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Menahem Macina

Non soluble dans le pacifisme, le conflit palestino-israélien, M. Macina
04/08/2004

Commentaire personnel de "Arafat, le rabbin et quelque 200 chrétiens de gauche".
Reproduction strictement interdite.


C'est le privilège d'un responsable de site que d'avoir la faculté de mettre en ligne ses propres contributions, pourvu que leur fréquence et leur teneur soient raisonnables, ne portent atteinte ni à la sécurité publique, ni aux bonnes mœurs, et ne soient pas préjudiciables à autrui. C'est donc à ce titre que je publie ici mes réactions personnelles à ce qui s'est passé au cours du périple – qui se qualifiait lui-même d'"itinéraire spirituel" -, réalisé, début novembre 2003, par quelque 200 français, majoritairement chrétiens et de gauche, soucieux d'apporter leur contribution à la paix en Terre Sainte. On aura donc compris que les analyses et jugements de valeur qui suivent n'engagent que ma personne et ne représentent pas forcément l'opinion de l'UPJF, et que j'en assume par avance la responsabilité.


Toute analyse digne de ce nom doit répondre à un certain nombre de critères, parmi lesquels figurent, en priorité, l'objectivité, l'absence de préjugés, et l'exclusion de tout procès d'intention.

Ceci étant dit, il importe de souligner qu'aucune analyse, si sincère et honnête qu'elle s'efforce d'être, ne peut se targuer de satisfaire pleinement aux critères énoncés. C'est le cas, particulièrement, quand l'analyste est profondément impliqué dans la problématique dont il traite, et a fortiori lorsqu'il a quelque compétence dans les domaines à propos desquels ont été émis des jugements de valeur qu'il estime erronés, ou lancées des critiques, voire des attaques, où le parti pris et l'irrationnel l'emportent, à l'évidence, sur l'observation.

Je serai clair. A mon avis, l'analyse et la critique objective n'existent que dans les sophismes des idéologues pour qui toute opinion contraire à la leur ne mérite que le lynchage. Même si elle s'en défend, la critique est toujours engagée, si ce n'est militante, surtout lorsqu'elle se mêle de porter un fer malhabile, voire mortel, dans les plaies à vif de peuples en conflit, sans avoir, auparavant, acquis aux moins les rudiments d'anatomie géopolitique et de chirurgie historique. Rien d'étonnant, dès lors, si ces ignares apprentis-sorciers de la dissection événementielle, armés du bistouri de l'opinion, transforment, en moins de temps qu'il en faut pour le dire, un organisme vivant et complexe en un cadavre inidentifiable.

Seul palliatif à cet aspect incontournable et, en quelque sorte, congénital de la critique : l'empathie – ou faculté de se mettre à la place de l'autre - dont doit faire preuve quiconque entreprend l'examen des actes et propos d'autrui, si désobligeants ou injustes qu'ils soient à l'endroit de la cause qui lui est chère.

Je m'efforcerai de correspondre moi-même à ces normes dans les lignes qui suivent.

L'analyse tentée ici suit l'ordre des chapitres de la transcription que j'ai faite du reportage du réalisateur Yves Jeuland, dont je salue ici le talent, le tact, la saine distanciation idéologique et l'objectivité dont il a fait preuve en filmant quelques étapes et moments forts de ce périple. (Voir le document intitulé "Arafat, le Rabbin et quelque 200 Chrétiens de gauche".)


Avant-Propos


On peut s'interroger sur l'efficacité, voire le bien-fondé d'une initiative consistant à 'parachuter' un 'commando de la paix' sur une région qui est terra incognita pour la majorité de ses membres, et au cœur d'un des conflits les plus complexes et les plus controversés du globe.

Mais puisque notre civilisation occidentale prône comme une valeur et un droit imprescriptibles l'expression de toute opinion – fût-elle la plus farfelue, ou la plus offensante pour la vérité et la décence intellectuelle -, je jouerai donc le jeu et m'efforcerai de juger, comme on dit, l'arbre à ses fruits.

D'entrée de jeu – et ceci vaut particulièrement pour celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de visionner ce remarquable document -, il faut savoir que ce documentaire d'une cinquantaine de minutes diffusé par France2 le 29 juillet, à 22h 40, constitue une espèce de "best of" des moments les plus significatifs du périple d'un minuscule échantillon, plus ou moins disparate, de ce que les Socialistes européens appellent "le peuple de gauche".

Qu'on ne voie aucune ironie de mauvais aloi dans ce rappel. Le fait est là, incontournable, que la gauche française (et pas seulement elle, d'ailleurs) a, sans la moindre équivoque, et ce depuis plusieurs années, choisi son camp par rapport au conflit palestino-israélien. Malgré leurs dénégations frénétiques, les dirigeants socialistes n'ont que critiques pour le parti au pouvoir en Israël, ignorant superbement qu'il n'a pas pris le pouvoir par un putsch, mais a été porté au pouvoir, de la manière la plus démocratique qui soit, c'est-à-dire par des élections dont nul n'a osé mettre en cause la légitimité. Les méthodes socialistes françaises sont infiniment moins démocratiques, et les Juifs soucieux du sort de l'Etat d'Israël ne sont pas près d'oublier l'éviction honteuse de la liste des députés candidats aux élections européennes, du socialiste François Zimeray, qui s'est attiré de nombreuses inimitiés européennes pour avoir osé dire que le roi Arafat était nu. Mais c'est surtout le soutien inconditionnel fidèlement apporté à Yasser Arafat et à sa clique corrompue qui a consommé le divorce entre leur parti d'origine et un nombre apparemment considérable de Juifs de gauche, qui estiment qu'il faut avoir délibérément tourné le dos à la vérité et à la morale pour continuer de cautionner un potentat oriental meurtrier et menteur pathologique, qui torpille systématiquement toute possibilité d'accord entre Israël et le camp des Palestiniens pragmatiques.

Ceci étant dit, il serait simpliste et même erroné d'affirmer que "le peuple de gauche" est congénitalement anti-israélien et surtout complice – volontaire ou objectif - de la volonté de destruction de l'Etat Juif, qui anime un Arafat. Il reste que, poussés dans leurs retranchements, les réactions des adeptes de la gauche socialiste française à des soupçons, voire à des accusations de faire – même si c'est involontairement – le jeu des ennemis d'Israël les plus acharnés à sa perte, dépassent rarement le stade de la dénégation, plus ou moins agressive, et ne se distinguent pas particulièrement par une dialectique politique ou idéologique convaincante.

Faute d'avoir présent à l'esprit ce schéma – forcément sommaire, mais assez représentatif de la situation -, on se condamne à ne rien comprendre aux démarches, propos, émotions, colères et frustrations de quelques-uns des deux cents Français, qu'a suivis dans leur périple le remarquable documentaire d'Yves Jeuland, intitulé "La Paix, nom de Dieu !", et dont il a fixé les temps forts.



I. L'enfant de la haine


Quelques remarques, au passage, sur ce qui n'est pas mentionné dans ce documentaire. En ces temps de guerre, nous avons rarement l'occasion de déambuler, par personnes interposées, dans ce qu'on appelle un camp de réfugiés. Et, au fait, pourquoi "camp"? Ce que nous voyons à l'écran n'a rien d'un camp selon l'acception habituelle du terme. Pas de tentes, ni de baraques en tôle, rien que des bâtiments en dur, disgracieux, certes, mais tout sauf des cabanes de zonards comme celles que j'ai connues personnellement, dans les banlieues du nord de Paris, par exemple, à Sarcelles et Stains, dans les années 60, et qui abritaient des Français de souche. Un peu d'attention permet d'apercevoir, dans le lointain, au détour d'une rue, un immeuble de plusieurs étages – peut-être six ou huit, je ne les ai pas comptés. A voir les passants qui déambulent paisiblement et les groupes d'enfants qui jouent, on a du mal à imaginer que la région est en situation d'occupation militaire.

