé de Frère musulman, est un ardent défenseur des attentats-suicide en Israël, qu'il considère comme des "actes de martyre". Il ne devait pas ignorer non plus que l'imam avait parlé de l'"iniquité inhérente aux Juifs en tant que communauté". D'ailleurs, ces vues (en plus des soupçons de liens avec des terroristes et de son soutien à l'exécution par lapidation des homosexuels et des femmes adultères) ont été cause que Qaradawi s'est vu refuser l'entrée aux États-Unis. En tout cas, elles n'ont pas empêché le clerc musulman controversé d'être accueilli, de manière princière, par le maire élu de Londres, qui s'adressant à la foule nombreuse venue à la rencontre de Qaradawi, a fait l'éloge des " vérités inacceptables" qu'il a émises, et dénoncé le "tollé islamophobe" à son encontre (12).

      Rien de cela ne devrait étonner quand on sait que l'islam est l'objet de toutes les attentions de l'establishment britannique, au point même d'avoir inspiré au député Mike O'Brien un article destiné à séduire l'électorat musulman, où sont complaisamment mises en avant toute l'estime qu'éprouvent les travaillistes britanniques pour l'islam et les mesures préférentielles prises en sa faveur (13). La talentueuse journaliste Melanie Phillips ne se prive d'ailleurs pas de se gausser, avec ironie, de cet aplatissement mercantile (14).


      2. Tariq Ramadan : une version 'soft' de la doctrine des Frères Musulmans

      On a beaucoup écrit sur cet intellectuel islamiste, à la voix douce et persuasive, et à la rhétorique subtile. Trop sans doute. Il a, bien entendu, ses inconditionnels, mais aussi ses détracteurs. Comme toute personnalité en vue, dira-t-on sans doute. Certes, mais pas seulement.

      C'est que Tariq Ramadan est de plus en plus perçu comme d'autant plus dangereux qu'il avance masqué, et que l'habileté et l'ambiguïté de son discours lui ont conféré un crédit qu'aux dires de ses critiques, il ne mérite pas. Et il ne s'agit pas ici de jugements à l'emporte-pièce, ni de divergences en matière de goûts et de couleurs. Ramadan inquiète et suscite la méfiance – fondée, on va le voir – de celles et de ceux qui ont décidé d'aller au-delà de l'urbanité du personnage et de son langage policé et ambigu.

      La plus implacable et la plus lucide des analystes des propos et des écrits de Tariq Ramadan est, sans conteste, Caroline Fourest, qui a consacré une étude fouillée au langage et à la stratégie idéologique et religieuse du personnage (15). Son jugement est sans appel :
       
      « Dans la presse, Ramadan se présente comme un réformateur qui n'a "aucun problème avec la raison", d'accord à 100% avec la laïcité, et qui encourage les jeunes à s'intégrer. En écoutant attentivement ses cassettes et en lisant certains de ses livres, on réalise qu'il fait tout le contraire ! Il prône un islam fondamentaliste, vomit les musulmans rationalistes (qu'il appelle "des musulmans sans l'islam"), dénonce l'intégration comme une assimilation, demande aux jeunes de rester étanches à tout ce qui "n'est pas islamique" dans la culture occidentale, et pousse ses fidèles à investir les associations laïques… pour qu'elles acceptent de la modifier ! […] Le discours de Ramadan produit une illusion - celle d'un musulman réformateur, adepte d'un Islam pacifié et soluble dans la laïcité, alors qu'il s'agit d'un Islam en guerre contre la modernité occidentale. Une ambiguïté qui permet à " frère Tariq " de servir de passerelle entre les théologiens musulmans les plus radicaux et une partie du mouvement altermondialiste »

      Au cours d'une interview accordée au journal Elle, on lui pose la question suivante :

      « Mais si [Ramadan] est si clairement intégriste, comment les médias, dont il est l'un des invités réguliers, peuvent-ils donc se laisser abuser ? »

      La réponse de Caroline Fourest n'a rien de politiquement correct, mais elle a de grandes chances de refléter la réalité :

