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Éditorialistes
Menahem Macina

Refus d'inscription d'un doctorant israélien à Oxford, M. Macina
29/06/2003

28/06/03

Un événement scandaleux vient de se produire. En voici l'essentiel. Amit Duvshani, un Israélien, pose, il y a quelques semaines, sa candidature pour l'accession au cycle de doctorat à l'université d'Oxford. Le 23 juin, il reçoit une réponse d'Andrew Wilkie, professeur de pathologie à l'Institut Weatherall de Médecine Moléculaire, John Radcliffe. Ce dernier informe Duvshani qu'il ne peut accepter sa candidature au motif que celui-ci a servi dans l'armée (comme tout citoyen israélien qui n'a pas dépassé la limite d'âge pour la conscription).

La nouvelle se répand sur le Net, à la vitesse de la lumière, et les e-mails s'accumulent bientôt dans la messagerie du professeur comme dans celle de la chancellerie de l'Université d'Oxford, qui réagit immédiatement par un désaveu de l'attitude de l'enseignant, rend publique la lettre d'excuses de ce dernier et annonce l'ouverture d'une enquête interne.

Il semble qu'il y ait lieu de s'interroger. Faut-il se limiter à la simple relation du fait et en rester là, puisqu'il y a eu désaveu et excuses? Ou convient-il de donner une large publicité à l'événement, pour qu'il serve d'avertissement salutaire à tout enseignant ou établissement d'enseignement ?

Ce comportement aberrant réveillera sans doute, surtout chez les aînés, des réminiscences tragiques du temps où le nazisme allemand et sa version collaborationniste française expulsaient les professeurs juifs de leurs postes et interdisaient aux "israélites" l'accès aux études universitaires. Il s'agit donc, en soi, d'un événement moral grave, ne serait-ce qu'en raison de son caractère blessant et discriminatoire, même s'il a pour origine une initiative personnelle et n'a pas été entériné par l'institution. On concèdera, en effet, qu'il relève plutôt d'un comportement aberrant et marginal et que sa portée restera sans doute limitée.

Faut-il, pour autant, considérer l'événement comme sans portée ni enseignement? Il ne semble pas. En effet, le seul fait qu'une telle perversion de l'exercice de la défense des opprimés – dont on sait qu'elle est largement répandue et très en cour - ait pu trouver son expression chez un membre du corps professoral en dit long sur le délabrement du discernement à tous les niveaux et dans toutes les couches de la société. Ce constat inquiétant autorise à se demander si l'on n'a pas affaire à l'un des symptômes d'un mal plus sérieux qu'il n'y paraît. Et, pour filer la métaphore médicale, n'est-il pas temps d'adopter une prophylaxie énergique, voire de créer un véritable département de médecine préventive appliquée aux cas, de plus en plus aigus et fréquents, de zèle idéologique et politique intempestif et partisan.

Le fait que les cibles de cette diabolisation soient uniquement des Israéliens devrait alerter. Les exemples historiques des dangers de cette singularisation mortifère sont encore trop présents – voire récents – pour que nous soyons autorisés à les classer trop vite au rang des phénomènes déviants et, par conséquent, dénués de toute portée, voire de toute signification.

Sans pour autant tomber dans le harcèlement, ni surtout dans le dolorisme narcissique, il semble raisonnable et opportun que les Juifs – éventuellement secondés par leurs amis qui ne le sont pas – attirent fermement l'attention des politiques et des intellectuels sur les dangers inhérents à la propension, fort prisée par nos contemporains, à s'ériger en détracteurs d'Israël, sur base de critères passionnels et dans l'ignorance la plus totale de la complexité des situations et des mentalités dont font preuve ces inquisiteurs zélés de la nouvelle religion des droits de l'homme, qui, si on les laissait faire, rallumeraient les bûchers.

Menahem Macina

© upjf.org et Menahem Macina pour les traductions et le commentaire.


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Ci après les principales pièces relatives à l'incident

Les traductions françaises ont été réalisées par M. Macina pour upjf.org. Elles peuvent être reproduites sous réserve de la mention d'origine accompagnée du lien au document, sous la forme complète suivante: "Traduction UPJF : www.upjf.org/documents/showthread.php?&threadid=4686".

1) Réponse du professeur d'Oxford au candidat israélien

De: Andrew Wilkie awilkie@worf.molbiol.ox.ac.uk
A : Amit Duvshani duvshani@post.tau.ac.il
Envoyé: Lundi, 23 juin 2003 9:58 AM
Objet: Re: Candidature au doctorat

Cher Amit Duvshani,

Merci de me contacter, mais je ne pense pas que cela marchera. J'ai un énorme problème avec la manière dont les Israéliens placent haut le niveau moral, en raison du traitement épouvantable qui fut le leur durant l'Holocauste, puis commettent des abus brutaux en matière de droits humains aux dépens des Palestiniens, parce que ces derniers veulent vivre dans leur pays.

