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Menahem Macina

'L'arme fatale' à l'école: l'«Occupant israélien» diabolisé par L. Chahid, M. Macina
17/03/2005

17/03/05


Sous le titre "La tournée de Leïla Chahid dans les lycées crée la polémique", Marie-Estelle Pech, relate, dans Le Figaro de ce jour, les remous que cause, dans le monde enseignant, la tournée des écoles de la représentante de l'OLP en France, Leïla Chahid.[1]

Le rapprochement avec le personnage tumultueux et imprévisible qu'incarnait Mel Gibson dans la série cinématographique qui porte ce nom, n'est pas aussi paradoxal qu'il y paraît, de prime abord. En effet, autant Gibson est violent, imperméable à la peur, fonceur, autant Leïla est bon enfant, toute en rondeurs, voix de sucre et de miel, en un mot, gentille, sympa. Le genre de voisine qu'on aimerait avoir. Qui vous explique les situations les plus complexes en termes simples (bon, simplistes, si vous voulez !) et convaincants.

Le seul point commun indéniable entre la déléguée palestinienne et le flic incontrôlable est leur faculté torrentueuse. Gibson, c'est le torrent de violence physique. Chahid, c'est le torrent de suggestion verbale.

En un mot comme en cent, Leïla Chahid – persona grata dans la plupart des milieux politiques, omniprésente dans les médias, chouchoute de plusieurs animateurs d'émission, dont l'inénarrable Ardisson -, est une redoutable propagandiste, sans doute la meilleure arme de la cause palestinienne, en France tout au moins.

À mon sens, elle est au centre d'un dispositif stratégique de premier ordre en matière d'idéologie. J'en veux pour preuve la redoutable campagne de sensibilisation à la cause palestinienne en direction des écoles. Elle a clairement pour but de "gagner les esprits et les cœurs", pour reprendre une formule favorite du parti républicain, aux États-Unis.

Rien là que de naturel, me direz-vous sans doute. Rien de nouveau non plus. De tout temps, les pouvoirs, les partis et les mouvements d'idées ont cherché à se concilier l'opinion publique. Accordé. Mais l'énorme différence entre ce qui avait cours auparavant et ce qui se passe aujourd'hui, ne réside pas dans la méthode, mais dans le choix du public-cible - en l'occurrence, la jeunesse -, et dans celui du lieu où les propagandistes peuvent modeler la psyché hésitante des adolescents : le bastion scolaire.

Car, à en croire la presse, et spécialement Le Figaro de ce matin, ce qui est en train de se dérouler, dans l'indifférence quasi générale, en France, c'est une vaste entreprise de subversion des esprits les plus vulnérables – et donc les plus manipulables - ceux de nos enfants et petits-enfants. La déléguée palestinienne fait, en effet, "une tournée de conférences qui seront données dans des lycées, sur le temps scolaire, par des défenseurs de la cause palestinienne, avec l'accord du corps enseignant".

Il faut préciser, à leur honneur, que "plusieurs lycées ont refusé la venue de la représentante de l'Autorité palestinienne en France, accompagnée du rédacteur en chef du Monde diplomatique et d'une Israélienne militante d'une organisation pacifiste".

Il n'empêche, "d'autres proviseurs leur ouvrent largement leurs portes pour des « conférences-débats » sur le conflit israélo-palestinien".

Particulièrement significatif est le fait suivant, que nous rapporte la journaliste du Figaro, en ces termes : "…alors qu'elle avait été refoulée d'un établissement public de la banlieue de Nancy, Leïla Chahid s'est, mardi après-midi, rabattue sur un lycée professionnel privé catholique ! Après avoir consulté son rectorat, le proviseur du lycée public s'était, il y a un mois, opposé à cette venue au nom du « principe de neutralité », inhérent à tout établissement public…". Et la journaliste de poursuivre en citant les propos de Pierre-Jean Vergès, directeur de cabinet du recteur de Nancy-Metz : « Ces trois personnes sont fortement marquées sur un plan politique et soutiennent les mêmes idées. Ce ne pouvait être un débat contradictoire .»

Remarque pertinente s'il en fut. Le recteur d'Aix-Marseille, lui, va plus loin. Toujours selon Le Figaro, "sollicité en février par un proviseur de sa région, [il] a soutenu la même position. « Il y aurait une contradiction grave à ce qu'un débat soucieux d'apporter la paix crée, par son existence même, une occasion de conflit interne ou externe à l'établissement l'accueillant », lui avait-il écrit". Et la journaliste du Figaro de commenter : "Pour ces deux recteurs, Leïla Chahid peut faire entendre sa voix, mais surtout pas dans un établissement scolaire."