La caméra nous montre des membres du groupe français tentant de lier conversation avec des autochtones, qui ne sont visiblement ni dépenaillés, ni hagards, ni faméliques, comme les (authentiques) réfugiés d'autres pays, que nous sommes habitués à voir dans les reportages télévisés. Quiconque a une once de conscience et de bon sens devrait réfléchir et commencer de s'interroger sur l'authenticité de l'expression "camp de réfugiés", au miroir des images qu'il peut voir, en ces instants.

Ayant personnellement arpenté, à maintes reprises, les rues de Ramallah, Abu Dis, El Azarieh, et de bien d'autres localités palestiniennes - quand des Juifs pouvaient encore le faire sans crainte pour leur vie -, je puis témoigner que ce "camp", est tout bonnement un ancien village devenu une petite bourgade. Et celles et ceux qui y habitent ne portent le nom de réfugiés que parce que l'UNRWA leur sert régulièrement, depuis plus d'un demi-siècle, comme à des millions d'autres Palestiniens, des aides financières et en nature. Ce que Mark Steyn écrivait, en avril 2002, à propos de Jénine ("L'ONU est à court d'aveugles qui ne veulent pas voir"), s'applique, mutatis mutandis à cette bourgade, qualifiée de "camp de réfugiés" :

"Pourquoi le camp de réfugiés de Jénine est-il toujours là ? Les Palestiniens sont le seul peuple de la terre à avoir leur propre agence permanente de l'ONU - l'Agence des Nations unies pour l'Aide et l'Action en faveur des Réfugiés de Palestine [sigle anglais : UNRWA], établie peu de temps après que les Arabes aient perdu leur première guerre stupide contre Israël, en 1948. On supposait que l'UNRWA constituerait un effort provisoire, comme c'est le cas habituellement, et que les nations arabes prendraient bientôt leurs responsabilités. Mais les Arabes ont astucieusement fait le calcul que les Palestiniens leur étaient plus utiles en étant à la charge de l'ONU. C'est comme cela que nous voici à Jénine, un "camp de réfugiés" sur le point de célébrer son cinquantenaire. Fondé en 1953, ç'aura été un camp de réfugiés sous les régimes jordanien et israélien, et sous celui de l'Autorité Palestinienne. Voici un camp de réfugiés plus ancien que la plupart des Etats d'Afrique, des Caraïbes, ou du Pacifique. Mais l'UNRWA lance toujours ses appels "d'urgence", pour une urgence qui date de 54 ans… Remontons aux autres grandes vagues de réfugiés de cette époque: imaginez que les millions de personnes déplacées de l'Europe, à la fin de la guerre, ou du sous-continent indien, après la partition, soient aujourd'hui encore dans des camps, avec leurs enfants, petits-enfants, et arrière-petits-enfants - trois générations dont aucune n'a jamais vécu là d'où elles sont censées être réfugiées. Qui aurait intérêt à une telle situation ?" (1)

Mais revenons à notre groupe de "pèlerins de la paix" – dont la majorité, si ce n'est la totalité, ignore tout de la genèse de la situation de ces "réfugiés". Et observons-les. Ils déambulent, de l'air emprunté qu'ont la majorité des touristes et pèlerins en tous genres, dans cette région dont ils ne comprennent ni la langue, ni la mentalité, ni les coutumes.

Un bon nombre d'entre eux ont toutefois une particularité qui tient à la nature de leur visite dans ce pays : ils sourient béatement à tous les Palestiniens qu'ils rencontrent, et même leur parlent, comme si ces gens pouvaient les comprendre. La caméra d'Yves Jeuland suit un instant les mimiques engageantes et les propos de la doyenne chrétienne du groupe, Madame Bourgoin :

"Bonjour… Bonjour, mes enfants… Ah, ils ne répondent pas. Bien sûr ils ne connaissent pas notre langue, et je suis là à leur dire : bonjour…"

Puis, soudain, se produit l'événement que nul n'attendait. J'ai relaté, dans ma transcription, l'attitude et les propos de l'enfant palestinien dont la rancœur et la colère se focalisent sur le rabbin qu'il a immédiatement identifié. Je n'y reviendrai donc pas.

Les membres du groupe ont-ils remarqué que l'enfant - comme ses petits camarades, d'ailleurs - ne dit jamais "les Israéliens", mais "les Juifs", Yahoud ? L'appellation est courante, surtout chez les jeunes. Elle connote l'hostilité ancestrale, inscrite dans la tradition musulmane, en général, et coranique, en particulier, envers le peuple méprisé tout autant que redouté pour son imaginaire puissance occulte et ses prétendus défauts mille fois ressassés dans la littérature islamique et arabe : lâcheté, avarice, cruauté, etc.

Que ces enfant haïssent les occupants de leur pays, ou ce qu'ils considèrent comme tel, qu'ils s'insurgent contre la disproportion entre les forces de la résistance palestinienne et celles de "l'envahisseur sioniste", rien de plus compréhensible. Mais les Français qui font étalage de leurs bonnes intentions et tentent de se concilier les bonnes grâces de ces jeunes Palestiniens vaguement hostiles, par des gestes avenants et des mines engageantes, savent-ils que ces gamins subissent, à longueur d'années, un lavage de cerveau scolaire et culturel, qu'il faut bien appeler par son nom : "enseignement de la haine" ?

Revenons au geste fort, qui restera probablement inscrit dans les annales de Témoignage chrétien : celui de ce rabbin – courageux ou inconscient -, qui bénit l'enfant palestinien le plus agité du groupe, celui-là même qui vient de lui lancer à la figure : "C'est notre dernier combat avec vous !"

Certains s'extasieront et érigeront en modèle ce rabbin au comportement évangélique. Ils évoqueront le : "Si l'on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche", ou le "Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous persécutent"… dont se targuent tant de chrétiens, dont - soit dit en passant -l'héroïsme ne va jamais jusque-là. D'autres, plus pragmatiques, plus psychologues aussi, se récrieront devant ce qui leur apparaît comme un geste inapproprié.

Ce qui est sûr, c'est que l'improvisation a fait choc. Le rabbin lui-même en est ému aux larmes. Pas le gamin.

En regagnant leurs cars, ces "pèlerins de la paix" se sont-ils interrogés sur la futilité de cette visite-éclair et sur l'inconvenance de ce geste, qui se voulait pacifique. Se sont-ils demandé s'il était possible de panser, à si bon compte, l'honneur blessé de cet enfant, fier et sauvage, humilié par la défaite de son peuple ? D'apaiser sa soif inextinguible de vengeance par un geste symbolique, sans doute plein de sens pour un Occidental pétri de culture judéo-chrétienne, mais qui, dans le contexte de Jihad où baigne ce jeune musulman, aura probablement été perçu comme une humiliation, voire une provocation insultante ?


II. Piégés par Arafat


Je ne m'attarderai pas sur les détails de cette mystification, bien dans la ligne du maître manipulateur qu'est Yasser Arafat, ni sur les réactions de certains participants. Tout cela a été décrit, par le menu dans ma transcription déjà citée.

Par contre, si l'on s'en tient à ce qui nous est donné à voir et à entendre dans le documentaire, il y a lieu de s'interroger sur l'absence totale de réaction aux énormités proférées par Yasser Arafat, lors de son allocution, à la Mouqataa. On se limitera ici à deux d'entre elles :

1) Arafat élève triomphalement un rapport, donné pour américain et censé affirmer que les Israéliens utilisent des munitions prohibées :

"Israël utilise tous ses avions, ses chars, ses blindés et aussi des armes interdites au niveau international … Israël utilise de l'uranium appauvri contre le peuple palestinien. Le pourcentage de cancers dans notre peuple a augmenté aujourd'hui dans les mêmes proportions qu'à Nagasaki et Hiroshima."