      « Il a élaboré toute une rhétorique qui lui permet d'être insaisissable sur un plateau de télé. Il joue notamment à merveille de l'ambiguïté de certains termes. Par exemple, il se présente comme "réformateur", sans ajouter que cette réforme est "salafiste", c'est-à-dire tournée vers le passé et les fondements de l'Islam. En plus, Ramadan est soutenu par un certain nombre de journalistes, comme Alain Gresh, au Monde diplomatique, ou Xavier Ternisien, en charge [de la rubrique] "islam", au Monde, ainsi que par certains altermondialistes. Le week-end dernier [octobre 2004], au Forum Social Européen, il était annoncé comme intervenant dans pas moins de huit tables rondes ! Au nom de la lutte prioritaire contre l'impérialisme américain et le sionisme, beaucoup de militants se laissent séduire par son discours contre l'impérialisme culturel occidental, ce qu'il appelle l'"occidentalisation sans âme et sans conscience"… sans voir que, chez Ramadan, il ne s'agit pas seulement de critiquer la mondialisation, mais bien de prôner une morale islamique intégriste anti-occidentale. Ils lui offrent, à peu de frais, une caution laïque et progressiste. »

      Impossible de citer tous les passages de ce livre décapant, de nature à conforter la thèse des plus pessimistes, qui voient, dans le phénomène Ramadan, ainsi d'ailleurs que dans l'action de Youssouf Qaradawi et ses épigones, l'émergence d'une subversion islamiste rampante, qui monte imperceptiblement à l'assaut de nos concepts de nation, de constitution, de laïcité, de séparation de l'Église et de l'État, et qui ne cache même plus son dessein : islamiser nos sociétés réputées décadentes.
      Citons encore ce passage :

      « Dans ses cassettes, [Ramadan] encourage ouvertement ses partisans à tisser des alliances : " J'aimerais que vous vous rendiez compte que nous ne sommes pas seuls à relever le défi de la résistance à l'occidentalisation sans âme et sans conscience (...) L'avenir est bien à cette double réflexion intelligente : répertorier les sphères de résistance et développer les sphères de collaboration (...) On ne doit pas se mettre seul contre tous. " On pourrait croire que Ramadan invite surtout les musulmans à devenir les alliés des non-musulmans face à la mondialisation. Sauf que nous savons ce qu'entend Tariq Ramadan par résister à l'occidentalisation : non pas une autre mondialisation, mais un "face-à-face des civilisations" qui verra triompher l'islam politique.
      Voici ce qu'il explique dans ses cassettes à ses partisans : (...) " Qu'est-ce qu'a dit Huntington ? Il a dit : les pouvoirs occidentaux doivent chercher dans les pays musulmans ceux qui défendent leur idéologie. C'est-à-dire qu'on va chercher dans les pays musulmans, les musulmans dits 'libéraux', ou les musulmans dits 'laïques'. Les musulmans sans l'islam, quoi ! (...) Eh bien, nous, ceux avec lesquels on va collaborer, c'est exactement le contraire. On va aller en Occident chercher et collaborer avec tous les êtres qui défendent le droit, la justice et la dignité des hommes. On va développer ces ponts, on va être présents sur le champ du dialogue académique et social (...) Donc, nous sommes contre la philosophie du conflit, mais nous sommes pour la philosophie de la résistance dans la collaboration. »


      Et Caroline Fourest de conclure :

      « Peut-on être plus clair ? »

      Dans un autre registre – celui de la dérision -, c'est encore pour son appartenance, au moins idéologique, à la mouvance des Frères, que Ramadan était mis sur le gril, lors d'une émission de Campus, sur France 2, au point que, perdant un instant sa contenance affichée de sphinx, l'intellectuel islamique démentait vivement :

      « Eh bien non ! Je ne suis pas un Frère musulman, ce sera dit ! »

      « Que signifie cette envolée ?» s'interroge un critique, en déclinant, sous forme de questions, rhétoriques autant que sarcastiques, toutes les activités et conceptions qui relient T. Ramadan, directement ou indirectement, sinon aux Frères musulmans eux-mêmes, du moins à leur idéologie, et auxquelles son audacieux déni public devrait lui faire obligation de renoncer dorénavant (16) :

