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Menahem Macina

Les nouveaux islamophobes: Rioufol et… Balladur, M. Macina
22/01/2005

23/01/05

Deux personnalités, très différentes au demeurant, osent enfreindre le tabou de la critique de l'islam. Le premier n'en est pas à son coup d'essai. Le second surprend sur ce terrain miné, où personne ne l'attendait. L'un et l'autre font preuve de courage.


Rioufol, « un très grand raciste »

Ce n'est un mystère pour personne : les Blocs-Notes de Rioufol dans Le Figaro sont en passe de devenir aussi célèbres que ceux de BHL.

Beaucoup de Juifs apprécient énormément la lucidité et le franc-parler de ce journaliste, d'autant que ceux qu'il fustige sont souvent les mêmes que ceux qui irritent et/ou inquiètent nos coreligionnaires, et, entre autres, les mouvances islamistes extrêmes, dont Rioufol stigmatise "l'intolérance". - Trop fréquemment, estiment, prudents, les islamiquement corrects, étrangement aveugles à la fréquence, précisément, de cette intolérance.

Certains musulmans n'apprécient pas. Le journaliste nous donne deux exemples de la tentative d'intimidation dont il a été l'objet sur le forum Internet de discussion d'oumma.com ("Mejliss el-kalam") :

  • « Rioufol est un très grand raciste et surtout un grand islamophobe. Il fait partie de cette mouvance catholico-intégriste-royaliste anti-islam et pro-sioniste. »
  • « Le Pen s'est fait condamner pour incitation à la haine raciale… à quand Rioufol pour ses éditoriaux à propagande haineuse ? ».
Encore Rioufol doit-il s'estimer heureux, puisque, comme il a pu le constater par lui-même, ce forum se présente comme un site musulman « modéré », refusant « l'agressivité et la violence excessive dans le ton ». On peut donc en conclure que d'autres eussent été beaucoup moins bavards et plus persuasifs. Si vous voyez ce que je veux dire.

Il faut reconnaître que le journaliste l'a bien cherché. Quelle mouche l'a donc piqué ? N'a-t-il pas donné la parole, la semaine dernière, à une enseignante, qui déclarait, parlant des cantines scolaires : « Ce sont les musulmans qui nous imposent leur loi. » ?

Visiblement, Rioufol ne comprend rien au mal-être de "ces petits caïds", qui se sont répandus en propos menaçants à son égard. Pourtant, il rapporte lui-même le cri de détresse qui trahit l'amertume de leur humiliation :

«En FranSSe (NDLR : bien lire SS), les musulmans sont comme des aigles dans une cage à canaris. »

Des aigles… Brrr… conjugué à l'aryanisation du mot "FranSSe", cette évocation de l'animal emblématique du IIIe Reich fait froid dans le dos. Je préfère nettement les canaris, musulmans ou pas !


L'auriez-vous cru ? Balladur aussi !

C'est à Rioufol que nous devons d'avoir l'attention attirée sur cette aspect inconnu de la conception du monde de l'ancien Premier ministre français. D'abord par cette citation :

« Nulle part cette jalousie et cette volonté de revanche (NDLR : contre l'Occident) ne sont aussi accentuées que chez les musulmans. »

« Est-on sûr d'avoir bien entendu ?, se demande le journaliste du Figaro, qui répond lui-même à cette question purement rhétorique : Oui, c'est Édouard Balladur qui parle ainsi, dans un livre qui vient de sortir » (1).

Et Rioufol d'ajouter d'autres citations extraites de l'ouvrage de l'homme politique :

« C'est par la violence guerrière, la ruse, l'assassinat, par des combats et des razzias aussi bien que par le prosélytisme et la parole qu'il (NDLR : Mahomet) a réussi à imposer sa religion […] »

Et encore :

  • « Il n'y a aucune culture à laquelle l'Islam s'oppose avec autant de force qu'à la culture chrétienne. »
  • « L'islam affiche son originalité comme un drapeau ; ce n'est pas seulement une religion, mais une approche de la vie et une façon de penser qui imprègnent les comportements. »
  • Balladur… parle de confrontation potentiellement « explosive », à cause d'un texte sacré « où l'apologie de la violence occupe tant de place. »
Commentaire de Rioufol :

