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Menahem Macina

Que vont faire les nations, face à la détermination d'Israël ?
31/03/2002

Dernière minute : Une église écossaise a déjà jugé Israël, n'hésitant pas à réactualiser le vieux motif des Juifs assassins de Jésus


S'il s'avère, comme l'affirme la Metula News Agency (généralement bien informée), que quelques premiers couteaux d'Arafat, tels le général Shouaki, l'organisateur principal de l'opération manquée du Karine A, Ahmad Sadaat, chef du FPLP - directement impliqué dans plusieurs assassinats de civils israéliens, ainsi que les assassins présumés du ministre israélien du tourisme, Rehavam Zeevi, se trouvent bien dans le QG d'Arafat, le compte crédibilité de ce dernier devrait être clôturé sans délai, surtout si l'on se souvient des affirmations du Président de l'Autorité Palestinienne selon lesquelles ''il faisait tout son possible pour arrêter ces personnes recherchées''.
Il en est de même pour les documents sur lesquels – toujours selon Metula News Agency - Tsahal a mis la main, et qui prouveraient que des opérations-suicide étaient directement dirigées depuis le quartier général de Yasser Arafat. D'autant que ce dernier n'avait cessé de clamer qu'il faisait ''tout son possible'' afin d'empêcher les actions terroristes, allant même jusqu'à émettre des déclarations officielles condamnant les attentats contre ''des civils innocents''…

Sous d'autres climats, aucun autre homme politique n'aurait survécu à une telle infamie. Souvenons-nous : Nixon est tombé pour bien moins que cela…

Alors, d'où provient la chance insolente d'Arafat?

Beaucoup – et je fus du nombre – ont longtemps cru que les hommes politiques, les opinions publiques et les journalistes occidentaux, complexés jusqu'à la moëlle par leur passé de colonisateurs, tentaient, en quelque sorte, de se refaire une vertu en appuyant sans réserve l'entreprise historique d'Arafat en vue de doter son peuple d'une terre et d'un Etat. Nous pensions qu'à leurs yeux, le Président de l'OLP était une espèce de clone oriental de Ben Gourion, et que les nombreuses bavures de son régime, y compris son recours endémique au terrorisme, n'étaient, somme toute, guère plus graves que les actes terroristes de l'Irgoun ou du Groupe Stern, et les évacuations, plus ou moins forcées, d'habitants palestiniens, au motif – souvent exact - que les villageois attaquaient, blessaient et parfois tuaient les Juifs du jeune Yishouv. Et puis – pourquoi le nier ? – ceux d'entre nous qui, dans le passé, avaient lutté – parfois héroïquement - contre les dictatures, le fascisme, le nazisme, la ségrégation, le racisme, l'apartheid et la colonisation, éprouvaient un terrible malaise à se retrouver dans la peau d'usurpateurs d'une terre dont on leur contestait l'appartenance, puis dans le rôle, universellement honni, de l'occupant.
C'est cette conjonction de mauvaise réputation et d'auto-accusation qui a joué en faveur du succès étonnant de ce qu'on a appelé le «mouvement de la paix» - comme si ses membres avaient l'apanage de l'aspiration à la paix, tandis qu'étaient qualifiés d'«ennemis de la paix» et diabolisés ceux y aspiraient tout autant, mais n'étaient pas prêts à accepter les conditions draconiennes et, estimaient-ils, dangereuses, qu'avaient unilatéralement posées les futurs partenaires.

On sait maintenant que toute cette bonne volonté israélienne – qui s'est traduite par des concessions, dont certaines eussent été considérées comme une trahison, quelques années, voire quelques mois auparavant - reposait sur le postulat occidental, classique et implicite, qui préside aux relations normales entre nations civilisées : la bonne foi.