      • Que Tariq en a assez d'assumer l'héritage de son grand-père maternel autant que de son propre père, Saïd ?
      • Qu'il renie sa place d'administrateur du Centre islamique de Genève, siège local de la Confrérie et ses lucratives conférences et publications ?
      • Qu'il ne préfacera plus les Fatwa du cheikh Al-Qaradawi, hiérarque de la Confrérie, interdit de séjour en Égypte et recherché par le FBI pour complicité de financement d'al Qaïda ?
      • Qu'il ne donnera plus de cours à l'Islamic Foundation de Leicester, épicentre européen des Frères ?
      • Qu'il ne fera plus la promotion de Sayed Qutb, Frère-'ressusciteur' moderne de l'assassinat politique islamique ?
      • Qu'il renie aussi la parenté des Frères avec le grand Mufti nazi de Jérusalem ?
      • Qu'il abandonne le soutien à la lutte armée des Talibans, du Hamas, du GIA algérien, ou de l'Islam Tchétchène et Cachemiri ?
      • Qu'il n'est plus partisan d'une coranisation de l'Occident par la base, les femmes, les madrasas "contextualisées", la juridicisation rampante de nos religions et la culture physique ?
      • Qu'il ne croit plus à la supériorité de la Charia sur les constitutions démocratiques ?
      • Qu'il ne souhaite plus 'sultaniser les cités' ?
      • Qu'il accepte de recevoir des ordres de femmes, approuve la mixité et la séparation du temporel et du spirituel ?
      • Qu'il renonce à distiller la haine du juif, du mécréant et de l'associateur [chrétien] ?
      • Et - pourquoi pas? - qu'il reconnaît le droit du peuple juif à disposer de lui-même sans se soumettre à l'apartheid de la dhimmitude ?

      Précisons pour finir que, selon la doctrine de leur fondateur, Hassan Al-Banna (17), les Frères musulmans ont pour objectif de «réformer les lois pour qu'elles se conforment à la législation islamique», grâce à une conquête sociale, puis politique. À cette lumière on peut comprendre le 'blasphème', à la fois envers l'histoire et envers l'humanisme, éructé par Ramadan, au cours d'une interview par le mensuel marocain Version Homme, de janvier 2004 (18) :

      « La grande supercherie, c'est de laisser croire à l'Europe qu'elle est de tradition judéo-chrétienne. C'est un mensonge absolu. »


      3. Le poncif de l'islam civilisateur de l'Occident

      Ce tour d'horizon, forcément sommaire, serait incomplet si n'était pas évoquée la déferlante de publications qui réécrivent, de manière révisionniste et négationniste, l'histoire de la civilisation chrétienne, en attribuant, faussement ou de manière exagérée, à la sagesse et au génie de l'Islam la quasi-totalité des progrès réalisés par l'humanité dans les domaines des lettres, des arts et des sciences.

      Faute de mieux, pour l'instant, on réfère ici à un article, hélas ! polémique et peu soigné, tant sur la forme que sur le fond, mais qui présente l'avantage de passer brièvement en revue les principaux poncifs répandus par les apologistes de l'islam. Il faut noter qu'ils sont le plus souvent accueillis complaisamment par une opinion publique dépourvue de bagage historique et critique, et donc incapable de distinguer le bon grain de l'ivraie dans ce fatras où se côtoient, de manière anarchique, histoire et légende, vérité et mensonges éhontés.

      Extrait (retouché) de l'introduction (19) :

      « Sous le titre "Ces hommes ignorés de l'histoire", Yamina H. expose une théorie qui est de plus en plus souvent admise et même enseignée à l'école, dans nos contrées judéo-chrétiennes, à savoir, que l'humanité tout entière doit beaucoup à l'Islam concernant sa contribution à la science, que les Arabes ont fait des découvertes brillantes, et connu ainsi une période de splendeur inégalée auparavant. »

      Et l'auteur d'interroger, avec ironie

      « Comment expliquer le fait que ces savants Arabes, qui ont porté le flambeau de la civilisation pendant plus de sept siècles, en ayant excellé dans les domaines des sciences (physique, mathématiques, astronomie, médecine, etc.), des arts et de la culture, soient ainsi éliminés, passés sous silence dans les manuels d'histoire ? »

      Pour ne pas allonger démesurément cette analyse – déjà copieuse -, je me propose de revenir ultérieurement sur ce sujet dans un article spécifique.