« Trente ans de discours corsetés ont rendu de telles opinions blasphématoires. Aussi faut-il saluer l'audace imprévue de cette personnalité pondérée, qui a décidé de braver les fatwas des maîtres-censeurs. Prenant de court les médias, encore majoritairement réticents à décrire ces dérangeantes évidences, Balladur redonne à l'esprit critique sa liberté de ton, attendue par des citoyens en quête de sincérité chez leurs représentants. L'état de la société oblige à ne plus travestir les faits et à parler vrai. »

Et le journaliste de résumer un autre propos de Balladur, sur le même sujet :

« Ce qui se laisse voir ne ressemble évidemment pas à la France rassemblée, cette sornette qui décrit une communauté musulmane intégrée et solidaire en tout. La réalité est plus complexe. Elle tient surtout au refus de l'islam de se plier à d'autres règles que celles du Coran, ce code qui exige d'être appliqué à la lettre. »

Ce que Rioufol commente, en ces termes :

« Certes, il [Balladur] n'apporte pas de révélations à ceux qui suivent la montée en puissance de l'islamisme en France. Cette idéologie impérialiste, bien que minoritaire parmi les Français musulmans, incite à refuser l'assimilation. L'héritage des Lumières n'est plus considéré comme un modèle pour des populations nouvelles, portées par une immigration de peuplement soucieuse de garder ses propres codes et lois. Ce phénomène s'apparente d'ailleurs à une colonisation, n'en déplaise aux faussaires.
« Les hommes politiques ne peuvent taire davantage cet affaiblissement prévisible d'un Occident critiqué, en s'abritant derrière le respect de l'autre et la lutte contre l'islamophobie. Ces mauvais arguments interdisent toute prise de conscience. Or, des dirigeants aveugles ne peuvent conduire plus longtemps un peuple aveugle. La lucidité est devenue une exigence réclamée. »


*
* *

« Le blasphème des grands esprits est plus agréable à Dieu que la prière intéressée de l'homme vulgaire. » (Ernest Renan).

Critiquer l'islam, c'est blasphémer

Deux voix différentes viennent donc de s'exprimer sur ce sujet brûlant. Rioufol, on l'a vu, n'en est pas à son coup d'essai, même s'il n'est pas le seul à refuser que la liberté d'expression et de critique s'arrête au pied de l'islam, quand certaines de ses manifestations actuelles sont clairement aberrantes et dangereuses. Il est trop tôt pour tenter de comprendre les motivations de Balladur. Il semble qu'il s'agisse de l'expression d'une conviction mûrement réfléchie, et d'un avertissement qui naît de l'urgence de l'heure.

Et c'est vrai qu'il y a urgence, quand il est question de criminaliser le blasphème ou ce qu'on prétend être tel – entendez celles et ceux qui osent critiquer l'Islam et son fondateur. Mouloud Aounit, secrétaire du MRAP, s'inscrit visiblement dans cette démarche, à en croire ce propos récent de lui, sur France 3 (2) :

« La justice doit être d'une fermeté exemplaire pour éviter non seulement la récidive, mais aussi pour prévenir et montrer qu'aujourd'hui, si la liberté d'expression est un bien fondamental faisant partie des droits de l'homme, la liberté de blasphémer et la liberté d'ouvrir le champ au racisme (3) doivent être condamnées avec la plus grande fermeté. »

On voit ici la mise en œuvre d'une technique, éculée mais hautement efficace, au moins dans les dictatures, civiles et/ou religieuses. Elle consiste à criminaliser une attitude légitime – en l'occurrence, l'exercice de la "liberté d'expression" -, quand elle est ressentie comme menaçante pour des valeurs jugées sacrées – en l'occurrence, l'islam -, et à accuser de délit, voire de crime - en l'occurrence, ceux de "blasphème" et de "racisme" - quiconque use de son droit à la critique concernant les valeurs mises en cause.

Si, jusqu'ici, le blasphème ne constitue pas, en France, une infraction pénale, le délit de racisme, lui, tombe sous le coup de la loi. Alors, la tentation est grande de profiter de l'effet de miroir et d'"assimiler" le blasphème contre l'islam à un délit raciste. Le sionisme n'a-t-il pas eu ce sort durant 22 ans (4) ? Or, en France, l'écrasante majorité des musulmans est d'origine arabe. Et vous ne convaincrez jamais les gens du MRAP qu'une critique de l'islam, et surtout de son fondateur, n'a pas pour motivation profonde le racisme anti-arabe.