Voici ce qu'objecte à ces propos délirants le correspondant PALESTINIEN de l'agence d'information Metula News Agency, Sami el-Soudi, dans un article du 31 juillet, intitulé "Au jeu d'Arafat" :

"Les Israéliens disposent d'environ 600 chasseurs bombardiers. Cette année, ils n'en ont utilisé aucun pour leurs éliminations ciblées… Au sujet des cancers et de sa comparaison avec les villes martyres japonaises, elles prouvent que celui qui nous dirige est un fou, un menteur pathologique, le meurtrier de son peuple, ainsi qu'un pyromane de conflits. Ceux qui lui font crédit sont ses complices."

2) Arafat brandit un agrandissement d'une statue de la Vierge Marie, en martelant :

"À Bethléem… Elle a été détruite par 18 roquettes. Et pas un mot dans le monde entier contre ça ! Qui peut accepter cela ? C'est notre Sainte Marie ! C'est la seule femme qui est citée dans notre Coran, et il lui arrive ça !"

On est en droit de se demander de quelle matière miraculeuse est faite cette statue (de facture contemporaine), dont la destruction a nécessité rien moins que 18 roquettes ! Quant à la comparaison entre la destruction de cette 'oeuvre d'art' et celle des Bouddhas d'Afghanistan, elle met au jour, une fois de plus, la paranoïa et l'ignorance crasse de ce chef terroriste qui ignorera toujours la différence entre une simple statue – fût-elle plus résistante qu'un cuirassé – et des monuments millénaires appartenant au patrimoine culturel de l'humanité.

Et mieux vaut passer pieusement sur l'ignorance coranique dont témoigne Arafat lorsqu'il affirme que Marie est "la seule femme citée dans le Coran", alors qu'il y est parlé, entre autres, de la femme d'Abraham (plusieurs fois citée) ; des filles de Lot ; d'Assya, femme de Pharaon ; de la femme de 'Imran, la mère de Myriam (que le Coran confond allègrement avec Marie, mère de Jésus, alors qu'il s'agit de la sœur de Moïse et d'Aaron) ; de la reine de Saba ; de la femme de Zacharie ; etc., etc. (2)


Le fait est là. Quiconque regarde les visages des participants - dûment filmés par la caméra d'Yves Jeuland, tandis qu'Arafat proférait ces stupidités (particulièrement celle des taux de cancer équivalents à ceux d'Hiroshima, et celle des 18 roquettes contre une statue) - ne peut que constater l'incroyable. Pas un battement de cils, pas un sourire ironique, pas un haussement de sourcils ou d'épaule, pas la moindre dilatation de pupille exprimant l'incrédulité… Rien que la fixité des regards rivés sur le raïs, comme celui de la proie paralysée par l'œil torve du serpent dont la tête qui, pour l'heure, dodeline lentement, s'apprête à frapper comme l'éclair…


Reste à rendre compte, à présent, de l'épisode, confus et encore indéchiffrable, de "l'enlèvement" du rabbin Philippe Haddad. J'écris "enlèvement", car, sur le coup, il m'a semblé qu'on entraînait de force le pauvre homme (voir ma transcription : chapitre II). J'ai re-visionné dix fois ce passage sans parvenir à déceler s'il s'agissait d'une contrainte (au moins psychologique), ou du déroulement d'un scénario préétabli.

Si l'on penche pour la première hypothèse, on interprétera comme probants le fait que Haddad n'a pas applaudi au discours du raïs, et celui de la (faible) résistance que le rabbin semble avoir opposée, lorsque le photographe d'Arafat l'entraînait énergiquement vers l'estrade.

Les partisans de la thèse du geste concerté expliqueront les mêmes attitudes par la timidité et la modestie foncières du personnage.

Bref, sur ces bases, il est impossible de trancher dans un sens ou dans un autre.

Pour en savoir plus, il faudra attendre l'analyse du chapitre IV, entièrement consacré à la personnalité du rabbin qui pleure. En attendant, il ne serait pas honnête de ma part de passer sous silence le profond malaise que j'ai ressenti au spectacle affligeant de ce dirigeant religieux juif transformé en fontaine, et servant de faire-valoir au petit despote répugnant qu'est Yasser Arafat.



III. Les masques tombent



J'ai abondamment re-visionné cette séquence, car elle me semble livrer la clé de l'état d'esprit réel de ce public particulier à l'égard du conflit palestino-israélien.

Comment ne pas s'étonner, en effet, de l'attitude hostile, voire insultante, de ces gens, majoritairement de gauche, envers cet Israélien, rescapé d'un attentat palestinien meurtrier, et qui se targuait, justement, de sa qualité de Juif de gauche, comme les communistes d'autrefois, qui considéraient comme un titre de gloire d'être issus d'une famille ouvrière ?

"Pour me situer, une anecdote. Grièvement blessé, et intubé, j'étais incapable de parler. Par contre je pouvais écrire, et la première des choses que j'ai griffonnées, c'est : al-tid'agou, ani 'adaïn smolani – NE VOUS INQUIÉTEZ PAS : JE SUIS ENCORE DE GAUCHE !"

On se souvient peut-être de ce que j'écrivais, à ce propos, dans ma transcription

"Avec une telle entrée en matière - un peu racoleuse et visant sans doute à se concilier ce public de gauchistes chrétiens -, le jeune étudiant israélien francophone espérait peut-être mieux faire accepter son sionisme. Il ne s'attendait certainement pas à ce qui suivit."

Et de fait, peu après, tout dérape. Pourquoi ? Me suis-je demandé durant les longs moments que j'ai consacrés à visionner et visionner encore cette séquence. Qu'a donc dit de si scandaleux, ce jeune homme, pour que désormais la salle lui manifeste une hostilité irréductible quoi qu'il tente, quoi qu'il dise, pour être à nouveau en cour ?

La première salve a suivi son affirmation, selon laquelle

"… la légitimité palestinienne, en France, est devenue presque une cause sacrée, alors que la légitimité d'Israël, malheureusement, est remise en cause dans de nombreux courants."

Incrédule, vêtu de probité gauchiste et le ton franc, notre naïf étudiant n'a pas compris l'avertissement. Pire il récidive, par deux fois, avec pour tout résultat une hostilité plus bruyante et plus agressive à chaque tentative d'autojustification:

"…Il m'arrive de lire, dans certains articles et dans certaines tribunes, que la légitimité d'Israël, en tant qu'État du peuple juif, est remise en cause dans de nombreux courants… je suis contre la politique de Sharon, contre les implantations … vous savez que je suis contre l'occupation…"

Pitoyable plaidoyer pro domo, de ce jeune gauchiste, snobé, voire piétiné par ceux qu'il croit être les siens…

"Qu'ai-je dit de mal ?" a-t-il dû se demander.

Je me suis posé la même question. Il m'en a pris de longues minutes pour comprendre. Selon la ligne du parti du "peuple de gauche", on ne peut être gauchiste et sioniste… de cette espèce.

Explication. Il ressemble à un gauchiste, il parle comme un gauchiste, mais… son argumentation est de droite. Bien sûr, comment n'y avons-nous pas pensé plus tôt, lui et moi ? Affirmer que la légitimité d'Israël est mise en cause, mais c'est de la pure rhétorique sharonienne !

Le naufrage est complet lorsque ce désormais 'faux gauchiste' ose glisser, presque timidement :

"Ça ne vous choque pas les attentats du Hamas ?"…

Quels attentats? Qui a parlé d'attentats? C'est politiquement incorrect. Les Palestiniens ne commettent pas d'attentats : ILS SE DEFENDENT comme ils peuvent, avec les moyens du bord. Et s'ils tuent, c'est par désespoir…

Rien de tout cela n'est dit, bien sûr. Mais tel est le gilet pare-balles idéologique dont est muni tout militant de gauche face à la 'propagande sioniste'. Les Palestiniens sont les plus faibles, les opprimés. Les opprimés ont toujours raison. Point. Cela ne se discute pas.

