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Éditorialistes
Menahem Macina

Au Pr. Schwartzenberg, en réponse à son article «Colonisation=mépris de l'autre».
02/09/2002

Voir l'article du Professeur Léon Schwarztenberg.

Monsieur le Professeur,


Médecin moi aussi, j'avais déjà eu l'occasion d'observer, d'un regard un peu amusé, les pérégrinations d'un de mes confrères en dehors de son champ habituel d'action, où la culture de l'ego semblait être sa principale préoccupation.

J'ai pu mesurer, en lisant votre article, ce à quoi ont échappé les lecteurs du Monde. Je ne reviendrai pas sur les erreurs factuelles qui jalonnent votre prose et sur les omissions volontaires qui servent de moteur à votre argumentation (reportage de la TV allemande sur la mort du petit Mohamed, avec la conclusion que c'est bien une balle palestinienne qui a tué l'enfant ; dépêches de l'AFP, du 26 septembre 2000, montrant bien que les hostilités avaient débuté la veille de la visite de Sharon au Mont du Temple ; déclarations en arabe d'Arafat appelant au Djihad, confirmant bien les intentions des dirigeants actuels de l'AP de rayer Israël de la carte etc..).

Pourtant, j'arrive aux mêmes conclusions que vous : «Il n'existe qu'une seule issue au conflit : le retour aux frontières de 1967, l'abandon de toutes les colonies».

Quelle différence y a-t-il entre vous et moi ? Il s'agit sans doute de ce qu'Alain Finkielkraut appelle «le soutien au peuple palestinien les yeux ouverts» : une démarche complètement différente, qui évite tout unilatéralisme de la pensée, et qui aboutit à la recherche de solutions, là où vous ne créez qu'une obstruction définitive, comme lorsque vous accusez Tsahal de nazification, sans imaginer qu'il s'agit de l'armée d'un peuple que vous frappez ainsi de tare définitive.
Quoi que vous en disiez, je ne sais que penser de la philosophie et de l'idéologie qui habitent les familles et les mères palestiniennes qui se réjouissent de la mort annoncée d'un de leurs fils, pour la «bonne» cause.

Si les preuves vous manquent, n'hésitez pas à me les demander, j'en ai à foison.

Au delà de la stérilité de votre attitude, je constate, avec une certaine lassitude, que le conformisme habite désormais toute cette frange de la pensée trotskiste, en mal de lutte anti-impérialiste et anti-coloniale, qui vous mobilisait tant, il y a 30 ans. Pour pérenniser cette exaltation perdue, vous aviez besoin d'une cible : pourquoi pas celle d'un «peuple sûr de lui et dominateur» qui, de surcroît, se trouve être l'allié des Yankees, vos ennemis ataviques.

Le juif est, en effet, différent de celui qui vous était sympathique, il y a 60 ans, à la sortie des camps. De vous à moi, je préfère vous être antipathique, vivant, que sympathique, mort.

Je sais vos origines juives et je ne vous accuse pas de les renier, mais je crois que le carcan idéologique, auquel vous êtes si habitué, a fini par scléroser votre raisonnement jusqu'à vous rendre aveugle et sourd devant toutes les évidences.

Comme vous, je souhaite la paix dans cette région : j'y ai des êtres chers et je pense que le plus vite sera le mieux.

Mais en légitimant la stratégie néfaste de l'actuelle direction palestinienne, vous participez à cette conspiration de la malhonnêteté intellectuelle, qui ne fait que la retarder


Dr Jean-Pierre CHEMLA