On dira sans doute – et à juste titre - que c'est ridicule. Surtout si l'on considère que la critique de la foi chrétienne, par exemple, n'attire aucun ennui à ses détracteurs, même s'il leur arrive de se répandre en propos d'une violence et d'une vulgarité extrêmes envers cette religion, ses fondateurs et ses ministres du culte. Sans parler du sort, souvent tragique, réservé à ses fidèles dans certains pays musulmans (5)...


Il me vient une idée, saugrenue, sans aucun doute -, mais toute cette histoire ne l'est-elle pas déjà ? Alors, au point où nous en sommes, prenons au mot Aounit et consorts. Encourageons l'adoption d'une loi sur le blasphème. On prendra seulement soin de ne pas permettre que seul le blasphème religieux soit sanctionné. En effet, il est reconnu par l'Académie que ce terme a également, par extension, le sens de "propos déplacés et outrageants pour quelqu'un, ou quelque chose", avec, pour synonymes : "imprécation, injure, insulte" (Petit Robert). Pour être équitable et pleinement citoyenne, une telle loi devra donc sanctionner tout propos dépréciateur des convictions religieuses, philosophiques et culturelles de quelque groupe humain que ce soit. Et cela fait beaucoup de monde.

Il est bien évident qu'à l'instar de ce qui se passe actuellement avec l'islam, la charge de la preuve incombera au présumé blasphémateur, qui devra prouver qu'en critiquant, par exemple, la libre pensée, la méditation transcendantale, la scientologie, la foi en la réincarnation, la pratique de l'astrologie, du spiritisme, de la numérologie, du satanisme, et d'autres voies – réelles ou supposées – d'accès au monde de l'au-delà, ou de celui du paranormal, etc., etc., il n'avait nullement l'intention de tourner en dérision ou de diffamer les convictions des adeptes des croyances et pratiques susdites.

L'islam, si pointilleux à propos de tout ce qui touche à sa foi et à ses coutumes, devra montrer l'exemple en cessant de traiter les chrétiens et tous les non-musulmans d'infidèles et de chiens, et d'affirmer que les Juifs descendent des singes et des porcs (6).

Et il va de soi que toutes les religions, y compris l'islam devront s'abstenir rigoureusement d'affirmations dogmatiques et de professions publiques de foi, péremptoires et exclusives de celles d'autres croyances ou incroyances, et ce pour éviter de heurter les sensibilités religieuses ou agnostiques d'autres citoyens, qui perçoivent ces credo comme blasphématoires et constituant une agression indue envers leurs propres convictions religieuses et/ou philosophiques.

Pour accompagner ces mesures drastiques, visant à mettre un terme aux tendances hégémoniques et missionnaires de certains croyants dont les entreprises – réelles ou supposées - exaspèrent les adeptes d'autres croyances et conceptions du monde, l'État devra au moins décupler le nombre des magistrats et celui des établissements pénitentiaires, sans oublier de renforcer considérablement la sécurité des uns et des autres.

Nul doute qu'avec un tel dispositif, le MRAP et les militants islamistes de France et de Navarre, pourront dormir en paix : nul n'osera plus blasphémer quoi ni qui que ce soit, au beau pays de la liberté et des droits de l'homme.

Amen ! Si j'ose dire…

Menahem Macina

© upjf.org


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Notes

(1) Édouard Balladur, La Fin de l'illusion jacobine, Fayard, Paris, janvier 2005.
(2) Voir l'article de P. Lefebvre, "Aounit et le droit au blasphème".
(3) L'expression "ouvrir le champ à" n'existe pas, au sens où Aounit l'emploie. Il faut donc lire : "laisser le champ libre" ou "donner libre cours" (au racisme).
(4) Voir "Sionisme=racisme: résolution votée et abrogée par l'ONU".
(5) Voir, sur notre site, la rubrique "Chrétiens opprimés".
(6) Voir : "Des dignitaires musulmans: Les Juifs descendent des singes et des porcs".

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Mis en ligne le 23 janvier 2005 sur le site www.upjf.org.
update : 25/01/05