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Vers un Collectif de défense contre la diffamation des Juifs, M. Macina
15/12/2002

15/12/02

A la suite de notre campagne tenace contre le livre «Rêver la Palestine», nous avons reçu divers messages de remerciement et d'encouragement, mais aussi des suggestions.
L'une d'elles, tirant la leçon de la faible participation à la manifestation de protestation sous les fenêtres des éditions Flammarion, nous a fait part d'une suggestion, que nous n'avons pas retenue, mais qui a engendré une grande idée que je tiens à partager avec vous, fidèles du site de reinfo-israel.

Où une suggestion non viable suscite une contre-proposition audacieuse

«Il semblerait, vu le nombre de manifestants présents sous les fenêtres de Flammarion, que cette "démonstration", ait été, je le regrette, un demi-échec ou un échec total. Il semblerait que le nombre d'internautes scandalisés par les textes du livre publié soit beaucoup plus grand que l'ensemble des personnes présentes le 10 décembre, place de l'Odéon. Il semble aussi qu'un nombre important d'internautes font parvenir, de façon quelque peu disparate, des messages de protestations à la direction de Flammarion.

Je propose que votre site […] se fasse l'écho de tous ces gens et de tous vos lecteurs, en mettant en ligne, sur votre site un appel destiné à l'éditeur pour le retrait de cet "ouvrage". Cet appel ferme, juste, révélant les inepties, les mensonges et le caractère outrageusement judéophobe et anti-israélien [de «Rêver la Palestine»] pourrait rassembler, en bas de page, les signatures électroniques de TOUS les internautes scandalisés par ce livre.

Cet appel "ouvert" et présent sur d'autres sites de la communauté, pendant quelques jours, voire quelques semaines, nous permettrait de manifester de façon plus nombreuse et plus forte. Car je suis sûr, que les voix de nombreuses personnes qui, comme moi, habitent loin de Paris, pourraient ainsi se faire entendre. Je suis persuadé que cet appel pourrait rassembler plusieurs centaines, voire quelques milliers de signatures…»


Ma première réaction a été d'y croire. J'ai donc transmis cet appel à la petite équipe de volontaires qui assume dorénavant avec moi une partie de la responsabilité éditoriale et idéologique du site (1), et à un ami, qui n'en fait pas partie, mais qui nous sert parfois de conseiller. Le but était de mettre au point ensemble le mode opératoire de cette action éventuelle. La réponse n'a pas tardé, sous la forme d'une douche froide administrée par l'ami en question, dont la compétence en la matière n'est pas négligeable. Je résume son propos.

Le Centre Simon Wiesenthal lui a fait savoir que leur pétition internationale a atteint près de 30.000 signatures, et qu'en conséquence, Flammarion a verrouillé son e-mail, qui rejette à présent toute manifestation de ce type, hostile à leur politique éditoriale.
Notre ami exprime également ses doutes quant à l'efficacité de la méthode : «l'indignation – bien que justifiée – n'a jamais constitué un critère objectif aboutissant au brusque réveil de la conscience d'une partie qui, rongée par le remords, déciderait soudain de retirer le livre de la circulation», écrit-il.
Il précise également qu'une intervention auprès du Ministre de l'Intérieur français est restée sans résultat, à ce jour. Son avis est net et tranché : «Le seul levier efficace, le nerf de la guerre a toujours été et demeure l'intérêt financier».
Et de développer son propos en ces termes : «A partir du moment où Flammarion, et surtout sa maison-mère Rizzoli, seraient mis en cause pour une contravention à la loi de 1949, d'une part, pour incitation à la haine et apologie du crime, d'autre part, par une Cour européenne, qui exigerait le retrait de l'ouvrage litigieux partout en Europe, sous astreinte pouvant atteindre 50.000 euros par jour : là oui, on parle business.»
«La solution la plus efficace», précise encore notre ami, «serait de charger une équipe d'avocats d'évaluer, dans un premier temps, les chances d'une telle action, puis, dans l'affirmative, de leur donner délégation pour 'monter' le dossier et introduire une telle procédure.»
Et de conclure : «Mais pour cela, il faudra, au préalable, recueillir les fonds nécessaires à une telle action, par exemple à travers un collectif, lequel serait ensuite chargé de gérer l'ensemble (financier, juridique, administratif). Une vraie petite entreprise... Y a-t-il des volontaires ?…»

J'ai estimé que notre ami avait sans aucun doute raison - sauf peut-être en ce qui concerne sa sous-estimation de l'impact de l'indignation. En effet, c'est bien l'indignation d'un écrivain, d'abord (Bernard Lazare), puis d'un journaliste (Emile Zola) qui a fait plier la Grande Muette, l'armée elle-même, et mené finalement à la réhabilitation de Dreyfus.