Enfin, c'est la Bérésina quand, avec une naïveté décidément incurable, notre piètre siono-gauchiste concède magnanimement à ce public que c'est son droit d'être "très engagé pour la cause palestinienne".

Piqué au vif par cette vérité, le réflexe négationniste du public joue à plein : CE N'EST PAS VRAI !

Il faut voir, saisis par la caméra vigilante d'Yves Jeuland, les regards courroucés, les visages congestionnés par la colère, et entendre les dénégations violentes de la majorité de l'assistance, pour mesurer la profondeur et la purulence de la plaie idéologique qui vient d'être débridée.

J'exagère ? Aux sceptiques, je conseille de lire une illustration toute récente de cette mentalité, dans Le Monde du 29 juillet 2004. Introduisant le portrait sensible, qu'elle brosse, de l'écrivain israélien, Amos Oz, une journaliste écrit :

"Faudra-t-il une fois de plus commencer par dire que, CERTES, IL EST ISRAÉLIEN, MAIS que C'EST UN INTELLECTUEL DE GAUCHE, c'est-à-dire un homme moralement et politiquement correct ?..."

Ce lapsus révélateur m'a rappelé la boutade suivante d'une chanteuse israélienne, de passage en France il y a quelques mois. Montant à la tribune, lors de je ne sais plus quelle manifestation politique de gauche, elle lança à la cantonade :

"JE SUIS ISRAÉLIENNE, MAIS JE ME SOIGNE !..."

Tel est donc le genre de Juif et d'Israélien "de gauche" que le "peuple de gauche" reconnaît comme faisant partie des siens: celui qui renie la nationalité israélienne et l'Etat qui va avec.


Qu'on se le dise.



IV. Le cas du rabbin qui pleure


Il faut absolument avoir lu le portrait que j'ai tracé du rabbin Haddad, dans ma transcription, et mes nombreuses remarques concernant ses faits et gestes au cours de ce périple mémorable, pour mettre en perspective les analyses et les critiques qui suivent.

J'insiste, d'entrée de jeu, sur le fait que ce que j'écris à ce propos n'a évidemment pas pour but le dénigrement de la personne, ni de la fonction de ce dirigeant religieux. Mais il faut bien que certaines choses soient dites sans acception de personne, car ni le respect qui est dû à tout être humain, ni la discrétion qui est de mise à l'égard d'un ministre du culte, ne doivent avoir pour conséquence de taire certains comportements et déclarations qui sont de nature à jeter le discrédit sur l'ensemble de la communauté.

Je dirais tout d'abord honnêtement que, contrairement à l'impression positive qu'elle a causée à plusieurs membres du groupe, l'incontinence lacrymale dont a fait preuve, à maintes reprises, le rabbin Haddad ne m'a pas édifié le moins du monde. Elle m'a paru témoigner d'une hypersensibilité à la limite du pathologique plutôt que d'un "don des larmes", qui, rappelons-le, est l'apanage de certains mystiques chrétiens. Si des pleurs de rabbins célèbres sont relatés, ça et là, dans le Talmud, c'est occasionnellement et sans complaisance ni insistance sur ce qui n'est, somme toute, qu'une réaction humaine compréhensible, mais en aucun cas une vertu particulière. Jérémie a pleuré sur le destin tragique de son peuple, Jésus a fait de même, et le Talmud relate le chagrin de quelques Sages au spectacle de la misère d'Israël et de ses élites après la ruine du Temple et l'écrasement de la révolte juive dirigée par Bar Kochva. Mais aucun personnage d'importance évoqué dans le Judaïsme ne pleure sur lui-même. Le Rabbin Haddad fait exception à cette règle.

Dans ma transcription du documentaire, je n'ai pu m'empêcher de souligner le caractère excessif - pour ne pas dire suspect - de certaines de ses éruptions lacrymales. Telle surtout celle qui accueille les louanges dithyrambiques que lui décerne un prêtre du groupe dans l'église chrétienne palestinienne de Taïbé. Rappel de mon récit.

"Chers Amis, je voudrais particulièrement rendre témoignage à mon frère Philippe [Haddad]. Tu es issu d'un grand peuple, un peuple digne et fier. Je salue ton courage, je salue ta présence. Tu es un homme de Dieu : c'est ma conviction profonde. Implore-Le pour nous tous…"

Gros plan sur Haddad, à nouveau les yeux noyés de larmes.

"… pour que nous, qui sommes embarqués dans ce vaisseau planétaire…"

La caméra fixe Haddad, qui sanglote et dont les yeux ruissellent de larmes.

"… l'embarcation ne soit pas avariée [sic], mais arrive à bon port."

Même malaise lorsque, dans le même lieu, notre rabbin relate, des sanglots dans la voix, puis en pleurant à chaudes larmes, sa 'découverte bouleversante' :

"En hébreu, pour dire 'un autre', on dit aher. Un autre, c'est aher. Mais la racine de aher - qui est l'autre - c'est ah. Et ah, c'est le frère … Ça veut dire que tout autre [homme] est mon frère… »

Ce rabbin semble ignorer la tradition talmudique qui, pour ne même pas prononcer le nom de l'apostat Elisha ben Abouya - l'un des maîtres de Rabbi Méïr -, ne parlait de lui qu'en le désignant sous le vocable de AHER, "l'Autre", par excellence. C'est-à-dire, celui qui avait abjuré sa foi pour adhérer à une autre foi, voire à un autre dieu, contrevenant ainsi à un commandement majeur de la Thora : "Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi" (Exode 20, 3 ; Deutéronome 5, 7).

Quant à la trouvaille' pseudo philologique – "la racine de aher, c'est ah" -, il s'agit tout au plus d'un mauvais jeu de mots, dont la stupidité apparaîtra immédiatement si on applique le procédé au verbe "confesser".


Mais il y a plus grave. Tout au long de ma transcription de ce périple et de la rédaction de la présente analyse, je n'ai pas cessé de m'interroger sur la bonne foi du rabbin Haddad dans l'affaire du piège médiatique que lui a tendu, avec succès, le cynique Arafat.

Supposons, me suis-je dit d'abord, que la bonne foi du rabbin ait été surprise, dans cet épisode lamentable, pourquoi ne dit-il pas un mot à ce sujet ?

Ce ne sont pourtant pas les occasions qui lui ont manqué. Le documentariste, Yves Jeuland - qui semble avoir été pris des mêmes doutes que moi - lui a, par deux fois, tendu la perche (c'est le cas de le dire).

1) Première occasion.

D'emblée, Haddad reconnaît qu'il a été dépassé par les événements, mais, curieusement, il donne une interprétation 'religieuse' à la chose.

"À ce moment-là, je me suis remis à Dieu. À ce moment-là, j'étais vraiment dans une prière avec Dieu. Et je lui ai dit : 'Prends mon geste comme une offrande', quoi. 'Fais-en ce qu'il y a de mieux'. Voilà, bon. C'est un peu mystique ce que je vous dis, mais, euh, mais, à ce moment-là, j'étais avec Dieu et il n'y avait plus… le groupe n'était plus là, quoi."

Soit, Rabbin Haddad. Je veux bien concéder que vous avez l'allure, voire le langage d'un mystique. Mais alors, pourquoi vous croire obligé de vous défendre, avant toute attaque ?

"Je ne suis pas représentant de l'État d'Israël. Je suis un rabbin. Je suis un simple Juif. Un rabbin, ce n'est qu'un enseignant. Vis-à-vis de mes fidèles, je vais m'expliquer. S'ils me le demandent, j'expliquerai ma démarche. Je dirai pourquoi c'est important, l'interreligieux. C'est une démarche citoyenne, c'est une démarche religieuse, c'est une démarche de fragilisation de soi-même pour accepter l'autre.