Malheureusement, les règles du jeu politique de Yasser Arafat défient celles du calcul des probabilités. L'homme, insaisissable, imprévisible, incapable, semble-t-il, de prendre une décision et de s'y tenir, de donner sa parole sans la reprendre ou la violer impudemment, a usé plus d'un négociateur. Son art de l'esquive est sans pareil, sa mauvaise foi, intimidante… Cent fois pris en flagrant délit de mensonge, disant en arabe diamétralement le contraire de ce qu'il dit en anglais, agitant le rameau d'olivier devant les publics occidentaux et le revolver devant les foules arabes, appelant les Israéliens à la «paix des braves» et les musulmans au djihad, Arafat, hier encore qualifié de «menteur pathologique» par un Sharon excédé, est aujourd'hui déclaré «ennemi de l'Etat d'Israël» par le même Premier ministre qui, estimant avoir exploré tous les chemins de la négociation et épuisé toutes les voies de recours internationaux s'est résigné à recourir à l'art où il excelle : celui de la guerre.

A l'heure actuelle, il est encore trop tôt pour prévoir comment va tourner toute cette affaire. Toutefois, une chose est sûre : la partie la plus difficile – la plus dangereuse aussi – de ce complexe jeu d'échecs géopolitique ne se jouera pas dans les rues des villes, des villages et des camps palestiniens - qui sont ou seront temporairement réinvestis par Tsahal -, mais sur l'échiquier international. Et il est certain que des pressions énormes vont s'exercer sur Israël et sur son dernier et unique allié de poids – les Etats-Unis.

Mais au fait, pourquoi ces pressions ? – Par horreur de la guerre ? – Sûrement pas : les nations ne sont pas des parangons de vertu, que l'on sache. Alors pourquoi ?

Parce que Arafat est le protégé de la Jet Set Economy – l'équivalent de la mondaine Jet Set Society, ces richissimes happy few qui peuvent tout se permettre parce que leur pouvoir d'achat et/ou leur influence sont énormes, à un point que le commun des mortels ne peut même pas imaginer. La Jet Set Economy dont je parle n'a rien à voir avec une société secrète. C'est plutôt un club extraordinairement restreint et 'select', une Cour des Grands du pouvoir, à qui tout est permis, ou presque, tant qu'ils n'enfreignent pas les règles internes de cette « Cosa nostra » du pouvoir international et de la finance apatride et sans frontière.

Arafat, comme tant d'autres dictateurs au moins aussi corrompus et violents que lui, n'est qu'un pion, ou - pour filer la métaphore - un 'fou', dans cette vaste partie d'échecs mondiale, où les guerres, pour être moins voyantes que les conflits armés, n'en sont pas moins cruelles, sans foi ni loi et implacables.

Et pour cause : il s'agit ni plus ni moins que du partage du monde en zones d'influence économique. Dans le style : je défends tes intérêts pétroliers et tu empêches qu'on touche à mon industrie sidérurgique. Tes ultras (de gauche ou de droite) mettent à mal ma productivité par leurs revendications salariales et leurs grèves, si cela continue, les actionnaires vont s'inquiéter, les actions vont chuter entraînant des faillites, d'où une aggravation du chômage et une radicalisation des mouvements sociaux; alors mets-y de l'ordre et vite!… Et je pourrais multiplier les cas de figure dans tous les secteurs de l'industrie, du commerce et de la finance. Car - il faut nous faire à cette idée - les Etats ne sont plus nationaux que de nom. Ils sont, au mieux, les vassaux de suzeraines multinationales, dont, au bout de la chaîne, les hommes et les femmes ordinaires sont, en quelque sorte, les modernes serfs - poulaines et mauvaise bure de vilain en moins.

Quant aux Chefs d'Etat, ce sont de super-PGG, dont le rôle se borne à maintenir l'ordre chez eux et à drainer les fonds privés pour qu'ils s'investissent dans la consommation. Car le Golem capitaliste mourrait très vite si son cœur économique venait à cesser de pomper le sang frais de l'argent liquide qui doit sans cesse remplacer, dans l'organisme mondial, le sang vicié de tout ce qui est improductif et entrave la vorace nutrition financière du Golem, et qui, pour cette raison, doit impérativement être éliminé.