      CONCLUSION


      Malgré le caractère fragmentaire et encore provisoire des analyses qui précèdent, il paraît difficile d'affirmer que cette convergence des critiques de l'islamisme et de son entreprise de conquête idéologique et religieuse, émanant de sphères aussi diverses de l'opinion publique et de la recherche savante, ainsi que les réactions évoquées partiellement ci-dessus, ne sont que les divagations d'une islamophobie militante, ou une résurgence paranoïde de la théorie du complot.

      La force de conviction de ces avertissements réside dans les études solides de l'islam, sur lesquelles ils se fondent. Il semble bien établi que l'islam est, par essence, missionnaire et conquérant, puisque tant le Coran que les écrits normatifs de cette religion font un devoir au musulman de répandre dans le monde la foi au Dieu unique et à son prophète Mahomet, et ce par tous les moyens.

      Ce n'est qu'à la faveur d'une longue éclipse de cet aspect fondamental de l'islam, consécutive à la déconfiture de l'expansion islamique à la pointe de l'épée, qu'on a pu croire qu'il s'agissait là d'une tendance définitivement révolue, et que l'islam était en voie de modernisation ou d'aggiornamento, un peu à la manière dont les Églises chrétiennes ont regretté publiquement leurs tendances hégémoniques d'antan et les graves excès qui en avaient été les conséquences. Il s'avère qu'il n'en est rien, et il faut en tirer les conclusions.

      Certes, il n'est pas question de déclencher une nouvelle Croisade, et encore moins de provoquer une Saint Barthélemy des musulmans, mais il importe d'être vigilant. C'est le rôle des savants, des penseurs, des intellectuels - croyants ou non -, et, en général, de tous ceux et celles qui cherchent la vérité et la justice, que de veiller, de témoigner, voire d'avertir les autorités compétentes de l'État et, à leur défaut, l'opinion publique, des dangers inhérents au renouveau du militantisme religieux islamique dans ses manifestations aberrantes.

      Ni Cassandre, ni autruches, celles et ceux qui savent doivent combattre sur tous les fronts pour susciter, pendant qu'il en est temps encore, une saine réaction de l'organisme entier de la civilisation occidentale. On trouvera, dans ce qui précède et dans les liens indiqués en notes, matière à réflexion et à mobilisation (20).