Difficile d'accumuler autant d'erreurs en si peu de mots.

- Un rabbin n'est pas un "simple Juif". C'est un chef de communauté. L'histoire juive est jalonnée de témoignages de rabbins qui ont sauvé leur communauté, que ce soit de l'extermination, ou de l'abjuration.

- Un rabbin n'est pas "qu'un enseignant", comme l'affirme Haddad, c'est un guide religieux, spirituel et moral. C'est lui qui précise, ou rappelle la marche à suivre - la halakhah - pour être fidèle à la Thora et à la Tradition, qui sont le fondement de la foi et des pratiques juives.

- Le recours, que fait le rabbin Haddad, à l'argument "interreligieux" est totalement inadéquat et hors contexte. Sans parler de l'énormité qui consiste à qualifier de "citoyenne" la démarche interreligieuse, le thème de son interview n'était pas sa présence dans un groupe interconfessionnel, mais la caution (volontaire ou non) qu'il avait donnée à Arafat, en se laissant embrasser par le despote palestinien et intégrer (de gré ou de force) à la chaîne enthousiaste de soutien au raïs, du haut de l'estrade de la salle des hôtes de la Mouqataa.


2) Deuxième occasion offerte à Haddad de clarifier sa position.

Il est seul avec l'intervieweur, probablement Yves Jeuland.

Haddad : "Je ne crois pas que je le referais, aujourd'hui, en réfléchissant… euh…"

Voix off : Pourquoi ?

"Parce que j'ai pris conscience, après coup, que, peut-être, euh… j'avais une responsabilité qui me dépassait. Je ne le referais pas, parce que j'ai intellectualisé maintenant, et que je pense qu'il y a des fois des actes qu'on doit poser par un élan de générosité."

Pourquoi le cacher ? Ma déception a été grande. Réellement, je m'attendais à tout sauf à ce piteux galimatias. J'espérais que le rabbin reconnaîtrait humblement qu'il s'était fait circonvenir, ou au moins qu'il s'était trompé… Surtout après avoir entendu, de la bouche même du prêtre qui avait fait son panégyrique, la traduction de la légende de la photo de première page d'Al-Quds, le journal de l'Autorité palestinienne… Au lieu de cela, le rabbin Haddad s'obstine à présenter, de sa mésaventure, un bilan positif :

"Ce qui s'est passé donc, hier, à Ramallah, a préparé le terrain de mon discours de ce matin au mur. Et les gens étaient beaucoup plus sensibles à ce que j'ai dit, et je pouvais plus facilement parler de la valeur du sionisme et de ce que représente l'État d'Israël, parce qu'on ne pouvait pas me soupçonner d'être contre l'Autorité palestinienne. C'est-à-dire, je veux montrer aux gens que je vais jusqu'au bout de moi-même. C'est-à-dire, je vais dans un camp et dans l'autre."

Difficile, après cet aveu atterrant, de croire encore que le rabbin est tombé dans un guet-apens propagandiste. Difficile également de le considérer comme aussi modeste qu'il en avait donné l'impression. Ce n'est pas le sort d'Israël, ni celui du sionisme que le rabbin Haddad a à cœur. Son souci, c'est, selon ses propres termes, de "montrer aux gens qu'il va jusqu'au bout de lui-même."

Est-ce cela, la vocation d'un rabbin ? Sommes-nous dans le monde du stoïcisme ?

Mais donnons encore une chance au rabbin Haddad. Puisque, à l'en croire, il est désormais au-dessus de tout "soupçon d'être contre l'Autorité palestinienne… puisqu'il "va dans un camp et dans l'autre", vérifions ce qu'il a dit "de la valeur du sionisme et de l'Etat d'Israël"…

Je crois utile de reproduire ici quelques extraits des paroles 'fulgurantes' de ce 'prophète' juif du sionisme de gauche :

"Le sens du sionisme, c'est d'abord le sens de cette responsabilité de la Paix. On peut critiquer Israël, parce que les prophètes ont critiqué Israël."

Passons sur la démesure de qui se prend pour un prophète parce qu'il critique l'Etat hébreu (auquel il ne connaît rien), et sur l'anachronisme et la confusion de termes homonymes qui ne recouvrent pas la même réalité. L'Israël que "critiquaient" les prophètes n'avait, en effet, rien à voir avec l'Etat juif moderne, si ce n'est l'homonymie symbolique. Les Israélites qu'objurguaient les prophètes portaient le nom de leur ancêtre Jacob, l'un des trois Patriarches, surnommé 'Israël' (qui signifie 'il l'emporte contre Dieu') par le personnage mystérieux qui, au gué de Yabboq, avait lutté contre lui toute la nuit sans le vaincre (cf. Genèse 32, 25 ss.).

Mais présenter la "responsabilité de la Paix" comme subsumant "le sens du Sionisme", c'est, au mieux, s'exposer au ridicule, au pire, se retrouver au rang des ignorants pour lesquels la logorrhée démagogique tient lieu de savoir.

Le sionisme, Monsieur le Rabbin, a d'abord été un courant de régénération morale, intellectuelle et politique du peuple juif, et un mouvement appelant à la création d'un État qui rassemblerait sur la terre où, il y a plus de trois mille ans, leurs ancêtres devinrent un peuple, tous les Israélites dispersés. Et pardonnez cette mienne usurpation laïque de votre rôle: voici, à ce sujet, mon homélie personnelle, en forme de midrash :

A ce jour, alors que la première partie de l'aspiration sioniste est atteinte, puisque nous avons un Etat, seul "un tiers" de notre peuple est "dans le feu" pour être "épuré, éprouvé comme l'argent et comme l'or", jusqu'à ce qu'il "invoque le Nom" de l'Eternel, et que Lui "dise" d'eux : " 'Ils sont mon peuple' et eux : 'L'Eternel est mon Dieu' " (cf. Zacharie 13, 9).

La suite de votre discours, Monsieur Haddad, m'a fait douter qu'il ait été prononcé par un rabbin. Comment avez-vous pu émettre l'assertion - qui apparaît comme un blasphème, même sous la forme conditionnelle que vous lui avez donnée ?

"Si les prophètes n'étaient pas Juifs, on aurait dit d'eux qu'ils étaient antisémites !"

Il m'est arrivé d'entendre et de lire cette abomination, mais elle émanait presque toujours de chrétiens. Et quand un Juif la reprenait à son compte, c'était soit un assimilé, soit un athée, ou un agnostique, soit un crypto-chrétien.

L'antisémitisme, c'est l'hostilité envers les Juifs. Elle est le fait exclusif des non-Juifs, même si, par emphase, on a pu qualifier d'antisémites certains Juifs haïsseurs de la foi de leurs Pères et de leurs coreligionnaires. Comment peut-on, même par métaphore, attribuer cette ignominie aux prophètes d'Israël, quand on est soi-même rabbin et, de ce fait, responsable spirituel de son troupeau et de l'intégrité de sa foi ?

Le reste de votre discours, Monsieur le rabbin, aurait mérité de se perdre dans le brouhaha et la rumeur des alentours du Kotel (Mur occidental), car voici le pire. Brodant sur une interprétation haggadique traditionnelle du Psaume 134, magnanime envers les non-Juifs qui craignent Dieu, vous avez dit - sans citer vos sources, et cela, déjà, est contraire à la tradition de nos Maîtres :

" 'Tous les serviteurs de l'Éternel' … Il n'y a pas marqué ici : 'les Israélites', mais : 'Tous les serviteurs de l'Éternel'..."