Ma réaction a été non seulement d'abandonner l'idée de notre correspondant, cela va de soi, mais également de remiser, avec un sourire attristé, au jardin des rêves inaccessibles, la grande idée émise par mon ami, si pertinente pourtant, mais irréalisable au niveau de notre site, et même d'ailleurs de tous les sites juifs réunis… Sauf…

Sauf si la grave affaire de ce «Rêver la Palestine» devenait le déclencheur d'une prise de conscience juive analogue à celle qui avait suivi la Shoah et donné naissance au slogan mobilisateur : «Never more ! » «Plus jamais ça !»

Alors, le collectif que préconise notre ami ne serait pas créé pour combattre ce seul livre, mais pour protéger les Juifs - qu'ils soient citoyens d'Israël ou des multiples nations du monde - par toutes voies de droit et tout moyen d'expression, de la déshumanisation et de la diabolisation dont ils sont victimes, suite à une propagande insidieuse et systématique qui infecte les esprits et fait taire les consciences, et finalement expose tout Juif aux agressions incessantes dont nous sommes témoins depuis près de deux ans.

Ci-après, quelques éléments de réflexion historique et analogique.

Un peu d'histoire : L'exemple de L'Alliance Israélite Universelle

En 1860, avec quelques amis influents, Auguste Crémieux fondait L'Alliance Israélite Universelle (ci-après L'Alliance). Illustre dirigeant de la communauté juive de France, avocat et président du Consistoire israélite de Paris, Crémieux, qui fut, par deux fois, Ministre de la Justice (en 1848 et en 1870), usa de sa grande influence dans les milieux politiques pour défendre partout les intérêts juifs.

L'Alliance s'était donné pour mission, entre autres, de devenir "un centre de progrès moral, de solidarité religieuse et de protection pour tous ceux qui avaient à souffrir de leur condition de Juif". Et de fait, L'Alliance prit maintes fois la défense des Juifs dans les pays où ils étaient opprimés.
Par exemple, elle prit position en faveur de la population juive de Roumanie, où les Juifs ne jouissaient, comme dans toute la Russie voisine, d'aucun droit civique, et étaient souvent persécutés par les autorités. Après la fondation du royaume unifié, on entama des pourparlers pour introduire dans la Constitution l'égalité des droits. Le nouveau souverain de Roumanie, Charles de Hohenzollern, hésitait entre deux partis - l'un ami, l'autre ennemi des Juifs. Le jour où, au Parlement roumain, on discuta la question de l'émancipation, des excès anti-juifs éclatèrent à Bucarest, la capitale : on démolit la nouvelle synagogue et on maltraita les Juifs (juillet 1866). Il en fut de même dans la ville de Jassy, où la population juive était nombreuse. Crémieux se trouvait précisément à Bucarest et il influença le gouvernement, qui fit cesser les pogromes. Mais les Juifs n'obtinrent pas les droits civiques. Les persécutions dont ils étaient victimes s'intensifièrent encore et furent suivies de plusieurs pogromes dans d'autres villes (1870-1873). L'Alliance souleva l'opinion, les diplomates de France et d'ailleurs exigèrent du gouvernement roumain qu'il protégeât ses Juifs. Il céda par crainte des autres puissances, même si l'animosité envers les Juifs ne cessa point (2).

J'ai mis en rouge les actions de L'Alliance de l'époque, qu'aucune organisation juive actuelle, sauf erreur, n'entreprend aujourd'hui. Même si les faits et les époques sont très différents, il paraît difficile de nier l'analogie de situations.

- Alors, les Juifs étaient méprisés et insultés en toute occasion. Aujourd'hui, ils sont inlassablement diffamés par les médias, dans des libelles et jusque dans des livres.

- Alors, les pouvoirs publics se désintéressaient des insultes et des avanies infligées aux Juifs. Aujourd'hui, ils restent largement passifs face aux désécrations de tombes et au saccage de lieux de culte, d'enseignement et d'activités communautaires des Juifs.

- Alors, les Juifs étaient victimes de spoliations et de pogromes. Aujourd'hui ils sont assassinés ou rendus infirmes dans des attentats barbares, au milieu d'une indifférence quasi générale.

Nous avons donc, en l'espèce de L'Alliance Israélite Universelle, un paradigme instructif de ce qui pourrait être fait. A nous d'extrapoler et de mettre en œuvre une action analogue, hic et nunc.