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      Notes

      (1) Giuseppe de Rosa s.j., "L'Église et l'Islam : La Civilta rompt la trève". Lorsqu'on sait que tous les articles de cette revue jésuite passent systématiquement par la censure du Vatican, on comprend que cette approche critique prend une signification particulière dans le contexte international actuel.
      (2) Spécialiste des minorités religieuses dans les pays d'Islam, Bat Ye'or a publié Le Dhimmi, Profil de l'Opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe (Paris, Anthropos, 1980) ; Les Chrétientés d'Orient entre jihâd et dhimmitude (Paris, Cerf, 1991) ; Juifs et Chrétiens sous l'Islam : les dhimmis face au défi intégriste www.upjf.org/documents/showthread.php?threadid=5569 (Paris, Berg International, 1994) ; et plus récemment Islam and Dhimmitude: Where Civilizations Collide (Cranbury, NJ, Associated University Presses, 2002). Voir ses sites : www.dhimmi.org et www.dhimmitude.org. Sur sa théorie de la dhimmitude, voir, entre autres, Bat Ye'or, "Juifs et chrétiens sous l'islam : Dhimmitude et marcionisme".
      (3) Bat Ye'or, "Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia"
      (4) Voir une Brève biographie de Daniel Pipes
      (5) Bat Ye'or, "L'esprit d'Eurabia"
      (6) Daniel Pipes, "L'Europe musulmane"; sur Fallaci : "Nouveau Fallaci : 'La force de la raison', premiers commentaires".
      (7) Cet article de Pipes est paru dans le New York Sun, le 6 avril 2004. Version française : "Assainir l'Islam".
      (8) Khaled Kishtainy, "Qui est responsable du terrorisme islamique ?", article paru le 11 avril 2004, dans le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres. Kishtainy y évoque l'encouragement à la violence des principaux idéologues musulmans. Lire la traduction française de MEMRI, reproduite sur notre site, sous le titre "Un Arabe libéral : La plupart des imams prônent la violence".
      (9) On peut lire, sur le site Islamophile, une biographie de Y. Qaradawi. Le même site a rassemblé une centaine de ses enseignements traduits en français. Il n'empêche, d'autres autorités musulmanes considèrent Qaradawi comme un hérétique, voire un infidèle. Cf. "A Warning for the Ummah against the Heretic Yusuf al Qaradawi", et "Some Mistakes of Yusuf Al-Qaradawi".
      (10) Les passages cités sont extraits de l'article de MEMRI, "Un certain nombre de cheikhs, dont le cheikh sunnite Youssef Al-Qaradawi, annoncent la conquête de Rome par l'islam". Voir aussi : "Des dirigeants islamistes interviewés à Londres :: « Nous transformerons l'Occident en régime islamique par l'invasion ou la culture»"; "Appel musulman à dominer la France : le texte", etc.
      (11) Le cheikh pense sans doute que ses lecteurs sont des ignorants et ne connaissent pas l'histoire. Pour mémoire, l'accord de Hudaybiyya est une convention que le prophète Mahomet signa, en l'an 628, avec les infidèles de sa tribu, les Kuraysh. Il agit ainsi en raison de leur refus de se joindre à la communauté islamique, lorsqu'il réalisa qu'il ne pouvait les vaincre militairement. Deux ans plus tard, ayant consolidé son pouvoir, et en violation unilatérale de l'accord conclu, il attaqua La Mecque, abattit les gens de son propre clan, et détruisit tous les symboles de leur culture païenne. Voir "Un analyste israélien de l'Islam et de la politique arabe : Je crois Arafat".
      (12) Voir Jonathan Spyer, "Feeding the crocodiles (Eurabia)", Haaretz, 12/ 03/2004.
      (13) Voir : Mike O`Brien MP, "Labour and British Muslims: Can we dream the same dream?".
      (14) Voir, entre autres, l'article récent de Melanie Phillips, "Dhimmi Britain".
      (15) Caroline Fourest, 'Frère Tariq', Discours, stratégie, méthodes de Tariq Ramadan, est incontournable. Voir, sur notre site, la recension et des morceaux choisis de ce livre.
      (16) Louis Bordenave, "Tariq Ramadan : le faux Frère musulman".
      (17) Hassan al-Banna, fondateur et guide charismatique des Frères musulmans (1928) a été assassiné en janvier 1949. L'objectif de l'organisation politico-religieuse était, selon al-Banna, d'instaurer un ordre islamique, l'islam - "un système complet et total" - étant compris et célébré comme "dogme et culte, patrie et nationalisme, religion et État, spiritualité et action, Coran et épée" (cité par Leïla Babès, Tarq Oubrou, Loi d'Allah, loi des hommes, op. cit., p. 354). Voir le programme politique de Hassan al-Banna, "Les cinquante points", traduit en français par Leïla Babès dans la revue Islam de France (n° 8, 2000). Rappelons le plus célèbre des slogans des Frères : « Dieu est notre objectif, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le Djihad notre voie, la mort sur la voie de [pour] Dieu notre plus cher espoir. » Texte cité d'après Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire. Nous avons mis en ligne une recension de cet ouvrage de référence, voir : "Taguieff, 'Prêcheurs de haine'. À lire absolument".
      (18) Dépêche Infocatho, 10 janvier 2004. Sur Ramadan, consulter également notre florilège intitulé "Ainsi parle Tariq Ramadan, éducateur islamique de l'Occident", et les propos sévères d'un musulman modéré : Mohammed Sifaoui sur Tariq Ramadan et les Frères musulmans.
      (19) Voir, entre autres : "Les racines islamiques de la civilisation occidentale"; et Pavel Schenk, "'L'Europe doit tout aux musulmans' : une camisole intellectuelle", etc.
      (20) Voir, entre autres : "Chrétien en Arabie Saoudite: 10 mois de prison, 300 coups de fouet"; Abbé Alain Arbez, "Le génocide oublié des Chrétiens d'Iraq"; Jacques Ellul, "Dhimmi en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe"; voir aussi la dépêche de l'EDA (Agence d'Informations des Missions étrangères : "La mort volontaire de Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad, projette une lumière crue sur les lois iniques utilisées pour persécuter les minorités religieuses"; Observatoire de l'Eglise en détresse : "Témoigner malgré la peur".; Daniel Pipes, "Les Chrétiens disparaissent d'Irak". Etc.


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Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 10 janvier 2005 sur le site www.upjf.org. Update 11.01.05 14h 25