Et vous avez ajouté - ce qu'aucun de nos Sages n'a jamais dit, qui ne leur est même pas monté à l'esprit :

"... de Celui qui n'a pas de nom…"

Que dites-vous là, rabbin Haddad ! Il n'aurait pas de nom, Celui qui, à l'interrogation anxieuse de Moïse (Exode 3, 13)…

"Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis: Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Mais s'ils me disent: Quel est son nom? Que leur dirai-je?"

… lui a répondu (v. 14) :

"Je suis celui qui est… 'Voici ce que tu diras aux Israélites: Je suis m'a envoyé vers vous."

Et encore (v. 15):

"Tu parleras ainsi aux Israélites: L'Eternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob m'a envoyé vers vous. C'EST MON NOM POUR TOUJOURS, c'est ainsi que l'on fera mémoire de moi, de génération en génération."

Tout cela est assez énorme. Pourtant, j'essaie encore de vous trouver des excuses, Monsieur le Rabbin. Par exemple, peut-être avez-vous voulu dire : Celui dont on ne peut prononcer le nom. Selon notre Tradition, en effet, il ne faut pas énoncer le Nom divin, qui est incommunicable, c'est pourquoi, dans l'Ecriture, on le figure par quatre initiales que l'on appelle le "tétragramme", tandis que, dans les écrits de la Tradition juive, on lui substitue d'autres appellations, telles que HaShem - le Nom -, ou Haqadosh Baroukh hou - le Saint, Béni soit-Il, etc.

Et me voilà soulagé. Malheureusement, votre énumération subséquente des titres de l'Eternel ("celui qui est le Père, l'Être transcendant"...) sombre bien vite dans le syncrétisme le plus effroyable, quand vous osez dire, de Celui qui a fait le ciel et la terre, qu'Il "est Allah" !

Alors que le Dieu d'Israël, le vôtre et le mien, a dit aux Israélites, dans le désert : "…vous ne ferez pas mention du nom d'autres dieux : qu'on ne l'entende pas sortir de ta bouche" (Exode 23, 13). Ou : "C'est à toi qu'il a donné de voir tout cela, pour que tu saches que l'Eternel est le vrai Dieu et qu'il n'y en a pas d'autre" (Deutéronome 4, 35). Et : "Je suis l'Eternel, il n'y en a pas d'autre; moi excepté, il n'y a pas de Dieu, afin que l'on sache du levant au couchant qu'il n'y a personne sauf moi: je suis l'Eternel, il n'y en a pas d'autre." (Isaïe 45, 5-6). Ou : "Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car je suis Dieu, il n'y en a pas d'autre" (Isaïe 45, 22). Et encore : "A qui m'assimilerez-vous pour que je lui sois comparable ? dit le Saint" (Isaïe 40, 25). Etc.

Et vous concluez ce blasphème (involontaire sans doute, mais inadmissible dans la bouche de qui a reçu l'ordination rabbinique) par cette phrase, que je tronque volontairement pour n'en retenir que la première partie, qui vous concerne, me semble-t-il, ainsi que ceux qui acceptent votre 'enseignement' :

"C'est la nuit, nous sommes debout dans la Maison de l'Éternel, dans la nuit…"

Vos propres paroles vous dictent ce qu'il vous reste à faire :

Sortir de la nuit que vos paroles inconséquentes, sans parler de vos actes irréfléchis, si ce n'est irresponsables, ont fait tomber sur vous et sur vos auditeurs, membres de ces nations à l'égard lesquelles tout Israélite - et a fortiori un rabbin - a pour vocation d'être une lumière... (cf. Isaïe 42, 6; 49, 6).




V. Epilogue : plus de questions que de réponses


Il est temps de se souvenir que le périple qui fait l'objet de ce documentaire d'Yves Jeuland a été entrepris à l'initiative de membres du "peuple de gauche". Que la majorité d'entre eux soient étiquetés chrétiens ne me paraît pas changer grand chose à l'affaire. En effet, quiconque a visionné attentivement ce document aura remarqué le vide sidéral de contenu chrétien dans les propos des participants non-Juifs, si l'on excepte la fugace allusion à Dieu faites par le prêtre du groupe dans son panégyrique du rabbin Haddad.

Honnêtement, en ce qui me concerne tout au moins, je ne vois rien là de particulièrement surprenant, surtout lorsqu'on sait à quoi se résume le 'christianisme' du peuple (chrétien) de gauche. Chez beaucoup – si ce n'est la plupart – la seule religion qui ait survécu au taux exponentiel de la déchristianisation est celle des droits de l'homme. Tout ou presque est mesuré à cette aune, au point que ni la judéité de Jésus, ni l'enracinement biblique et rabbinique de son enseignement, ne jouent plus le moindre rôle dans l'interprétation et la méditation chrétiennes du message des prophètes et du destin religieux du peuple juif. Pire, dans ces milieux, on considère comme hétérodoxe, voire scandaleuse, la prise au sérieux de l'enracinement historique de ce peuple dans cette terre et des perspectives eschatologiques, décrites par les prophètes, de son retour et de sa réimplantation définitive sur son sol, malgré l'opposition violente des "nations en tumulte" (cf. Psaume 2).

Laissons donc de côté la problématique religieuse qui, on l'aura compris, était le cadet des soucis de ces "pèlerins des droits de l'homme" (palestinien).

Car, telle était bien la perspective quasi exclusive de ce périple, comme le montrent éloquemment tant les attitudes que les propos des participants, tels, du moins, que les a fixés le documentaire d'Yves Jeuland.

Pour la majorité d'entre eux, à l'exception notable des deux jeunes Juifs, Emmanuel Szurek et Emmanuel Tordjman - qui, il faut leur en savoir gré, ont vaillamment défendu la cause d'Israël -, les Bons ce sont les Palestiniens et les Israéliens du "Camp de la Paix", les autres - les Mauvais Israéliens - étant, bien entendu, du 'camp de la guerre'.

Pouvait-on s'attendre à autre chose de la part de gens qui ont encaissé sans broncher les énormes mensonges de la propagande arafatienne à la Goebbels ?

A lui seul, ce fait prouve que le poison d'une idéologie peut survivre à la destruction des systèmes et des mauvais génies qui lui ont donné naissance et ont assuré sa dissémination intemporelle en l'inoculant - par le truchement de doctrines mensongères et dissolvantes véhiculées par des multitudes de livres et d'articles -, dans des esprits aux défenses immunitaires intellectuelles déficientes, trop heureux d'accueillir comme des vérités indiscutables les doctrines d'explication de tous les maux par la désignation de prétendus coupables dont la neutralisation, assure-t-on, apportera la paix au monde.

J'ai vu à l'œuvre, une fois de plus, le réflexe idéologique pavlovien de la supériorité indiscutée de la ligne du parti (pris) sur les faits, et force m'est d'admettre, en corollaire à ce que je viens d'écrire dans l'alinéa précédent, que les "idiots utiles" de l'ère communiste, ont des avatars humains aussi aveugles que leurs ancêtres de l'ère marxiste-léniniste.

Rappelons que l'expression 'idiots utiles' "a été forgée par Lénine, à l'époque du coup d'état qui devait permettre aux communistes russes de s'emparer du pouvoir. Elle désignait les journalistes occidentaux de l'époque, trop stupides ou trop dociles pour remettre en cause les grotesques balivernes qu'on voulait leur faire ingurgiter, mais néanmoins très utiles pour jouer, de facto, les agents d'influence en Europe ou en Amérique." (3)

C'est exactement ce qui se passe depuis plus d'une décennie, à propos du conflit palestino-israélien. Certes, Arafat n'est pas Lénine, mais ceux qui l'ont formé, soutenu et l'appuient encore, en coulisses, dans l'intérêt de certaines puissances, suivent le même schéma. La propagande arafatienne a réussi le tour de force de rendre odieux les Israéliens agressés, face à une opinion publique qui a, pour le vieux leader assassin, les yeux de Chimène.