Je suis sûr qu'à titre personnel, vous êtes tout à fait sympathique, mais il n'est pas question que je prenne quelqu'un qui a servi dans l'armée israélienne. Comme vous en êtes sans doute conscient, je ne suis pas le seul scientifique britannique à avoir ce point de vue, mais je suis sûr qu'en cherchant un peu, vous trouverez un autre laboratoire approprié.


Bien à vous
Andrew Wilkie
Nuffield Professor of Pathology,
Weatherall Institute of Molecular Medicine,
The John Radcliffe,
Headington,
Oxford OX3 9DS,
UK.
Tel (44)-1865-222619

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2) Communiqué de l'Université d'Oxford

Université d'Oxford – Communiqué de Presse, 27 juin 2003

Observations du professeur Andrew Wilkie


Un porte-parole de l'université d'Oxford a déclaré:

"Notre personnel peut avoir des opinions personnelles très arrêtées. La liberté d'expression est un principe fondamental de la vie universitaire, mais en aucun cas, nous ne sommes disposés à accepter ou excuser un comportement qui semble ou est discriminatoire à l'égard de quiconque pour des raisons d'appartenance ethnique ou de nationalité, soit de manière explicite soit indirectement. Ce candidat a le droit de soumettre une demande et de la voir traitée équitablement conformément à nos critères généraux.

"Le professeur Wilkie a publié des excuses personnelles concernant les remarques qu'il a faites par courrier à un candidat à un diplôme de recherche à Oxford. Une enquête approfondie sur cette affaire est actuellement en cours conformément aux procédures de l'université et un rapport sera remis au Président de l'université, la semaine prochaine."


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3) Excuses du Prof. Wilkie :

[Elles figurent à la suite du Communiqué ci-dessus, en ces termes :]

Notes aux rédactions :

Voici le texte intégral des excuses du professeur Wilkie :

"Je reconnais que mon courrier du 23 juin et l'expression inopportune de mes opinions personnelles qui y figurait ont pu causer de la détresse, et je m'en excuse. Je ne parlais pas au nom de l'Université d'Oxford ni d'aucune de ses composantes. J'accepte entièrement la politique de l'Université d'Oxford en matière d'Egalité des Chances et d'Egalité des Races."

Public Relations Office, University Offices
Wellington Square, Oxford OX1 2JD,
Tel 01865 280528, Fax 01865 280535

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4) Nouvelles excuses du Prof. Wilkie, en réponse à un e-mail de plainte:

From: Andrew Wilkie
To: Igal Azuelos
Subject: Re: your reply to Mr Douvshani
Date: Sat, 28 Jun 2003 16:17:48 +0100

Je vous prie de trouver, ci-joint, une rétractation sans réserve [voir plus haut]. J'ai eu entièrement tort d'agir ainsi, et je m'en excuse.
Je ne suis pas antisémite et, ironiquement, Primo Levi est un de mes auteurs préférés.
Je suis désolé. Je vous prie de trouver la force de me pardonner.
Ayez la bonté de faire suivre ce message.

Vôtre.

Andrew Wilkie


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5) Textes originaux anglais du communiqué de l'Université et du message d'excuse du Prof. Wilkie:


University of Oxford

News release


27 June 2003

Comments by Professor Andrew Wilkie

A spokesperson for the University of Oxford said:


"Our staff may hold strongly felt personal opinions. Freedom of expression is a fundamental tenet of University life, but under no circumstances are we prepared to accept or condone conduct that appears to, or does, discriminate against anyone on grounds of ethnicity or nationality, whether directly or indirectly. This candidate is entitled to submit an application and to have it dealt with fairly according to our normal criteria.

"Professor Wilkie has issued a personal apology regarding remarks he made by e mail to an applicant for a research degree at Oxford. An immediate and thorough investigation of this matter is now being carried out in accordance with the University's procedures and a report will be presented to the Vice-Chancellor next week."


Note to editors:

The full text of Professor Wilkie's apology is:


I recognise and apologise for any distress caused by my e mail of 23 June and the wholly inappropriate expression of my personal opinions in that document. I was not speaking on behalf of Oxford University or any of its constituent parts. I entirely accept the University of Oxford's Equal Opportunities and Race Equality policies."

- End -

Public Relations Office, University Offices,
Wellington Square, Oxford OX1 2JD
Tel: 01865 280528, Fax: 01865 280535

[Texte anglais aimablement communiqué par Itsu.]

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6) Réponse de Naomi Ragen, Juive israélienne et écrivain :



Cher Dr. Wilkie,

Quelle merveille qu'Internet! Les antisémites en chambre ne peuvent plus tramer leurs petites affaires, cachés dans l'ombre. Maintenant, le monde entier sait qui vous êtes, car votre parti pris répugnant à l'égard de Amit Duvshani est maintenant visible par tous là-bas [sur le Net].

Les Juifs ont vécu sur la terre d'Israël durant trois mille ans.

En réalité, comme l'a fait remarquer Disraeli [Juif et homme d'Etat anglais, 1804-1881] : "alors que vos ancêtres se balançaient encore dans les arbres, les nôtres étaient prêtres dans le Temple de Salomon".