Le même article de presse nous apprend, toutefois, que cette perception ne fait pas l'unanimité dans l'intelligentsia enseignante. Par exemple, le directeur du lycée privé Claude-Daunot, de Nancy, a accepté de recevoir les trois propagandistes de la cause palestinienne, « par souci "d'ouverture d'esprit". »

Mais le plus grave est l'impact psychologique et émotionnel de cette propagande en milieu scolaire. Dans le cas du lycée de Nancy, évoqué ci-dessus, de l'aveu même de l'équipe pédagogique, « la réunion a remporté un "grand succès" auprès des quatre-vingts élèves "émus et impressionnés". ».

Ce serait mal connaître la jeunesse que de s'étonner de cette réaction favorable à la cause palestinienne. À cet âge, en effet, le sens critique s'éveille alors que le discernement indispensable à son sain exercice, n'est pas encore formé, ni n'est nourri de connaissances dignes de ce nom. Dès lors, rien d'étonnant que les thèses agressives et accusatrices de l'Autre, apparaissent à de jeunes esprits malléables comme une évidence, si ce n'est comme LA Vérité, avec un grand 'V'. Et ce d'autant que la présentation, le plus souvent manichéenne, qu'on leur fait, de la problématique du conflit israélo-palestinien, dans le style : d'un côté, les Bons – les Palestiniens, présentés comme sans force et désarmés, sous la domination d'un peuple intraitable, et qui, dans son immense majorité, n'est même pas originaire de la région -, de l'autre : un Occupant.

Il faut savoir qu'avec celui de "sioniste", le qualificatif "d'occupant" est l'un des plus honnis qui soient. En termes de propagande, il présente l'immense avantage d'éveiller l'hostilité des jeunes, tout autant que celle des adultes. Pour la jeunesse, l'Occupant, c'est le Sud-Africain de race blanche, hier encore oppresseur des Noirs, dessaisis de toute autodétermination dans leur propre pays. Pour les quinquagénaires, c'est l'Algérien, dont le pays fut si longtemps colonisé par la France. Pour les plus âgés, enfin, c'est l'Allemand (voire le nazi), dont l'armée a dévasté l'Europe, il y a quelque six décennies.

Les réponses de Leïla Chahid aux questions des lycéens sur la situation des enfants palestiniens ou sur l'Intifada, telles que les rapporte l'article du Figaro, illustrent, s'il en était besoin, l'impact redoutable de ce terme infamant. La déléguée palestinienne leur a expliqué, en effet, que « le conflit était une "lutte politique" au même titre que la lutte nationale de libération de l'Algérie. Bref, un "occupé" face à un "occupant". »


Allons-nous rester les bras croisés devant une telle intrusion de la propagande[2] à l'intérieur de ce 'sanctuaire' du savoir, qu'est et doit continuer d'être le milieu scolaire ? Le moins que nous puissions faire, me semble-t-il, est de soutenir, auprès des instances responsables du ministère de l'Éducation nationale, la position sage et équilibrée de Michel Richard, secrétaire national du Syndicat national du personnel encadrant de l'Éducation nationale (SNPDEN), dont l'article du Figaro – largement mis à contribution ici - relaie le propos : « Ce thème est susceptible de provoquer des tensions. Il est difficile de l'aborder autrement que sous un angle polémique. Mieux vaut maintenir ces débats en dehors des locaux de l'Éducation nationale. »


Menahem Macina


© upjf.org


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Notes de la Rédaction d'upjf.org

[1] À noter que ces conférences-débats en faveur de la cause palestinienne, ne sont pas un phénomène nouveau. Selon la journaliste ici citée, elles "sont organisées depuis un an et demi dans le cadre d'une «tournée des banlieues» par l'association des Amis du Monde diplomatique, et soutenues par un collectif de vingt-cinq associations, dont France Palestine Solidarité ou la Ligue des droits de l'homme. On y traite pêle-mêle des répercussions en France du conflit israélo-palestinien, de la montée de l'antisémitisme, du racisme et du communautarisme." Toutefois, l'article ne précise pas si l'intrusion de cette propagande dans le milieu scolaire est un phénomène récent ni ne précise son ampleur.
[2] Toujours selon Le Figaro "…Dominique Francescetti, secrétaire général des "Amis du Monde diplomatique", se défend de tout prosélytisme : «Nous allons dans des lieux publics ou des lycées, à la rencontre des jeunes de banlieue qui n'ont pas toujours accès à l'information pour défaire certaines idées reçues.»".


Mis en ligne le 16 mars 2005 sur le site www.upjf.org.