Rien de plus facile à manipuler que les "idiots utiles" d'aujourd'hui, dont l'opium du peuple est la religion des droits de l'homme. Les thèses de Rousseau, recyclées pour les besoins de la cause se vendent bien. Leur schéma appliqué au cas qui nous occupe donne à peu près ceci.

Le "bon indigène" palestinien vivait en paix dans le Paradis de la Terre Sainte, non encore corrompu par les miasmes de la société capitaliste importée par les colons juifs. D'abord accueillis amicalement par les Arabes de Palestine, ces hôtes indélicats, ont rapidement mordu la main qui leur avait été tendue et mis en coupe réglée les terres palestiniennes et leur population, plus archaïque - et donc moins développée - que celle de ces pionniers occidentaux.

C'est ainsi qu'on peut lire sur le Net, entre autres multiples contributions de la même eau, ce galimatias, aussi hostile qu'inculte (4):

"Comme tous les nationalismes, le nationalisme sioniste se fonde sur les mythes de la race et de la terre, mais – c'est là sa particularité et sa force – sacralisée par un mythe 'biblique'. Une des caractéristiques de cette idéologie dans son utilisation politique du judaïsme, est qu'elle a choisi pour cet usage, dans la tradition juive, ce qui est à la fois le plus archaïque (le tribal) et le plus meurtrier (l'exclusivisme) [...] Le sionisme politique a donné naissance à une idéologie articulée sur un droit du sol et du sang à connotation religieuse, et se traduisant par un colonialisme agressif, un apartheid spécifique, voire même un racisme caractérisé. Le 10 novembre 1975, en séance plénière, l'Assemblée générale des Nations-Unies adopta d'ailleurs la résolution 2279 considérant que le sionisme était une forme de racisme et de discrimination raciale - résolution qui fut abrogée en 1991, juste après la guerre du Golfe, sous la pression des Etats-Unis et d'Israël. A l'époque, l'ONU avait recensé 17 lois israéliennes porteuses de discriminations. Dès son apparition, le mouvement sioniste s'inscrit dans la mission civilisationnelle et coloniale de l'Europe : 'Pour l'Europe, nous constituerons là-bas, un morceau de rempart contre l'Asie, nous serons la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie' (Th. Herzl – L'Etat juif).
Ainsi, les objectifs sont clairement exprimés : chasser les Palestiniens et encourager l'immigration juive, dans l'esprit du mythe 'une terre sans peuple pour un peuple sans terre'.
Niant l'existence même des Palestiniens, accumulant les discriminations, la ségrégation et la violence, la prise de possession de la terre de Palestine se poursuit aujourd'hui de la même manière. La situation sanitaire est alarmante. 80 % des habitants de la bande de Gaza vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté.
Mais, malgré les moyens démesurés dont dispose l'Etat d'Israël, le projet sioniste est en passe d'échouer. Et comme en leur temps, les Afrikaners d'Afrique du Sud, les sionistes israéliens (mais aussi américains et européens), malgré leur irrédentisme, seront amenés, tôt ou tard, à se rendre à la raison. Le peuple palestinien n'abandonnera pas sa terre. »


Outre le caractère extrêmement réducteur de cette description du sionisme, et à supposer même que l'essentiel en fût vrai – ce qui est loin d'être le cas –, ce serait commettre un anachronisme grossier et montrer que l'on n'entend rien à la perspective de l'histoire, que de plaquer cette pseudo-analyse sur l'Etat d'Israël actuel et réputer raciste l'idéologie sioniste qui en est à l'origine, comme le fit l'ONU, de 1975 à 1991, ainsi que le rappelle le texte cité ci-dessus.

A ce compte, il faudrait dénier à Jules Ferry le mérite de l'instauration de l'éducation laïque et gratuite, pour avoir déclaré à la Chambre, conformément à l'air du temps (6) :

«… il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... »

Et la diplomatie française serait-elle définitivement interdite de séjour en Algérie et en Afrique, au prétexte que le Maréchal Lyautey a - comme beaucoup d'autres militaires et hommes d'Etat français - présenté, en son temps, le colonialisme de la France comme une "mission civilisatrice" ? Voici, en effet, ce qu'il écrivait, en 1929 (7) :

"La colonisation, telle que nous l'avons toujours comprise, n'est que la plus haute expression de la civilisation. A des peuples arriérés, ou demeurés à l'écart des évolutions modernes, ignorant parfois les formes du bien-être le plus élémentaire, nous apportons le progrès, l'hygiène, la culture morale et intellectuelle, nous les aidons à s'élever sur l'échelle de l'humanité. Cette mission civilisatrice, nous l'avons toujours remplie à l'avant-garde de toutes les nations et elle est un de nos plus beaux titres de gloire."


J'écris cela sans illusion. En effet, une longue expérience m'a appris que le parti pris et le deux poids deux mesures, qui scandalisent ceux qui en sont victimes, laissent sceptiques la majorité des gens que ces malheureux prennent à témoin.

Il suffit de regarder, du début à la fin, la bande vidéo du documentaire d'Yves Jeuland pour se convaincre que ce qui n'est pas dit, en la matière, est au moins aussi important que ce qui l'est.

A l'exception de la timide allusion ("Ça ne vous choque pas les attentats du Hamas ?"), faite par l'Israélien - lui-même rescapé du massacre terroriste du 31 juillet 2002 et malgré tout snobé par ces 'pèlerins' pacifistes -, aucun participant n'a fait la moindre allusion aux victimes civiles israéliennes de la barbarie des explosions-suicide.

Pourquoi ?

La réponse la plus plausible, à défaut d'être rationnelle et encore moins convaincante, peut se résumer en sept mots : le terrorisme, c'est l'arme du plus faible.


A ce compte, le vol, serait l'arme du plus pauvre. Le viol, celle du laissé pour compte de l'amour. L'assassinat politique et la sédition se justifieraient par la nécessité d'arracher le pouvoir à des dirigeants accusés d'en faire un usage que le peuple n'approuve pas. Bref, la forme négative de la maxime morale, selon laquelle "la fin ne peut justifier les moyens", serait invertie et positivée, au grand dam de la justice et du respect de la personne humaine.

Pour Arafat, en effet, comme pour ceux qui partagent ses conceptions, la fin : le retour de toute la Palestine dans le giron arabe, sous souveraineté palestinienne, justifie les moyens : la multiplication des assassinats les plus horribles de civils et la prolongation indéfinie de la subversion, génératrice d'anarchie et de chaos, dont les principales victimes sont les Palestiniens.

Et pour ce qui est de l'affirmation selon laquelle Israël est "le plus fort", je voudrais dissiper cette illusion. Face à la haine de plus d'un milliard d'individus et à l'indifférence des autres en nombre largement supérieur, l'Etat d'Israël est, de loin, le plus faible. Sa survie jusqu'à ce jour, il la doit à la qualité et au courage de son armée populaire, et à la détermination farouche de sa population. Mais à quel coût en vies humaines et en répercussions désastreuses sur son économie! Combien de temps un peuple peut-il se maintenir dans un tel milieu, aussi hostile que mortifère ?

On l'a dit, et c'est la stricte vérité : Israël est le seul Etat au monde qui ne peut pas se permettre de perdre une seule guerre, car cette défaite risquerait de se solder par sa disparition, sinon physique, du moins nationale.

Tout cela, les stratèges donneurs de leçon de paix à un peuple qui n'aspire qu'à cela depuis plus d'un demi-siècle, devraient le savoir, mais ils ne veulent, ou ne peuvent pas l'entendre. Nos deux cents 'pèlerins de la paix' n'ont cessé de répéter leur antienne, aussi impuissante que partiale : "Il faut que cela cesse !" - entendez : l'autodéfense israélienne par l'écrasement militaire du terrorisme palestinien.