Vous pouvez accepter ou rejeter [la candidature de] M. Duvshani sur base de ses diplômes universitaires. Mais le disqualifier sur base de ce qui le constitue en tant qu'être humain, parce qu'il a servi dans l'armée israélienne et a défendu les Juifs dans leur patrie ancestrale, me montre à moi – qui suis Juive, Israélienne, auteur de six livres, d'une pièce de théâtre, et de nombreux articles - que vous, les 'Engliches', vous vous balancez toujours dans les arbres avec une moralité néanderthalienne qui a l'odeur pestilentielle d'époques récemment révolues.

Honte à vous, Herr Professor! Honte à Oxford!

Naomi Ragen


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7) Réponse de Posy McMillen, chrétienne américaine et historienne

Dr. Wilkie,

Je suis consternée de votre réponse à Amit Duvshani, le candidat israélien au doctorat. La réponse que vous lui avez faite est la lettre la plus raciste et dogmatique la lettre que j'aie lue depuis les années '30.

Je suis chrétienne et historienne du Proche-Orient. Il est évident qu'il y a des lacunes intellectuelles dans votre connaissance de la question "palestinienne".
Les Juifs ont vécu sur la terre d'Israël depuis l'époque de la captivité babylonienne (VIe siècle avant notre ère). La présence des Juifs sur cette terre a été continuelle et, à l'exception de quelques périodes – malheureusement sous domination chrétienne – la présence juive à Jérusalem ne s'est jamais interrompue.

Les "Palestiniens", par contre, sont venus, pour la plupart, de Syrie, du Yémen, d'Egypte, etc., à la fin du XIXe siècle. Les brutaux abus que vous vous plaisez à reprocher aux Juifs sont, en réalité, les brutaux abus (attaques terroristes contre des bus scolaires, des centres commerciaux, etc.) à l'encontre des Juifs parce qu'ils veulent vivre sur LEUR terre.

Je suggère que vous lisiez certains des journaux arabes de Jaffa et Haïfa, etc., qui subsistent encore, pour lire ce que l'on disait, en 1947, des Arabes qui fuyaient le pays. 67% des Arabes de Haïfa sont partis sans avoir jamais vu un soldat israélien. Leurs propres journaux les qualifiaient de traîtres pour être partis. Les journaux juifs leur demandaient de ne pas partir. Ceci pour l'histoire 'révisionniste'.

Je trouve inimaginable que quelqu'un d'assez intelligent pour enseigner à Oxford puisse être aussi dogmatique – ici, au Texas, nous appelons ces gens-là des "péquenots" (red-neck).

Monica McMillen
Fort Worth, Texas


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Quelques adresses :

information.officer@admin.ox.ac.uk
et: Chef de DR Ken Fleming de Division médicale des sciences
ken.fleming@medsci.ox.ac.uk

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Mis en ligne le 28 juin 2003 sur le site www.upjf.org - Mise à jour : 29 juin ----- Original Message -----
From: Geronnez Emmanuel
To: m.macina@skynet.be
Sent: Monday, July 07, 2003 12:35 AM
Subject: Re: Candidature à Oxford


Je me permets de vous écrire suite à l'attentive lecture de ce fait divers dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Quant à votre réflexion sur la question :"Quel enseignement faut-il en tirer? Je voudrais juste y apporter ma maigre contribution.

N'étant pas juif et n'étant pas catalogué immédiatement par mes interlocuteurs, j'ai pu me rendre compte, d'après mes nombreux contacts avec des personnes hautement considérées dans les différents milieux intellectuels, d'une effroyable judéophobie ambiante. Celle-ci ne cesse de croître.

Combien ne fus-je pas étonné de voir qu'il devient convenable d'être anti-israélien dans une société en perte de valeurs. L'extension du particulier au général est facile, comme c'est bien trop souvent le cas dans de nombreux domaines. Il devient politiquement correct d'être judéophobe, ou, à tout le moins, cela n'est plus discuté et tombe dans le domaine plat des évidences.

Il y a encore peu de temps, par manque d'encouragements, les gens préféraient rester neutres sans que la balance penche d'un côté ou de l'autre. Ce n'est plus le cas, la brèche est ouverte. Il ne faut pourtant pas s'alarmer, mais il faut réagir. Facilitation sociale aidant, et lâcheté soutenant, une gigantesque vague judéophobe risque de secouer non plus seulement le petit continent européen, mais bien d'autres milieux, cultures, peuples.

N'est-il pas plus facile, pour le citoyen lambda, de se ranger du côté du plus fort, d'accepter une opinion que mille arguments viennent étayer chaque jour (et peu importe leur degré de véridicité), de généraliser à outrance, par pur confort social et intellectuel, que de se forger véritablement une opinion, d'analyser, de rechercher, et, par dessus tout, d'écouter.

Le malheur n'est pas affaire de race, de culture ou de religion, il n'est pas davantage l'apanage d'un seul, mais il reste fondamentalement humain. C'est cela qu'il faut, par tous les moyens, faire entendre et comprendre.

C'est pourquoi j'invite le noble peuple juif, qui se tait par excès de décence et d'intellectualisme, à mieux se faire entendre dans un monde ou de telles qualités se déprécient à vue d'oeil.