Les PDG, certes, ne sont pas inamovibles . Mais, dans le monde feutré et très conservateur de la Jet Set Economy, on n'aime guère changer les cadres. Tant qu'ils peuvent encore servir, on les garde ; mieux, on les soigne, on les dope même, s'il le faut, et s'ils jouent bien le jeu de la «Cosa Nostra», on les protège, on couvre leurs fautes et leurs tares les plus honteuses. Pourquoi ? demanderez-vous peut-être ? – Tout simplement parce qu'il est beaucoup plus facile de continuer avec quelqu'un qui a la situation bien en mains (entendez : la situation qui avantage la Jet Set Economy), que de devoir tout recommencer avec un inconnu. Dans la Jet Set Economy on aime la continuité politique, et plus encore les dynasties. Quant aux cadres-chefs d'Etat , on ne déteste pas qu'ils aient de la poigne, au contraire. La masse est féline et imprévisible. Mieux vaut qu'elle soit domptée, et quelques coups de fouets de-ci, de-là, n'ont rien de répréhensible, tant qu'ils n'ameutent pas la société protectrice des animaux de servage.

Telle est la chance insolente d'Arafat. Dans un pays européen, il aurait fait scandale, et ses patrons de la Jet Set Economy l'eussent « lourdé » sans état d'âme. Mais, dans un Proche-Orient encore largement féodal et riche en dictatures - même si ces dernières se donnent des airs rassurants de démocraties -, un Arafat fait figure de perle rare. Si son anglais est tout sauf oxfordien, par contre il sait recevoir et... promettre. De fait, en plus de la politesse – généralement exquise - des orientaux, Arafat cultive l'art subtil des tyrans, celui qui consiste à donner à chaque courtisan l'impression qu'il est plus important et mieux en cour que les autres.

Ainsi, depuis que l'Autorité Palestinienne a perdu ses allures de caravansérail et commence à se profiler comme un Etat en devenir, on a pu voir défiler chez Arafat toute une théorie de grands courtiers de la politique, de l'industrie et de la finance des Etats-fournisseurs, attirés par les considérables perspectives de développement d'une société où tout est à faire, ce qui représente autant de marchés que chaque pays espère bien ravir à l'autre.

D'où l'injonction menaçante - inexprimée mais implicite – qui, jusqu'alors, était proférée à l'encontre de ce « petit Etat de m…. », cet empêcheur de commercer en rond avec les Palestiniens : « Touche pas à mon Arafat ! »

Voilà contre quoi se sont brisés, jusqu'ici, tous les efforts des politiciens israéliens, qui crient au scandale face aux forfaitures et aux crimes d'Arafat. On ne touche pas à Monsieur Arafat, parce que nous en avons besoin. C'est le seul dirigeant arabe non intégriste. Lui, il favorisera nos affaires. On finira bien par le contraindre à s'entendre avec Israël pour que cette région devienne l'Europe du Proche-Orient. Et gare à qui se mettra en travers du chemin des grands commis nationaux de la Jet Set Economy supranationale et compromettra les dividendes qu'elle compte tirer du potentiel économique non négligeable de cette région en développement. Il sera écrasé sans pitié.

Aussi, amis, amies, ne croyez pas un mot de ce que vous disent les grands de ce monde pour justifier leur défense inconditionnelle d'Arafat, et par contraste, flétrir ce qu'ils considèrent comme un sabotage de la part des Israéliens.
Ne croyez pas même le Président des Etats-Unis, lorsqu'il susure, en parlant du « Chairman Arafat », que, tout de même, c'est le président de l'Autorité Palestinienne, démocratiquement élu par le peuple palestinien.

Ce que défendent ces hommes de pouvoir ce n'est pas la démocratie, c'est un baronnet de PDG oriental - sur lequel ils daubent volontiers lorsqu'ils croient que nul ne les entend -, mais un PDG tout de même, un Chef local de la « Cosa Nostra » de la Jet Set Economy. Et gageons qu'ils pensent très fort qu'Arafat a le profil adéquat pour promouvoir leurs immenses intérêts dans la région, et qu'il serait vraiment dommage pour leurs affaires que les Israéliens - ces paranos de la sécurité - refusent de se laisser massacrer sans se défendre, au risque réduire à néant des années de marketing et d'investissements qui allaient porter leurs fruits…

C'est pourquoi, à mon avis, la question n'est pas de savoir si Israël viendra à bout de son opération de destruction de la logistique terroriste palestinienne? - Il n'y a aucun doute là-dessus, pour peu qu'on leur laisse les mains libres.

La vaie question qu'il convient de se poser est la suivante : Que vont faire les nations, face à la détermination d'Israël?

Menahem