Pas consciemment méchants, mais d'autant plus dangereux qu'ils sont convaincus de la justesse des pâles resucées des auteurs négationnistes et des "nouveaux historiens" de tout poil, dont leur anti-israélisme est nourri, ces "idiots utiles" ne voient pas que le pseudo-combattant de la liberté, qu'ils encensent et dont ils 'chéguévarisent' la longue 'résistance', est en train d'immoler son propre peuple sur l'autel de son aspiration démente à être le nouveau Saladin de l'Islam. Ils n'ont pas encore pris conscience de ce que, comme les Staline, les Hitler et tant d'autres dictateurs avant lui, Arafat est, depuis longtemps, déconnecté d'une réalité qui refuse obstinément d'aller dans le sens de sa folie. Il est temps qu'ils admettent que le refus de tout compromis n'est pas le fait d'Israël, mais celui des dirigeants palestiniens qui approuvent la ligne irrédentiste d'Arafat, et qu'ils se convainquent de ce que le désastre et la ruine causés aux populations et à leurs biens, ainsi qu'aux infrastructures et à l'économie des peuples en conflit, ne cesseront que lorsque cet être maléfique et ses conceptions de malade mental et de menteur pathologique auront disparu de la scène de l'histoire locale (8).

Persuadés, comme toute la gauche française et européenne, qu'il est impossible de parvenir à la paix entre Israéliens et Palestiniens, avec un gouvernement de droite, surtout si Ariel Sharon est à sa tête, ces gens font du Likoud et du Premier ministre israélien les boucs émissaires de l'échec du processus de paix.

Dans son article, "Le plan de désengagement à l'ombre de l'initiative de Genève: un exemple de duperie stratégique", Joël Fishman met au jour, sans ambiguïté, le véritable enjeu : l'affrontement impitoyable entre deux conceptions globales, qui s'excluent mutuellement, de la meilleure manière de gérer les affaires de la planète, celle de la droite et celle de la gauche, dans le monde, en général, et en Palestine/Israël, en particulier :

"Avec du recul, on trouve un certain nombre de déclarations émanant de dirigeants palestiniens qui décrivent l'objectif politique de 'l'initiative de Genève'. Hatem Abdul Kader, qui joua, en coulisses, un rôle majeur dans les négociations qui aboutirent à la proposition de Genève, déclara au Jerusalem Post (1er décembre 2003) : 'Notre objectif était de créer des divisions à l'intérieur d'Israël et de bloquer l'essor de la droite en Israël'. Le responsable de l'AP, Kadoura Fares, l'un des auteurs de l'accord, précisa : "…L'un des objectifs de l'accord de Genève est de créer une cassure dans la rue israélienne et une scission dans le gouvernement Sharon…". MEMRI rapporte que Ashraf Al-Ajrami, responsable du service d'information de l'AP sur les questions israéliennes, a écrit : "Cet accord redonnera aux Israéliens l'espoir qu'il existe un moyen de sortir de leur crise et de procéder à un vrai changement politique en Israël, qui renversera la droite et redonnera le pouvoir au parti travailliste, aux cercles de gauche et au centre gauche". De même, le journal Al-Sharq al-Awsat, publié à Londres, rapportait, dans son édition du 7 décembre 2003, que Jibril Radjoub expliquait que l'accord n'était contraignant pour personne parce qu'il s'agissait d'un échange d'idées entre des membres des camps de la paix palestinien et israélien sur la façon de mettre fin au conflit."

Tout effort sincère de persuader le "peuple de gauche" que la réalité n'est pas simple et que toute analyse manichéenne ne peut qu'exaspérer les antagonismes, se heurte à cette certitude dogmatique :'Hors de la Gauche, pas de salut'.

Oublié, le fait patent que les accords de Camp David et la Paix avec l'Egypte furent conclus sous Begin, et que ce fut précisément cet "ancien terroriste" de l'extrême droite, ce 'belliciste acharné', qui renonça à la totalité du Sinaï. Passé sous silence, le fait que Begin fut le premier homme politique israélien à recevoir un dirigeant arabe de premier plan, Anouar el-Sadate, et à le laisser s'adresser au peuple israélien du haut de la tribune de la Knesset !

Pour ces militants de la meilleure cause qui soit au monde, les faits les plus patents doivent attendre humblement la décision du jury socialiste omnipotent, qui les soumettra à sa grille de lecture idéologique avant de leur accorder le statut de vérité. Et il y a gros à parier qu'aucun d'entre eux ne connaît les positions de deux célèbres écrivains israéliens, colombes et partisans d'un maximum de concessions aux Palestiniens pour obtenir la paix, mais qui, après des années d'espoir et de dialogue qui se sont heurtés à l'intransigeance de l'Autorité palestinienne et à la folie destructrice d'Arafat, ont finalement jeté l'éponge et expliqué pourquoi dans des articles qu'il faut avoir lus (9).


Et comme il faut bien finir cette analyse, déjà trop longue, voici ma conclusion, dont on voudra bien excuser le caractère sommaire, et dont la teneur paraîtra sans doute arbitraire à certains.


Le documentaire d'Yves Jeuland constitue, pour notre peuple, un avertissement que j'oserai qualifier de prophétique. Israël et, à terme, le peuple juif dans toutes ses diasporas, sont seuls face à leurs ennemis. La défection de l'Amérique, leur dernier allié stratégique, n'est pas une perspective invraisemblable. Dans ce cas, les Juifs ne pourront certainement pas compter sur le secours des "spectateurs", dont seule une infime partie sera plus ou moins sincèrement apitoyée, mais n'osera, et probablement ne pourra rien faire.

Alors, D.ieu sera l'unique refuge du peuple d'Israël et de tous ceux et celles qui auront choisi de partager son destin, comme il est écrit (Psaume 2, 12) :


Ashreï kol hoseï vo

"Heureux tous ceux qui mettent leur espoir en Lui"



Menahem Macina

© upjf.org


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Notes

(1) A ce sujet, voir l'article de Tibor Mende, que publiait Le Monde, in tempore non suspecto (1951), quand ce quotidien était encore honnête et n'accusait pas Israël d'être coupable de banthoustanisation et d'apartheid des Palestiniens : "Le problème des réfugiés de Palestine".

(2) Voir, sur le site de Islam France, "Quelques femmes exemplaires que le Coran a honorées".

(3) Citation de Guy Millière, dans "Les 'idiots utiles' de Saddam Hussein".

(4) Paule Graouer, "Aux origines du sionisme - Entre colonialisme et apartheid".

(5) Extrait de l'article de Rabha Attaf, sur le site Oumma.com "Sionisme et apartheid en Israël".

(6) Discours prononcé à la Chambre des Députés, le 28 juillet 1885. Voir : "La politique coloniale de Jules Ferry".

(7) Maréchal Lyautey, de l'Académie Française, Préface de l'Atlas Colonial Français, 1929.

(8) Et si quelqu'un s'imagine que rien de ce que dit d'Arafat le juif sioniste que je suis, n'est crédible, qu'il se reporte aux nombreux articles d'un journaliste palestinien, Sami el-Soudi, qui écrit pour Metula News Agency et dont nous vous recommandons, entre des dizaines d'autres, les articles suivants :
Un rapport accablant pour Yasser Arafat; "Tous contre un voyou"; "Au jeu d'Arafat".
Mais on peut faire confiance aux négationnistes irrédentistes : ils objecteront sûrement qu'à supposer que ce journaliste soit VRAIMENT un Palestinien, et non un menteur de sioniste israélien, c'est tout simplement un traître à la cause de son peuple, un 'collabo' qui n'aura que ce qu'il mérite s'il est découvert!

(9) A.B. Yehoshuah, "Il est temps de se séparer", "Les écrivains Oz et Yehoshua: non au 'droit au retour'".

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Mis en ligne du 4 au 6 août 2004 sur le site www.upjf.org.
7 août 2004