Organisons-nous pour amener les pouvoirs publics à combattre la haine antisémite avec toute les rigueurs de la loi et du droit

Certains objecteront sans doute qu'il ne faut rien exagérer, qu'il n'y a pas de pogromes en France, ni d'ailleurs dans le monde. A cela, il faut répondre sans hésiter : «Allons-nous attendre qu'on nous massacre, pour réagir ?» Et d'ailleurs, on nous massacre bel et bien. Et il ne s'agit plus seulement d'Israéliens. Les Juifs et leurs biens sont frappés partout dans le monde, comme ce fut le cas récemment à Kikambala (Kenya). Auparavant, il y avait eu l'attentat contre la synagogue de Djerba (Tunisie), et, quelques années en arrière, celui contre un centre culturel juif, à Buenos Aires, avec, en tout, plus d'une centaine de victimes juives… Et j'en passe…

- Et puisque, hélas ! nos protestations restent lettre morte.
- Puisque des journaux peuvent, sans coup férir, relayer les accusations les plus monstrueuses colportées à notre encontre par des Arabes et des Palestiniens.
- Puisque un éditeur peut intoxiquer la jeunesse par un ouvrage qui constitue la pire incitation à la haine envers un peuple, jamais publiée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans que le livre soit saisi et retiré de la circulation.
- Puisque notre salut ne viendra pas, au moins à court terme, d'un sursaut de conscience de la population non juive…

Faisons, mutatis mutandis, comme l'Etat israélien, qui n'a jamais baissé sa garde depuis la Guerre d'Indépendance en 1948, allant même jusqu'à déclencher une guerre préventive (1967), pour ne pas perdre la bataille qui pourrait lui coûter son existence.

Appelons les grandes organisations juives existantes (et pourquoi pas L'Alliance Israélite Universelle, justement ?) à créer, en leur sein, un département de lutte contre l'incitation à la haine anti-juive et anti-sioniste. Et si aucune de ces entités n'accepte de prendre en charge cette mission indispensable, créons nous-mêmes l'organisation ad hoc, et remuons ciel et terre pour la faire financer à hauteur de ses ambitions.

Le rôle de l'entité envisagée sera d'agir. Celui des organisations et des médias juifs sera de soutenir ses actions, en suscitant une prise de conscience de l'opinion, en dispensant sans relâche une information honnête et fiable, en rectifiant sans cesse la désinformation, en rendant cœur à nos coreligionnaires et à notre jeunesse juive, par nos écrits, nos recherches, le matériau éducatif que nous créerons, ou que nous diffuserons…

En tout état de cause, si une telle organisation existait, elle bénéficierait, c'est sûr, de l'appui de sites Internet juifs et/ou pro-Juifs, tels que le nôtre, qui réaliseraient pour lui des enquêtes préalables, des recherches documentaires, et, si nécessaire, renforceraient et amplifieraient son action par des campagnes d'information et de sensibilisation de l'opinion publique.

En outre, elle bénéficierait d'un bénévolat compétent, largement insoupçonné et auquel il est trop peu fait appel. Je parle en connaissance de cause. C'est grâce à l'un ou l'autre de ces bénévoles de qualité, qui ont mis leurs compétences diversifiées à notre service, que les deux sites que j'anime – l'un depuis trois ans, l'autre depuis neuf mois – ont pu subsister et même s'améliorer.

Vous pouvez, bien sûr, estimer que je rêve… Les rêveurs dans mon genre ont un illustre prédécesseur. Combien de fois, en effet, un certain Théodore Hertzl, de mémoire bénie, ne s'est-il pas entendu dire que le fameux Etat Juif, qu'il pressentait prophétiquement et désirait de toutes ses forces, n'était qu'un conte qu'il se racontait à lui-même.

Et sa réponse, vous la connaissez :

« Si vous le voulez, ce ne sera pas un conte… »

Menahem Macina

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(1) Ce comité de rédaction n'existe plus aujourd'hui. La majeure partie de ses membres constitue aujourd'hui l'équipe du site Primo-Europe (avec lequel nous avons une synergie cordiale). Le site reinfo-israel.com est devenu upjf.org, mais il resté le même tant sur le plan de la structure et de la présentation que sur celui de la ligne éditoriale. (Mise à jour du 30/05/04)

(2) L'essentiel de ces deux paragraphes s'inspire largement du Précis d'histoire juive des origines à 1934, de Simon Doubnov, mis en ligne par les Editions du Cerf, Chapitre "La lutte pour le droit – Emancipation" bibliotheque.editionsducerf.fr/html/etudes/synthese/histjud/judhis44.htm

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